וּתְנַן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם קָרַב הָרֹאשׁ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן – יִקְרְבוּ כָּל הָרָאשִׁים!
Et nous avons appris dans une michna (77b) que dans un cas où des portions sacrificielles d’holocaustes sans défaut se sont mélangées à des portions sacrificielles d’holocaustes avec défaut, qui sont disqualifiées, Rabbi Eliezer dit : Si la tête de l’un d’eux a été sacrifiée sur l’autel avant qu’ils n’aient eu connaissance du défaut, toutes les têtes doivent être sacrifiées, car on présume que la tête de l’animal disqualifié est celle qui a déjà été sacrifiée sur l’autel. Cela indique que même en ce qui concerne des animaux déjà abattus, s’ils ont été écartés de l’autel parce qu’ils se trouvaient dans un mélange, ils ne sont pas écartés de façon permanente, mais sont valides a posteriori.
הוּא דְּאָמַר – כְּחָנָן הַמִּצְרִי; דְּתַנְיָא, חָנָן הַמִּצְרִי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ דָּם בְּכוֹס – מֵבִיא חֲבֵירוֹ וּמְזַוֵּוג לוֹ.
La Guemara explique que cette michna n’apporte aucune preuve, car Rabbi Eliezer énonce sa décision conformément à l’opinion de Ḥanan l’Égyptien, qui soutient que même les animaux abattus ne sont pas rejetés de façon permanente. Comme il est enseigné dans une baraita que Ḥanan l’Égyptien dit, au sujet des deux boucs de Yom Kippour, celui sacrifié à Dieu et le bouc émissaire destiné à être envoyé à Azazel : Même si le sang du bouc sacrifié est déjà dans la coupe où il a été recueilli et que le bouc émissaire meurt, le bouc sacrifié demeure une offrande valable, et le prêtre amène un autre bouc et l’associe à ce bouc abattu pour servir de bouc émissaire. En revanche, les autres tannaïm, qui soutiennent que les animaux abattus sont rejetés, estiment qu’une fois qu’ils sont devenus rejetés du fait d’être dans un mélange, ils ne sont plus aptes au sacrifice, comme l’a déclaré Rava.
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ אָמַר רַב: טַבַּעַת שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בְּמֵאָה טַבָּעוֹת, וְנָפְלָה אַחַת מֵהֶם לַיָּם הַגָּדוֹל – הוּתְּרוּ כּוּלָּן; דְּאָמְרִינַן: הָךְ דִּנְפַל הַיְינוּ דְּאִיסּוּרָא.
§ Concernant un cas similaire, Rav Naḥman dit que Rava bar Avuh dit que Rav dit : En ce qui concerne une bague utilisée dans l’idolâtrie, dont il est interdit de tirer profit et qui n’est pas annulée même dans un rapport de un pour cent, qui s’est mêlée à cent bagues permises, et par la suite l’une d’elles est tombée dans la Grande Mer [Yam HaGadol], elles sont toutes permises. La raison est que nous disons : Cette bague qui est tombée dans la Grande Mer est la bague interdite.
אֵיתִיבֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: אֲפִילּוּ אַחַת בְּרִיבּוֹא – יָמוּתוּ כּוּלָּן. אַמַּאי? נֵימָא: דְּמִית – אִיסּוּרָא מִית!
Rava souleva une objection à Rav Naḥman à partir de la michna : En ce qui concerne toutes les offrandes qui ont été mélangées avec des animaux dont il est interdit de tirer profit, même si le rapport est de un sur dix mille, ils doivent tous mourir. Selon l’opinion de Rav, selon laquelle nous disons que celui qui a été perdu est l’élément interdit, pourquoi doivent-ils tous mourir ? Disons, au sujet du premier animal qui est mort, que l’animal interdit est mort, et que le reste devrait être permis.
אֲמַר לֵיהּ: רַב דְּאָמַר – כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר; דִּתְנַן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם קָרַב הָרֹאשׁ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן – יִקְרְבוּ כָּל הָרָאשִׁים כּוּלָּן.
Rav Naḥman dit à Rava : Rav énonce sa décision conformément à l’opinion de Rabbi Eliezer, comme nous l’avons appris dans la michna selon laquelle Rabbi Eliezer dit : Si la tête de l’un d’eux est sacrifiée sur l’autel avant que les prêtres n’aient eu connaissance du défaut, toutes les têtes doivent être sacrifiées, car on présume que la tête de l’animal disqualifié est celle qui a déjà été sacrifiée sur l’autel.
וְהָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא הִתִּיר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא שְׁנַיִם שְׁנַיִם, אֲבָל אֶחָד אֶחָד – לָא! אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא תַּרְתֵּי קָאָמֵינָא.
Rava demanda à Rav Naḥman : Mais Rabbi Elazar ne dit-il pas : Rabbi Eliezer a permis le sacrifice de toutes les têtes seulement si elles étaient sacrifiées deux par deux, car au moins l’une d’elles est certainement permise ; mais il n’a pas permis qu’elles soient sacrifiées une par une, de peur que le prêtre ne sacrifie la tête interdite à elle seule ? Comment, dès lors, Rav Naḥman peut-il permettre les anneaux sans réserve ? Rav Naḥman dit à Rava : Moi aussi je dis que Rav permet les anneaux seulement s’ils sont vendus deux à la fois, auquel cas l’un d’eux ne provient certainement pas de l’idolâtrie.
אָמַר רַב: טַבַּעַת שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בְּמֵאָה טַבָּעוֹת, וּפֵרְשׁוּ אַרְבָּעִים לְמָקוֹם אֶחָד וְשִׁשִּׁים לְמָקוֹם אַחֵר; פֵּרְשָׁה אַחַת מֵאַרְבָּעִים – אֵינָהּ אוֹסֶרֶת, אַחַת מִשִּׁשִּׁים – אוֹסֶרֶת.
La Guemara traite d’un cas similaire. Rav dit : En ce qui concerne une bague utilisée dans l’idolâtrie qui s’est mêlée à cent bagues permises, puis quarante d’entre elles se sont séparées vers un endroit, et les autres soixante se sont séparées vers un autre endroit, de sorte qu’elles constituent désormais deux groupes distincts de bagues, si une bague du groupe de quarante s’est séparée d’elles puis s’est mêlée à d’autres bagues, elle ne les rend pas interdites. Mais si une bague des autres soixante s’est séparée de son groupe et s’est mêlée à d’autres bagues, elle les rend interdites.
מַאי שְׁנָא אַחַת מֵאַרְבָּעִים דְּלָא – דְּאָמְרִינַן אִיסּוּרָא בְּרוּבָּא אִיתֵיהּ; אַחַת מִשִּׁשִּׁים נָמֵי – אָמְרִינַן אִיסּוּרָא בְּרוּבָּא אִיתֵיהּ! אֶלָּא אִם פֵּרְשׁוּ אַרְבָּעִים כּוּלָּן לְמָקוֹם אֶחָד – אֵין אוֹסְרוֹת, שִׁשִּׁים לְמָקוֹם אֶחָד – אוֹסְרוֹת.
La Guemara demande : Quelle est la différence dans le cas où une bague du groupe de quarante s’est séparée, pour qu’elle ne rende pas les autres bagues interdites ? La raison est que nous disons : La bague interdite se trouve dans le groupe qui contient la majorité des bagues, c’est-à-dire dans le groupe de soixante. Si tel est le cas, dans le cas où une bague du groupe de soixante s’est séparée et s’est mêlée aux autres bagues, nous devrions aussi dire que la bague interdite se trouve encore dans le groupe qui contient la majorité des bagues, c’est-à-dire qu’elle est l’une des cinquante-neuf bagues restantes. Au contraire, la déclaration de Rav était la suivante : Si les quarante se sont séparées vers un seul endroit, où elles se sont mêlées à d’autres bagues, les quarante bagues ne rendent pas ces autres bagues interdites, car on présume que la bague interdite se trouve dans le groupe de soixante. En revanche, si toutes les soixante bagues se sont séparées vers un seul endroit, où elles se sont mêlées à d’autres bagues, les soixante bagues rendent ces autres bagues interdites.
כִּי אַמְרִיתַהּ קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל, אָמַר לִי: הַנַּח לַעֲבוֹדָה זָרָה – שֶׁסְּפֵיקָהּ וּסְפֵק סְפֵיקָהּ אֲסוּרָה עַד סוֹף הָעוֹלָם.
Rav Yehuda, qui a rapporté cette déclaration au nom de Rav, a ajouté : Lorsque j’ai énoncé cette décision en présence de Shmuel, à savoir que si les quarante anneaux se sont mêlés à d’autres, ils ne les rendent pas interdits, il m’a dit : Écarte cette halakha en ce qui concerne le cas de l’idolâtrie, car cette interdiction est si rigoureuse que son incertitude et son incertitude composée sont interdites à jamais, c’est-à-dire que peu importe combien d’incertitudes supplémentaires s’ajoutent, elles sont toutes interdites.
מֵיתִיבִי: סְפֵק עֲבוֹדָה זָרָה אֲסוּרָה, וּסְפֵק סְפֵיקָהּ מוּתֶּרֶת. כֵּיצַד? כּוֹס שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁנָּפַל לְאוֹצָר מָלֵא כּוֹסוֹת – כּוּלָּן אֲסוּרִין; פֵּירַשׁ אֶחָד מֵהֶן לְרִיבּוֹא, וּמֵרִיבּוֹא לְרִיבּוֹא – מוּתָּרִין!
La Guemara soulève une objection à l’opinion de Shmuel à partir d’une baraita : Une incertitude d’idolâtrie est interdite, mais son incertitude composée est permise. Comment cela? En ce qui concerne une coupe utilisée dans l’idolâtrie qui est tombée dans une réserve pleine de coupes, elles sont toutes interdites. Si l’une de ces coupes s’est séparée des autres et est tombée dans un groupe de dix mille autres coupes, et de ces dix mille coupes une seule coupe est tombée dans dix mille autres coupes, elles sont permises. Cette baraita enseigne qu’une seule incertitude est interdite, et non une incertitude composée.
תַּנָּאֵי הִיא; דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רִימּוֹנֵי בָאדָן – אוֹסְרִין בְּכׇל שֶׁהוּא. כֵּיצַד? נָפַל אֶחָד מֵהֶן לְתוֹךְ רִיבּוֹא, וּמֵרִיבּוֹא לְרִיבּוֹא – אֲסוּרִין.
La Guemara explique : Il s’agit d’une controverse entre tannaïm, comme cela est enseigné dans une baraita (Tosefta, Terumot 5:10) selon laquelle Rabbi Yehuda dit : Des grenades interdites de Badan, qui sont trop importantes pour être annulées, interdisent un mélange en n’importe quelle quantité. Comment cela? Si l’une d’elles est tombée dans un groupe de dix mille autres grenades, et que l’une de ce groupe est tombée de ces dix mille dans dix autres mille, elles sont toutes interdites, malgré le fait qu’il s’agisse d’un doute composé.
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: לְרִיבּוֹא – אֲסוּרִין, וּמֵרִיבּוֹא לִשְׁלֹשָׁה וּמִשְּׁלֹשָׁה לְמָקוֹם אַחֵר – מוּתָּר.
La baraita continue : Rabbi Shimon ben Yehuda dit au nom de Rabbi Shimon : Si une grenade interdite est tombée dans un groupe de dix mille grenades, elles sont toutes interdites, car il concède que ces grenades ne sont pas annulées dans la majorité. Mais si une grenade parmi les dix mille est tombée dans un groupe de trois grenades, et une de ces trois grenades est tombée dans un autre endroit, cela est permis, car il s’agit d’un doute composé.
שְׁמוּאֵל דְּאָמַר כְּמַאן? אִי כְּרַבִּי יְהוּדָה – אֲפִילּוּ בִּשְׁאָר אִיסּוּרִים אָסוּר! אִי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן – אֲפִילּוּ בַּעֲבוֹדָה זָרָה נָמֵי שְׁרֵי!
La Guemara demande : Conformément à l’opinion de quel de ces tanna’im Shmuel énonce-t-il son opinion selon laquelle un objet utilisé dans l’idolâtrie demeure interdit, quel que soit le nombre d’incertitudes en jeu ? Si vous dites qu’il a énoncé sa décision conformément à l’opinion de Rabbi Yehuda, alors même en ce qui concerne d’autres interdictions un doute composé devrait être interdit, car Rabbi Yehuda a énoncé sa décision au sujet d’une grenade interdite, et non d’un objet d’idolâtrie. Et si Shmuel a énoncé sa décision conformément à l’opinion de Rabbi Shimon, alors même dans le cas de l’idolâtrie un doute composé devrait être permis, car Rabbi Shimon n’a pas distingué entre différents types d’interdictions.
וְכִי תֵּימָא שָׁאנֵי לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֵּין עֲבוֹדָה זָרָה לִשְׁאָר אִיסּוּרִים; אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: סְפֵק עֲבוֹדָה זָרָה אֲסוּרָה, וּסְפֵק סְפֵיקָהּ מוּתֶּרֶת – מַנִּי? לָא רַבִּי יְהוּדָה וְלָא רַבִּי שִׁמְעוֹן!
Et si tu disais qu’il y a une différence selon l’opinion de Rabbi Shimon entre l’idolâtrie et les autres interdictions, et qu’il n’interdit les doutes composés que dans le cas de l’idolâtrie, alors, dans ce cas, ce qui est enseigné dans la baraita citée précédemment : Un doute concernant l’idolâtrie est interdit, mais son doute composé est permis — de qui cela représente-t-il l’opinion ? Ce n’est ni l’opinion de Rabbi Yehuda ni celle de Rabbi Shimon.
לְעוֹלָם רַבִּי שִׁמְעוֹן; וּשְׁמוּאֵל סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה בַּחֲדָא, וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא.
La Guemara répond : En réalité, cette baraita est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, car il permet un doute composé dans tous les cas. Et Shmuel est d’accord avec l’opinion de Rabbi Yehuda sur un point, à savoir qu’un doute composé est interdit dans le cas de l’idolâtrie, et il est en désaccord avec lui sur un point, car Shmuel n’applique pas cette rigueur aux autres interdictions.
אָמַר מָר: מֵרִיבּוֹא לִשְׁלֹשָׁה וּמִשְּׁלֹשָׁה לְמָקוֹם אַחֵר – מוּתָּר.
§ La Guemara poursuit son analyse. Le Maître, Rabbi Shimon ben Yehuda citant Rabbi Shimon, dit ci-dessus : Si une grenade parmi les dix mille est tombée dans un groupe de trois grenades, et une de ces trois grenades est tombée dans un autre endroit, le mélange est permis.