רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: מָקוֹם שֶׁמִּתְכַּפְּרִין בּוֹ פַּעַם אַחַת בַּשָּׁנָה. וְרַבִּי נְחֶמְיָה סָבַר: דְּבָרִים הַמִּתְכַּפְּרִין בָּהֶן פַּעַם אַחַת בַּשָּׁנָה.
Rabbi Yehuda soutient qu’il s’agit du lieu où l’expiation est obtenue une fois par an, à savoir le Saint des Saints. Selon lui, l’ordre des actions est indispensable pour les services accomplis dans le Saint des Saints. Et Rabbi Neḥemya soutient que le verset fait référence aux actions par lesquelles l’expiation est obtenue une fois par an, c’est-à-dire à la fois au lieu et aux vêtements. Par conséquent, selon Rabbi Neḥemya, l’ordre de toutes les actions accomplies en vêtements blancs est indispensable.
אַטּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה ״מָקוֹם״ כְּתִיב? אֶלָּא, הַיְינוּ טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה: כְּתִיב ״זֹאת״, וּכְתִיב ״אַחַת״. חַד לְמַעוֹטֵי בִּגְדֵי לָבָן מִבַּחוּץ, וְחַד לְמַעוֹטֵי בִּגְדֵי זָהָב.
La Guemara demande : Faut-il en déduire que, selon l’opinion de Rabbi Yehouda, le mot lieu est écrit ? Le verset dit simplement « une fois par an », ce qui semble se référer à l’ordre du service en général, mais non à un lieu précis. Au contraire, la Guemara se rétracte de l’explication précédente au profit de la suivante : Voici le raisonnement de Rabbi Yehouda : il est écrit : « Ceci » (Lévitique 16:34), ce qui est un terme de restriction et de limitation, et il est écrit : « Une fois par an » (Lévitique 16:34), un autre terme de restriction. Une restriction vient exclure les actes accomplis avec les vêtements blancs à l’extérieur du Sanctuaire, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas indispensables ; et une restriction vient exclure les actes accomplis avec les vêtements d’or.
וְרַבִּי נְחֶמְיָה: חַד לְמַעוֹטֵי בִּגְדֵי זָהָב, וְחַד לְמַעוֹטֵי שִׁירַיִם דְּלָא מְעַכְּבִי. וְרַבִּי יְהוּדָה: אִי מְעַכְּבִי — מְעַכְּבִי, וְאִי לָא מְעַכְּבִי — לָא מְעַכְּבִי.
Et comment Rabbi Neḥemya interprète-t-il ces deux expressions restrictives ? Selon lui, l’une des restrictions vient exclure les actes accomplis avec les vêtements d’or, et une restriction vient exclure les restes de sang qui sont versés à la base de l’autel, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas indispensables. Si le Grand Prêtre a accompli un service qui est censé venir après le versement du sang trop tôt, le service est valide, malgré le fait que le versement du sang est effectué avec des vêtements blancs. La Guemara demande : Et que soutient Rabbi Yehuda au sujet des restes de sang ? La Guemara répond : Selon lui, si les autres actes accomplis à l’extérieur sont indispensables, celui-ci l’est aussi ; et si les autres actes accomplis à l’extérieur ne sont pas indispensables, les restes ne sont pas indispensables non plus. Le versement des restes de sang n’est pas différent de l’aspersion du sang à cet égard.
כִּדְתַנְיָא: ״וְכִלָּה מִכַּפֵּר אֶת הַקּוֹדֶשׁ״, אִם כִּפֵּר — כִּלָּה, וְאִם לֹא כִּפֵּר — לֹא כִּלָּה, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: מִפְּנֵי מָה לֹא נֶאֱמַר: אִם כִּלָּה — כִּפֵּר, וְאִם לֹא כִּלָּה — לֹא כִּפֵּר, שֶׁאִם חִיסֵּר אַחַת מִן הַמַּתָּנוֹת לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם.
Comme preuve que Rabbi Yehuda soutient que le versement des restes du sang n’est pas différent de l’aspersion du sang, la Guemara cite une baraita qui traite d’un cas où le versement des restes du sang est entièrement omis. Comme il a été enseigné dans une baraita : « Et lorsqu’il aura achevé de faire l’expiation pour le lieu sacré » (Lévitique 16:20). Ce verset indique que s’il a accompli l’expiation, il a achevé l’ordre du service ; et s’il n’a pas accompli l’expiation, il n’a pas achevé. Telle est la déclaration de Rabbi Akiva. Rabbi Yehuda lui dit : Pourquoi ne dirions-nous pas que s’il a achevé l’aspersion de tout le sang, il a accompli l’expiation ; et s’il n’a pas achevé, il n’a pas accompli l’expiation ? Cela indiquerait que s’il manque l’une des applications, c’est comme s’il n’avait rien fait.
וְאָמְרִינַן: מַאי בֵּינַיְיהוּ? רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. חַד אָמַר: מַשְׁמָעוּת דּוֹרְשִׁין אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ. וְחַד אָמַר: שִׁירַיִם מְעַכְּבִי אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.
Et nous disons à cet égard : Quelle est la différence pratique entre eux ? Rabbi Yoḥanan et Rabbi Yehoshua ben Levi ont débattu de ce point. L’un d’eux a dit : Il y a une différence entre eux quant à la source d’où ils tirent leur interprétation, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de différence halakhique entre eux, mais seulement un désaccord sur la manière d’interpréter les versets. Et l’autre a dit : Il y a une différence entre eux quant à savoir si le versement des restes du sang à la base de l’autel est indispensable à l’expiation. Selon Rabbi Akiva, cela n’est pas indispensable, tandis que Rabbi Yehuda soutient que cela l’est.
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: תַּנָּא רַבִּי נְחֶמְיָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר שִׁירַיִם מְעַכְּבִי! קַשְׁיָא.
La Guemara demande : Et Rabbi Yoḥanan a-t-il באמת dit cela, à savoir que, selon l’opinion de Rabbi Neḥemya, verser les restes du sang n’est pas indispensable ? Mais Rabbi Yoḥanan lui-même n’a-t-il pas dit dans le traité Zevaḥim (111a) : Rabbi Neḥemya a enseigné conformément à l’avis de celui qui a dit que les restes du sang sont indispensables ? La Guemara commente : En effet, cela est difficile.
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: קְטוֹרֶת שֶׁחֲפָנָהּ קוֹדֶם שְׁחִיטָתוֹ שֶׁל פַּר — לָא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. כְּמַאן — דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאִי רַבִּי יְהוּדָה, הָאָמַר: כִּי כְּתִיבָא ״חוּקָּה״ — בִּדְבָרִים הַנַּעֲשִׂים בְּבִגְדֵי לָבָן מִבִּפְנִים הוּא דִּכְתִיבָא!
§ Rabbi Ḥanina a dit : En ce qui concerne l’encens que le Grand Prêtre a prélevé avant l’abattage du taureau, c’est comme s’il n’avait rien fait. La Guemara commente : Conformément à l’opinion de qui cette déclaration a-t-elle été faite ? Elle n’est pas conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda. Car, si vous dites qu’elle est conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda, Rabbi Yehuda n’a-t-il pas dit que, lorsqu’il est écrit « statut » (Lévitique 16:34), un terme qui indique qu’aucun détail ne peut être modifié, cela est écrit au sujet des actes accomplis en vêtements blancs à l’intérieur du Sanctuaire, alors que le prélèvement de l’encens se fait à l’extérieur ?
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה, צוֹרֶךְ פְּנִים — כִּפְנִים דָּמֵי. תְּנַן: אִם עַד שֶׁלֹּא גָּמַר מַתָּנוֹת שֶׁבִּפְנִים נִשְׁפַּךְ הַדָּם — יָבִיא דָּם אַחֵר, וְיַחֲזוֹר וְיַזֶּה בַּתְּחִילָּה מִבִּפְנִים. וְאִם אִיתָא, יַחְזוֹר וְיַחְפּוֹן מִבְּעֵי לֵיהּ!
La Guemara rejette cette affirmation : Même si tu dis que Rabbi Ḥanina soutient l’opinion de Rabbi Yehouda, il est possible que, selon lui, le fait de prélever l’encens dans le but de l’apporter à l’intérieur soit considéré comme une action réellement accomplie à l’intérieur. La Guemara soulève une difficulté : Nous avons appris dans la michna que si le sang se renverse avant que le Grand Prêtre n’ait achevé les aspersions qui ont été effectuées à l’intérieur du Saint des Saints, il doit abattre un autre taureau ou bouc, apporter un autre sang et ensuite asperger de nouveau depuis le début à l’intérieur. Et s’il en est ainsi, qu’une action accomplie à l’extérieur du Sanctuaire dans le but d’un service à l’intérieur du Sanctuaire est considérée comme une action réellement accomplie à l’intérieur, le simple fait d’abattre le taureau et d’asperger de nouveau le sang ne devrait pas suffire. Au contraire, la michna aurait dû dire qu’il doit revenir et prélever de nouveau l’encens. Le fait que la michna ne le dise pas prouve que l’ordre du prélèvement de l’encens n’est pas indispensable.