תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא, וְלָא דַּרְכֵּיהּ לְמִסְפְּדֵיהּ.
les douze mois de l’année de deuil, c’est-à-dire que plusieurs années se sont écoulées depuis la période de deuil de douze mois pour Saül, et ce n’est pas la manière appropriée de faire un éloge funèbre après si longtemps.
נְתִינִים נִיקְרִינְהוּ וּנְפַיְּיסִינְהוּ: ״וַיִּקְרָא הַמֶּלֶךְ לַגִּבְעוֹנִים וַיֹּאמֶר אֲלֵיהֶם. מָה אֶעֱשֶׂה לָכֶם וּבַמָּה אֲכַפֵּר וּבָרְכוּ אֶת נַחֲלַת ה׳. וַיֹּאמְרוּ לוֹ הַגִּבְעוֹנִים אֵין לָנוּ כֶּסֶף וְזָהָב עִם שָׁאוּל וְעִם בֵּיתוֹ וְאֵין לָנוּ אִישׁ וְגוֹ׳ יֻתַּן לָנוּ שִׁבְעָה אֲנָשִׁים מִבָּנָיו וְהוֹקַעֲנוּם לַה׳ וְגוֹ׳״, פַּיְּיסִינְהוּ וְלָא מִיפַּיְיסוּ.
Quant aux Gabaonites, appelons-les et apaisons-les. En conséquence, le verset déclare : « Le roi appela les Gabaonites et leur dit… Que ferai-je pour vous, et avec quoi ferai-je expiation afin que vous bénissiez l’héritage du Seigneur ? Et les Gabaonites lui dirent : Il ne s’agit ni d’argent ni d’or entre nous et Saül ou sa maison ; et il ne nous appartient pas de mettre à mort qui que ce soit en Israël…Que sept hommes de ses fils nous soient livrés, et nous les pendrons devant le Seigneur… » (II Samuel 21:1–6). Il essaya de les apaiser d’autres manières, mais ils ne voulurent pas être apaisés.
אָמַר, שְׁלֹשָׁה סִימָנִים יֵשׁ בְּאוּמָּה זוֹ: הָרַחְמָנִים, וְהַבַּיְישָׁנִין, וְגוֹמְלֵי חֲסָדִים. רַחְמָנִים — דִּכְתִיב: ״וְנָתַן לְךָ רַחֲמִים וְרִחַמְךָ וְהִרְבֶּךָ״. בַּיְישָׁנִין — דִּכְתִיב: ״בַּעֲבוּר תִּהְיֶה יִרְאָתוֹ עַל פְּנֵיכֶם״. גּוֹמְלֵי חֲסָדִים — דִּכְתִיב: ״לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת בָּנָיו וְאֶת בֵּיתוֹ וְגוֹ׳״. כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה סִימָנִים הַלָּלוּ — רָאוּי לְהִדָּבֵק בְּאוּמָּה זוֹ.
David a dit : Il y a trois signes distinctifs de cette nation, le peuple juif. Ils sont miséricordieux, ils sont pudiques, et ils accomplissent des actes de bonté.
Ils sont miséricordieux, comme il est écrit : « Et Il te donnera de la miséricorde, aura pitié de toi et te multipliera » (Deutéronome 13:18) ; non seulement Dieu aura pitié de toi, mais Il te conférera aussi l’attribut de la miséricorde.
Ils sont pudiques, comme il est écrit : « Et afin que Sa crainte soit sur vos visages » (Exode 20:17), et la crainte qui est sur le visage d’une personne est sa honte.
Ils accomplissent des actes de bonté, comme il est écrit : « Car Je l’ai connu, afin qu’il ordonne à ses enfants et à sa maison après lui de garder la voie du Seigneur, en pratiquant la justice et le droit » (Genèse 18:19), c’est-à-dire accomplir des actes de bonté.
Quiconque possède ces trois signes distinctifs est apte à s’attacher à cette nation. Ceux qui manquent de ces qualités, en revanche, sont inaptes à faire partie du peuple juif. Lorsque David vit la cruauté des Gabaonites, il décréta qu’ils ne pourraient jamais entrer dans l’assemblée d’Israël.
״וַיִּקַּח הַמֶּלֶךְ אֶת שְׁנֵי בְּנֵי רִצְפָּה בַת אַיָּה אֲשֶׁר יָלְדָה לְשָׁאוּל אֶת אַרְמֹנִי וְאֶת מְפִבֹשֶׁת וְאֶת חֲמֵשֶׁת בְּנֵי מִיכַל בַּת שָׁאוּל אֲשֶׁר יָלְדָה לְעַדְרִיאֵל בֶּן בַּרְזִילַּי הַמְּחֹלָתִי״. מַאי שְׁנָא הָנֵי? אָמַר רַב הוּנָא: הֶעֱבִירוּם לִפְנֵי אָרוֹן, כֹּל שֶׁאָרוֹן קוֹלְטוֹ — לְמִיתָה, כֹּל שֶׁאֵין אָרוֹן קוֹלְטוֹ — לְחַיִּים.
La Guemara poursuit sa compréhension de l’incident : « Et le roi prit les deux fils de Ritspa, fille d’Aya, qu’elle enfanta à Saül, Armoni et Mephibosheth, ainsi que les cinq fils de Mikal, fille de Saül, qu’elle enfanta à Adriel, fils de Barzillaï le Meholathite » (II Samuel 21:8). La Guemara demande : Qu’ont-ils de différent, ces fils, pour que David les ait choisis parmi tous les descendants de Saül ? Rav Houna dit : Il fit passer tous les descendants de Saül devant l’Arche de l’Alliance. Quiconque était retenu par l’Arche, de sorte qu’il ne pouvait pas avancer, était condamné à mort ; quiconque n’était pas retenu par l’Arche était mis à part pour la vie.
מֵתִיב רַב חָנָא בַּר קַטִּינָא: ״וַיַּחְמֹל הַמֶּלֶךְ עַל מְפִבֹשֶׁת בֶּן יְהוֹנָתָן בֶּן שָׁאוּל״ — שֶׁלֹּא הֶעֱבִירוֹ.
Rav Ḥana bar Ketina souleva une objection : Le verset déclare : « Et le roi épargna Mephibosheth, fils de Jonathan, fils de Saül, à cause du serment du Seigneur qui était entre eux, entre David et Jonathan, fils de Saül » (II Samuel 21:7). Si les sept hommes furent condamnés par l’Arche, comment la pitié du roi a-t-elle affecté leur sentence ? La Guemara répond : Cela signifie qu’il ne fit pas passer Mephibosheth devant l’Arche du tout, afin qu’il ne soit aucunement en danger d’être retenu.
וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר? אֶלָּא: שֶׁהֶעֱבִירוֹ וּקְלָטוֹ, וּבִקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים, וּפְלָטוֹ. וְאַכַּתִּי: מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר? אֶלָּא, שֶׁבִּקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁלֹּא יִקְלְטֶנּוּ הָאָרוֹן.
La Guemara remet en question ce comportement : Peut-on faire preuve de favoritisme en cette affaire ? Une fois que la décision a été remise entre les mains du Ciel, comment David aurait-il pu intervenir dans des questions de vie et de mort et ne pas faire passer Méphibocheth devant l’Arche ? Au contraire, ce qui s’est passé, c’est que David a fait passer Méphibocheth devant l’Arche et l’Arche l’a retenu, mais David a immédiatement demandé miséricorde en sa faveur, et l’Arche l’a relâché. La Guemara demande : Mais la difficulté demeure toujours : Peut-on faire preuve de favoritisme en cette affaire ? Une fois que l’Arche a condamné Méphibocheth à mort, comment David aurait-il pu intervenir pour qu’un autre doive mourir à sa place ? Au contraire, David a demandé miséricorde en sa faveur, afin que l’Arche ne le retienne pas et n’a accompli aucune autre action.
וְהָא כְּתִיב: ״לֹא יוּמְתוּ אָבוֹת עַל בָּנִים וְגוֹ׳״? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוּטָב שֶׁתֵּעָקֵר אוֹת אַחַת מִן הַתּוֹרָה, וְאַל יִתְחַלֵּל שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא.
La Guemara soulève une difficulté concernant le récit tel qu’il est rapporté par la Torah : Mais n’est-il pas écrit : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les enfants ; et les enfants ne seront pas mis à mort pour les pères » (Deutéronome 24:16) ? Puisque les fils de Saül n’avaient pas péché, pourquoi furent-ils mis à mort ? Rabbi Ḥiyya bar Abba a dit que Rabbi Yoḥanan a dit : Il vaut mieux qu’une lettre et une mitsva soient déracinées de la Torah de cette manière, afin que le nom du Ciel ne soit pas profané en public [parhesya]. Le meurtre des Gabaonites par le peuple juif constituait une profanation du nom de Dieu. Afin de réparer le dommage, David acquiesça aux exigences des Gabaonites, bien qu’elles contredisent la loi de la Torah.
״וַתִּקַּח רִצְפָּה בַת אַיָּה אֶת הַשַּׂק וַתַּטֵּהוּ לָהּ אֶל הַצּוּר מִתְּחִלַּת קָצִיר עַד נִתַּךְ מַיִם עֲלֵיהֶם מִן הַשָּׁמָיִם וְלֹא נָתְנָה עוֹף הַשָּׁמַיִם לָנוּחַ עֲלֵיהֶם יוֹמָם וְחַיַּת הַשָּׂדֶה לַיְלָה״. וְהָא כְּתִיב: ״לֹא תָלִין נִבְלָתוֹ עַל הָעֵץ״!
La Guemara poursuit son analyse de l’incident. Le verset déclare : « Et Ritspa, fille d’Aya, prit un sac et l’étendit pour elle sur le rocher, depuis le début de la moisson jusqu’à ce que de l’eau soit versée sur eux depuis le ciel ; et elle ne permit ni aux oiseaux du ciel de se poser sur eux le jour, ni aux bêtes des champs la nuit » (II Samuel 21:10). La Guemara soulève une difficulté : comment ont-ils pu laisser les fils exécutés de Saül sans sépulture pendant tout ce temps ? N’est-il pas écrit : « Son corps ne passera pas la nuit sur l’arbre ; mais tu l’enterreras certainement le jour même » (Deutéronome 21:23) ?
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: מוּטָב שֶׁתֵּעָקֵר אוֹת אַחַת מִן הַתּוֹרָה, וְיִתְקַדֵּשׁ שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא. שֶׁהָיוּ עוֹבְרִים וְשָׁבִים אוֹמְרִים: מָה טִיבָן שֶׁל אֵלּוּ? הַלָּלוּ בְּנֵי מְלָכִים הֵם. וּמָה עָשׂוּ? פָּשְׁטוּ יְדֵיהֶם בְּגֵרִים גְּרוּרִים. אָמְרוּ: אֵין לְךָ אוּמָּה שֶׁרְאוּיָה לְהִדָּבֵק בָּהּ כָּזוֹ. וּמָה בְּנֵי מְלָכִים כָּךְ — בְּנֵי הֶדְיוֹטוֹת עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה! וּמָה גֵּרִים גְּרוּרִים כָּךְ — יִשְׂרָאֵל עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!
Rabbi Yoḥanan a dit au nom de Rabbi Shimon ben Yehotzadak : Il vaut mieux qu’une lettre soit arrachée de la Torah et qu’ainsi le nom du Ciel soit sanctifié en public. Comment cela ? Les passants païens diraient : Quelle est la nature de ces gens qui ont été laissés pendus ici si longtemps ? On leur répondait que ce sont des fils de rois. Et qu’ont-ils fait pour mériter un tel sort ? Ils avaient porté la main sur et causé du tort à des convertis calculateurs qui s’étaient convertis par intérêt personnel et n’avaient jamais été autorisés à entrer dans l’assemblée. Ces passants disaient : Il n’y a pas de nation aussi digne qu’on s’y attache que celle-ci. Si les fils de rois qui ont nui à des convertis sont traités de cette manière, à plus forte raison les fils de gens ordinaires [hedyotot]. Et si des convertis calculateurs sont traités de cette façon, à plus forte raison cela s’appliquerait aux membres du peuple juif eux-mêmes.
מִיָּד נִתּוֹסְפוּ עַל יִשְׂרָאֵל מֵאָה וַחֲמִשִּׁים אֶלֶף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי לִשְׁלֹמֹה שִׁבְעִים אֶלֶף נוֹשֵׂא סַבָּל וּשְׁמֹנִים אֶלֶף חוֹצֵב בָּהָר״. וְדִלְמָא יִשְׂרָאֵל הֲווֹ? לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וּמִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֹא נָתַן שְׁלֹמֹה עָבֶד״.
Immédiatement, cent cinquante mille convertis se joignirent au peuple juif, comme il est dit : « Et Salomon avait soixante-dix mille porteurs de fardeaux et quatre-vingt mille tailleurs dans les montagnes » (I Rois 5:29), et tous étaient des convertis. La Guemara demande : Mais peut-être que ces porteurs et tailleurs étaient juifs ? La Guemara répond : Cela ne peut vous venir à l’esprit, car il est écrit : « Mais parmi les enfants d’Israël, Salomon ne fit pas d’esclaves » (I Rois 9:22).
וְדִלְמָא דּוּגְזַר בְּעָלְמָא. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַיִּסְפֹּר שְׁלֹמֹה כׇּל הָאֲנָשִׁים הַגֵּרִים אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל [וְגוֹ׳] וַיִּמָּצְאוּ מֵאָה וַחֲמִשִּׁים אֶלֶף [וְגוֹ׳] וַיַּעַשׂ מֵהֶם שִׁבְעִים אֶלֶף (נוֹשֵׂא) סַבָּל וּשְׁמוֹנִים אֶלֶף חוֹצֵב בָּהָר״.
La Guemara soulève une autre difficulté : Mais d’où peut-on déduire que ces hommes étaient des esclaves ? Peut-être n’étaient-ils que des ouvriers employés [dogzar] dans les rangs du service public, auquel cas ils auraient pu être nés juifs et non convertis. Au contraire, la question est tirée d’ici : « Et Salomon dénombra tous les hommes convertis qui étaient en Eretz Yisrael... et l’on trouva qu’ils étaient au nombre de cent cinquante mille... et il en fit soixante-dix mille porteurs de fardeaux, et quatre-vingt mille tailleurs dans les montagnes » (II Chroniques 2:16–17). Il ressort clairement d’ici que ces porteurs et tailleurs étaient en fait des convertis. Ces grands nombres de convertis avaient été influencés par la sanctification du nom de Dieu à la suite du châtiment infligé aux descendants de Saül.
וּנְתִינִים דָּוִד גָּזַר עֲלֵיהֶם? מֹשֶׁה גָּזַר עֲלֵיהֶם, דִּכְתִיב: ״מֵחוֹטֵב עֵצֶיךָ עַד שׁוֹאֵב מֵימֶיךָ״! מֹשֶׁה גְּזַר לְהָהוּא דָּרָא, דָּוִד גְּזַר לְכוּלֵּי דָּרֵא.
La Guemara revient à la question principale en discussion. Quant aux Gabaonites, est-ce David qui a décrété contre eux qu’ils ne pouvaient pas entrer dans l’assemblée ? N’était-ce pas Moïse qui a décrété contre eux, comme il est écrit : « Depuis le coupeur de ton bois jusqu’au puiseur de ton eau » (Deutéronome 29:10), ce qui indique qu’il existait déjà, à l’époque de Moïse, une classe distincte de coupeurs de bois et de puiseurs d’eau. Cette classe devait être composée de convertis non sincères qui constituaient un groupe distinct, à part du reste du peuple juif. La Guemara répond : Moïse a décrété seulement à l’égard de cette génération-là qu’ils devaient rester séparés, tandis que David a décrété cela pour toutes les générations.
וְאַכַּתִּי יְהוֹשֻׁעַ גְּזַר עֲלַיְיהוּ, דִּכְתִיב: ״וַיִּתְּנֵם יְהוֹשֻׁעַ בַּיּוֹם הַהוּא חוֹטְבֵי עֵצִים וְשׁוֹאֲבֵי מַיִם לָעֵדָה וּלְמִזְבַּח ה׳״! יְהוֹשֻׁעַ גָּזַר בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, דָּוִד גָּזַר בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים.
La Guemara soulève une autre difficulté : Mais malgré tout, c’est Josué qui a décrété contre les Gabaonites, comme il est écrit : « Et Josué les établit ce jour-là comme coupeurs de bois et puiseurs d’eau pour l’assemblée et pour l’autel du Seigneur » (Josué 9:27). La Guemara répond : Josué a décrété cela pour la période où le Temple est debout, comme l’indique l’expression « pour l’autel du Seigneur », tandis que David a décrété cela même pour la période où le Temple n’est pas debout.