שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי. וְגַבֵּי צִיצִית נָמֵי, אִיבָּעֵית אֵימָא — מִשּׁוּם דְּמוֹכַח, וְאִיבָּעֵית אֵימָא — מִשּׁוּם דְּמוּפְנֶה.
Apprends de cela que cette expression est libre pour enseigner une halakha supplémentaire. Et en ce qui concerne aussi les franges rituelles, il y a une raison particulière de tirer une interprétation homilétique de la juxtaposition des versets. Si tu veux, dis que c’est parce que cela est évident d’après le contexte, et si tu veux, dis au contraire que c’est parce que ce verset est libre pour cette inférence.
אִיבָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דְּמוֹכַח — דְּאִם כֵּן לִכְתְּבֵיהּ רַחֲמָנָא גַּבֵּי פָּרָשַׁת צִיצִית, לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבֵיהּ הָכָא? וְאִיבָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דְּמוּפְנֶה — מִכְּדִי כְּתַב: ״וּבֶגֶד כִּלְאַיִם שַׁעַטְנֵז לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״ לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.
La Guemara développe : Si tu veux, dis que c’est parce que cela est évident ; car, si c’est ainsi qu’aucune déduction ne doit être tirée des versets adjacents, que le Miséricordieux écrive ce verset à côté de la section des franges rituelles (Nombres, chapitre 15). En ce qui concerne quelle halakha la Torah l’a-t-elle écrit ici ? Il est clair que la Torah enseigne une halakha à partir des versets adjacents. Et si tu veux, dis que c’est parce que ce verset est disponible, puisque la Torah a déjà écrit : « Un vêtement de tissus mêlés ne viendra pas sur toi » (Lévitique 19:19). Pourquoi, alors, ai-je besoin du verset : « Tu ne porteras pas de tissus mêlés, laine et lin ensemble » (Deutéronome 22:11) ? Apprends de cela que le verset est disponible pour la dérivation d’une interprétation homilétique à partir de versets juxtaposés.
הָנֵי מִצְרָךְ צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, הָוֵה אָמֵינָא: כׇּל דֶּרֶךְ הַעֲלָאָה אֲסַר רַחֲמָנָא, וַאֲפִילּוּ מוֹכְרֵי כְסוּת, כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״, דּוּמְיָא דִלְבִישָׁה, דְּאִית בֵּיהּ הֲנָאָה.
La Guemara rejette cette explication : Ces deux versets sont nécessaires, car si le Miséricordieux avait écrit seulement : « Il ne viendra pas sur toi », j’aurais dit que le Miséricordieux interdit toute manière par laquelle un vêtement de fibres mélangées vient sur toi, et cela s’applique même aux vendeurs de couvertures, qui ne portent pas les vêtements mais les posent simplement sur leurs épaules. C’est pourquoi le Miséricordieux écrit : « Tu ne porteras pas de fibres mélangées », pour enseigner que l’interdit ne s’applique que dans des cas semblables au fait de porter, qui procurent un bénéfice et ne consistent pas simplement à poser la couverture sur soi.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא תִלְבַּשׁ״, הֲוָה אָמֵינָא: דַּוְקָא לְבִישָׁה, דִּנְפִישׁ הֲנָיָיתַהּ, אֲבָל הַעֲלָאָה — לָא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״.
Et si le Miséricordieux avait écrit seulement : « Tu ne porteras pas », je dirais que cela signifie spécifiquement le fait de porter, ce qui procure un bénéfice significatif, à la fois chaleur et parure, mais le simple fait de placer sur soi un vêtement d’espèces diverses n’est pas interdit, même si le vêtement réchauffe la personne. C’est pourquoi le Miséricordieux écrit : « Et cela ne viendra pas sur toi. »
אִם כֵּן, לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״, ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״ לְמָה לִי?
La Guemara objecte : En tout état de cause, une partie du verset est superflue, car, si tel est le cas, que le Miséricordieux écrive seulement : « Tu ne porteras pas de mélange d’espèces. » Pourquoi ai-je besoin de l’ajout de « laine et lin » ? La définition du mélange d’espèces dans les vêtements est déjà connue d’une autre source.
מִכְּדִי כְּתַב ״וּבֶגֶד כִּלְאַיִם שַׁעַטְנֵז לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, וְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: הוֹאִיל וְנֶאֶמְרוּ בַּתּוֹרָה סְתָם ״בְּגָדִים״, וּפָרַט לְךָ הַכָּתוּב בְּאֶחָד מֵהֶן צֶמֶר וּפִשְׁתִּים — אַף כֹּל צֶמֶר וּפִשְׁתִּים, ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לְמָה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.
Comment cela ? Car il est écrit : « Un vêtement de diverses espèces mêlées ne viendra pas sur toi » (Lévitique 19:19), et l’école de Rabbi Yishmaël a enseigné : Puisque le mot vêtements est énoncé dans la Torah sans précision, sans indiquer de quelles matières ces vêtements étaient faits, et que le verset a précisé dans l’une de ses références aux vêtements, dans le contexte des halakhot de l’impureté rituelle de la lèpre : « Un vêtement de laine ou un vêtement de lin » (Lévitique 13:47), on peut tirer la conclusion suivante : De même que, lorsque la Torah mentionne un vêtement dans le cas de la lèpre, elle parle d’un vêtement fait de laine ou de lin, de même, tous les vêtements mentionnés dans la Torah sont ceux faits de laine ou de lin. Les autres tissus ne sont pas classés parmi ceux utilisés pour les vêtements. Si tel est le cas, pourquoi ai-je besoin de l’expression : « Laine et lin » que le Miséricordieux a écrite au sujet des espèces mêlées ? Apprends de cela que le passage superflu est libre.
וְאַכַּתִּי אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: הַעֲלָאָה הִיא דְּלָא נְפִישׁ הֲנָאָתַהּ, אֲבָל לְבִישָׁה דִּנְפִישׁ הֲנָיָיתַהּ — כֹּל תְּרֵי מִינֵי אֲסַר רַחֲמָנָא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״!
La Guemara soulève une difficulté : Mais le verset reste nécessaire, car on pourrait penser dire qu’il se réfère seulement au fait de placer un vêtement sur soi, ce qui ne procure pas un grand bénéfice ; cependant, en ce qui concerne le port effectif d’un vêtement, qui implique un grand bénéfice, la Torah interdit de porter n’importe quels deux types ensemble. Par conséquent, la Torah écrit « laine et lin » également au sujet du port de vêtements d’espèces diverses.
אִם כֵּן, לִשְׁתּוֹק קְרָא מִינֵּיהּ, וְתֵיתֵי ״שַׁעַטְנֵז״ ״שַׁעַטְנֵז״ מֵהַעֲלָאָה.
La Guemara répond : Si tel est le cas, que le verset se taise et s’abstienne de mentionner du tout la laine et le lin, et la halakha selon laquelle seul le fait de porter ensemble laine et lin est interdit peut être déduite au moyen d’une analogie verbale entre les termes « espèces diverses » (Deutéronome 22:11) et « espèces diverses » tirés du fait de mettre sur soi une couverture d’espèces diverses (Lévitique 19:19). La répétition de la laine et du lin doit venir enseigner qu’il faut tirer une interprétation homilétique de ces versets juxtaposés.
וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: טַעְמָא דִּכְתַב רַחֲמָנָא ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״, הָא לָאו הָכִי, כִּלְאַיִם בְּצִיצִית הֲוָה אָמֵינָא דַּאֲסַר רַחֲמָנָא? וְהָכְתִיב: ״וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִית עַל כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם״,
La Guemara demande : Et selon ce que l’école de Rabbi Yishmael a enseigné, à savoir que la mention de la laine et du lin est superflue et enseigne qu’ils ne sont pas interdits dans le cas des franges rituelles, la raison est que le Miséricordieux écrit spécifiquement la laine et le lin. De là, on peut déduire que, sans cela, je dirais que le Miséricordieux interdit un mélange de genres divers dans les franges rituelles. Peut-on considérer que tel est le cas ? Mais n’est-il pas écrit : « Qu’ils se fassent des franges aux coins de leurs vêtements » (Nombres 15:38) ?
וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כָּל בְּגָדִים צֶמֶר וּפִשְׁתִּים הֵם, וְאָמַר רַחֲמָנָא עֲבֵיד לֵיהּ תְּכֵלֶת, וּתְכֵלֶת עַמְרָא הוּא. וּמִמַּאי דִּתְכֵלֶת עַמְרָא הוּא? מִדְּשֵׁשׁ — כִּיתָּנָא, תְּכֵלֶת — עַמְרָא הוּא.
Et l’école de Rabbi Yishmael a enseigné : Tous les vêtements mentionnés dans la Torah sont de laine ou de lin, et le Miséricordieux dit, au sujet des franges rituelles : Prépare-la avec un bleu azur, et un fil teint en bleu azur est préparé à partir de laine. La Torah ordonne explicitement qu’au moins un fil de laine teint en bleu azur soit attaché même à un tissu de lin, ce qui prouve que les espèces mélangées sont permises dans le contexte des franges rituelles. La Guemara établit l’affirmation précédente : Et d’où est-il dérivé que le fil bleu azur est fait de laine ? Du fait que la Torah précise que l’un des fils des vêtements sacerdotaux était fait de shesh, qui signifie lin, cela indique que les autres fils, y compris le fil bleu azur, sont de laine.
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא כִּדְרָבָא, דְּרָבָא רָמֵי: כְּתִיב ״הַכָּנָף״ — מִין כָּנָף, וּכְתִיב ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״!
§ Revenant à la question, la Guemara explique que la mention de la laine et du lin est nécessaire, car il pourrait vous venir à l’esprit d’avancer un argument conformément à l’opinion de Rava. Car Rava a soulevé une contradiction à partir du verset suivant : Il est écrit : « Qu’ils se fassent des franges aux coins de leurs vêtements » (Nombres 15:38). L’expression « les coins » indique que cela doit être du même type de fil que le coin, c’est-à-dire que les fils des franges doivent être constitués du même type de matériau que le coin du vêtement. Et pourtant il est écrit : « Laine et lin » (Deutéronome 22:11), ce qui indique que les franges rituelles ne peuvent être préparées qu’à partir de ces matériaux et d’aucun autre.
הָא כֵּיצַד? צֶמֶר וּפִשְׁתִּים פּוֹטְרִין בֵּין בְּמִינָן, בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינָן. שְׁאָר מִינִין, בְּמִינָן פּוֹטְרִין, שֶׁלֹּא בְּמִינָן אֵין פּוֹטְרִין.
Comment cela? Comment cette contradiction peut-elle être résolue ? Des franges faites de laine et de lin remplissent l’obligation des franges rituelles que le vêtement soit du même type de matière, c’est-à-dire de laine ou de lin, ou qu’il soit d’un type différent de tissu. En revanche, en ce qui concerne tous les autres types de matière, si les franges rituelles sont du même type, par exemple des franges de soie sur un vêtement de soie, elles remplissent l’obligation, mais si le tissu n’est pas du même type, elles ne remplissent pas l’obligation des franges rituelles. Par conséquent, n’eût été l’expression « laine et lin », il aurait été nécessaire de préparer des franges rituelles du même matériau que le vêtement lui-même, même lorsqu’on utilise de la laine ou du lin.
וְהָא תַּנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל לֵית לֵיהּ דְּרָבָא!
La Guemara demande : Mais le tanna de l’école de Rabbi Yishmael ne soutient pas cet avis de Rava, car ce tanna estime qu’il n’y a pas d’obligation de mettre des franges rituelles sur un vêtement qui n’est pas fait de laine ou de lin. La raison en est que, lorsque la Torah parle de vêtements, elle se réfère exclusivement à des habits faits de laine ou de lin. Par conséquent, l’interprétation de Rava concernant différents types de matériau ne s’applique pas à l’opinion du tanna de l’école de Rabbi Yishmael.
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא, כִּי דִיּוּקָא דְּרָבָא: ״הַכָּנָף״ — מִין כָּנָף, וְהָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: עָבֵיד לֵיהּ צֶמֶר לְצֶמֶר וּפִשְׁתִּים לְפִשְׁתִּים. וְכִי עָבְידַתְּ צֶמֶר לְצֶמֶר — צִבְעֵיהּ, אֲבָל צֶמֶר לְפִשְׁתִּים וּפִשְׁתִּים לְצֶמֶר — לָא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״צֶמֶר וּפִשְׁתִּים״, דַּאֲפִילּוּ צֶמֶר לְפִשְׁתִּים וּפִשְׁתִּים לְצֶמֶר.
La Guemara répond : Il est néanmoins nécessaire d’énoncer : « Laine et lin », car il pourrait vous venir à l’esprit de dire, conformément à l’inférence de Rava, que l’expression « les coins » indique que cela doit être du même type de fil que le coin, mais d’une manière différente : Voici ce que le Miséricordieux dit : Prépare-lui des franges de laine pour un vêtement de laine et des franges de lin pour un vêtement de lin, et lorsque tu prépares des franges de laine pour un vêtement de laine, teins-le en bleu azur. Cependant, si tu prépares des franges de laine pour des vêtements de lin ou des franges de lin pour un vêtement de laine, tu n’as pas besoin d’inclure un fil bleu azur. Par conséquent, le Miséricordieux déclare : « Laine et lin », ce qui enseigne que l’on s’acquitte de l’obligation des franges même avec des franges de laine pour un vêtement de lin ou des franges de lin pour un vêtement de laine.