דְּאִי בָּעֲיָא אָמְרָה: ״שָׁלוֹם בָּעוֹלָם״. אוֹ דִלְמָא: כֵּיוָן דְּאִיחַזְקָה — אָמְרָה בִּדְדָמֵי, וְלָא אָתֵי ״מָה לִי לְשַׁקֵּר״ וּמַרַע חֶזְקָתֵיהּ.
Car si elle avait voulu mentir, elle aurait dit : Il y avait la paix dans le monde, et le tribunal aurait accepté son témoignage. Ou peut-être peut-on soutenir : Puisqu’elle a maintenu qu’il y avait une guerre et que cette affirmation de sa part a déjà été acceptée, en ce qui concerne son témoignage au sujet de son mari, elle dira ce qu’elle imagine être le cas, et l’argument : Pourquoi mentirais-je ? ne vient pas ébranler la présomption établie qu’il y avait une guerre.
תָּא שְׁמַע: ״עִישְּׁינוּ עָלֵינוּ בַּיִת״, ״עִישְּׁינוּ עָלֵינוּ מְעָרָה״, ״הוּא מֵת, וַאֲנִי נִצַּלְתִּי״ — אֵינָהּ נֶאֱמֶנֶת. שָׁאנֵי הָתָם, דְּאָמַר לָהּ: כִּי הֵיכִי דִּלְדִידָךְ אִיתְרְחִישׁ נִיסָּא, לְדִידֵיהּ נָמֵי אִיתְרְחִישׁ נִיסָּא.
La Guemara cite une baraita dans une tentative de résoudre ce dilemme. Viens et écoute : Il a été enseigné que si une femme vient et dit : Ils ont mis le feu à notre maison et la maison s’est remplie de fumée, ou : Ils ont mis le feu à notre grotte pour nous enfumer et nous faire sortir, et elle ajoute : Mon mari est mort et j’ai été sauvée, elle n’est pas considérée comme crédible. Dans ce cas, c’est elle-même qui a raconté toute l’histoire, et malgré cela sa version des faits n’est pas acceptée. La Guemara répond que cela ne constitue pas une preuve. Là-bas, dans le cas de l’incendie, c’est différent, car on lui dit : De même qu’un miracle s’est produit pour toi et que tu as été sauvée, de même un miracle a pu se produire pour ton mari, et lui aussi a survécu.
תָּא שְׁמַע: ״נָפְלוּ עָלֵינוּ גּוֹיִם״, ״נָפְלוּ עָלֵינוּ לִיסְטִים״, ״הוּא מֵת, וְנִצַּלְתִּי״ — נֶאֱמֶנֶת. הָתָם, כִּדְרַב אִידִי. דְּאָמַר רַב אִידִי: אִשָּׁה כְּלֵי זַיְינָהּ עָלֶיהָ.
Viens et écoute une preuve tirée d’une autre baraita. Si une femme vient et dit : Un groupe de gentils nous a attaqués, ou : Un groupe de bandits nous a attaqués, et qu’elle ajoute : Mon mari est mort et j’ai été sauvée, elle est jugée digne de foi. Cela indique que son témoignage est accepté en vertu de l’argument : Pourquoi mentirait-elle ? La Guemara rejette cette preuve. Là-bas, dans cette baraita, son témoignage est accepté parce qu’il est logique de penser qu’elle dit la vérité, conformément à l’opinion de Rav Idi. Comme l’a dit Rav Idi : En ce qui concerne une femme, ses armes sont sur elle. En d’autres termes, une femme n’est généralement pas tuée par des voleurs, parce que le simple fait d’être une femme la protège. Ils seraient très probablement susceptibles de la violer plutôt que de la tuer. Par conséquent, il est raisonnable de supposer qu’elle dit la vérité.
הָהוּא גַּבְרָא דִּבְשִׁילְהֵי הִלּוּלֵיהּ אִיתְּלַי נוּרָא בֵּי (גנני) [גְּנָנֵיהּ]. אֲמַרָה לְהוּ דְּבֵיתְהוּ: ״חֲזוֹ גַּבְרַאי! חֲזוֹ גַּבְרַאי!״ אֲתוֹ, חֲזוֹ גַּבְרָא חָרוֹכָא דִּשְׁדֵי, וּפִסְּתָא דִּידָא דְּשַׁדְיָא.
§ La Guemara raconte : Il y avait un certain homme qui se maria. À la fin de son mariage, un incendie éclata dans la chambre nuptiale, où se tenaient les mariés pendant la cérémonie. Sa femme cria et leur dit : Regardez mon mari, regardez mon mari ! Ils allèrent et virent un homme brûlé, méconnaissable, gisant à terre, ainsi que la paume d’une main reposant là.
סָבַר רַב חִיָּיא בַּר אָבִין לְמֵימַר: הַיְינוּ ״עִישְּׁינוּ עָלֵינוּ בַּיִת, עִישְּׁינוּ עָלֵינוּ מְעָרָה״. אָמַר רָבָא: מִי דָּמֵי? הָתָם לָא קָאָמְרָה ״חֲזוֹ גַּבְרַאי, חֲזוֹ גַּבְרַאי״. וְעוֹד, גַּבְרָא חָרוֹכָא דִּשְׁדֵי, וּפִסְּתָא דִּידָא דְּשַׁדְיָא.
Rav Ḥiyya bar Avin pensa dire : C’est le même cas que : Ils ont mis le feu à notre maison et la maison s’est remplie de fumée, ou : Ils ont mis le feu à notre grotte pour nous enfumer et nous faire sortir, c’est-à-dire que nous ne pouvons pas nous fier à son affirmation selon laquelle son mari est mort. Rava dit : Est-ce que ce cas est comparable à ceux-là ? Là-bas, elle n’a pas dit : Regardez mon mari, regardez mon mari. Et de plus, il y a une autre différence : Ici, il y a un homme brûlé qui est tombé et un palmier qui est couché là. En d’autres termes, sa déclaration est étayée par les faits.
וְרַב חִיָּיא בַּר אָבִין — גַּבְרָא חָרוֹכָא דִּשְׁדֵי, אֵימָא אִינִישׁ אַחֲרִינָא אֲתָא לְאַצּוֹלֵי, וַאֲכַילְתֵּיהּ נוּרָא. וּפִסְּתָא דִידָא דְּשַׁדְיָא — נוּרָא אִיתְּלַיא וְאִתְיְלִיד בֵּיהּ מוּמָא, וּמֵחֲמַת כִּיסּוּפָא אֲזַל וַעֲרַק לְעָלְמָא.
Et pourquoi Rav Ḥiyya bar Avin n’a-t-il pas accepté son témoignage ? À son avis, un homme brûlé qui est tombé ne constitue pas une preuve concluante, car on peut encore dire : Peut-être qu’une autre personne est venue porter secours et que le feu l’a brûlée. Et quant à la paume de la main gisant là, peut-être que le feu l’a brûlé et a causé une difformité à cause de laquelle il a perdu sa main, et, à cause de sa honte, il est parti et s’est enfui vers quelque autre endroit dans le monde, mais il est toujours vivant. Par conséquent, Rav Ḥiyya bar Avin n’a pas voulu se fier au témoignage de l’épouse.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: עֵד אֶחָד בַּמִּלְחָמָה מַהוּ? טַעְמָא דְּעֵד אֶחָד מְהֵימַן — מִשּׁוּם דְּמִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִיגַּלּוֹיֵי הוּא לָא מְשַׁקַּר, הָכָא נָמֵי לָא מְשַׁקַּר. אוֹ דִלְמָא: טַעְמָא דְּעֵד אֶחָד מִשּׁוּם דְּהִיא גּוּפָא דָּיְיקָא וּמִינַּסְבָא, וְהָכָא [כֵּיוָן דְּזִימְנִין דְּסָנְיָא לֵיהּ], לָא דָּיְיקָא וּמִינַּסְבָא.
§ Un dilemme fut soulevé devant eux : dans le cas d’un seul témoin qui atteste la mort de quelqu’un pendant une guerre, quelle est la halakha ? La Guemara explique les deux côtés du dilemme : La raison pour laquelle un seul témoin est jugé crédible lorsqu’il fournit un témoignage concernant la mort d’un mari est que le fait que le mari soit vivant est une chose susceptible d’être révélée, et l’on ne mentirait pas dans un cas de ce genre. Ici aussi, un seul témoin ne mentirait pas. Ou peut-être que la raison pour laquelle un seul témoin est digne de confiance est que son récit est appuyé par le fait qu’elle-même est rigoureuse dans son enquête avant de se remarier. Mais ici, puisque parfois elle le déteste, et que la guerre est une situation qui exige une enquête particulièrement minutieuse et qu’il est tentant pour elle de se fier au témoin, elle n’est pas rigoureuse dans son enquête avant de se remarier, et par conséquent le témoignage d’un seul témoin n’est pas accepté.
אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא: תָּא שְׁמַע, אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: כְּשֶׁיָּרַדְתִּי לִנְהַרְדְּעָא לְעַבֵּר הַשָּׁנָה, מְצָאַנִי נְחֶמְיָה אִישׁ בֵּית דְּלִי, וְאָמַר לִי: שָׁמַעְתִּי שֶׁאֵין מַשִּׂיאִין אֶת הָאִשָּׁה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עַל פִּי עֵד אֶחָד, אֶלָּא רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא. וְנַמְתִּי לוֹ: כֵּן הַדְּבָרִים. אָמַר לִי, אֱמוֹר לָהֶם מִשְּׁמִי: אַתֶּם יוֹדְעִים הַמְּדִינָה הַזּוֹ מְשׁוּבֶּשֶׁת בִּגְיָיסוֹת? כָּךְ מְקוּבְּלַנִי מֵרַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן, שֶׁמַּשִּׂיאִין הָאִשָּׁה עַל פִּי עֵד אֶחָד.
Rami bar Ḥama a dit : Viens et écoute une résolution à ce dilemme. Rabbi Akiva a dit : Lorsque je suis descendu à Neharde’a en Babylonie pour intercaler l’année, j’y ai trouvé le Sage Neḥemya de Beit D’li, et il m’a dit : J’ai entendu dire que les Sages ne permettent pas à une femme de se marier en Eretz Yisrael sur la base du témoignage d’un seul témoin, à l’exception de Rabbi Yehuda ben Bava, car les autres Sages hésitent à se fier à son opinion. Et je lui ai dit [namti] : C’est bien cela. Il m’a dit : Dis-leur en mon nom : Savez-vous que ce pays est infesté de troupes ? Telle est la tradition que j’ai reçue de Rabban Gamliel l’Ancien, à savoir que les Sages permettent à une femme de se marier sur la base d’un seul témoin.
מַאי מְדִינָה מְשׁוּבֶּשֶׁת בִּגְיָיסוֹת? לָאו, אַף עַל גַּב דִּמְדִינָה זוֹ מְשׁוּבֶּשֶׁת, כָּךְ מְקוּבְּלַנִי שֶׁמַּשִּׂיאִין עַל פִּי עֵד אֶחָד. אַלְמָא עֵד אֶחָד מְהֵימַן.
La Guemara analyse cette baraita par rapport à la question en jeu. Quelle est la signification de son commentaire selon lequel ce pays est infesté de troupes ? N’est-ce pas ce qu’il veut dire : Même si ce pays est infesté de troupes, telle est la tradition que j’ai reçue, à savoir que les Sages permettent bien à une femme de se marier sur la base d’un seul témoin, malgré la guerre. Apparemment, un seul témoin est jugé crédible dans le cas d’un mari disparu en temps de guerre.
אָמַר רָבָא: אִי הָכִי, מַאי שְׁנָא ״מְדִינָה זוֹ״? ״כׇּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ גְּיָיסוֹת״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא אָמַר רָבָא, הָכִי קָאָמַר: אַתֶּם יוֹדְעִים שֶׁמְּדִינָה זוֹ מְשׁוּבֶּשֶׁת בִּגְיָיסוֹת, וְלָא אֶפְשָׁר לִי לְמִשְׁבַּק אִינָשֵׁי בֵיתִי וּמֵייתֵי קַמֵּי רַבָּנַן. כָּךְ מְקוּבְּלַנִי מֵרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁמַּשִּׂיאִין הָאִשָּׁה עַל פִּי עֵד אֶחָד.
Rava dit : Si c’est ainsi que tu interprètes la question, en quoi ce pays est-il différent de tout autre ? En d’autres termes, pourquoi Neḥemya de Beit D’li a-t-il mentionné un lieu particulier ? Il aurait dû dire : N’importe quel endroit où il y a des troupes. Au contraire, Rava dit : Voici ce qu’il a dit : Vous savez que ce pays est rempli de troupes, et je ne peux pas laisser les membres de ma maisonnée et venir devant les Sages, en raison du danger. Par conséquent, je ne peux pas témoigner personnellement que c’est là la tradition que j’ai reçue de Rabban Gamliel l’Ancien, à savoir que les Sages permettent à une femme de se marier sur la base d’un seul témoin. Selon cette interprétation, sa déclaration n’a aucune incidence sur la question en cours.
תָּא שְׁמַע: מַעֲשֶׂה בִּשְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁהָיוּ בָּאִין עִם אַבָּא יוֹסֵי בֶּן סִימַאי בִּסְפִינָה, וְטָבְעָה, וְהִשִּׂיא רַבִּי נְשׁוֹתֵיהֶן עַל פִּי נָשִׁים. וְהָא מַיִם כְּמִלְחָמָה דָּמוּ. וְנָשִׁים, אֲפִילּוּ מֵאָה — כְּעֵד אֶחָד דָּמוּ, וְקָתָנֵי: הִשִּׂיא!
La Guemara continue. Viens et entends une baraita qui rapporte un incident impliquant deux érudits de la Torah qui voyageaient avec Abba Yosei ben Simai en bateau, et ce bateau a coulé. Et Rabbi Yehouda HaNassi a permis à leurs femmes de se marier sur la base du témoignage donné par des femmes selon lequel ces hommes étaient morts. Mais considère ceci : L’eau, c’est-à-dire la mer, est comme la guerre en ce qui concerne cette halakha, car dans les deux cas il y a place pour la conjecture et l’erreur. Et les femmes, même cent d’entre elles, sont considérées comme un seul témoin en ce qui concerne leur témoignage sur la mort d’un mari. Et pourtant, la baraitaa enseigné : Il leur a permis de se marier, ce qui indique qu’on peut se fier à un seul témoin même en temps de guerre.
וְתִסְבְּרָא? מַיִם שֶׁאֵין לָהֶם סוֹף נִינְהוּ, וּמַיִם שֶׁאֵין לָהֶם סוֹף — אִשְׁתּוֹ אֲסוּרָה. אֶלָּא הֵיכִי דָּמֵי, דְּאָמְרִי: אַסְּקִינְהוּ קַמַּן
La Guemara rejette cette preuve. Et comment pouvez-vous comprendre cela de cette manière ? Apparemment, les femmes ont seulement témoigné que le bateau avait coulé, et c’est un cas de masse d’eau sans fin, car le bateau a coulé en mer à un endroit d’où il est impossible de voir le rivage. Et la halakha est que si un homme se trouvait sur un bateau qui a coulé dans une masse d’eau sans fin, sa femme est interdite de se marier, car il n’y a aucune preuve qu’il s’est réellement noyé et qu’il n’est pas sorti de l’eau sur un autre rivage. Plutôt, il faut dire : Quelles sont les circonstances ? Que ces femmes ont dit : Ces hommes noyés ont été remontés devant nous