בִּתְלָתָא אֲמַר לְהוּ מִצְוַת הַגְבָּלָה; בְּאַרְבְּעָה עֲבוּד פְּרִישָׁה. וְרַבָּנַן סָבְרִי — בִּתְרֵי בְּשַׁבָּא אִיקְּבַע יַרְחָא, בִּתְרֵי בְּשַׁבָּא לָא אֲמַר לְהוּ וְלָא מִידֵּי מִשּׁוּם חוּלְשָׁא דְאוֹרְחָא; בִּתְלָתָא אֲמַר לְהוּ: ״וְאַתֶּם תִּהְיוּ לִי״; בְּאַרְבְּעָה אֲמַר לְהוּ מִצְוַת הַגְבָּלָה; בְּחַמְשָׁא עֲבוּד פְּרִישָׁה. מֵיתִיבִי: ״וְקִדַּשְׁתָּם הַיּוֹם וּמָחָר״, קַשְׁיָא לְרַבִּי יוֹסֵי!
Le troisième jour de la semaine, Dieu leur dit la mitzva d’établir des limites autour du mont Sinaï. Le quatrième jour de la semaine, les maris et les femmes se séparèrent les uns des autres. Et les Sages soutiennent : Le deuxième jour de la semaine, la Nouvelle Lune fut établie, et le deuxième jour de la semaine, Dieu ne leur dit rien en raison de la fatigue causée par leur voyage. Le troisième jour de la semaine, Dieu leur dit : « Et vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte ; telles sont les paroles que tu diras aux enfants d’Israël » (Exode 19:6). Le quatrième jour de la semaine, Dieu leur dit la mitzva d’établir des limites autour du mont Sinaï. Le cinquième jour de la semaine, les maris et les femmes se séparèrent les uns des autres. La Guemara soulève une objection : Le verset ne dit-il pas : « Et le Seigneur dit à Moïse : Va vers le peuple et sanctifie-les aujourd’hui et demain, et qu’ils lavent leurs vêtements » (Exode 19:10), indiquant que les maris et les femmes ne se séparèrent que pendant deux jours ? Cela est difficile selon l’opinion de Rabbi Yossei, qui a dit plus tôt que la séparation dura trois jours.
אָמַר לְךָ רַבִּי יוֹסֵי: יוֹם אֶחָד הוֹסִיף מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ. דְּתַנְיָא: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָשָׂה מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ, וְהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עִמּוֹ. הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ, וּפֵירַשׁ מִן הָאִשָּׁה, וְשָׁבַר אֶת הַלּוּחוֹת.
La Guemara répond : Rabbi Yossei aurait pu te dire : Moïse ajouta un jour au nombre de jours que Dieu avait ordonné sur la base de sa propre compréhension, comme cela a été enseigné dans une baraita : Moïse fit trois choses sur la base de sa propre compréhension, et le Saint, Béni soit-Il, fut d’accord avec lui. Il ajouta un jour aux jours de séparation avant la révélation au Sinaï sur la base de sa propre compréhension. Et il se sépara complètement de sa femme après la révélation au Sinaï. Et il brisa les tables à la suite du péché du Veau d’or.
הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ, מַאי דְּרַשׁ? ״הַיּוֹם וּמָחָר״ — הַיּוֹם כְּמָחָר. מָה לְמָחָר לֵילוֹ עִמּוֹ, אַף הַיּוֹם לֵילוֹ עִמּוֹ. וְלַיְלָה דְּהָאִידָּנָא נְפַק לֵיהּ, שְׁמַע מִינַּהּ תְּרֵי יוֹמֵי לְבַר מֵהָאִידָּנָא. וּמְנָלַן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ — דְּלָא שְׁרַאי שְׁכִינָה עַד צַפְרָא דְשַׁבְּתָא.
La Guemara traite de ces cas : Il ajouta un jour sur la base de sa propre perception. Quelle source a-t-il interprétée qui l’a conduit à agir ainsi ? Il a raisonné que, puisque le Saint, béni soit-Il, a dit : « Sanctifiez-les aujourd’hui et demain”, la juxtaposition des deux jours enseigne qu’aujourd’hui est comme demain ; de même que demain les hommes et les femmes se sépareront pour ce jour et pour la nuit qui le précède, de même aujourd’hui exige une séparation pour le jour et pour la nuit qui le précède. Puisque Dieu lui parla le matin, et que la nuit de ce jour-là était déjà passée, Moïse conclut : On en déduit que la séparation doit être en vigueur pendant deux jours en plus de ce jour-là. C’est pourquoi il prolongea la mitsva de séparation d’un jour. Et d’où déduisons-nous que le Saint, béni soit-Il, approuva son interprétation ? Cela se déduit du fait que la Présence divine ne reposa pas sur le mont Sinaï avant le matin de Chabbat, comme Moïse l’avait déterminé.
וּפֵירַשׁ מִן הָאִשָּׁה, מַאי דְּרַשׁ? נָשָׂא קַל וָחוֹמֶר בְּעַצְמוֹ, אָמַר: וּמָה יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא דִּבְּרָה שְׁכִינָה עִמָּהֶן אֶלָּא שָׁעָה אַחַת, וְקָבַע לָהֶן זְמַן, אָמְרָה תּוֹרָה: ״וְהָיוּ נְכֹנִים וְגוֹ׳ אַל תִּגְּשׁוּ״. אֲנִי, שֶׁכׇּל שָׁעָה וְשָׁעָה שְׁכִינָה מְדַבֶּרֶת עִמִּי, וְאֵינוֹ קוֹבֵעַ לִי זְמַן — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. וּמְנָלַן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ? — דִּכְתִיב: ״לֵךְ אֱמֹר לָהֶם שׁוּבוּ לָכֶם לְאׇהֳלֵיכֶם״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וְאַתָּה פֹּה עֲמֹד עִמָּדִי״. וְאִית דְּאָמְרִי: ״פֶּה אֶל פֶּה אֲדַבֶּר בּוֹ״.
Et il s’est totalement séparé de sa femme après la révélation au Sinaï. Quelle source a-t-il interprétée qui l’a conduit à agir ainsi ? Il a raisonné par une inférence a fortiori de lui-même et a dit : Si Israël, avec qui la Présence divine n’a parlé qu’une seule fois et Dieu a fixé un moment précis pour eux où la Présence divine serait révélée, et pourtant la Torah a déclaré : « Préparez-vous pendant trois jours, n’approchez pas d’une femme » (Exode 19:15) ; moi, avec qui la Présence divine parle tout le temps et Dieu ne fixe pas de moment précis pour moi, à plus forte raison dois-je me séparer de ma femme. Et d’où déduisons-nous que le Saint, béni soit-Il, a été d’accord avec lui ? Comme il est écrit après la révélation au Sinaï : « Va leur dire : Retournez dans vos tentes » (Deutéronome 5:26), c’est-à-dire dans leurs maisons et auprès de leurs femmes. Et ensuite il est écrit que Dieu dit à Moïse : « Et toi, tiens-toi ici avec Moi » (Deutéronome 5:27), indiquant que Moïse n’avait pas le droit de rentrer chez lui, car il devait constamment être prêt à recevoir la parole de Dieu. Et certains disent une autre source indiquant que Dieu a approuvé son raisonnement. Lorsque Aaron et Myriam critiquèrent la séparation de Moïse d’avec sa femme, Dieu dit : « Avec lui Je parle bouche à bouche, clairement, et non en énigmes ; et il contemple la ressemblance du Seigneur ; pourquoi donc n’avez-vous pas craint de parler contre Mon serviteur, contre Moïse ? » (Nombres 12:8). Cela indique que Dieu a approuvé son raisonnement.
שָׁבַר אֶת הַלּוּחוֹת, מַאי דְּרַשׁ? אָמַר: וּמָה פֶּסַח שֶׁהוּא אֶחָד מִתַּרְיָ״ג מִצְוֹת, אָמְרָה תּוֹרָה: ״וְכׇל בֶּן נֵכָר לֹא יֹאכַל בּוֹ״. הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ [כָּאן] וְיִשְׂרָאֵל מְשׁוּמָּדִים — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. וּמְנָלַן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ״, וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: יִישַׁר כֹּחֲךָ שֶׁשִּׁבַּרְתָּ.
Et il brisa les tables à la suite du péché du Veau d’or. Quelle source a-t-il interprétée qui l’a conduit à agir ainsi ? Moïse a dit : En ce qui concerne l’agneau pascal, qui n’est que l’une des six cent treize mitzvot, la Torah a déclaré : « Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Voici l’ordonnance de l’offrande pascale ; aucun étranger n’en mangera » (Exode 12:43), en référence non seulement aux gentils, mais aussi aux Juifs apostats. Quant aux tables, qui représentaient la Torah tout entière, et Israël à ce moment-là étaient apostats, puisqu’ils adoraient le veau, à plus forte raison n’étaient-ils pas dignes de recevoir la Torah. Et d’où déduisons-nous que le Saint, béni soit-Il, a approuvé son raisonnement ? Comme il est dit : « Les premières tables que tu as brisées [asher shibarta] » (Exode 34:1), et Reish Lakish a dit : Le mot asher est une allusion à l’expression : Que ta force soit affermie [yishar koḥakha] du fait que tu as brisé les tables.
תָּא שְׁמַע: ״וְהָיוּ נְכֹנִים לַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי״, קַשְׁיָא לְרַבִּי יוֹסֵי. הָא אָמְרִינַן יוֹם אֶחָד הוֹסִיף מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ. תָּא שְׁמַע: ״שְׁלִישִׁי״ — שְׁלִישִׁי בַּחֹדֶשׁ וּשְׁלִישִׁי בַּשַּׁבָּת, קַשְׁיָא לְרַבָּנַן! אָמְרִי לָךְ רַבָּנַן: הָא מַנִּי — רַבִּי יוֹסֵי הִיא.
Viens et écoute une difficulté supplémentaire tirée du verset : « Et soyez prêts pour le troisième jour, car le troisième jour Dieu descendra sur le mont Sinaï aux yeux de toute la nation » (Exode 19:11). Cela indique que Dieu a dit que la Torah serait donnée le troisième jour après deux jours de séparation. Cela est difficile selon l’opinion de Rabbi Yosei. La Guemara répond : N’avons-nous pas dit que Moïse a ajouté un jour sur la base de sa propre compréhension ? Viens et écoute une preuve contre cela à partir de ce qui a été enseigné dans une baraita. Ce qui est énoncé dans la Torah : « Car le troisième jour », signifie le troisième jour du mois et le troisième jour de la semaine. Apparemment, la nouvelle lune tombait un dimanche. Cela est difficile selon l’opinion des Sages. La Guemara répond : Les Sages auraient pu te dire : De qui est l’opinion dans cette baraita ? C’est l’opinion de Rabbi Yosei. Par conséquent, cette baraita ne pose aucune difficulté à l’opinion des Sages.
שְׁלִישִׁי לְמַאי? לְכִדְתַנְיָא: ״וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם אֶל ה׳״, וּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם אֶל ה׳״.
Selon l’opinion des Rabbins, ce jour-là était le troisième jour de quel décompte ? Comme cela a été enseigné dans une baraita : Il est écrit : « Et Moïse rapporta les paroles du peuple au Seigneur » (Exode 19:8). Et il est écrit immédiatement après : « Et Dieu dit à Moïse : Voici, Je viendrai à toi dans une nuée épaisse afin que le peuple entende quand Je parlerai avec toi, et ils croiront aussi en toi pour toujours. Et Moïse rapporta les paroles du peuple au Seigneur » (Exode 19:9).
מָה אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה, וּמָה אָמַר לָהֶם מֹשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל, וּמָה אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל לְמֹשֶׁה, וּמָה הֵשִׁיב מֹשֶׁה לִפְנֵי הַגְּבוּרָה? זוֹ מִצְוַת הַגְבָּלָה, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה. רַבִּי אוֹמֵר: בַּתְּחִילָּה פֵּירֵשׁ עוֹנְשָׁהּ, דִּכְתִיב: ״וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁמְּשַׁבְּבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, וּלְבַסּוֹף פֵּירֵשׁ מַתַּן שְׂכָרָהּ, דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁמּוֹשְׁכִין לִבּוֹ שֶׁל אָדָם כְּאַגָּדָה. וְאִיכָּא דְאָמְרִי: בַּתְּחִילָּה פֵּירֵשׁ מַתַּן שְׂכָרָהּ, דִּכְתִיב: ״וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁמְּשִׁיבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, וּלְבַסּוֹף פֵּירֵשׁ עוֹנְשָׁהּ, דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁקָּשִׁין לָאָדָם כְּגִידִּין.
La Guemara demande : Qu’est-ce que le Saint, béni soit-Il, a dit à Moïse, et qu’est-ce que Moïse a dit à Israël, et qu’est-ce qu’Israël a dit à Moïse, et qu’est-ce que Moïse a rapporté au Tout-Puissant ? Les versets ne développent pas le contenu du commandement de Dieu à Moïse, que Moïse transmit ensuite au peuple et qu’ils acceptèrent. Il faut donc que cela fasse référence à la mitzva d’établir des limites, que Moïse dit au peuple et qu’ils acceptèrent. Il retourna ensuite rapporter à Dieu que le peuple avait accepté la mitzva ; telle est l’opinion de Rabbi Yossei bar Yehouda. Rabbi Yehouda HaNassi dit : Au début, il expliqua la punition et la difficulté impliquées dans la réception de la Torah, comme il est écrit : « Et Moïse rapporta [vayashev] », ce qui est interprété homilétiquement comme : Des choses qui brisent [meshabbevin] (Rav Haï Gaon) l’esprit d’une personne ; et finalement, il expliqua sa récompense, comme il est écrit : « Et Moïse raconta [vayagged] », ce qui est interprété homilétiquement comme : Des choses qui attirent le cœur d’une personne comme l’aggada. Et certains disent qu’au début, il expliqua sa récompense, comme il est écrit : « Et Moïse rapporta », ce qui est interprété homilétiquement comme : Des choses qui restaurent [meshivin] et apaisent l’esprit d’une personne ; et finalement, il expliqua sa punition, comme il est écrit : « Et Moïse raconta », des choses qui sont aussi difficiles pour une personne que l’absinthe [gidin].
תָּא שְׁמַע: ״שִׁשִּׁי״ — שִׁשִּׁי בַּחוֹדֶשׁ, שִׁשִּׁי בַּשַּׁבָּת, קַשְׁיָא לְרַבָּנַן! הָא נָמֵי רַבִּי יוֹסֵי הִיא. שִׁשִּׁי לְמַאי? רָבָא אָמַר:
Viens et entends une preuve de ce qui a été enseigné dans une baraita : Le sixième était le sixième jour du mois et le sixième jour de la semaine. Cela aussi est difficile selon l’opinion des Sages. La Guemara répond : Cette baraita est aussi conforme à l’opinion de Rabbi Yosei. Mais si tel est le cas, selon l’opinion des Sages, ce jour-là était le sixième jour de quel décompte ? Rava dit :