וְהָא רַבִּי עֲקִיבָא מֵרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ גְּמִיר לַהּ? וְהָתַנְיָא: כְּשֶׁחָלָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, נִכְנְסוּ רַבִּי עֲקִיבָא וַחֲבֵירָיו לְבַקְּרוֹ. הוּא יוֹשֵׁב בְּקִינוֹף שֶׁלּוֹ, וְהֵן יוֹשְׁבִין בִּטְרַקְלִין שֶׁלּוֹ.
La Guemara demande : Rabbi Akiva a-t-il donc appris ces halakhot de Rabbi Yehoshua ? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita : Lorsque Rabbi Eliezer tomba malade, Rabbi Akiva et ses collègues vinrent lui rendre visite. Il était assis sur son lit à baldaquin [bekinof], et eux étaient assis dans son salon [biteraklin] ; ils ne savaient pas s’il serait capable de les recevoir, en raison de sa maladie.
וְאוֹתוֹ הַיּוֹם עֶרֶב שַׁבָּת הָיָה, וְנִכְנַס הוּרְקָנוֹס בְּנוֹ לַחְלוֹץ תְּפִלָּיו. גָּעַר בּוֹ וְיָצָא בִּנְזִיפָה. אָמַר לָהֶן לַחֲבֵירָיו: כִּמְדוּמֶּה אֲנִי שֶׁדַּעְתּוֹ שֶׁל אַבָּא נִטְרְפָה. אָמַר לָהֶן: דַּעְתּוֹ וְדַעַת אִמּוֹ נִטְרְפָה! הֵיאַךְ מַנִּיחִין אִיסּוּר סְקִילָה וְעוֹסְקִין בְּאִיסּוּר שְׁבוּת?
Et ce jour-là était la veille de Chabbat, et Hyrcanos, fils de Rabbi Eliezer, entra pour retirer ses phylactères, car on ne porte pas les phylactères pendant Chabbat. Son père le réprimanda, et il sortit réprimandé. Hyrcanos dit aux collègues de son père : Il me semble que mon père est devenu fou, puisqu’il m’a réprimandé sans raison. Rabbi Eliezer entendit cela et leur dit : Lui, Hyrcanos, et sa mère sont devenus fous. Comment peuvent-ils négliger les préparatifs de Chabbat en ce qui concerne des interdictions passibles de lapidation, comme allumer les bougies et préparer de la nourriture chaude, et s’occuper de préparatifs concernant des interdictions d’ordre rabbinique, comme porter les phylactères pendant Chabbat ?
כֵּיוָן שֶׁרָאוּ חֲכָמִים שֶׁדַּעְתּוֹ מְיוּשֶּׁבֶת עָלָיו, נִכְנְסוּ וְיָשְׁבוּ לְפָנָיו מֵרָחוֹק אַרְבַּע אַמּוֹת.
Puisque les Sages ont perçu à partir de cette réplique que son esprit était stable, ils entrèrent et s’assirent devant lui à une distance de quatre coudées, car il était ostracisé (voir Bava Metzia 59b). Il est interdit de s’asseoir à moins de quatre coudées d’une personne ostracisée.
אָמַר לָהֶם: לָמָּה בָּאתֶם? אָמְרוּ לוֹ: לִלְמוֹד תּוֹרָה בָּאנוּ. אָמַר לָהֶם: וְעַד עַכְשָׁיו לָמָּה לֹא בָּאתֶם? אָמְרוּ לוֹ: לֹא הָיָה לָנוּ פְּנַאי. אָמַר לָהֶן: תָּמֵיהַּ אֲנִי אִם יָמוּתוּ מִיתַת עַצְמָן. אָמַר לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא: שֶׁלִּי מַהוּ? אָמַר לוֹ: שֶׁלְּךָ קָשָׁה מִשֶּׁלָּהֶן.
Rabbi Eliezer leur dit : Pourquoi êtes-vous venus ? Ils lui dirent : Nous sommes venus étudier la Torah, car ils ne voulaient pas dire qu’ils étaient venus lui rendre visite à cause de sa maladie. Rabbi Eliezer leur dit : Et pourquoi n’êtes-vous pas venus jusqu’à présent ? Ils lui dirent : Nous n’avions pas de temps libre. Rabbi Eliezer leur dit : Je serais surpris si ces Sages mouraient de leur propre mort, c’est-à-dire d’une mort naturelle. Au contraire, les Romains les tortureront à mort. Rabbi Akiva lui dit : Comment viendra ma mort ? Rabbi Eliezer lui dit : Ta mort sera pire que la leur, car tu étais mon principal élève et tu n’es pas venu étudier.
נָטַל שְׁתֵּי זְרוֹעוֹתָיו וְהִנִּיחָן עַל לִבּוֹ, אָמַר: אוֹי לָכֶם שְׁתֵּי זְרוֹעוֹתַיי, שֶׁהֵן כִּשְׁתֵּי סִפְרֵי תוֹרָה שֶׁנִּגְלָלִין! הַרְבֵּה תּוֹרָה לָמַדְתִּי, וְהַרְבֵּה תּוֹרָה לִימַּדְתִּי. הַרְבֵּה תּוֹרָה לָמַדְתִּי, וְלֹא חִסַּרְתִּי מֵרַבּוֹתַי אֲפִילּוּ כַּכֶּלֶב הַמְּלַקֵּק מִן הַיָּם. הַרְבֵּה תּוֹרָה לִימַּדְתִּי, וְלֹא חִסְּרוּנִי תַּלְמִידַי אֶלָּא כְּמִכְחוֹל בִּשְׁפוֹפֶרֶת.
Rabbi Eliezer leva ses deux bras et les posa sur son cœur, et dit : Malheur à vous, mes deux bras, car vous êtes comme deux rouleaux de la Torah qui maintenant sont en train d’être roulés, et ne seront plus jamais ouverts. J’ai beaucoup appris de la Torah, et j’ai beaucoup enseigné la Torah. J’ai beaucoup appris de la Torah, et je n’ai rien pris de mes maîtres, c’est-à-dire que je n’ai rien reçu de leur sagesse, pas même comme un chien lapant de la mer. J’ai beaucoup enseigné la Torah, et mes élèves ont pris de moi, c’est-à-dire qu’ils ont reçu de ma sagesse, seulement comme la toute petite quantité qu’un pinceau retire d’un tube de peinture.
וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁאֲנִי שׁוֹנֶה שְׁלֹשׁ מֵאוֹת הֲלָכוֹת בְּבַהֶרֶת עַזָּה, וְלֹא הָיָה אָדָם שׁוֹאֲלֵנִי בָּהֶן דָּבָר מֵעוֹלָם. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁאֲנִי שׁוֹנֶה שְׁלֹשׁ מֵאוֹת הֲלָכוֹת, וְאָמְרִי לַהּ: שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים הֲלָכוֹת, בִּנְטִיעַת קִשּׁוּאִין, וְלֹא הָיָה אָדָם שׁוֹאֲלֵנִי בָּהֶן דָּבָר מֵעוֹלָם, חוּץ מֵעֲקִיבָא בֶּן יוֹסֵף.
De plus, je peux enseigner trois cents halakhot concernant une marque lépreuse blanche comme la neige [bebaheret], mais personne ne m’a jamais interrogé à leur sujet. Il ne put trouver aucun élève capable de le comprendre pleinement dans ces domaines. De plus, je peux enseigner trois cents halakhot, et certains disent que Rabbi Eliezer a dit trois mille halakhot, concernant la plantation de concombres par sorcellerie, mais personne ne m’a jamais interrogé à leur sujet, à l’exception d’Akiva ben Yosef.
פַּעַם אַחַת אֲנִי וָהוּא מְהַלְּכִין הָיִינוּ בַּדֶּרֶךְ, אָמַר לִי: רַבִּי, לַמְּדֵנִי בִּנְטִיעַת קִשּׁוּאִין. אָמַרְתִּי דָּבָר אֶחָד, נִתְמַלְּאָה כׇּל הַשָּׂדֶה קִשּׁוּאִין. אֲמַר לִי: רַבִּי, לִמַּדְתַּנִי נְטִיעָתָן, לַמְּדֵנִי עֲקִירָתָן. אָמַרְתִּי דָּבָר אֶחָד, נִתְקַבְּצוּ כּוּלָּן לְמָקוֹם אֶחָד.
Rabbi Eliezer a décrit l’incident : Une fois, lui et moi marchions en chemin, et il me dit : Mon maître, enseigne-moi la plantation des concombres. J’ai prononcé une formule de sorcellerie, et tout le champ se remplit de concombres. Il me dit : Mon maître, tu m’as enseigné à les planter ; enseigne-moi à les déraciner. J’ai prononcé une formule et ils furent tous rassemblés en un seul endroit.
אָמְרוּ לוֹ: הַכַּדּוּר וְהָאִמּוּם וְהַקָּמֵיעַ וּצְרוֹר הַמַּרְגָּלִיּוֹת וּמִשְׁקוֹלֶת קְטַנָּה, מַהוּ? אָמַר לָהֶן: הֵן טְמֵאִין, וְטַהֲרָתָן בְּמָה שֶׁהֵן.
Après ces commentaires, les Sages lui posèrent des questions de halakha : Quelle est la halakha, en ce qui concerne l’impureté rituelle, d’une balle faite de cuir et remplie de chiffons, et également une forme, le support sur lequel une chaussure est façonnée, qui est faite de cuir et remplie de chiffons, et également une amulette enveloppée de cuir, et une pochette pour perles, enveloppée de cuir, et un petit poids, qui est enveloppé de cuir ? Rabbi Eliezer leur dit : Ils sont susceptibles de contracter l’impureté, et leur purification s’effectue en les immergeant dans un bain rituel tels quels, car il n’est pas nécessaire de les ouvrir.
מִנְעָל שֶׁעַל גַּבֵּי הָאִמּוּם, מַהוּ? אָמַר לָהֶן: הוּא טָהוֹר, וְיָצְאָה נִשְׁמָתוֹ בְּטׇהֳרָה. עָמַד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל רַגְלָיו וְאָמַר: הוּתַּר הַנֶּדֶר, הוּתַּר הַנֶּדֶר!
On lui demanda encore : Quelle est la halakha concernant une chaussure sur une forme ? Est-elle considérée comme un ustensile complet, qui ne nécessite plus aucune préparation supplémentaire, et est donc susceptible d’impureté ? Rabbi Eliezer leur dit : Elle est pure, et avec ce mot, son âme le quitta dans la pureté. Rabbi Yehoshua se leva et dit : Le vœu est permis ; le vœu est permis ; c’est-à-dire que l’ostracisme imposé à Rabbi Eliezer fut levé.
לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת פָּגַע בּוֹ רַבִּי עֲקִיבָא בֵּין קֵסָרִי לְלוֹד. הָיָה מַכֶּה בִּבְשָׂרוֹ עַד שֶׁדָּמוֹ שׁוֹתֵת לָאָרֶץ. פָּתַח עָלָיו בְּשׁוּרָה וְאָמַר: אָבִי אָבִי רֶכֶב יִשְׂרָאֵל וּפָרָשָׁיו. הַרְבֵּה מָעוֹת יֵשׁ לִי וְאֵין לִי שׁוּלְחָנִי לְהַרְצוֹתָן.
Rabbi Akiva n’était pas présent au moment de sa mort. À l’issue du Shabbat, Rabbi Akiva rencontra le cortège funèbre sur son chemin de Césarée à Lod. Rabbi Akiva se frappait la chair dans une terrible angoisse et un profond regret jusqu’à ce que son sang coule sur la terre. Il commença à faire l’éloge funèbre de Rabbi Eliezer dans le rang de ceux qui consolaient les endeuillés, et dit : « Mon père, mon père, le char d’Israël et ses cavaliers » (II Rois 2:12). J’ai beaucoup de pièces, mais je n’ai pas de changeur à qui les donner, c’est-à-dire que j’ai beaucoup de questions, mais après ta mort je n’ai plus personne pour y répondre.
אַלְמָא, מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר גַּמְרַהּ? גַּמְרַהּ מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְלָא סַבְרַהּ. הֲדַר גַּמְרַהּ מֵרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, וְאַסְבְּרַהּ נִיהֲלֵיהּ.
La Guemara revient à la question en cours : Apparemment, Rabbi Akiva a appris les halakhot du rassemblement des concombres par sorcellerie de Rabbi Eliezer, et non de Rabbi Yehoshua. La Guemara répond : Il l’a appris de Rabbi Eliezer mais ne l’a pas compris. Plus tard, il l’a appris de Rabbi Yehoshua, et Rabbi Yehoshua le lui a expliqué.
הֵיכִי עָבֵיד הָכִי? וְהָאֲנַן תְּנַן: הָעוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה – חַיָּיב! לְהִתְלַמֵּד שָׁאנֵי, דְּאָמַר מָר: ״לֹא תִלְמַד לַעֲשׂוֹת״ – לַעֲשׂוֹת אִי אַתָּה לָמֵד, אֲבָל אַתָּה לָמֵד לְהָבִין וּלְהוֹרוֹת.
La Guemara demande : Comment Rabbi Eliezer a-t-il pu accomplir cet acte de sorcellerie ? Mais n’avons-nous pas appris dans la michna que celui qui accomplit un acte de sorcellerie est passible de sanction ? La Guemara répond : Pratiquer la sorcellerie non pour s’en servir, mais afin d’apprendre par soi-même les halakhot est différent, et cela est permis ; comme le Maître le dit, cela est dérivé du verset : « Tu n’apprendras pas à faire selon les abominations de ces nations. Il ne se trouvera chez toi... personne qui pratique la divination, un augure, un enchanteur ou un sorcier » (Deutéronome 18:9–10), de sorte que tu n’apprendras pas, c’est-à-dire qu’il t’est interdit d’apprendre afin de faire, mais tu peux apprendre, c’est-à-dire qu’il t’est permis d’apprendre afin de comprendre la chose toi-même et de l’enseigner aux autres.
הֲדַרַן עֲלָךְ אַרְבַּע מִיתוֹת