וְתַרְוַיְיהוּ כְּרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לְהוּ: הָא לְמִיהְוֵי כִּי יִתְרָא, הָא לְמִיהְוֵי כִּי נָפְיָא.
La Guemara commente : Et tous deux soutiennent conformément à l’opinion de Rabbi Yoḥanan selon laquelle on peut réciter la bénédiction jusqu’à ce que le défaut de la lune soit comblé. Le différend est que celui-ci, c’est-à-dire Rav Ya’akov bar Idi, qui soutient qu’on peut réciter la bénédiction jusqu’à ce que sept jours se soient écoulés, comprend que Rabbi Yoḥanan fait référence au jour où la lune sera comme la corde d’un arc. Avant ce moment, la lune apparaissait simplement comme un arc, et après sept jours elle apparaît comme un demi-cercle, comme un arc qui a une corde. Celui-là, c’est-à-dire les Sages de Neharde’a, qui soutient qu’on peut réciter la bénédiction jusqu’à ce que seize jours se soient écoulés, comprend que Rabbi Yoḥanan fait référence au jour où la lune sera comme un tamis, c’est-à-dire un cercle complet.
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא מִדִּיפְתִּי לְרָבִינָא: וְלִיבָרֵיךְ ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״! אֲמַר לֵיהּ: אַטּוּ כִּי חָסַר מִי מְבָרְכִינַן ״דַּיַּין הָאֱמֶת״, דִּלְבָרֵיךְ ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״? וְלִיבָרְכִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ? כֵּיוָן דְּהַיְינוּ אוֹרְחֵיהּ, לָא מְבָרְכִינַן.
§ Rav Aḥa de Difti dit à Ravina : Et ils devraient réciter la bénédiction : Béni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, Qui es bon et fais le bien, pour le bénéfice que les gens tirent de la lumière de la lune. Ravina lui dit : Cela veut-il dire que, lorsque la lune est décroissante, nous récitons une bénédiction, comme nous le faisons pour d’autres malheurs : Béni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, le Juge de vérité, afin que nous devions inversement réciter : Béni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, Qui es bon et fais le bien, lorsque la lune croît ? Rav Aḥa de Difti lui dit : Tu as raison, et nous devrions dire les deux : la bénédiction du Juge de vérité, lorsque la lune décroît, et la bénédiction de Qui es bon et fais le bien, lorsque la lune croît. Ravina lui répondit : Puisque telle est sa nature, nous ne récitons pas de bénédiction sur la lune. Le croissement et le décroissement de la lune ne sont pas un événement inattendu qui exige ces bénédictions.
וְאָמַר רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל הַמְבָרֵךְ עַל הַחֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ כְּאִילּוּ מְקַבֵּל פְּנֵי שְׁכִינָה. כְּתִיב הָכָא ״הַחֹדֶשׁ הַזֶּה״, וּכְתִיב הָתָם ״זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ״. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אִילְמָלֵא לֹא זָכוּ יִשְׂרָאֵל אֶלָּא לְהַקְבִּיל פְּנֵי אֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם כָּל חֹדֶשׁ וָחֹדֶשׁ, דַּיָּים. אָמַר אַבָּיֵי: הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ מְעוּמָּד.
Et Rabbi Aḥa bar Ḥanina dit que Rabbi Asi dit que Rabbi Yoḥanan dit : En ce qui concerne quiconque bénit le nouveau mois en son temps approprié, c’est comme s’il saluait la Face de la Présence Divine. En allusion à cela, il est écrit ici au sujet de la sanctification du nouveau mois : « Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois » (Exode 12:2), et il est écrit là-bas, là où le peuple juif rencontra la Présence Divine lors de la scission de la mer : « Voici mon Dieu et je Le glorifierai » (Exode 15:2). Le terme « voici » est employé dans les deux versets. L’école de Rabbi Yishmael enseigna : Si le peuple juif méritait de saluer la Face de son Père céleste seulement une fois chaque mois, cela leur suffirait, car dans la bénédiction de la lune il y a un aspect de salutation de la Présence Divine. Abaye dit : C’est pourquoi nous dirons la bénédiction debout, en l’honneur de la Présence Divine.
מָרִימָר וּמָר זוּטְרָא מְכַתְּפִי אַהֲדָדֵי וּמְבָרְכִי. אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא לְרַב אָשֵׁי: בְּמַעְרְבָא מְבָרְכִי ״בָּרוּךְ מְחַדֵּשׁ חֳדָשִׁים״. אֲמַר לֵיהּ: הַאי נְשֵׁי דִּידַן נָמֵי מְבָרְכִי.
La Guemara rapporte : Mareimar et Mar Zutra s’appuyaient sur les épaules l’un de l’autre et récitaient la bénédiction. Rav Aḥa dit à Rav Ashi : En Occident, Eretz Yisrael, ils récitent la bénédiction suivante sur la lune : Béni soit Celui qui renouvelle les mois. Rav Ashi lui dit : Nos femmes aussi récitent cette bénédiction, voulant dire qu’il s’agit d’une version abrégée pour les non-instruits.
אֶלָּא כִּדְרַב יְהוּדָה, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה: ״בָּרוּךְ [וְכוּ׳] אֲשֶׁר בְּמַאֲמָרוֹ בָּרָא שְׁחָקֵים, וּבְרוּחַ פִּיו כׇּל צְבָאָם. חֹק וּזְמַן נָתַן לָהֶם שֶׁלֹּא יְשַׁנּוּ אֶת תַּפְקִידָם, שָׂשִׂים וּשְׂמֵחִים לַעֲשׂוֹת רְצוֹן קוֹנָם. פּוֹעֲלֵי אֱמֶת שֶׁפְּעוּלָּתָן אֱמֶת. וְלַלְּבָנָה אָמַר שֶׁתִּתְחַדֵּשׁ עֲטֶרֶת תִּפְאֶרֶת לַעֲמוּסֵי בָטֶן, שֶׁהֵן עֲתִידִין לְהִתְחַדֵּשׁ כְּמוֹתָהּ וּלְפָאֵר לְיוֹצְרָם עַל שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ מְחַדֵּשׁ חֳדָשִׁים״.
Au contraire, la version complète de la bénédiction est la version de Rav Yehouda. Comme le dit Rav Yehouda : Béni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, Qui, par Sa parole, a créé les cieux, et par le souffle de Sa bouche toute leur armée. Il leur fixa une loi et un temps, afin qu’ils ne s’écartent pas de leur tâche. Et ils sont joyeux et heureux d’accomplir la volonté de leur Maître ; ce sont des ouvriers de vérité dont l’œuvre est vérité. Et à la lune Il dit qu’elle se renouvelle comme une couronne de beauté pour ceux qu’Il a portés depuis le ventre, car ils sont destinés à se renouveler comme elle, et à louer leur Créateur pour le nom de Son royaume glorieux. Béni sois-Tu, Seigneur, Qui renouvelle les mois.
כִּי בְתַחְבֻּלוֹת תַּעֲשֶׂה לְּךָ מִלְחָמָה. אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּמִי אַתָּה מוֹצֵא מִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה? בְּמִי שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ חֲבִילוֹת שֶׁל מִשְׁנָה. קָרֵי רַב יוֹסֵף אַנַּפְשֵׁיהּ: ״וְרׇב תְּבוּאוֹת בְּכֹחַ שׁוֹר״.
La Guemara présente une autre déclaration, citant Rabbi Aḥa, citant Rabbi Asi, citant Rabbi Yoḥanan. Le verset déclare : « Car c’est par de sages conseils que tu mèneras ta guerre » (Proverbes 24:6). Rabbi Aḥa bar Ḥanina dit que Rabbi Asi dit que Rabbi Yoḥanan dit : Chez qui trouves-tu la guerre, c’est-à-dire la capacité de s’engager dans des débats, de Torah ? Chez celui qui possède des bottes, c’est-à-dire une vaste connaissance, de Mishna. Il faut d’abord apprendre les sources primaires avant de s’engager dans des débats de Torah. Rav Yosef appliquait à lui-même le verset : « Et une abondante récolte vient par la force du bœuf » (Proverbes 14:4), c’est-à-dire que quelqu’un doté d’une grande force peut produire un grand rendement. Rav Yosef était connu pour être particulièrement versé dans les enseignements tannaïtiques.
אֶחָד אוֹמֵר בִּשְׁתֵּי שָׁעוֹת כּוּ׳. אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שָׁעוֹת, אֲבָל אֶחָד אוֹמֵר קוֹדֶם הָנֵץ הַחַמָּה וְאֶחָד אוֹמֵר לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה – עֵדוּתָן בְּטֵילָה.
§ La michna enseigne que si un témoin dit que l’événement s’est produit à deux heures, c’est-à-dire à la deuxième heure du jour à partir du lever du soleil, et qu’un témoin dit que l’événement s’est produit à trois heures, leur témoignage est valable. Rav Shimi bar Ashi dit : Cela n’a été enseigné que lorsqu’il y avait une différence dans les heures, mais si un témoin dit que l’événement s’est produit avant le lever du soleil, et qu’un autre dit que l’événement s’est produit après le lever du soleil, leur témoignage est nul. Bien que cela puisse constituer une divergence moindre en termes de temps, la différence entre avant et après le lever du soleil ne peut pas être attribuée à une erreur.
פְּשִׁיטָא! אֶלָּא: אֶחָד אוֹמֵר ״קוֹדֶם הָנֵץ״, וְאֶחָד אוֹמֵר ״בְּתוֹךְ הָנֵץ״. הָא נָמֵי פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: הָא בְּגִילּוּיָא קָאֵי, וְזַהֲרוּרֵי בְּעָלְמָא הוּא דַּחֲזָא – קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara demande : N’est-ce pas évident ? Il existe une différence claire entre l’obscurité et la lumière. Au contraire, Rav Shimi bar Ashi a dit ce qui suit : Si un témoin dit que l’événement s’est produit avant le lever du soleil, et qu’un autre dit que l’événement s’est produit pendant le lever du soleil, leur témoignage est nul. La Guemara demande : N’est-ce pas également évident ? La Guemara répond : De peur que tu ne dises que celui-ci qui dit : Pendant le lever du soleil, se tenait dans un endroit exposé et n’a vu qu’une simple lueur et a pensé avoir vu le lever du soleil, Rav Shimi bar Ashi nous enseigne que le tribunal ne présume pas que cela s’est produit et juge le témoignage inconciliable.
וְאַחַר כָּךְ מַכְנִיסִין כּוּ׳. אוֹתוֹ הַיּוֹם וְתוּ לָא? וְהָתַנְיָא: אִם יֵשׁ מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו – לֹא הָיָה יוֹרֵד מִשָּׁם לְעוֹלָם, וְאִם אֵין מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו – אֵין יוֹרֵד כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ, כְּדֵי שֶׁלֹּא תְּהֵא עֲלִיָּיתוֹ יְרִידָה לוֹ. אָמַר אַבָּיֵי: תַּרְגּוּמַהּ אַאִם אֵין מַמָּשׁ בִּדְבָרָיו.
§ La michna enseigne : Et ensuite on fait entrer le second témoin et on l’interroge. Plus loin, la michna déclare : Mais si l’un des élèves dit : Je peux avancer une raison de l’acquitter, on le fait monter au siège du tribunal et on l’assoit parmi eux, et il ne descendait pas de là toute cette journée. La Guemara demande : Ce jour-là et pas davantage ? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita (Tosefta 9:3) : Si la déclaration de cet élève a de la substance, il ne descendrait jamais de là, car sa déclaration montre qu’il est capable de délibérer avec les autres juges. Mais si la déclaration de cet élève n’a pas de substance, il ne descendrait pas de là de toute la journée, afin que son élévation ne devienne pas pour lui une chute, c’est-à-dire pour éviter de l’humilier. Abaye a dit : Interprète la michna comme portant sur un cas où la déclaration de cet élève n’a pas de substance.
מָצְאוּ לוֹ זְכוּת כּוּ׳. יַיִן מַאי טַעְמָא לָא? אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא: אָמַר קְרָא ״וּלְרוֹזְנִים אֵי שֵׁכָר״ – הָעוֹסְקִין בְּרָזוֹ שֶׁל עוֹלָם אַל יִשְׁתַּכְּרוּ.
La michna enseigne que si le tribunal a jugé bon d’acquitter l’accusé pendant les délibérations, puisque tous ou la majorité d’entre eux sont d’accord pour l’acquitter, ils le libèrent. La michna enseigne en outre que les juges ne buvaient pas de vin durant toute cette journée. La Guemara demande : Quelle est la raison pour laquelle ils ne buvaient pas de vin ? Rabbi Aḥa bar Ḥanina dit que c’est parce que le verset déclare : « Ce n’est pas aux rois de boire du vin, ni aux princes [rozenim] de dire : Où est la boisson forte ? » (Proverbes 31:4). Rabbi Aḥa bar Ḥanina explique : C’est une directive pour ceux qui traitent du secret du monde [berazo shel olam], c’est-à-dire de questions aussi rigoureuses : Ne vous enivrez pas.
מָצְאוּ לוֹ זְכוּת כּוּ׳. לֹא רָאוּ, מַאי?
§ La michna enseigne : Si le tribunal a jugé bon de l’acquitter pendant les délibérations, puisque tous ou la majorité d’entre eux sont d’accord pour l’acquitter, on le libère. Il a en outre été enseigné dans la michna que lorsque le tribunal ne peut parvenir à un verdict, on ajoute des juges par paires de deux et on délibère jusqu’à ce qu’il y ait un verdict clair. S’ils ont ajouté le nombre maximal de juges et ne peuvent toujours pas parvenir à un verdict clair, ils discutent de l’affaire jusqu’à ce que l’un de ceux qui le jugent passible voie la validité des propos de ceux qui l’acquittent et change de position. La Guemara demande : Si les juges ne changent pas de position, puisqu’ils ne voient pas la validité de la position de ceux qui l’acquittent, que fait-on ?
אָמַר רַבִּי אַחָא: פּוֹטְרִין אוֹתוֹ. וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: פּוֹטְרִין אוֹתוֹ. אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבָּיֵי: וְלִיפְטְרֵיהּ מֵעִיקָּרָא! אָמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵצְאוּ מִבֵּית דִּין מְעוּרְבָּבִין.
Rabbi Aḥa dit : Ils le libèrent, car il n’a pas été reconnu coupable. Et de même, Rabbi Yoḥanan dit : Ils le libèrent. Rav Pappa dit à Abaye : Mais si, au bout du compte, ils le libèrent lorsque le tribunal est dans l’impasse, pourquoi essaient-ils donc de se convaincre les uns les autres, alors qu’ils devraient le libérer dès le départ ? Abaye lui dit : C’est ce qu’a dit Rabbi Yoḥanan : La raison est afin qu’ils ne quittent pas le tribunal dans la confusion, sans parvenir à une conclusion nette, car cela ternirait la réputation du tribunal.
אִיכָּא דְּאָמְרִי: אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבָּיֵי, וּלְמָה לִי יוֹסִיפוּ? לִיפְטְרֵיהּ מִבֵּי דִּינָא קַמָּא! אֲמַר לֵיהּ: רַבִּי יוֹסֵי קָאֵי כְּוָותָךְ, דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר, כְּשֵׁם שֶׁאֵין מוֹסִיפִין עַל בֵּית דִּין שֶׁל שִׁבְעִים וְאֶחָד, כָּךְ אֵין מוֹסִיפִין עַל בֵּית דִּין שֶׁל עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה.
Certains disent que c’est ce que Rav Pappa a dit à Abaye : Mais pourquoi ai-je besoin qu’ils ajoutent des juges בכלל, alors que ils devraient le libérer dès le premier tribunal ? Puisque le premier tribunal ne l’a pas déclaré coupable, ils devraient le libérer. Pourquoi ajouter des juges ? Abaye lui dit : Rabbi Yosei soutient conformément à ton opinion, comme cela est enseigné dans une baraita où Rabbi Yosei dit : De même que le tribunal n’ajoute pas de juges à un tribunal de soixante et onze, de même le tribunal n’ajoute pas de juges à un tribunal de vingt-trois. Si le tribunal de vingt-trois ne peut pas parvenir à un verdict, ils le libèrent.
תָּנוּ רַבָּנַן: אוֹמֵר בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת ״נִזְדַּקֵּן הַדִּין״, וְאֵין אוֹמֵר בְּדִינֵי נְפָשׁוֹת ״נִזְדַּקֵּן הַדִּין״.
Les Sages ont enseigné : Dans les cas de droit pécuniaire, on dit : Le jugement a vieilli, c’est-à-dire que cette affaire est très difficile et exige un examen attentif, mais dans les cas de droit capital, on ne dit pas : Le jugement a vieilli.
מַאי ״נִזְדַּקֵּן הַדִּין״? אִילֵּימָא קַשׁ דִּינָא, אִיפְּכָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ! אָמַר רַב הוּנָא בַּר מָנוֹחַ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא: אֵיפוֹךְ. רַב אָשֵׁי אָמַר: לְעוֹלָם לָא תֵּיפוֹךְ, וּמַאי ״נִזְדַּקֵּן הַדִּין״ – חֲכַם דִּינָא.
La Guemara demande : Quel est le sens de : Le jugement a vieilli ? Si nous disons que l’intention est : Le jugement a vieilli, c’est-à-dire qu’il a pris beaucoup de temps mais nécessite des délibérations supplémentaires, alors il faudrait dire l’inverse, car il est plus crucial de prolonger les délibérations dans les affaires capitales que dans les affaires pécuniaires. Rav Houna bar Manoaḥ a dit au nom de Rav Aḥa, fils de Rav Ika : Inversez l’énoncé, et dites que dans les affaires pécuniaires on ne dit pas : Le jugement a vieilli, mais que dans les affaires capitales on le dit. Rav Ashi a dit : En réalité, ne l’inversez pas. Et que signifie : Le jugement a vieilli ? Cela signifie que le jugement est devenu sage, comme un ancien qui a acquis la sagesse. En d’autres termes, les délibérations sont épuisées, et il est temps de voter sur un verdict.
מֵיתִיבִי: גָּדוֹל שֶׁבַּדַּיָּינִין אוֹמֵר ״נִזְדַּקֵּן הַדִּין״. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא חֲכַם דִּינָא, הַיְינוּ דְּאָמַר גָּדוֹל. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ קַשׁ דִּינָא, לָא סַגִּיא דְּלָא אָמַר גָּדוֹל? כַּסּוֹפֵי הוּא דְּקָא מְיכַסֵּיף נַפְשֵׁיהּ?
La Guemara soulève une objection à la première explication à partir d’une baraita : Dans une situation où ils ne sont pas parvenus à une décision, le plus grand parmi les juges dit : Le jugement a vieilli. La Guemara explique l’objection : Soit, si vous dites que cela signifie : Le jugement est devenu sage, cela expliquerait pourquoi la baraita déclare que le plus grand des juges dit cette déclaration, car parvenir à un verdict est un honneur pour le tribunal, et par conséquent le plus grand du tribunal devrait être celui qui l’annonce. Mais si vous dites que cela signifie : Le jugement a vieilli, n’est-il pas suffisant que le plus grand parmi les juges en particulier ne le dise pas ? Doit-il s’humilier en déclarant qu’ils ne peuvent pas parvenir à un verdict ?
אִין. אֵינוֹ דּוֹמֶה מִתְבַּיֵּישׁ מֵעַצְמוֹ, לְמִתְבַּיֵּישׁ מֵאֲחֵרִים.
La Guemara répond : Oui, le plus grand des juges doit également annoncer que le tribunal ne peut pas parvenir à un verdict. Être honteux devant soi-même n’est pas comparable au fait d’être humilié par les autres. Il est donc préférable que ce soit le plus grand des juges qui énonce cette conclusion, plutôt que l’un des juges plus jeunes.
אִיכָּא דְּאָמְרִי: אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא קַשׁ דִּינָא, הַיְינוּ דְּאֵינוֹ דּוֹמֶה מִתְבַּיֵּישׁ מֵעַצְמוֹ לְמִתְבַּיֵּישׁ מֵאֲחֵרִים. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ חֲכַם דִּינָא, גָּדוֹל אַשְׁבּוֹחֵי מַשְׁבַּח נַפְשֵׁיהּ? וְהָכְתִיב: ״יְהַלֶּלְךָ זָר וְלֹא פִיךָ״!
Certains disent qu’ils ont soulevé une objection à la seconde explication : Soit, si vous dites que cela signifie : Le jugement a vieilli, cela serait la raison pour laquelle le plus grand l’énonce, car avoir honte devant soi-même n’est pas comparable à avoir honte devant les autres. Mais si vous dites que cela signifie : Le jugement est devenu sage, le plus grand juge devrait-il se louer lui-même ? Mais n’est-il pas écrit : « Qu’un autre te loue, et non ta propre bouche, un étranger, et non tes propres lèvres » (Proverbes 27:2) ?
שָׁאנֵי מִילְּתָא דְּבֵי דִינָא, דְּאַגָּדוֹל רַמְיָא. כְּדִתְנַן: גָּמְרוּ אֶת הַדָּבָר, הָיוּ מַכְנִיסִין אוֹתָן. גָּדוֹל שֶׁבַּדַּיָּינִין אוֹמֵר: ״אִישׁ פְּלוֹנִי אַתָּה זַכַּאי״, ״אִישׁ פְּלוֹנִי אַתָּה חַיָּיב״.
La Guemara répond : Une affaire du tribunal est différente, car son administration incombe au plus grand des juges. Comme nous l’avons appris dans une michna (29a) : Lorsqu’ils avaient terminé de délibérer sur l’affaire, ils faisaient entrer les plaideurs. Le plus grand des juges disait : Untel, tu es exempté de payer ; ou : Untel, tu es tenu de payer.
הֲדַרַן עֲלָיךְ הָיוּ בּוֹדְקִין