״אֵימָתַי״ וּ״בַמֶּה״ אֵינוֹ אֶלָּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי חֲכָמִים.
Quand cette halakha s'applique-t-elle, ou : Dans quel cas cette affirmation est-elle dite, il entend seulement expliquer la déclaration des Rabbins, et non être en désaccord avec eux ?
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: ״אֵימָתַי״ – לְפָרֵשׁ, וּ״בַמֶּה״ – לַחְלוֹק. וּדְכוּלֵּי עָלְמָא ״אֵימָתַי״ לְפָרֵשׁ הוּא.
Certes, Rabbi Yoḥanan n’est pas d’accord avec Rabbi Yehoshua ben Levi, et dit que seule l’expression : Quand cette halakha s’applique, indique que Rabbi Yehouda entend expliquer la déclaration précédente des Sages, mais l’expression : Dans quel cas cette déclaration est-elle dite, indique qu’il entend être en désaccord. Mais selon tout le monde, l’expression quand indique qu’il entend expliquer la déclaration précédente. Cela est difficile selon Rami bar Ḥama.
גַּבְרָא אַגַּבְרָא קָא רָמֵית? מָר סָבַר: פְּלִיגִי, וּמָר סָבַר: לָא פְּלִיגִי.
La Guemara répond : Opposes-tu la déclaration d’un homme à la déclaration d’un autre homme ? Un Sage, Rami bar Ḥama, soutient que Rabbi Yehouda et les Sages sont en désaccord même lorsque Rabbi Yehouda emploie l’expression : Quand cette halakha s’applique-t-elle, et un Sage, Rabbi Yehoshoua ben Levi, et de même Rabbi Yoḥanan, soutient qu’ils ne sont pas en désaccord.
וְלָא פְּלִיגִי? וְהָתַנְיָא: בֵּין שֶׁיֵּשׁ לוֹ אוּמָּנוּת שֶׁלֹּא הוּא, בֵּין שֶׁאֵין לוֹ אוּמָּנוּת אֶלָּא הוּא – הֲרֵי זֶה פָּסוּל.
La Guemara demande : Et ne sont-ils pas en désaccord ? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita : Qu’un joueur de dés ait une autre occupation que celle-ci, ou qu’il n’ait pas d’autre occupation que celle-ci, il est disqualifié pour témoigner ? Cette baraita est conforme à l’opinion de Rami bar Ḥama.
הָהִיא רַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם רַבִּי טַרְפוֹן הִיא, דְּתַנְיָא: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי טַרְפוֹן, לְעוֹלָם אֵין אֶחָד מֵהֶן נָזִיר, לְפִי שֶׁלֹּא נִתְּנָה נְזִירוּת אֶלָּא לְהַפְלָאָה.
La Guemara répond : Cettebaraita n’est pas l’opinion des rabbins dans la michna, mais c’est plutôt l’opinion de Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Tarfon. Comme il est enseigné dans une baraita que Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Tarfon : Dans le cas où deux personnes se sont disputées et où chacune d’elles a déclaré que si l’autre a raison, elle deviendra nazir, en réalité, aucune d’elles ne devient nazir, car le naziréat n’est déterminé que par l’explicitation. Un vœu de naziréat ne prend pas effet si la personne ne fait pas le vœu clairement et avec certitude. Ici aussi, Rabbi Tarfon soutient que celui qui parie sur des jeux de dés est considéré comme un voleur, car on ne peut acquérir légalement l’argent d’autrui que si celui-ci le lui donne avec une intention certaine et définitive. Puisque celui qui joue aux dés n’est pas certain qu’il devra payer l’autre joueur, car il estime probable qu’il gagnera, la transaction est une asmakhta et elle est juridiquement invalide.
מַלְוֶה בְּרִבִּית. אָמַר רָבָא: לָוָה בְּרִבִּית – פָּסוּל לְעֵדוּת. וְהָאֲנַן תְּנַן: מַלְוֶה בְּרִבִּית? מִלְוָה הַבָּאָה בְּרִבִּית.
§ La michna enseigne que celui qui prête de l’argent avec intérêt est disqualifié pour témoigner. Rava dit : Celui qui emprunte de l’argent avec intérêt est disqualifié pour témoigner. La Guemara demande : Mais n’avons-nous pas appris dans la michna que c’est précisément celui qui prête de l’argent avec intérêt qui est disqualifié ? La Guemara répond : La référence dans la michna est à un prêt assorti d’intérêt, et elle enseigne que tous ceux qui participent au prêt sont disqualifiés.
בַּר בִּינִיתּוֹס אַסְהִידוּ בֵּיהּ תְּרֵי סָהֲדֵי. חַד אָמַר: קַמֵּי דִּידִי אוֹזֵיף בְּרִיבִּיתָא, וְחַד אָמַר: לְדִידִי אוֹזְפַן בְּרִיבִּיתָא. פַּסְלֵיהּ רָבָא לְבַר בִּינִיתּוֹס.
La Guemara raconte : Deux témoins ont témoigné au sujet de bar Binittos. L’un a dit : Il a prêté de l’argent à intérêt en ma présence, et l’autre a dit : Il m’a prêté de l’argent à intérêt. Rava a déclaré bar Binittos disqualifié pour témoigner et pour siéger comme juge.
וְהָא רָבָא הוּא דְּאָמַר: לָוָה בְּרִבִּית פָּסוּל לְעֵדוּת, וְהָוֵה לֵיהּ רָשָׁע, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: ״אַל תָּשֶׁת רָשָׁע עֵד״.
La Guemara demande : Mais n’est-ce pas Rava qui a dit que celui qui emprunte de l’argent à intérêt est disqualifié pour témoigner ? Et, par conséquent, le dernier témoin est considéré comme un homme méchant, puisque, selon son propre récit, il a emprunté de l’argent à intérêt à bar Binittos, et la Torah déclare : Ne place pas un homme méchant comme témoin (voir Exode 23:1). Par conséquent, le témoignage de ce témoin ne peut pas être accepté, et bar Binittos n’aurait pas dû être disqualifié.
רָבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רָבָא: אָדָם קָרוֹב אֵצֶל עַצְמוֹ, וְאֵין אָדָם מֵשִׂים עַצְמוֹ רָשָׁע.
La Guemara répond : Rava est conforme à sa ligne habituelle de raisonnement, comme le dit Rava : Une personne est son propre parent et une personne ne peut pas se rendre elle-même méchante. Par conséquent, la partie du témoignage qui concerne le statut du témoin lui-même n’est pas acceptée, tandis que la partie qui concerne bar Binittos est acceptée.
הָהוּא טַבָּחָא דְּאִישְׁתְּכַח דִּנְפַקָא טְרֵיפְתָּא מִתּוּתֵי יְדֵיהּ, פַּסְלֵיהּ רַב נַחְמָן וְעַבְּרֵיהּ. אֲזַל רַבִּי מַזְיֵהּ וְטוּפְרֵיהּ. סְבַר רַב נַחְמָן לְאַכְשׁוֹרֵיהּ.
Il y avait un certain abatteur au sujet duquel on découvrit qu’une tereifa,un animal porteur d’une blessure qui aurait causé sa mort dans les douze mois, était sortie de sa possession. En d’autres termes, il vendait de la viande tereifa sans informer les clients de son statut. Rav Naḥman le disqualifia pour témoigner et le destitua de son poste d’abatteur. Par la suite, l’abatteur alla et laissa pousser ses ongles et ses cheveux par remords pour ses actes. Rav Naḥman pensa à le juger de nouveau apte à témoigner, car il s’était manifestement repenti, et dès lors qu’une personne se repent de son péché, son statut de témoin valable est rétabli.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: דִּילְמָא אִיעָרוֹמֵי קָא מַעֲרֵים?
Rava dit à Rav Naḥman : Peut-être emploie-t-il un stratagème, feignant de se repentir afin d’être rétabli comme abatteur rituel.
אֶלָּא מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? כִּדְרַב אִידִי בַּר אָבִין, דְּאָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין: הֶחָשׁוּד עַל הַטְּרֵיפוֹת אֵין לוֹ תַּקָּנָה עַד שֶׁיֵּלֵךְ לְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ וְיַחְזִיר אֲבֵידָה בְּדָבָר חָשׁוּב, אוֹ שֶׁיּוֹצִיא טְרֵיפָה מִתַּחַת יָדוֹ בְּדָבָר חָשׁוּב מִשֶּׁלּוֹ.
Au contraire, quel est son remède ? C’est conformément à la déclaration de Rav Idi bar Avin ; car Rav Idi bar Avin dit : Celui qui est soupçonné de vendre des tereifot à d’autres n’a pas de remède pour rétablir son aptitude à témoigner jusqu’à ce qu’il aille dans un endroit où on ne le reconnaît pas et restitue un objet perdu d’une valeur substantielle qu’il trouve, ou retire de sa possession sa propre viande tereifa d’une valeur significative. Ces actions démontrent qu’il s’est repenti, car il est prêt à perdre de l’argent pour une mitsva. En revanche, s’il fait cela dans un endroit où il est reconnu, son aptitude n’est pas rétablie sur la base de ces actions, car peut-être les a-t-il accomplies uniquement afin d’être rétabli.
וּמַפְרִיחֵי יוֹנִים, מַאי מַפְרִיחֵי יוֹנִים? הָכָא תַּרְגִּימוּ: ״אִי תִּקְדְּמֵיהּ יוֹנָךְ לְיוֹן״. רַבִּי חָמָא בַּר אוֹשַׁעְיָא אָמַר: ״אָרָא״.
§ Parmi la liste de ceux qui sont disqualifiés pour témoigner, la michna enseigne : Et ceux qui font voler des pigeons. La Guemara demande : Que signifie : ceux qui font voler des pigeons ? Ici, en Babylonie, les Sages ont expliqué qu’il s’agit de personnes qui parient sur des courses de pigeons, c’est-à-dire que l’un dit à l’autre : Si ton pigeon atteint une certaine destination avant mon pigeon, je te donnerai telle ou telle somme d’argent. Rabbi Ḥama bar Oshaya dit : Cela fait référence à un ara, c’est-à-dire à quelqu’un qui entraîne ses pigeons à lui apporter des pigeons provenant de la propriété d’autrui.
מַאן דְּאָמַר: ״אִי תִּקְדְּמֵיהּ יוֹנָךְ לְיוֹן״, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר ״אָרָא״?
La Guemara demande : En ce qui concerne celui qui dit qu’il s’agit de ceux qui disent : Si ton pigeon arrive à une certaine destination avant mon pigeon, je te donnerai telle ou telle somme d’argent, quelle est la raison pour laquelle il ne dit pas qu’il s’agit d’un ara ?
אָמַר לָךְ: ״אָרָא״ – מִפְּנֵי דַּרְכֵי שָׁלוֹם בְּעָלְמָא.
La Guemara répond : Il pourrait te dire qu’un ara n’est pas considéré comme un voleur, car les pigeons que ses pigeons amènent ne appartiennent pas réellement à ceux à qui il les prend. Au contraire, ils demeurent sur la propriété de ces personnes, et il est interdit de les prendre simplement en raison des voies de la paix.
וּמַאן דְּאָמַר ״אָרָא״, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר: ״אִי תִּקְדְּמֵיהּ יוֹנָךְ לְיוֹן״? אָמַר לָךְ: הַיְינוּ מְשַׂחֵק בְּקוּבְיָא.
La Guemara demande : Et en ce qui concerne celui qui dit que la michna parle d’un ara, quelle est la raison pour laquelle il ne dit pas qu’il s’agit de celui qui dit : Si ton pigeon arrive à une certaine destination avant mon pigeon, je te donnerai telle ou telle somme d’argent ? La Guemara répond : Il pourrait te dire que cet individu est le même que celui qui joue aux dés ; tous deux parient sur des jeux de hasard. Ce type d’invalidation est déjà mentionné dans la michna.
וְאִידַּךְ?
La Guemara demande : Et comment l'autre Sage, qui soutient que l'expression : ceux qui font voler des pigeons, fait référence à ceux qui parient sur les courses de leurs pigeons, répondrait-il à cette affirmation ?
תְּנָא תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ, וּתְנָא תּוֹלֶה בְּדַעַת יוֹנוֹ.
La Guemara répond qu’il est nécessaire que la michna enseigne que les deux types de parieurs sont disqualifiés. La michna a enseigné que celui qui parie aux dés, en faisant dépendre cela de sa propre décision, car il croit avoir une méthode grâce à laquelle il gagnera, est disqualifié, et la michna a enseigné que celui qui parie sur des courses de pigeons, en faisant dépendre cela de la décision de son pigeon, est lui aussi disqualifié.
וּצְרִיכָא, דְּאִי תְּנָא תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ – הָתָם הוּא דְּלָא גָּמַר וּמַקְנֵי, דְּאָמַר:
La Guemara explique : Et les deux sont nécessaires. Car si la michna n’avait enseigné cette halakha qu’au sujet de celui qui parie aux dés, en la faisant dépendre de sa propre décision, on aurait pu penser que c’est précisément là qu’un joueur est considéré comme un voleur. La raison en est qu’il ne se résout vraisemblablement pas à transférer l’argent s’il perd ; car il se dit à lui-même :