תְּרֵי חִיטֵּי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, דִּילְמָא אָזְלָא חֲדָא וְיָתְבָה בְּצִירְיָא דַחֲבֶרְתַּהּ, וְלָא סָלֵיק לְהוּ דִּיקּוּלָא דְמַיָּא מֵאַרְבַּע רוּחָתָא, וְאָתֵי לִידֵי חִימּוּץ.
deux grains de blé dans de l’eau bouillante en même temps, de peur que l’un ne bouge et ne se pose dans la fente [tzirya] de l’autre, empêchant ainsi la colonne [dikkula] d’eau bouillante d’entrer par les quatre côtés du grain, et le grain en vienne à un état de fermentation.
וְאָמַר אַבָּיֵי: לָא לִיחְרוֹךְ אִינִישׁ תְּרֵי שֻׁבְלֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, דִּילְמָא נָפְקִי מַיָּא מֵהַאי וּבָלַע אִידַּךְ, וְאָתְיָא לִידֵי חִימּוּץ. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: אִי הָכִי, אֲפִילּוּ חֲדָא נָמֵי, דִּילְמָא נָפֵיק מֵהַאי רֵישָׁא וּבָלַע אִידַּךְ רֵישָׁא! אֶלָּא אָמַר רָבָא: מֵי פֵירוֹת נִינְהוּ, וּמֵי פֵירוֹת אֵינָן מַחְמִיצִין.
Et Abaye dit : Une personne ne peut pas faire griller deux épis ensemble, de peur que de l’eau ne sorte de l’un et soit absorbée par l’autre, et que cela n’en vienne à lever. Rava lui dit : Si c’est le cas, alors on ne devrait même pas faire griller un épi, de peur que le liquide ne sorte d’une extrémité de l’épi et soit absorbé par son autre extrémité. Au contraire, Rava dit : Il n’est pas nécessaire de se préoccuper de cette possibilité, car cela est considéré comme du jus de fruit, et le jus de fruit ne fait pas lever le grain.
וַהֲדַר בֵּיהּ אַבָּיֵי מֵהַהִיא, דְּכׇל אַגַּב מֵדָלַיְיהוּ לָא מַחְמְצִי. דְּאָמַר אַבָּיֵי: הַאי חַצְבָּא דַאֲבִישֻׁנָא, סְחִיפָא — שְׁרֵי, זְקִיפָא — אָסוּר. רָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ זְקִיפָא — נָמֵי שְׁרֵי, מֵי פֵירוֹת נִינְהוּ, וּמֵי פֵירוֹת אֵינָן מַחְמִיצִין.
La Guemara ajoute : Et Abaye se rétracta de son opinion au sujet de cettehalakha des tiges, car il soutient que tout ce qui absorbe du liquide ne devient pas levé à moins d’être entièrement trempé dans l’eau. Comme Abaye l’a dit : En ce qui concerne cette cruche utilisée pour sécher les tiges au moyen du rôtissage, si elle est renversée, c’est permis, car le liquide qui s’écoule d’une tige ne sera pas absorbé par les autres tiges. Cependant, si le récipient est à la verticale, c’est interdit, car le liquide retenu dans le récipient pourrait être absorbé par les autres tiges et les faire lever. Rava a dit : Même si la cruche est à la verticale, c’est également permis. Ce liquide est considéré comme du jus de fruit, et le jus de fruit ne fait pas lever le grain.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לוֹתְתִין שְׂעוֹרִין בַּפֶּסַח. וְאִם לָתַת, נִתְבַּקְּעוּ — אֲסוּרוֹת, לֹא נִתְבַּקְּעוּ — מוּתָּרוֹת.
Les Sages ont enseigné : Il est interdit de faire tremper de l’orge dans l’eau à Pessa'h afin de faciliter le retrait de la balle du grain. Et si quelqu’un l’a fait tremper et qu’elle s’est fendue, c’est interdit. Si elle ne s’est pas fendue, c’est permis.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שׁוֹרָן בְּחוֹמֶץ, וְחוֹמֶץ צוֹמְתָן. אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.
Rabbi Yosei dit : Si quelqu’un voit que le grain est en train de gonfler, il doit le faire tremper dans du vinaigre, et le vinaigre fera se contracter le grain, empêchant ainsi le levain. Cependant, Shmuel a dit : La halakha n’est pas conforme à l’opinion de Rabbi Yosei.
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עוּקְבָא: לֹא נִתְבַּקְּעוּ מַמָּשׁ, אֶלָּא כׇּל שֶׁאִילּוּ מַנִּיחָן עַל פִּי חָבִית וְהֵן נִתְבַּקְּעוֹת מֵאֵילֵיהֶן, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: נִתְבַּקְּעוּ מַמָּשׁ. עֲבַד שְׁמוּאֵל עוֹבָדָא בְּדוּרָא דְּבֵי בַּר חָשׁוּ נִתְבַּקְּעוּ מַמָּשׁ.
Rav Ḥisda a dit que Mar Ukva a dit : Lorsque les Sages faisaient référence à un cas où le grain d’orge s’était fendu, l’interdiction ne s’applique pas seulement si il s’est effectivement fendu et qu’une fissure est visible. Au contraire, cela vise même un cas où si les grains d’orge étaient placés sur un tonneau de vin, ils se fendraient d’eux-mêmes, en raison de l’effet du vin. Et en revanche, Shmuel a dit : Cette halakha ne s’applique que si il s’est effectivement fendu. La Guemara rapporte : Shmuel a agi conformément à sa décision, lorsqu’il était dans le village de la maison de bar Ḥashu. Il n’a interdit que les grains d’orge qui s’étaient effectivement fendus, mais a permis ceux qui étaient sur le point de se fendre.
אָמַר רַבָּה: בַּעַל נֶפֶשׁ לֹא יִלְתּוֹת. מַאי אִירְיָא בַּעַל נֶפֶשׁ? אֲפִילּוּ כּוּלֵּי עָלְמָא נָמֵי, דְּהָא תַּנְיָא: אֵין לוֹתְתִין שְׂעוֹרִין בַּפֶּסַח! הָכִי קָאָמַר: בַּעַל נֶפֶשׁ — אֲפִילּוּ חִיטִּין דִּשְׁרִירִי לֹא יִלְתּוֹת.
Rabba a dit : Une personne pieuse ne fera pas tremper du blé du tout pendant Pessa'h. La Guemara demande : Pourquoi parler particulièrement d’une personne pieuse ? Cette halakha devrait s’appliquer également à tout le monde, puisqu’il a été explicitement enseigné dans une baraita : On ne peut pas faire tremper de l’orge pendant Pessa'h. La Guemara répond que c’est ce que Rabba veut dire : Une personne pieuse ne fera pas tremper même du blé, qui est plus ferme que l’orge et moins susceptible de se fendre, par crainte qu’il ne devienne levé.
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן: מַאן דְּצָיֵית לֵיהּ לְאַבָּא — אָכֵיל נַהֲמָא דְעִיפּוּשָׁא. דְּהָא בֵּי רַב הוּנָא לָתְתִי, וּבֵי רָבָא בַּר אָבִין לָתְתִי. וְרָבָא אָמַר: אָסוּר לִלְתּוֹת.
Rav Naḥman dit à Rabba : Quiconque écoute Abba, le premier prénom de Rabba, mangera du pain moisi pendant Pessa'h, car la farine ne peut pas être préparée correctement sans trempage, et par conséquent on ne doit pas préparer de matza avec cette farine. De même que dans la maison de Rav Houna on faisait tremper le grain, et dans la maison de Rava bar Avin on faisait également tremper leur grain. Mais Rava dit : Il ne faut pas éviter de faire tremper le grain simplement par piété ; au contraire, il est absolument interdit de faire tremper le grain.
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: אֵין לוֹתְתִין שְׂעוֹרִין בַּפֶּסַח. שְׂעוֹרִין הוּא דְּלָא, הָא חִיטֵּי — שְׁרֵי. לָא מִיבַּעְיָא קָאָמַר. לָא מִיבַּעְיָא חִיטִּין, כֵּיוָן דְּאִית בֵּיהּ צִירְיָא — עָיְילִי בְּהוּ מַיָּא, אֲבָל שְׂעָרֵי דְּשִׁיעִי — אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara demande : Mais plutôt, ce qui est enseigné dans une baraita : On ne peut pas faire tremper de l’orge à Pessa'h, indique que c’est l’orge que l’on ne peut pas faire tremper ; cependant, il est permis de faire tremper du blé. Comment Rava expliquera-t-il cette baraita ? La Guemara explique : La baraita parle en employant le style didactique de : Il va sans dire. Il faut la comprendre ainsi : Il va sans dire que le blé ne peut pas être trempé, puisque les grains de blé ont une fente par laquelle l’eau entrera, et le blé gonflera donc rapidement lorsqu’on le laisse tremper. Cependant, dans le cas de l’orge, qui est lisse et dans laquelle l’eau n’entrera pas dans le grain, on pourrait dire que cela semble acceptable, c’est-à-dire qu’il est permis de faire tremper l’orge. Par conséquent, la baraitanous enseigne qu’il est interdit de faire tremper même l’orge.
הֲדַר אָמַר רָבָא: מוּתָּר לִלְתּוֹת. דְּתַנְיָא: יוֹצְאִין בְּפַת נְקִיָּה וְהַדְרָאָה, וְאִי אֶפְשָׁר נְקִיָּה בְּלֹא לְתִיתָה.
Rava reconsidéra la question et dit alors : Ce n’est pas le cas. Au contraire, il est permis de faire tremper le grain, comme cela a été enseigné dans une baraita : On peut s’acquitter de son obligation avec une galette de matza préparée à partir de farine raffinée et avec une matza cuite à partir de farine grossière. Et il est impossible de produire une matza raffinée sans faire tremper le grain, car c’est la seule manière d’en retirer complètement la balle.
אֵיתִיבֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: הַקְּמָחִין וְהַסְּלָתוֹת שֶׁל גּוֹיִם, שֶׁל כְּפָרִים — טְהוֹרִים, וְשֶׁל כְּרַכִּין — טְמֵאִין.
Rav Pappa souleva une objection à l’opinion de Rava à partir d’une baraita : En ce qui concerne la farine et la farine raffinée appartenant à des gentils, dans les villages elles sont rituellement pures, et dans les villes elles sont rituellement impures. On suppose que le grain dans les villes est trempé dans l’eau avant d’être moulu en farine. Une fois que l’eau entre en contact avec ce grain, il devient susceptible à l’impureté rituelle, puis il devient impur lorsqu’il est touché par des gentils.
דִּכְפָרִים מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דְּלָא לָתְתִי, וְקָא קָרֵי לֵיהּ סוֹלֶת!
Quant à la farine dans les villages, quelle est la raison pour laquelle elle est rituellement pure ? N’est-ce pas dû au fait qu’ils ne la font pas tremper, et qu’ainsi elle ne devient pas susceptible à l’impureté rituelle ? Et pourtant, leur farine est néanmoins appelée farine fine. On peut en déduire qu’il est possible de préparer de la farine fine sans faire tremper le grain.
תַּרְגּוּמָא אַקִּמְחָא. בָּתַר דְּנָפֵיק אָמַר: מַאי טַעְמָא לָא אֵימָא לֵיהּ מֵהָא דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב יִרְמְיָה אָמַר שְׁמוּאֵל: חִיטִּין שֶׁל מְנָחוֹת אֵין לוֹתְתִין אוֹתָם, וְקָא קָרֵי לְהוּ סוֹלֶת.
Rava répondit : Il faut interpréter la distinction de la baraita comme se rapportant seulement à la farine ordinaire, et non à la farine raffinée, qui est invariablement susceptible d’impureté rituelle en raison du trempage. Après que Rava fut parti, Rav Pappa dit : Quelle est la raison pour laquelle il n’a pas cité une preuve de cette déclaration que Rabbi Zeira a dite, selon laquelle Rav Yirmeya a dit que Shmuel a dit : En ce qui concerne le blé qui sera utilisé pour les offrandes de farine, on ne peut pas le faire tremper, et pourtant il est néanmoins appelé farine raffinée ? La Torah insiste pour que la farine utilisée pour les offrandes de farine soit préparée à partir de farine raffinée.
הֲדַר אָמַר רָבָא: מִצְוָה לִלְתּוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר ״וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַמַּצּוֹת״ — אִי לָא דְּבָעֵי לְתִיתָה שִׁימּוּר לְמַאי? אִי שִׁימּוּר דְּלִישָׁה — שִׁימּוּר דְּלִישָׁה לָאו שִׁימּוּר הוּא.
Rava reconsidéra la question et dit alors : Il n’est pas seulement permis de faire tremper les grains ; c’est en réalité une mitzva de les faire tremper, comme il est dit : « Et vous garderez les matzot » (Exode 12:17). La Guemara explique cette déclaration : Si ce n’est pas le cas que le grain nécessite un trempage, à quoi servirait la surveillance ? Si vous affirmez que ce verset fait référence à la surveillance pendant le pétrissage, cela ne peut pas être le cas, car surveiller le grain pendant le pétrissage n’est pas considéré comme une surveillance. Si l’on n’a pas protégé le blé contre le fait de lever jusqu’à ce moment-là, il ne sert à rien d’être prudent pendant le pétrissage. Par conséquent, cette mitzva de garder la pâte ne peut pas se référer à l’étape du pétrissage.
דְּאָמַר רַב הוּנָא: בְּצֵקוֹת שֶׁל גּוֹיִם — אָדָם מְמַלֵּא כְּרֵיסוֹ מֵהֶן, וּבִלְבַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת מַצָּה בָּאַחֲרוֹנָה. בָּאַחֲרוֹנָה — אִין, בָּרִאשׁוֹנָה — לָא,
Comme l’a dit Rav Huna : Dans le cas d’une pâte préparée par des gentils, si l’on sait qu’elle n’a pas levé, une personne peut s’en remplir l’estomac la nuit de Pessa'h, à condition qu’elle mange à la fin un volume d’olive de matza, afin de s’acquitter de l’obligation de manger de la matza. La Guemara déduit de cette déclaration : En ce qui concerne la matza qu’elle mange à la fin, oui, elle s’acquitte de son obligation avec cette matza. Mais en ce qui concerne la matza qu’elle a mangée au début, non, elle ne s’acquitte pas de la mitsva avec une pâte préparée par des gentils.
מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דְּלָא עֲבַד בְּהוּ שִׁימּוּר. וְלַעְבֵּיד לֵיהּ שִׁימּוּר מֵאֲפִיָּה וְאֵילָךְ! אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ, שִׁימּוּר מֵעִיקָּרָא בָּעֵינַן.
Quelle est la raison pour laquelle on ne peut pas s’acquitter de son obligation de manger de la matza avec une pâte préparée par des non-Juifs ? C’est parce qu’il n’a pas accompli son devoir de surveiller cette pâte. Mais on peut accomplir son devoir de la surveiller à partir du moment de la cuisson et au-delà. Plutôt, n’est-il pas correct de conclure de cette baraitaque le grain doit être surveillé dès le début, c’est-à-dire à partir du moment où il est trempé, ce qui prouve que le trempage du grain fait partie du processus de préparation de la matza ?
ומִמַּאי? דִּילְמָא שָׁאנֵי הָתָם, דִּבְעִידָּנָא דְּנָחֵית לְשִׁימּוּר — לָא עָבֵד לַהּ שִׁימּוּר. אֲבָל הֵיכָא דִּבְעִידָּנָא דְּנָחֵית לְשִׁימּוּר — עָבֵיד לַהּ שִׁימּוּר, הָכִי נָמֵי דְּשִׁימּוּר דְּלִישָׁה הָוֵי שִׁימּוּר.
La Guemara rejette cela : Et d’où savons-nous que cette conclusion est correcte ? Peut-être est-ce différent là-bas, car au moment où une surveillance est requise, c’est-à-dire lorsque de l’eau a été ajoutée à la farine, il n’a pas accompli correctement son devoir de la surveiller. Cependant, dans un cas où, au moment où une surveillance est requise, lorsque de l’eau est ajoutée à la farine, il a bien accompli correctement son devoir de la surveiller, ici aussi, il est possible que la surveillance de la farine au moment du pétrissage soit considérée comme une surveillance appropriée. Par conséquent, cette question ne peut pas être tranchée sur la base du cas d’une pâte préparée par des non-Juifs.
וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא הֲדַר בֵּיהּ רָבָא. דְּאָמַר לְהוּ לְהָנְהוּ דִּמְהַפְּכִי כֵּיפֵי: כִּי מְהַפְּכִיתוּ — הַפִּיכוּ לְשׁוּם מִצְוָה, אַלְמָא קָסָבַר: שִׁימּוּר מֵעִיקָּרָא מִתְּחִלָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ בָּעֵינַן.
Et bien que cette preuve ait été rejetée, Rava ne se rétracta pas de son affirmation selon laquelle la surveillance du grain doit commencer avant le pétrissage. Car il avait l’habitude de dire à ceux qui coupaient et liaient les tiges [kifei] du grain dans le champ : Lorsque vous coupez le grain, coupez-le dans le but de la mitzva. Apparemment, Rava soutient qu’il est nécessaire de surveiller le grain dès le début, c’est-à-dire du commencement de sa préparation jusqu’à sa fin.
מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא
La Guemara raconte au sujet de Mar, fils de Ravina,