לְהָא שְׁמַעְתָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף בְּהָא לִישָּׁנָא: דְּכוּלֵּי עָלְמָא אֵין פּוֹדִין אֶת הַקֳּדָשִׁים לְהַאֲכִילָן לִכְלָבִים, וְהָכָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: בְּדָבָר הַגּוֹרֵם לְמָמוֹן כְּמָמוֹן דָּמֵי.
cette halakha au nom de Rav Yosef avec la formulation suivante : Tous s’accordent à dire qu’on ne peut pas racheter des objets consacrés afin de les donner à manger aux chiens. Et ici, ils sont en désaccord sur la question de savoir si un objet susceptible de causer une perte financière est considéré comme ayant une valeur monétaire. Les Sages sont en désaccord au sujet du statut d’un objet qui n’a aucune valeur actuelle mais qui, s’il est perdu ou détruit, causera au propriétaire une perte financière. En d’autres termes, ils sont en désaccord sur la question de savoir si un tel objet est considéré comme ayant une valeur intrinsèque. Cette divergence peut être appliquée à notre discussion de l’opinion de Rabbi Shimon, qui affirme qu’il est permis de manger du pain levé après Pessa'h même s’il appartenait à un Juif.
מַאן דְּאָמַר מָעַל, קָסָבַר: דָּבָר הַגּוֹרֵם לְמָמוֹן — כְּמָמוֹן דָּמֵי. וּמַאן דְּאָמַר לֹא מָעַל, קָסָבַר: דָּבָר הַגּוֹרֵם לְמָמוֹן — לָאו כְּמָמוֹן דָּמֵי.
La Guemara explique : Celui qui a dit qu’il a fait un usage abusif d’un bien consacré en utilisant du pain levé consacré pendant Pessa'h soutient qu’un objet qui peut causer une perte financière est considéré comme ayant une valeur monétaire. Bien que le pain levé n’ait actuellement aucune valeur, il peut être consommé après Pessa'h et aura alors une certaine valeur. Il est donc considéré comme ayant une valeur monétaire dès maintenant, de sorte que celui qui l’utilise est coupable d’usage abusif de biens consacrés. Et celui qui a dit qu’il n’a pas fait un usage abusif d’un bien consacré soutient qu’un objet qui peut causer une perte financière n’est pas considéré comme ayant une valeur monétaire. Par conséquent, puisque le pain levé n’a actuellement aucune valeur, celui qui l’utilise ne serait pas coupable d’usage abusif d’un bien consacré.
רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: דְּכוּלֵּי עָלְמָא דָּבָר הַגּוֹרֵם לְמָמוֹן — כְּמָמוֹן דָּמֵי, וְהָכָא בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן קָמִיפַּלְגִי: מַאן דְּאָמַר לֹא מָעַל — כְּרַבִּי יְהוּדָה. וּמַאן דְּאָמַר מָעַל — כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.
Rav Aḥa bar Ya’akov explique la question comme suit : Tout le monde s’accorde à dire qu’un objet susceptible de causer une perte financière est considéré comme ayant une valeur monétaire, et ici ils sont en désaccord au sujet du même point de litige entre Rabbi Yehuda et Rabbi Shimon. L’opinion de celui qui a dit qu’il n’a pas commis d’usage abusif d’objets consacrés est conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda, qui soutient qu’on ne peut tirer aucun bénéfice du pain levé qui appartenait à un Juif pendant Pessa'h. Ainsi, le pain levé consacré est sans valeur, puisqu’il restera interdit même après Pessa'h. Et celui qui a dit qu’il a commis un usage abusif d’objets consacrés est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, qui soutient qu’on peut tirer bénéfice du pain levé après la fin de Pessa'h, même s’il appartenait à un Juif pendant Pessa'h. Par conséquent, le pain levé consacré est considéré comme ayant une valeur monétaire, et celui qui l’utilise est coupable d’usage abusif d’objets consacrés.
וְהָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב הוּא דְּאָמַר דְּרַבִּי יְהוּדָה יָלֵיף שְׂאוֹר דַּאֲכִילָה מִשְּׂאוֹר דִּרְאִיָּיה! אֶלָּא הֲדַר בֵּיהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב מֵהַהִיא.
La Guemara soulève une objection : Mais n’est-ce pas Rav Aḥa bar Ya’akov qui a dit que Rabbi Yehuda déduit les détails de l’interdiction de manger du levain à partir des détails de l’interdiction de voir du levain ? De même qu’il est permis de voir le pain levé d’un non-Juif ou de Dieu, de même il est permis de manger ce type de pain levé après Pessa'h. Par conséquent, du pain levé consacré serait permis après Pessa'h même selon l’opinion de Rabbi Yehuda. Au contraire, il faut comprendre que Rav Aḥa bar Ya’akov s’est rétracté de cette explication de l’opinion de Rabbi Yehuda, et il est d’accord avec Rava, qui explique que Rabbi Yehuda soutient que tout pain levé existant pendant Pessa'h est interdit ensuite.
רַב אָשֵׁי אֲמַר: דְּכוּלֵּי עָלְמָא — אֵין פּוֹדִין, וְדָבָר הַגּוֹרֵם לְמָמוֹן — לָאו כְּמָמוֹן דָּמֵי, וְהָכָא בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְרַבָּנַן קָמִיפַּלְגִי. מַאן דְּאָמַר מָעַל — כְּרַבִּי יוֹסֵי. וּמַאן דְּאָמַר לֹא מָעַל — כְּרַבָּנַן.
Rav Ashi a dit que tous sont d’accord pour dire qu’on ne rachète pas un bien consacré afin de le donner à manger aux chiens, et, de même, tous sont d’accord pour dire qu’un objet susceptible de causer une perte financière n’est pas considéré comme ayant une valeur monétaire. Et ici, dans cette baraita, ils sont en désaccord au sujet du même point de litige que Rabbi Yosei HaGelili et les Sages. L’opinion de celui qui a dit qu’il a commis un usage abusif d’objets consacrés en mangeant le pain levé consacré est conforme à l’opinion de Rabbi Yosei HaGelili, qui soutient qu’on peut tirer profit du pain levé appartenant à un Juif même pendant les sept jours de Pessa'h. Par conséquent, puisque le pain levé a une certaine valeur, on est coupable d’usage abusif d’objets consacrés en l’utilisant. Et l’opinion de celui qui a dit qu’il n’a pas commis d’usage abusif d’objets consacrés est conforme à l’opinion des Sages, qui soutiennent qu’on ne peut pas tirer profit du pain levé pendant Pessa'h, rendant ainsi le pain levé consacré sans valeur. Bien qu’il puisse avoir une certaine valeur après Pessa'h, un objet susceptible de causer une perte financière n’est pas considéré comme ayant une valeur monétaire, et il est donc actuellement considéré comme sans valeur.
אָמַר רַב: חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינוֹ בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — אָסוּר. שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ, בְּמִינוֹ — אָסוּר, שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — מוּתָּר.
Rav a dit : En ce qui concerne le pain levé qui se mélange à un aliment permis, la distinction suivante s’applique. Pendant son temps d’interdiction, c’est-à-dire durant les sept jours de Pessa'h, le pain levé est interdit qu’il soit mélangé à son propre type, par exemple lorsque de la farine levée est mélangée à de la farine de matsa ou lorsque de la matsa non levée est mélangée à de la matsa levée, ou qu’il soit mélangé à un autre type de substance. En dehors de son temps d’interdiction, mais plutôt après Pessa'h, s’il est mélangé à son propre type de substance, alors cela est interdit. Cependant, s’il est mélangé à un autre type de substance, alors cela est permis.
בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵימָא בְּנוֹתֵן טַעַם, שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ מוּתָּר? הָא יְהֵיב טַעְמָא!
La Guemara demande : De quoi s’agit-il ? Si tu dis que il y a assez de pain levé pour qu’il donne du goût au mélange, c’est-à-dire au moins une part sur soixante, alors, si ce n’est pas en son temps et que c’est mélangé avec un autre type de substance, pourquoi est-ce permis ? Cela ne donne-t-il pas du goût au mélange, et puisque celui qui mange ce mélange distinguera le goût interdit, tout le mélange est interdit ?
אֶלָּא בְּמַשֶּׁהוּ. חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינוֹ בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ אָסוּר, רַב לְטַעְמֵיהּ, דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כׇּל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה, בְּמִינוֹ — בְּמַשֶּׁהוּ, שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — בְּנוֹתֵן טַעַם.
Au contraire, ce cas traite de n’importe quelle quantité, une quantité minimale de pain levé qui a été mélangée à une grande quantité de matsa. La halakha dans ce cas est que le pain levé pendant son temps d’interdiction est interdit, qu’il soit mélangé avec son propre type de substance ou avec un autre type de substance. Cette déclaration de Rav est conforme à sa ligne de raisonnement comme suit : Car ce sont Rav et Shmuel qui disent tous deux : En ce qui concerne tous les aliments interdits par la Torah qui se mélangent à des aliments permis, si l’aliment permis est de son propre type, de sorte qu’il est impossible de distinguer l’un de l’autre, alors même n’importe quelle quantité de la substance interdite rend tout le mélange interdit. Cependant, si l’aliment interdit a été mélangé avec un autre type de substance, alors le mélange ne devient interdit que lorsqu’il y a assez de l’élément interdit pour donner du goût au mélange.
רַב גָּזַר חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ אַטּוּ מִינוֹ. וְשֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ בְּמִינוֹ — אָסוּר, כְּרַבִּי יְהוּדָה.
Rav a promulgué un décret supplémentaire interdisant le pain levé pendant son temps d’interdiction, lorsque ce pain levé est mélangé avec un autre type d’aliment, même lorsqu’il n’y en a qu’une toute petite quantité de mélangée, en raison de l’interdiction de consommer un mélange comparable avec son propre type de substance. En raison de la gravité de l’interdiction de consommer du pain levé pendant Pessa'h, Rav a jugé nécessaire de promulguer ce décret supplémentaire. La déclaration de Rav selon laquelle le pain levé est interdit hors de son temps, lorsqu’il est mélangé avec son propre type de substance, est conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda, qui dit que selon la Torah, le pain levé est interdit même après Pessa'h, et ainsi même un mélange de celui-ci est interdit.
וְשֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — מוּתָּר, דְּשֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ וְשֶׁלֹּא בְּמִינוֹ אַטּוּ מִינוֹ — כּוּלֵּי הַאי לָא גָּזְרִינַן.
Mais si cela est mélangé avec un autre type de substance, cela est permis, parce qu'il n'y a pas besoin d'aller si loin jusqu'à décréter une interdiction concernant un mélange avec un autre type de substance hors de son temps, en raison de l'interdiction d'un mélange avec le même type de substance. Rav soutient que, lorsqu'un élément interdit tombe dans un mélange d'un type différent de substance, il est annulé, à moins qu'il ne donne du goût au nouveau mélange. Par conséquent, le même principe devrait s'appliquer au pain levé après Pessa'h, et une petite quantité devrait être annulée dès que l'interdiction plus grave ne s'applique plus.
שְׁמוּאֵל אָמַר: חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ, בְּמִינוֹ — אָסוּר, שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — מוּתָּר. שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינוֹ בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — מוּתָּר. חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ, בְּמִינוֹ — אָסוּר, שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ — דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כׇּל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה, בְּמִינוֹ — אֲסוּרִין בְּמַשֶּׁהוּ, שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — בְּנוֹתֵן טַעַם.
En revanche, Shmuel a dit que si du pain levé se mélange à un aliment permis pendant son temps d’interdiction, alors la distinction suivante s’applique : s’il se mélange à son propre type d’aliment, c’est interdit, mais s’il se mélange à un autre type d’aliment, c’est permis. S’il se mélange pas pendant son temps d’interdiction, mais après Pessa'h, alors, indépendamment du fait qu’il se mélange à son propre type ou à un autre type de substance, c’est permis. Quant à l’affirmation selon laquelle du pain levé mélangé au même type de substance pendant son temps d’interdiction est interdit, Shmuel est conforme à sa ligne de raisonnement ci-dessous : Car ce sont Rav et Shmuel qui disent tous deux : En ce qui concerne tous les aliments interdits par la Torah qui se mélangent à des aliments permis, si l’aliment permis est de son propre type, de sorte qu’il est impossible de distinguer l’un de l’autre, alors même la moindre quantité de la substance interdite rend tout le mélange interdit. Cependant, si l’aliment interdit se mélange à un autre type de substance, alors le mélange ne devient interdit que lorsqu’il y a suffisamment de l’élément interdit pour donner du goût au mélange.
שֶׁלֹּא בְּמִינָן אַטּוּ מִינָן לָא גָּזַר. שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינָן בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינָן — מוּתָּרִין, כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.
Et Shmuel n’a pas décrété un décret interdisant un mélange avec un autre type de substance, en raison de l’interdiction de consommer un mélange avec son propre type. Cependant, pas pendant son temps, mais plutôt après Pessa'h, le mélange est permis, qu’il ait été mélangé avec son propre type ou avec un autre type. Et cette déclaration est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, qui affirme qu’après Pessa'h on peut tirer profit du pain levé qui appartenait à un Juif pendant Pessa'h.
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינוֹ וּבֵין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — אָסוּר בְּנוֹתֵן טַעַם. שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינָן בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינָן — מוּתָּר.
Et Rabbi Yoḥanan dit : En ce qui concerne le pain levé qui tombe dans un mélange pendant son temps d’interdiction, qu’il se mélange à son propre type de substance ou à un autre type de substance, il ne devient interdit que lorsqu’il y a assez de l’élément interdit pour donner du goût au mélange. Cependant, pas pendant son temps d’interdiction, mais plutôt après Pessaḥ, il est toujours permis, indépendamment du fait qu’il tombe dans un mélange de son propre type de substance ou qu’il tombe dans un mélange d’un autre type de substance.
חָמֵץ בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינוֹ בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ בְּנוֹתֵן טַעַם — רַבִּי יוֹחָנָן לְטַעְמֵיהּ, דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כׇּל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה, בֵּין בְּמִינָן בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינָן — בְּנוֹתֵן טַעַם. שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ, בֵּין בְּמִינוֹ בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ מוּתָּרִין, כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.
La Guemara explique cette position : En ce qui concerne l’affirmation selon laquelle le pain levé qui tombe dans un mélange pendant son temps d’interdiction, que ce soit avec son propre type d’aliment ou avec un autre type d’aliment, il n’est interdit que lorsqu’il donne du goût au mélange, Rabbi Yoḥanan est conforme à sa ligne de raisonnement ci-dessous. Car Rabbi Yoḥanan et Reish Lakish disent tous deux : En ce qui concerne tous les aliments interdits par la Torah qui tombent dans un mélange, qu’il s’agisse de son propre type d’aliment ou d’un autre type d’aliment, le mélange est interdit lorsqu’il y a suffisamment de l’élément interdit pour donner du goût au mélange. Si une quantité inférieure à cela tombe dans le mélange, elle est annulée par la grande majorité de l’aliment permis. La déclaration de Rabbi Yoḥanan selon laquelle pas pendant son temps d’interdiction, mais plutôt après Pessaḥ, cela est permis, indépendamment de la question de savoir si cela tombe dans un mélange de son propre type d’aliment ou dans un mélange d’un autre type d’aliment, est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, qui soutient que le pain levé appartenant à un Juif pendant Pessaḥ n’est pas interdit par la suite.