אָמַר רָבָא: הִילְכְתָא, טָעַם — מְקַדֵּשׁ, וְטָעַם — מַבְדִּיל, וּמִי שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מְקַדֵּשׁ וְהוֹלֵךְ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ עַד מוֹצָאֵי שַׁבָּת. מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כׇּל הַשַּׁבָּת כּוּלּוֹ.
Rava a dit : La halakha est que celui qui a goûté de la nourriture avant le kiddouch peut réciter le kiddouch ; et celui qui a goûté de la nourriture avant la havdala peut réciter la havdala ; et celui qui n’a pas récité le kiddouch la veille de Chabbat, la nuit, peut réciter le kiddouch à tout moment pendant toute la journée jusqu’à la conclusion de Chabbat. De même, celui qui n’a pas récité la havdala à la conclusion de Chabbat peut réciter la havdala à tout moment pendant toute la semaine, c’est-à-dire pendant les trois premiers jours de la semaine, la période appelée : Après Chabbat.
אַמֵּימָר פָּתַח לַהּ לְהָא שְׁמַעְתָּא דְּרָבָא בְּהַאי לִישָּׁנָא, אָמַר רָבָא: הִילְכְתָא, טָעַם — מְקַדֵּשׁ, טָעַם — מַבְדִּיל, מִי שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ בָּעֶרֶב שַׁבָּת — מְקַדֵּשׁ וְהוֹלֵךְ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ, מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ.
Ameimar a commencé cet enseignement de Rava dans cette formulation amendée : Rava a dit : La halakha est que celui qui a goûté de la nourriture avant le kiddush peut réciter le kiddush ; et celui qui a goûté de la nourriture avant la havdala peut réciter la havdala ; et celui qui n’a pas récité le kiddush la veille de Chabbat, la nuit, peut réciter le kiddush à tout moment pendant toute la journée. Celui qui n’a pas récité la havdala à la conclusion de Chabbat peut réciter la havdala à tout moment pendant toute la journée de dimanche, mais pas plus tard.
אָמְרִי לֵיהּ מָר יָנוֹקָא וּמָר קַשִּׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא לְרַב אָשֵׁי: זִימְנָא חֲדָא אִיקְּלַע אַמֵּימָר לְאַתְרִין, וְלָא הֲוָה לַן חַמְרָא. אַיְיתִינָא לֵיהּ שִׁיכְרָא, וְלָא אַבְדֵּיל וּבָת טְווֹת. לִמְחַר, טְרַחְנָא וְאַיְיתִינָא לֵיהּ חַמְרָא, וְאַבְדֵּיל וּטְעֵים מִידֵּי. לְשָׁנָה תּוּ אִיקְּלַע לְאַתְרִין, לָא הֲוָה לַן חַמְרָא, אַיְיתִינָא שִׁיכְרָא, אָמַר: אִי הָכִי, חֲמַר מְדִינָה הוּא, אַבְדֵּיל וּטְעֵים מִידֵּי.
La Guemara rapporte que Mar Yanouka, le plus jeune Mar, et Mar Kashisha, le plus âgé Mar, tous deux fils de Rav Ḥisda, dirent à Rav Ashi : Une fois, il arriva qu’Ameimar vienne chez nous et nous n’avions pas de vin pour la havdala. Nous lui avons apporté de la bière et il ne récita pas la havdala, et il passa la nuit à jeun, car il est interdit de manger avant la havdala. Le lendemain, nous avons fait des efforts et lui avons apporté du vin, et il récita la havdala et goûta un peu de nourriture. L’année suivante, il arriva de nouveau qu’il vienne chez nous. Une fois encore, nous n’avions pas de vin et nous lui avons apporté de la bière. Il dit : Si tel est le cas, s’il est si difficile d’obtenir du vin chez vous, la bière est le vin de la province. Il récita la havdala sur la bière et goûta un peu de nourriture.
שְׁמַע מִינַּהּ תְּלָת. שְׁמַע מִינַּהּ: הַמַּבְדִּיל בִּתְפִלָּה, צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס. וּשְׁמַע מִינַּהּ: אָסוּר לוֹ לָאָדָם שֶׁיֹּאכַל קוֹדֶם שֶׁיַּבְדִּיל. וּשְׁמַע מִינַּהּ: מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת, מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כׇּל הַשַּׁבָּת כּוּלּוֹ.
La Guemara note que l’on peut apprendre de la conduite d’Ameimar trois halakhot : On en apprend que celui qui récite la havdala dans la prière doit réciter la havdala de nouveau sur une coupe, car Ameimar avait vraisemblablement récité le passage de havdala dans sa prière de la Amida. Et on en apprend qu’il est interdit à une personne de manger avant d’avoir récité la havdala. Et on en apprend que celui qui n’a pas récité la havdala à la conclusion du Chabbat peut réciter la havdala à tout moment pendant toute la semaine, c’est-à-dire pendant les trois premiers jours de la semaine.
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב הוּנָא מֵרַב חִסְדָּא: מַהוּ לְקַדּוֹשֵׁי אַשִּׁיכְרָא? אָמַר: הַשְׁתָּא וּמָה פִּירְזוּמָא וּתְאֵינֵי וְאַסְנֵי דִּבְעַאי מִינֵּיהּ מֵרַב, וְרַב מֵרַבִּי חִיָּיא, וְרַבִּי חִיָּיא מֵרַבִּי, וְלָא פְּשַׁט לֵיהּ — שִׁיכְרָא מִיבַּעְיָא?!
Dans l’histoire ci-dessus, Ameimar a refusé de réciter la havdala sur de la bière. La Guemara traite cette question plus longuement. Rav Houna a soulevé un dilemme devant Rav Ḥisda : quelle est la halakha quant à savoir s’il est permis de réciter le kiddush sur de la bière de dattes ? Il a dit : Or, si concernant la bière d’orge, la bière de figue et la bière produite à partir de baies, j’ai soulevé un dilemme devant Rav quant à savoir si elles peuvent ou non être utilisées pour le kiddush, et Rav avait auparavant soulevé ce dilemme devant Rabbi Ḥiyya, et Rabbi Ḥiyya s’était enquis auprès de Rabbi Yehuda HaNasi, et il ne le lui a pas tranché, car il n’a pas pu trouver de source qui le permette clairement, est-il nécessaire de dire que la bière de dattes, qui est inférieure à ces autres types de bière, ne peut pas être utilisée pour le kiddush ?
סְבוּר מִינָּה קַדּוֹשֵׁי הוּא דְּלָא מְקַדְּשִׁינַן עִילָּוֵיהּ, אֲבָל אַבְדּוֹלֵי מַבְדְּלִינַן. אֲמַר לְהוּ רַב חִסְדָּא: הָכִי אָמַר רַב: כְּשֵׁם שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין עָלָיו, כָּךְ אֵין מַבְדִּילִין עָלָיו. אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִימִי אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּשֵׁם שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין עָלָיו, כָּךְ אֵין מַבְדִּילִין עָלָיו.
Ceux qui entendirent cette réponse comprirent de celle-ci que l’on ne peut pas réciter le kiddouch dessus, mais que l’on peut réciter la havdala sur la bière de dattes. Rav Ḥisda leur dit que Rav a dit ce qui suit : De même qu’on ne peut pas réciter le kiddouch sur la bière de dattes, de même on ne peut pas réciter la havdala sur elle. Il a également été dit que Rav Taḥalifa bar Avimi a dit que Shmuel a dit : De même qu’on ne peut pas réciter le kiddouch sur la bière de dattes, de même on ne peut pas réciter la havdala sur elle.
לֵוִי שַׁדַּר לֵיהּ לְרַבִּי שִׁיכְרָא בַּר תְּלֵיסַר מְגָנֵי, טַעְמֵיהּ — הֲוָה בְּסִים טוּבָא, אֲמַר: כְּגוֹן זֶה רָאוּי לְקַדֵּשׁ עָלָיו וְלוֹמַר עָלָיו כׇּל שִׁירוֹת וְתוּשְׁבָּחוֹת שֶׁבָּעוֹלָם. בְּלֵילְיָא צַעֲרֵיהּ. אָמַר: מְיַסְּרָן וּמְפַיֵּיס.
La Guemara rapporte que Lévi envoya à Rabbi Yehouda HaNassi une bière de treize trempages, c’est-à-dire que treize lots de dattes avaient été trempés dans l’eau jusqu’à ce que celle-ci absorbe pleinement le goût des dattes. Cela était considéré comme une bière de grande qualité. Rabbi Yehouda HaNassi y goûta et elle était particulièrement agréable. Il dit : Une bière comme celle-ci convient pour réciter le kiddouch dessus et pour dire à son sujet tous les chants et louanges du monde, car elle est aussi bonne que le vin. La nuit, elle perturba sa digestion et lui causa de la douleur. Il dit : Elle fait souffrir d’un côté et apaise de l’autre.
אָמַר רַב יוֹסֵף: אֶדּוֹר בָּרַבִּים דְּלָא אִישְׁתֵּי שִׁיכְרָא. אָמַר רָבָא: אִישְׁתֵּי מֵי זוּרְיוֹן וְלָא אִישְׁתֵּי שִׁיכְרָא.
En ce qui concerne l’inconfort causé par la bière, la Guemara cite des déclarations connexes d’amora’im. Rav Yosef a dit : Je ferai un vœu en public, qui ne peut pas être annulé, que je ne boirai pas de bière en raison de ses effets négatifs, malgré le fait que la bière était une boisson populaire en Babylonie. Rava a dit : Je préférerais boire de l’eau utilisée pour faire tremper le lin, et je ne boirai pas de bière.
וְאָמַר רָבָא: תֶּיהְוֵי שַׁקְיוּתֵיהּ שִׁיכְרָא מַאן דִּמְקַדֵּשׁ אַשִּׁיכְרָא. רַב, אַשְׁכְּחֵיהּ רַב הוּנָא דְּקַדֵּישׁ אַשִּׁיכְרָא, אֲמַר לֵיהּ: שָׁרֵי אַבָּא לְמִיקְנֵי אִיסְתֵּירֵי מִשִּׁיכְרָא.
Et Rava dit : Celui qui récite le kiddush sur la bière, sa boisson habituelle devrait être la bière. En d’autres termes, la punition appropriée pour celui qui récite le kiddush sur la bière, la boisson du pauvre en Babylonie, est qu’il devienne lui-même pauvre et doive boire de la bière régulièrement. La Guemara rapporte que Rav fut trouvé par Rav Houna en train de réciter le kiddush sur la bière. Il lui dit : Abba, le prénom de Rav, a commencé à acquérir des pièces grâce à la bière. Comme Rav s’est récemment mis à vendre de la bière, elle est devenue sa boisson favorite, au point qu’il l’utilise pour le kiddush.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא עַל הַיַּיִן, וְאֵין מְבָרְכִין אֶלָּא עַל הַיַּיִן. אַטּוּ אַשִּׁיכְרָא וְאַמַּיָּא מִי לָא מְבָרְכִין עֲלַיְהוּ שֶׁהַכֹּל נִהְיֶה בִּדְבָרוֹ? אָמַר אַבָּיֵי, הָכִי קָאָמַר: אֵין אוֹמְרִים ״הָבֵא כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ״ אֶלָּא עַל הַיַּיִן. תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מְקַדְּשִׁין עַל הַשֵּׁכָר. מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר רַבִּי שִׁמְעוֹן אָמְרוּ: מְקַדְּשִׁין.
Les Sages ont enseigné : On ne peut réciter le kiddush que sur du vin, et on ne peut réciter des bénédictions que sur du vin. La Guemara exprime son étonnement : Cela veut-il dire qu’on ne récite pas la bénédiction : Par la parole de Qui toutes choses [shehakol] sont venues à l’existence, sur la bière et l’eau ? Abaye a dit : C’est ce que la baraita veut dire : On dit seulement : Apportez une coupe de bénédiction pour réciter la bénédiction du Birkat Hamazon, sur du vin. Les Sages ont enseigné dans une baraita : On ne peut pas réciter le kiddush sur de la bière. Au nom de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, ils ont dit qu’on peut réciter le kiddush sur de la bière.
מַטְעֶימֶת יַיִן כׇּל שֶׁהוּא. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: מְלֹא לוּגְמָא. אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב, וְכֵן תָּנֵי רַב גִּידֵּל דְּמִן נָרֶשׁ: הַמְקַדֵּשׁ וְטָעַם מְלֹא לוּגְמָא — יָצָא, וְאִם לָאו — לֹא יָצָא.
En ce qui concerne la halakha selon laquelle celui qui récite le kiddush doit boire de la coupe, la Guemara déclare que l’on s’acquitte de la mitsva du kiddush en goûtant n’importe quelle quantité de vin. Rabbi Yossei, fils de Yehouda, dit qu’il faut boire au moins une pleine gorgée. Rav Houna a dit que Rav a dit, et Rav Giddel de la ville de Neresh enseigne également : Celui qui récite le kiddush et goûte une pleine gorgée s’est acquitté de son obligation, et sinon, ne s’est pas acquitté de son obligation.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֲנָא תְּנֵינָא לַהּ לָא גִּידּוֹל בַּר מְנַשְּׁיָא וְלָא גִּידּוֹל בַּר מִנְיוֹמֵי אֶלָּא גִּידּוֹל סְתָמָא. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִירְמָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ.
Rav Naḥman bar Yitzḥak a dit : J’enseigne cettebaraita avec précision, et je ne mentionne ni Giddul bar Menashya, ni Giddul bar Minyumei, mais plutôt le nom simple Giddul, sans aucun surnom identificatoire. La Guemara demande : Quelle est la différence pratique dans le nom de Rav Giddel ? La Guemara répond : Pour soulever une contradiction entre l’une de ses décisions et une autre de ses décisions. Puisqu’il n’est pas clair quel Sage a exactement rendu cette décision, il est impossible de prouver qu’il s’est rétracté ou qu’il a contredit son opinion dans une déclaration ultérieure.
סָמוּךְ לַמִּנְחָה. אִיבַּעְיָא לְהוּ: סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה תְּנַן, אוֹ דִילְמָא סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה תְּנַן?
La Guemara revient à la michna, qui énonçait qu’il est interdit de manger à l’approche de l’heure de minḥa la veille de Pessa'h. Un dilemme fut soulevé devant les Sages dans la maison d’étude : Avons-nous appris dans la michna qu’il est interdit de manger à l’approche de l’heure de la minḥa majeure [minḥa gedola], qui est une demi-heure après midi, ou peut-être avons-nous appris dans la michna qu’il est interdit de manger à l’approche de l’heure de la minḥa mineure [minḥa ketana], deux heures et demie avant le coucher du soleil ?
סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה תְּנַן — וּמִשּׁוּם פֶּסַח, דִּילְמָא אָתֵי לְמִימְּשַׁךְ,
La Guemara développe : Avons-nous appris dans la michna qu’il est interdit de manger à proximité de l’heure de la grande minḥa, et cela est à cause de l’agneau pascal, de peur que l’on ne se laisse entraîner par le repas et que l’on passe beaucoup de temps à manger, comme c’était typique des grands repas,