אֲמַר לֵיהּ: כִּי מִשְׁתְּבַע — אַדַּעְתָּא דִידַן מִשְׁתְּבַע, וַאֲנַן לָא מַסְּקִינַן נַפְשִׁין אַשּׁוּמְשְׁמָנֵי.
Rav Ashi lui dit : Lorsqu’il prête serment, il prête serment selon notre compréhension, qui est celle d’une personne ordinaire, et nous n’envisageons pas la possibilité dans notre esprit qu’il fasse référence à des fourmis [shumshemanei]. Par conséquent, s’il a prêté serment de cette manière, on suppose qu’il faisait référence à des personnes, comme celles qui sont sorties d’Égypte.
וְעַל דַּעְתָּא דְנַפְשֵׁיהּ לָא עֲבִיד אִינִישׁ דְּמִשְׁתְּבַע? וְהָתַנְיָא: כְּשֶׁהֵן מַשְׁבִּיעִין אוֹתוֹ, אוֹמְרִים לוֹ: הֱוֵי יוֹדֵעַ שֶׁלֹּא עַל תְּנַאי שֶׁבְּלִבְּךָ אָנוּ מַשְׁבִּיעִין אוֹתְךָ, אֶלָּא עַל דַּעְתֵּינוּ וְעַל דַּעַת בֵּית דִּין. לְאַפּוֹקֵי מַאי? לָאו לְאַפּוֹקֵי דְּאַסֵּיק לְהוּ לְאִיסְקוּנְדְּרֵי וְאַסֵּיק לְהוֹן שְׁמָא זוּזֵי.
La Guemara demande : Et une personne ne prête-t-elle pas serment selon sa propre compréhension ? Il arrive qu’une personne prête serment en ayant à l’esprit une stipulation particulière ou qu’elle donne à ses paroles un sens particulier. Mais n’a-t-on pas enseigné dans une baraita : Lorsque les juges font prêter serment à celui qui affirme avoir payé une dette, ils lui disent : Sache que nous ne te faisons pas prêter serment sur la base d’une stipulation dans ton cœur, c’est-à-dire que tu ne peux pas prétendre que tu prêtes serment sur la base d’une condition que tu as à l’esprit. Au contraire, ton serment est prêté selon notre compréhension et selon la compréhension du tribunal. La Guemara précise : Que vient exclure l’expression qu’ils lui disent : selon notre compréhension ? N’est-ce pas pour exclure un cas où quelqu’un a donné au créancier des jetons [iskundarei] d’un jeu, et dans son esprit il leur donne le titre de pièces et jure qu’il a rendu ces pièces, ce qui est vrai selon ses pensées non exprimées ?
וּמִדְּקָאָמַר ״עַל דַּעְתֵּינוּ״, מִכְּלָל דַּעֲבִיד אִינָשׁ דְּמִשְׁתְּבַע אַדַּעְתָּא דְנַפְשֵׁיהּ!
La Guemara clarifie sa question : Et puisque la baraitadit que le serment prêté au tribunal est : Selon notre compréhension, par déduction, cela signifie qu’une personne prête habituellement serment selon sa propre compréhension, et le serment prendrait effet selon son intention. Par conséquent, une telle pratique doit être spécifiquement exclue lorsqu’on prête serment devant un tribunal.
לָא, לְאַפּוֹקֵי מִקַּנְיָא דְרָבָא. דְּהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מַסֵּיק בְּחַבְרֵיהּ זוּזֵי, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא. אֲמַר לֵיהּ לְלֹוֶה: זִיל פְּרַע לִי. אֲמַר לֵיהּ: פְּרַעְתִּיךָ. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: אִם כֵּן, זִיל אִישְׁתְּבַע לֵיהּ דִּפְרַעְתֵּיהּ.
La Guemara répond : Non, cet avertissement vient exclure un cas semblable à ce roseau de Rava, dans lequel une personne tente de tromper le tribunal mais n’utilise pas nécessairement sa propre terminologie, comme dans le cas où un certain homme réclama de l’argent à un autre. Il se présenta devant Rava pour faire juger l’affaire. Le créancier dit à l’emprunteur : Va me rembourser ta dette. L’emprunteur lui dit : Je t’ai déjà remboursé. Rava lui dit : Si c’est le cas, va lui jurer que tu l’as remboursé.
אֲזַל וְאַיְיתִי קַנְיָא, וְיָהֵיב זוּזֵי בְּגַוֵּיהּ, וַהֲוָה מִסְתְּמִיךְ וְאָזֵיל וְאָתֵי עֲלֵיהּ לְבֵי דִּינָא. אֲמַר לֵיהּ לְמַלְוֶה: נְקוֹט הַאי קַנְיָא בִּידָךְ. נְסַב סֵפֶר תּוֹרָה וְאִישְׁתְּבַע דְּפַרְעֵיהּ כֹּל מָה דַּהֲוָה לֵיהּ בִּידֵיהּ.
L’emprunteur alla chercher un roseau creux, y plaça l’argent à l’intérieur, s’appuya dessus, et se rendit en s’appuyant dessus au tribunal. Il dit au prêteur : Tiens ce roseau dans ta main afin que je puisse prêter serment tout en tenant un rouleau de la Torah. L’emprunteur prit le rouleau de la Torah et jura qu’il avait remboursé la somme entière qui avait été en sa possession.
הָהוּא מַלְוֶה רְגַז וְתַבְרֵהּ לְהָהוּא קַנְיָא, וְאִישְׁתְּפֻךְ הָנְהוּ זוּזֵי לְאַרְעָא, וְאִישְׁתְּכַח דְּקוּשְׁטָא אִישְׁתְּבַע.
Ce créancier alors se mit en colère en entendant l’emprunteur prêter un faux serment et brisa cette canne, et toutes ces pièces placées à l’intérieur tombèrent à terre. Et il s’avéra qu’il avait prêté serment en vérité, puisqu’il avait rendu tout l’argent au moment du serment en lui donnant la canne avec l’argent à l’intérieur. Cependant, c’était une manœuvre trompeuse, car il avait l’intention que le créancier lui rende la canne et l’argent qu’elle contenait après qu’il eut prêté serment. Afin d’empêcher ce genre de tromperie, on avertit celui qui prête serment qu’il doit jurer selon la compréhension du tribunal.
וְאַכַּתִּי לָא עֲבִיד דְּמִישְׁתְּבַע אַדַּעְתָּא דְנַפְשֵׁיהּ? וְהָתַנְיָא: וְכֵן מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ כְּשֶׁהִשְׁבִּיעַ אֶת יִשְׂרָאֵל בְּעַרְבוֹת מוֹאָב, אָמַר לָהֶם: הֱווּ יוֹדְעִים שֶׁלֹּא עַל דַּעְתְּכֶם אֲנִי מַשְׁבִּיעַ אֶתְכֶם, אֶלָּא עַל דַּעְתִּי וְעַל דַּעַת הַמָּקוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא אִתְּכֶם לְבַדְּכֶם וְגוֹ׳״.
La Guemara demande : Et malgré cela, une personne n’a-t-elle pas l’habitude de prêter serment selon sa propre compréhension ? Mais n’a-t-on pas enseigné dans une baraita : Et c’est ainsi que nous l’avons trouvé au sujet de Moïse, notre maître. Lorsqu’il fit prêter serment au peuple juif dans les plaines de Moab, afin qu’ils acceptent sur eux la Torah, il leur dit : Sachez que je ne vous fais pas prêter serment selon votre compréhension et les stipulations dans vos cœurs, mais selon ma compréhension et la compréhension de l’Omniprésent, comme il est dit : « Et ce n’est pas seulement avec vous que je conclus cette alliance » (Deutéronome 29:13).
״מַאי אֲמַר לְהוּ מֹשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל? לָאו הָכִי קָאָמַר לְהוּ: דִּלְמָא עָבֵידְתּוּן מִילֵּי, וְאָמְרִיתוּן: עַל דַּעְתֵּינוּ — מִשּׁוּם הָכִי אֲמַר לְהוּ: עַל דַּעְתִּי. לְאַפּוֹקֵי מַאי? לָאו לְאַפּוֹקֵי דְּאַסִּיקוּ שְׁמָא לַעֲבוֹדָה זָרָה אֱלוֹהַּ. מִכְּלָל דַּעֲבִיד אִינִישׁ דְּמִשְׁתְּבַע אַדַּעְתָּא דְנַפְשֵׁיהּ!
Qu’a dit Moïse à Israël ? N’est-ce pas cela qu’il leur a dit : Peut-être accomplirez-vous des actions négatives, c’est-à-dire des transgressions, et direz : le serment a été prêté selon notre compréhension. Pour cette raison, il leur a dit : vous prêtez le serment selon ma compréhension. La Guemara précise : Qu’est-ce que son avertissement venait exclure ? Ne sert-il pas à exclure la possibilité qu’ils donnent le titre Dieu à un objet d’idolâtrie et disent que telle était leur intention lorsqu’ils ont prêté serment d’adorer Dieu ? Le fait que Moïse ait dû écarter cette prétention indique, par inférence, qu’une personne prête habituellement serment selon sa propre compréhension.
לָא, עֲבוֹדָה זָרָה אִיקְּרִי אֱלוֹהַּ, דִּכְתִיב: ״וּבְכָל אֱלֹהֵי מִצְרַיִם וְגוֹ׳״.
La Guemara répond : Non, l’idolâtrie est aussi appelée : Dieu, dans la Torah, comme il est écrit : « Et contre tous les dieux d’Égypte j’exécuterai des jugements » (Exode 12:12). Par conséquent, cela n’aurait pas été une stipulation particulière dans leur esprit, mais une intention erronée au sein même du serment. Moïse s’en doutait et a donc émis l’avertissement.
וְלַשְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן מִצְוֹת! מַשְׁמַע מִצְוֹת הַמֶּלֶךְ.
La Guemara demande : Et pourquoi Moïse devait-il formuler le serment avec cet avertissement ? Qu’il leur fasse prêter serment avec les mots : Que vous accomplirez les mitzvot, ce qui inclut aussi l’interdiction de l’idolâtrie. La Guemara répond : Le mot mitzvot, qui signifie commandements, peut aussi indiquer les commandements du roi, et telle pourrait être leur intention s’ils prêtaient serment de cette manière.
וְלַשְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן כֹּל מִצְוֹת! מַשְׁמַע מִצְוַת צִיצִית, דְּאָמַר מָר: שְׁקוּלָה מִצְוַת צִיצִית כְּנֶגֶד כׇּל מִצְוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה.
La Guemara demande : Qu’il leur fasse prêter serment avec les mots : Que vous accomplirez toutes les mitzvot. La Guemara répond : Cela non plus ne suffit pas, car cette expression pourrait indiquer spécifiquement la mitzva des franges rituelles, comme le Maître l’a dit : La mitzva des franges rituelles équivaut à toutes les mitzvot de la Torah. Par conséquent, s’ils acceptaient sur eux : Toutes les mitzvot, ils ont peut-être voulu se référer uniquement à la mitzva des franges rituelles.
וְלַשְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן תּוֹרָה! מַשְׁמַע: תּוֹרָה אַחַת. וְלַשְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן תּוֹרוֹת! מַשְׁמַע: תּוֹרַת מִנְחָה, תּוֹרַת חַטָּאת, תּוֹרַת אָשָׁם. וְלַשְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן [תּוֹרוֹת] וּמִצְוֹת! [תּוֹרוֹת] מַשְׁמַע: תּוֹרַת הַמִּנְחָה. מִצְוֹת, מַשְׁמַע: מִצְוֹת הַמֶּלֶךְ.
La Guemara demande : Et qu’il leur fasse prêter serment : que vous accomplissiez la Torah. La Guemara répond : Cette expression indique seulement une seule Torah, la Torah écrite et non la Torah orale. La Guemara demande : Et qu’il leur fasse prêter serment : que vous accomplissiez les Torahs, au pluriel, afin d’inclure à la fois la Torah écrite et la Torah orale. La Guemara répond : Cela non plus n’inclut pas nécessairement toute la Torah, puisqu’il est possible que cela indique la Torah de l’offrande de farine, la Torah de l’offrande expiatoire, et la Torah de l’offrande de culpabilité. La Guemara demande : Et qu’il leur fasse prêter serment : que vous accomplissiez les Torahs et les mitzvot. La Guemara répond : Cela non plus n’inclut pas toute la Torah, parce que le mot Torahs pourrait indiquer la Torah de l’offrande de farine, et mitzvot pourrait indiquer les commandements du roi.
וְלַישְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן תּוֹרָה כּוּלָּהּ! תּוֹרָה כּוּלָּהּ, מַשְׁמַע: עֲבוֹדָה זָרָה. דְּתַנְיָא: חֲמוּרָה עֲבוֹדָה זָרָה, שֶׁכׇּל הַכּוֹפֵר בָּהּ — כְּאִילּוּ מוֹדֶה בַּתּוֹרָה כּוּלָּהּ.
La Guemara demande : Et qu’il lui fasse prêter serment : que tu accompliras toute la Torah. La Guemara répond : Accomplir toute la Torah pourrait indiquer spécifiquement le rejet de l’idolâtrie, qui est également considéré comme l’accomplissement de toute la Torah, comme il est enseigné dans une baraita : L’idolâtrie est une faute si grave que quiconque la nie est considéré comme s’il reconnaissait la vérité de toute la Torah. L’inverse est vrai pour quelqu’un qui pratique l’idolâtrie. Par conséquent, le peuple juif aurait pu prétendre que l’accomplissement de toute la Torah ne désigne rien de plus que le fait de ne pas pratiquer l’idolâtrie.
וְלַישְׁבַּע יָתְהוֹן דִּמְקַיְּימִיתוּן עֲבוֹדָה זָרָה וְתוֹרָה כּוּלָּהּ, אִי נָמֵי: שֵׁשׁ מֵאוֹת וּשְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִצְוֹת! אֶלָּא, מֹשֶׁה רַבֵּינוּ מִילְּתָא דְּלָא טְרִיחָא נְקַט.
La Guemara demande : Et qu’il lui fasse prêter serment : que tu accomplisses la mitzva de se tenir à distance de l’idolâtrie et que tu accomplisses aussi toute la Torah. Ou bien, que Moïse fasse prêter serment au peuple juif qu’il accomplira six cent treize mitzvot, afin qu’il n’y ait aucun doute quant à leur intention. Au contraire, Moïse notre maître a employé une expression qui n’était pas contraignante pour les Juifs. Bien qu’il eût pu trouver une autre manière par laquelle ils auraient pu prêter serment, et qu’il ne serait resté aucun doute quant aux intentions correctes, il ne voulut pas les importuner en employant une méthode plus complexe. C’est pourquoi il leur fit prêter serment et déclara que cela était conforme à sa compréhension et à la compréhension de l’Omniprésent.
אִם לֹא רָאִיתִי נָחָשׁ כְּקוֹרַת בֵּית הַבַּד, וְלָא? וְהָא הָהוּא חִוְיָא דַּהֲוָה בִּשְׁנֵי שַׁבּוּר מַלְכָּא, רְמוֹ לֵיהּ תְּלֵיסַר אוּרָווֹתָא דְתִיבְנָא וּבְלַע יָתְהוֹן! אָמַר שְׁמוּאֵל: בְּטָרוּף, כּוּלְּהוּ נַחֲשֵׁי מִיטְרָף טְרִפִי! אַגַּבּוֹ טָרוּף קָאָמְרִינַן.
§ Il a été enseigné dans la michna que si quelqu’un interdit un objet par un vœu de konam : Si je n’ai pas vu un serpent aussi grand que la poutre d’un pressoir à olives, c’est un vœu d’exagération. La Guemara demande : Et n’existe-t-il pas un serpent pareil ? Mais un certain serpent qui vivait aux jours du roi Shapur était si grand que on lui jeta treize bottes de paille et il les avala, il était donc certainement plus grand que la poutre d’un pressoir à olives. Shmuel dit : Il s’agit ici d’un serpent entaillé, et celui qui a prononcé le vœu voulait dire que le serpent avait des entailles sur le dos comme la poutre d’un pressoir à olives. La Guemara demande : Mais tous les serpents ont des entailles de ce genre. La Guemara répond : Nous disons qu’il est entaillé sur le dos, ce qui est extrêmement rare.
וְלִתְנֵי ״טָרוּף״? מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן, דְּקוֹרַת בֵּית הַבַּד גַּבּוֹ טָרוּף. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר, לוֹמַר לָךְ: הַמּוֹכֵר קוֹרַת בֵּית הַבַּד לַחֲבֵירוֹ, אִי גַּבּוֹ טָרוּף — אִין, וְאִי לָא — לָא.
La Guemara demande : Et que le tanna enseigne explicitement que le serpent était entaillé ; pourquoi a-t-il dit : Comme la poutre d’un pressoir à olives ? La Guemara répond : Il nous enseigne au passage une chose, à savoir que l’arrière de la poutre d’un pressoir à olives doit être entaillé. La Guemara demande : Quelle différence cela fait-il qu’il y ait des entailles dans la poutre d’un pressoir à olives ? La Guemara répond : Pour les besoins de l’achat et de la vente, pour t’enseigner que celui qui vend à un autre la poutre d’un pressoir à olives, si son arrière est entaillé, alors oui, la vente est valable, et si son arrière n’est pas entaillé et qu’il n’y a pas de fentes, alors ce n’est pas une vente valable, car une poutre sans entailles n’est pas appelée poutre d’un pressoir à olives.