דִּתְנַן: אֵימוּרֵי קָדָשִׁים קַלִּים שֶׁיָּצְאוּ לִפְנֵי זְרִיקַת דָּמִים, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן, וְאֵין חַיָּיבִין עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם פִּיגּוּל וְנוֹתָר וְטָמֵא.
Comme nous l’avons appris dans une michna (Me’ila 6b) : Dans le cas de portions sacrificielles d’offrandes de moindre sainteté qui sont sorties de la cour du Temple avant l’aspersion du sang, Rabbi Eliezer dit : L’aspersion du sang est totalement sans effet à l’égard de ces portions, et par conséquent on n’est pas passible pour leur usage abusif. Et si quelqu’un les mange, il n’est pas passible au titre des interdictions de piggul, notar, ou de la consommation de viande sacrificielle lorsqu’on est rituellement impur.
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מוֹעֲלִין בָּהֶן, וְחַיָּיבִין עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם פִּיגּוּל וְנוֹתָר וְטָמֵא.
Rabbi Akiva dit : L’aspersion est efficace et, par conséquent, on est passible pour leur usage abusif. Et si quelqu’un les mange, il est passible en raison des interdictions de piggul, notar, ou de consommer de la viande sacrificielle alors qu’on est rituellement impur.
מַאי?
La Guemara conclut maintenant le dilemme que Rabbi Shmuel bar Rav Yitzḥak a soulevé devant Rabbi Ḥiyya bar Abba : Selon l’opinion de Rabbi Akiva, quelle est la halakha concernant la consommation des pains lorsque les brebis ont été abattues pour leur propre intention, mais que leur sang a été aspergé non pour leur intention ?
מִדִּזְרִיקַת פִּיגּוּל קָבְעָה לְלֶחֶם בְּפִיגּוּל בְּיוֹצֵא כְּבָשָׂר, זְרִיקָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ נָמֵי שָׁרְיָא לֵיהּ לְלֶחֶם, אוֹ דִלְמָא לְחוּמְרָא אָמְרִינַן, לְקוּלָּא לָא אָמְרִינַן.
La Guemara clarifie les deux côtés du dilemme : Faut-il dire que du fait que l’aspersion du sang des brebis d’une manière qui le rend piggul rend les pains piggul, comme la viande de l’offrande, malgré le fait que les pains ont été disqualifiés en sortant de la cour du Temple, on peut déduire que l’aspersion du sang pas pour son propre motif permet aussi les pains à être mangés, tout comme elle permet que la viande des brebis soit mangée ? Ou peut-être n’est-ce que pour être rigoureux que nous disons que l’aspersion du sang est efficace à l’égard des pains qui ont quitté la cour du Temple, mais nous ne disons pas cela afin d’être indulgents, par exemple, pour rendre les pains permis à la consommation.
מַתְקֵיף לַהּ רַב פָּפָּא: וּמִמַּאי דְּכִי אִיתַנְהוּ אַבָּרַאי פְּלִיגִי?
Rav Pappa objecte à cette compréhension du différend entre Rabbi Akiva et Rabbi Eliezer. D'où savons-nous qu'ils sont en désaccord dans un cas où les pains sont à l'extérieur de la cour au moment de l'aspersion ?
דִּילְמָא בִּדְאִיתַנְהוּ אַבָּרַאי, דְּכוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאֵין זְרִיקָה מוֹעֶלֶת לַיּוֹצֵא, וּבַהֲדַר עַיְּילִינְהוּ פְּלִיגִי, דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר לַהּ כְּרַבִּי, דְּאָמַר: שְׁחִיטָה מְקַדְּשָׁא, וְאִיפְּסִלוּ לְהוּ בְּיוֹצֵא.
Peut-être dans un cas où les pains sont encore à l’extérieur de la cour, tout le monde convient que l’aspersion du sang n’est pas efficace à l’égard de offrandes qui sont sorties de la cour du Temple, et ils sont en désaccord dans un cas où les pains sont sortis de la cour et où on les a ensuite rapportés dans la cour avant l’aspersion. Comme Rabbi Eliezer soutient conformément à l’opinion de Rabbi Yehuda HaNasi, qui a dit : L’abattage des brebis consacre les pains, et par conséquent les pains ont été disqualifiés pour être sortis de la cour après que les brebis ont été abattues. Par conséquent, même s’ils ont été rapportés dans la cour avant l’aspersion du sang, ils ne peuvent pas devenir piggul parce qu’ils ont déjà été disqualifiés pour une autre raison.
וְרַבִּי עֲקִיבָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר: שְׁחִיטָה לָא מְקַדְּשָׁא, וְלָא מִיפַּסְלִי בְּיוֹצֵא.
Et Rabbi Akiva soutient, conformément à l’opinion de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, qui a dit : L’abattage des brebis ne consacre pas du tout les pains avant l’aspersion du sang. Puisque les pains n’avaient pas encore été consacrés, ils ne deviennent pas disqualifiés en sortant de la cour du Temple.
הַאי מַאי? אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא רַבִּי עֲקִיבָא כְּרַבִּי סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר: שְׁחִיטָה מְקַדְּשָׁא לְהוּ, הַיְינוּ דְּקָאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא דְּקָדְשִׁי לְהוּ בִּשְׁחִיטָה, וְאָתְיָא זְרִיקָה קָבְעָה לְהוּ בְּפִיגּוּל.
La Guemara demande : Quelle est cette interprétation du différend entre Rabbi Akiva et Rabbi Eliezer ? Elle ne correspond pas à ce qu’ils disent. Soit, si tu dis que Rabbi Akiva soutient conformément à l’opinion de Rabbi Yehouda HaNassi, qui a dit : L’abattage des brebis consacre les pains, c’est ce que Rabbi Akiva veut dire lorsqu’il dit que les pains sont consacrés par l’abattage des brebis et ensuite l’aspersion qui a été faite avec l’intention de consommer l’offrande après le temps qui lui était imparti vient et rend les pains piggoul.
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ, כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר: זְבִיחָה לָא מְקַדְּשָׁא, זְרִיקַת פִּיגּוּל מִי מְקַדְּשָׁא?
Mais si tu dis que Rabbi Akiva soutient, conformément à l’opinion de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, qui a dit : L’abattage de la brebis ne consacre pas les pains sans l’aspersion du sang, l’aspersion avec une intention qui rend la brebis piggoul consacre-t-elle réellement les pains ?
וְהָאָמַר רַב גִּידֵּל, אָמַר רַב: זְרִיקַת פִּיגּוּל אֵינָהּ מְבִיאָה לִידֵי מְעִילָה, וְאֵינָהּ מוֹצִיאָה מִידֵי מְעִילָה.
Mais Rav Giddel ne dit-il pas que Rav dit : L’aspersion avec une intention qui rend une offrande piggoul ne fait pas que des éléments deviennent soumis à l’interdiction de mauvais usage d’un bien consacré, et ne retire pas des éléments du fait d’être soumis à l’interdiction de mauvais usage d’un bien consacré ?
אֵינָהּ מְבִיאָה לִידֵי מְעִילָה – בְּאֵימוּרֵי קָדָשִׁים קַלִּים.
Rav explique : La halakha selon laquelle cela ne rend pas des éléments assujettis à l’interdiction de mauvaise utilisation d’un bien consacré s’applique en ce qui concerne les portions sacrificielles des offrandes de moindre sainteté. L’interdiction de faire un mauvais usage d’un bien consacré s’applique à : « Les choses sacrées du Seigneur » (Lévitique 5:15). Par conséquent, elle ne s’applique pas aux offrandes de moindre sainteté, car la viande est la propriété de ceux qui ont apporté l’offrande, et les portions sacrificielles sont disqualifiées par l’aspersion effectuée avec une intention impropre.
וְאֵינָהּ מוֹצִיאָה מִידֵי מְעִילָה – בִּבְשַׂר קׇדְשֵׁי קָדָשִׁים.
Et la halakha selon laquelle cela ne retire pas des éléments du fait d’être soumis à l’interdiction de mauvais usage d’un bien consacré s’applique en ce qui concerne la viande des offrandes du degré de sainteté le plus élevé, telles qu’une offrande expiatoire, une offrande de culpabilité ou une offrande de paix communautaire. Puisque l’aspersion du sang n’était pas valide, la viande, qui serait devenue permise à la consommation des prêtres, conserve le statut de « choses sacrées du Seigneur », et l’interdiction du mauvais usage d’un bien consacré s’applique toujours.
לָאו אִיתּוֹתַב דְּרַב גִּידֵּל אָמַר רַב?
La Guemara rejette cette explication : Cela que Rav Giddel dit, à savoir que Rav dit, n’a-t-elle pas été réfutée de manière concluante ? Par conséquent, on ne peut pas poser une question sur la base de cette affirmation.
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מֵרַבִּי זֵירָא: כִּבְשֵׂי עֲצֶרֶת שֶׁשְּׁחָטָן לִשְׁמָן, וְאָבַד הַלֶּחֶם – מַהוּ שֶׁיִּזְרוֹק דָּמָן שֶׁלֹּא לִשְׁמָן לְהַתִּיר בָּשָׂר בַּאֲכִילָה?
§ La Guemara cite un autre dilemme concernant les brebis et les pains de Shavuot. Rabbi Yirmeya a soulevé un dilemme devant Rabbi Zeira : dans le cas des deux brebis de Shavuot que l’on a abattues pour elles-mêmes, établissant ainsi un lien entre les brebis et les pains, et les pains furent ensuite perdus, si le sang des brebis était aspergé pour elles-mêmes, la viande ne serait pas permise à la consommation parce que les pains ont été perdus. Cela étant dit, quelle est la halakha quant à savoir si le prêtre peut asperger leur sang non pour elles-mêmes mais plutôt pour une offrande de paix afin de permettre que la viande des brebis soit consommée ?
אֲמַר לֵיהּ: יֵשׁ לְךָ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ כָּשֵׁר לִשְׁמוֹ, וְכָשֵׁר שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ?! וְלָא?! וַהֲרֵי פֶּסַח קוֹדֶם חֲצוֹת, דְּאֵינוֹ כָּשֵׁר לִשְׁמוֹ, וְכָשֵׁר שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ!
Rabbi Zeira dit à Rabbi Yirmeya : As-tu quelque chose qui n’est pas valable si les rites sacrificiels sont accomplis pour sa propre intention, et qui pourtant est valable si les rites sacrificiels sont accomplis pas pour sa propre intention ? Ce n’est certainement pas une possibilité logique. Rabbi Yirmeya répondit : Et n’y a-t-il aucun précédent à cela ? Mais il y a le sacrifice pascal avant midi le quatorze nissan, qui n’est pas valable s’il est abattu pour sa propre intention, car c’est avant le moment approprié pour le sacrifice pascal, et pourtant il est valable s’il est abattu pas pour sa propre intention mais plutôt pour l’intention d’un sacrifice de paix.
הָכִי קָא אָמֵינָא: יֵשׁ לָךְ דָּבָר שֶׁנִּרְאֶה לִשְׁמוֹ, וְנִדְחֶה מִלִּשְׁמוֹ, וְאֵינוֹ כָּשֵׁר לִשְׁמוֹ, וְכָשֵׁר שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ?!
Rabbi Zeira répondit : C’est ce que je voulais dire : As-tu quelque chose qui était apte à être sacrifié pour lui-même, comme ces brebis de Chavouot qui ont été abattues avant que les pains ne soient perdus, et qui a ensuite été écarté de l’offrande pour lui-même, comme ces brebis lorsque les pains ont été perdus, et n’est pas apte s’il est sacrifié pour lui-même, et qui pourtant est apte s’il est sacrifié pas pour lui-même ?
וְלָא? וַהֲרֵי פֶּסַח אַחַר זְמַנּוֹ, בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה קוֹדֶם חֲצוֹת!
Rabbi Yirmeya répondit : Et n’y a-t-il aucun précédent à cela ? Mais il y a le sacrifice de Pessa'h, qui était apte à être offert pour lui-même pendant le temps qui lui était désigné, et après son temps désigné, pendant le reste des jours de l’année avant midi, il n’est pas apte à être offert comme sacrifice de Pessa'h, mais il est apte à être offert comme sacrifice de paix.
הָכִי קָאָמֵינָא: יֵשׁ לָךְ דָּבָר שֶׁנִּרְאֶה לִשְׁמוֹ, וְנִשְׁחָט לִשְׁמוֹ, וְנִדְחֶה מִלִּשְׁמוֹ, וְאֵינוֹ כָּשֵׁר לִשְׁמוֹ, וְכָשֵׁר שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ?
Rabbi Zeira répondit : C’est ce que je disais : As-tu quelque chose qui était apte à être sacrifié pour lui-même, comme les deux agneaux de Shavouot qui furent abattus avant que les pains ne soient perdus, et il fut abattu pour lui-même, et fut ensuite rejeté de être sacrifié pour lui-même, comme les deux agneaux lorsque les pains furent perdus, et n’est pas apte s’il est sacrifié pour lui-même, et pourtant il est apte s’il est sacrifié pas pour lui-même ?
וְלָא?! וַהֲרֵי תּוֹדָה!
Rabbi Yirmeya répondit : Et n’y a-t-il aucun précédent à cela ? Mais si, il y a le sacrifice de reconnaissance, comme l’enseigne la Guemara (46a) : si le sacrifice de reconnaissance a été abattu puis que les pains qui l’accompagnent se sont brisés en morceaux et sont ainsi devenus invalides, le sang doit être aspergé au titre d’un sacrifice de paix plutôt que d’un sacrifice de reconnaissance, et alors la viande peut être consommée. Cependant, si le sang a été aspergé au titre d’un sacrifice de reconnaissance, la viande ne serait pas permise à la consommation.
שָׁאנֵי תּוֹדָה, דְּרַחֲמָנָא קַרְיַיהּ ״שְׁלָמִים״.
Rabbi Zeira répondit : L’offrande de remerciement est différente, car le Miséricordieux l’a appelée une offrande de paix (voir Lévitique 7:13). De même qu’une offrande de paix est sacrifiée sans pains, de même une offrande de remerciement peut parfois être sacrifiée sans pains. Par conséquent, la perte des pains ne rend pas l’offrande de remerciement invalide, et ce cas n’est pas comparable au cas des deux agneaux et des deux pains de Shavouot.
תָּנוּ רַבָּנַן: שָׁחַט שְׁנֵי כְּבָשִׂים עַל אַרְבַּע חַלּוֹת – מוֹשֵׁךְ שְׁתַּיִם מֵהֶן וּמְנִיפָן,
§ La Guemara cite une autre discussion concernant les brebis et les pains de Shavouot. Les Sages ont enseigné dans une baraita : Si quelqu’un a abattu les deux brebis comme requis, mais qu’elles étaient accompagnées de quatre pains au lieu des deux pains requis, il prend deux des pains parmi les quatre et les balance avec les brebis,