אִילֵּימָא חִיסֵּר מִצְוָה דְּלָבָן וְקִיֵּים מִצְוָה דִּתְכֵלֶת – לְרַבִּי עַכּוֹבֵי מְעַכֵּב אַהֲדָדֵי.
Si nous disons que l’individu a omis la mitsva des fils blancs et n’a accompli que la mitsva des fils bleu azur, comment cela est-il possible ? Selon l’opinion de Rabbi Yehouda HaNassi, l’absence de l’un ou de l’autre empêche l’accomplissement de la mitsva avec l’autre, et par conséquent, dans ce cas, il n’accomplirait aucune mitsva du tout.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: שֶׁחִיסֵּר מִצְוָה וְעָשָׂה מִצְוָה, וּמַאי חִיסֵּר מִצְוָה? דְּלָא עֲבַד מִצְוָה מִן הַמּוּבְחָר.
La Guemara répond que Rav Yehuda a dit que Rav a dit : Cela signifie qu’il a omis une mitsva mais qu’il a néanmoins accompli une mitsva. Et que signifie le fait qu’il a omis une mitsva ? Cela signifie qu’il n’a pas accompli la mitsva de manière optimale, parce qu’il n’a pas inséré d’abord les fils blancs, mais il a tout de même accompli la mitsva des franges rituelles.
הָתִינַח לָבָן דְּאֵינוֹ מְעַכֵּב אֶת הַתְּכֵלֶת, תְּכֵלֶת דְּאֵינָהּ מְעַכֶּבֶת אֶת הַלָּבָן – מַאי הִיא?
La Guemara demande : Cela s’explique bien en ce qui concerne l’affirmation de la michna selon laquelle l’absence des fils blancs n’empêche pas l’accomplissement de la mitsva avec les fils bleu azur, ce qui a été interprété comme signifiant que le fait de ne pas insérer les fils blancs avant les fils bleu azur n’invalide pas les franges rituelles. Mais quel est le sens de l’affirmation de la michna selon laquelle l’absence des fils bleu azur n’empêche pas l’accomplissement de la mitsva avec les fils blancs ?
אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְטַלִּית שֶׁכּוּלָּהּ תְּכֵלֶת.
Rami bar Ḥama dit : Cette déclaration de la michna n’est nécessaire que dans le cas d’un vêtement qui est composé entièrement de laine bleu ciel. Dans un tel cas, on doit insérer les fils bleu ciel avant les fils blancs.
אִיתְּמַר נָמֵי: אֲמַר לֵיהּ לֵוִי לִשְׁמוּאֵל: אַרְיוֹךְ, לָא תִּיתֵּיב אַכַּרְעָךְ עַד דִּמְפָרְשַׁתְּ לִי לְהָא מִילְּתָא: הַתְּכֵלֶת אֵינָהּ מְעַכֶּבֶת אֶת הַלָּבָן, וְהַלָּבָן אֵינוֹ מְעַכֵּב אֶת הַתְּכֵלֶת – מַאי הִיא? אֲמַר לֵיהּ: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְסָדִין בְּצִיצִית, דְּמִצְוָה לְאַקְדּוֹמֵי לָבָן בְּרֵישָׁא.
La Guemara note que cela a également été dit par les amora’im : Lévi dit à Shmuel : Aryokh, ne t’assieds pas sur tes pieds avant de m’expliquer cette question : Lorsque la michna déclare que l’absence des fils bleu azur n’empêche pas l’accomplissement de la mitsva des franges rituelles avec les blancs, et l’absence des fils blancs n’empêche pas l’accomplissement de la mitsva avec les bleu azur, que cela signifie-t-il ? Shmuel dit à Lévi : Cette déclaration n’est nécessaire que dans le cas d’un manteau de lin sur lequel on place des franges rituelles, où il y a une mitsva d’insérer d’abord les fils blancs .
מַאי טַעְמָא? ״הַכָּנָף״ – מִין כָּנָף, וְאִי אַקְדֵּים תְּכֵלֶת לְלָבָן – לֵית לַן בַּהּ.
Quelle est la raison de cela ? Le verset déclare : « Et ils mettront sur la frange du bord un fil bleu azur » (Nombres 15:38). « La frange du bord » fait référence au fil qui est du même type que le bord du vêtement. Dans le cas d’un manteau de lin, qui est généralement blanc, cela renvoie aux fils blancs, et puisque le verset mentionne « la frange du bord » avant le fil bleu azur, les fils blancs doivent être insérés avant les fils bleu azur. La michna enseigne donc que si quelqu’un a inséré les fils bleu azur avant les blancs, il n’y a pas de problème à cela a posteriori, et les franges rituelles sont valides.
תִּינַח לָבָן דְּאֵינוֹ מְעַכֵּב אֶת הַתְּכֵלֶת, תְּכֵלֶת דְּאֵינָהּ מְעַכֶּבֶת אֶת הַלָּבָן מַאי הִיא?
La Guemara demande : Cela s’explique bien en ce qui concerne l’affirmation de la michna selon laquelle l’absence des fils blancs n’empêche pas l’accomplissement de la mitsva avec les fils bleu azur. Mais quel est le sens de l’affirmation de la michna selon laquelle l’absence des fils bleu azur n’empêche pas l’accomplissement de la mitsva avec les fils blancs ?
אֲמַר לֵיהּ רָמֵי בַּר חָמָא: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְטַלִּית שֶׁכּוּלָּהּ תְּכֵלֶת, דְּמִצְוָה לְאַקְדּוֹמֵי תְּכֵלֶת בְּרֵישָׁא, דְּ״הַכָּנָף״ – מִין כָּנָף, וְאִי אַקְדֵּים לָבָן בְּרֵישָׁא לֵית לַן בַּהּ.
Rami bar Ḥama lui dit : Cette déclaration de la michna n’est nécessaire que dans le cas d’un vêtement qui est composé entièrement de laine bleu azur, où c’est une mitsva d’insérer d’abord les fils bleu azur, car l’expression : « La frange du coin » indique que les premiers fils que l’on insère dans le vêtement sont du même type que le coin du vêtement. La michna enseigne donc que si l’on a inséré d’abord les fils blancs, nous n’avons aucun problème avec cela a posteriori, et les franges rituelles sont valides.
אָמַר רָבָא: מִידֵּי צִיבְעָא קָא גָרֵים? אֶלָּא אָמַר רָבָא: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְגַרְדּוּמִּין, דְּאִי אִיגַּרְדַּם תְּכֵלֶת וְקָאֵי לָבָן, וְאִי אִיגַּרְדַּם לָבָן וְקָאֵי תְּכֵלֶת – לֵית לַן בַּהּ.
Rava dit : Est-ce réellement la couleur du vêtement qui détermine l’ordre approprié dans lequel on doit insérer les fils ? Au contraire, Rava dit : la décision de la michna n’est nécessaire que pour un cas de fils sectionnés. La michna enseigne que si les fils bleu ciel ont été sectionnés et que les blancs restent, ou si les fils blancs ont été sectionnés et que les fils bleu ciel restent, nous n’avons aucun problème avec cela, et les franges rituelles sont valides.
דְּאָמְרִי בְּנֵי רַבִּי חִיָּיא: גַּרְדּוּמֵּי תְּכֵלֶת כְּשֵׁרִין, וְגַרְדּוּמֵּי אֵזוֹב כְּשֵׁרִין. וְכַמָּה שִׁיעוּר גַּרְדּוּמִּין? אָמַר בַּר הַמְדּוּרֵי אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּדֵי לְעׇנְבָן.
Comme le disent les fils de Rabbi Ḥiyya : des fils blancs ou bleu ciel sectionnés sont valides, et de même, des branches d’hysope sectionnées sont valides pour l’aspersion de l’eau de purification mélangée aux cendres d’une vache rousse. La Guemara demande : Quelle mesure les fils sectionnés doivent-ils avoir pour rester valides ? Bar Hamduri dit que Shmuel dit : Les fils doivent rester assez longs pour les nouer en nœud coulant.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: כְּדֵי לְעׇנְבָן – לְעׇנְבָן כּוּלְּהוּ בַּהֲדָדֵי, אוֹ דִלְמָא כֹּל חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ? תֵּיקוּ.
Un dilemme fut soulevé devant les Sages : lorsque Shmuel dit que des fils sectionnés doivent encore être assez longs pour les nouer avec un nœud coulant, cela signifie-t-il nouer tous les fils ensemble avec un nœud coulant ? Ou peut-être les fils peuvent-ils être encore plus courts, à condition qu’ils soient assez longs pour nouer chacun individuellement. La Guemara conclut : le dilemme restera sans résolution.
בָּעֵי רַב אָשֵׁי: אַלִּימֵי דְּלָא מִיעַנְבִי, וְאִי הֲווֹ קַטִּינֵי מִיעַנְבִי, מַאי? אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: כׇּל שֶׁכֵּן דְּמִינְּכַר מִצְוָתַיְיהוּ.
Rav Ashi demande : Si les fils sont épais et ne peuvent pas être noués en nœud coulant, mais que s’ils étaient de la même longueur mais fins, ils pourraient être noués en nœud coulant, quel est leur statut ? Rav Aḥa, fils de Rava, dit à Rav Ashi : Si les fils sont assez longs pour être valides lorsqu’ils sont fins, à plus forte raison ils sont valides lorsqu’ils sont épais, car la mitzva que l’on accomplit avec eux est plus visible avec des fils plus épais.
וּמַאן תַּנָּא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּרַבִּי? הַאי תַּנָּא הוּא, דְּתַנְיָא: רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי נָתָן, שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: אֵין לוֹ תְּכֵלֶת – מֵטִיל לָבָן.
La Guemara a cité l’opinion de Rabbi Yehuda HaNasi, qui soutient qu’on ne peut pas accomplir la mitsva des franges rituelles sans fils blancs et fils bleu ciel, et la Guemara a expliqué que la michna peut être interprétée conformément à son opinion. La Guemara demande maintenant : Qui est le tanna qui est en désaccord avec Rabbi Yehuda HaNasi et soutient que les fils bleu ciel et les fils blancs ne sont pas interdépendants ? La Guemara répond : C’est ce tanna suivant, comme il est enseigné dans une baraita : Rabbi Yitzḥak dit au nom de Rabbi Natan, qui a dit au nom de Rabbi Yosei HaGelili, qui a dit au nom de Rabbi Yoḥanan ben Nuri : Si quelqu’un n’a pas de fils bleu ciel, il attache néanmoins des fils blancs.
אָמַר רָבָא: שְׁמַע מִינַּהּ, צָרִיךְ לִקְשׁוֹר עַל כׇּל חוּלְיָא וְחוּלְיָא, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ לֹא צָרִיךְ – הָא דְּאָמְרִי בְּנֵי רַבִּי חִיָּיא: גַּרְדּוּמֵּי תְכֵלֶת כְּשֵׁרִין וְגַרְדּוּמֵּי אֵזוֹב כְּשֵׁרִין, כֵּיוָן דְּאִישְׁתְּרִי לֵיהּ עִילַּאי אִישְׁתְּרִי לֵיהּ כּוּלֵּהּ.
Rava a dit : Apprends des fils de Rabbi Ḥiyya que l’on est tenu de faire un nœud après chaque série d’enroulements, et l’on ne peut pas se contenter d’un seul nœud à la fin de tous les enroulements. Car, si l’on en vient à l’idée de dire que l’on n’est pas tenu de faire un nœud après chaque série d’enroulements, alors ce que disent les fils de Rabbi Ḥiyya : Des fils blancs ou bleu ciel sectionnés sont valides, et de même, des branches d’hysope sectionnées sont valides, est difficile : Une fois que le nœud le plus haut est défait, tous les enroulements sur tout le coin se déferont, puisqu’il n’y a pas d’autres nœuds pour maintenir les enroulements en place, et dans ce cas le vêtement n’aura pas de franges rituelles valides.