מַתְנִי׳ פִּיגֵּל בַּקּוֹמֶץ וְלֹא בַּלְּבוֹנָה, בַּלְּבוֹנָה וְלֹא בַּקּוֹמֶץ – רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: פִּיגּוּל וְחַיָּיבִין עָלָיו כָּרֵת, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין בּוֹ כָּרֵת עַד שֶׁיְּפַגֵּל בְּכׇל הַמַּתִּיר.
MICHNA : En ce qui concerne la combustion de la poignée d’une offrande de farine et de l’encens, qui rendent tous deux l’offrande de farine permise à la consommation : si le prêtre a eu une intention qui peut rendre l’offrande piggoul pendant la combustion de la poignée mais non pendant la combustion de l’encens, ou pendant la combustion de l’encens mais non pendant la combustion de la poignée, c’est-à-dire qu’il a brûlé l’un d’eux avec l’intention de manger le reste de l’offrande au-delà du temps qui lui est imparti, Rabbi Meïr dit : L’offrande est piggoul et celui qui en mange est passible de karet pour sa consommation. Et les Sages disent : Il n’y a pas de responsabilité de karet dans ce cas à moins qu’il ne rende l’offrande piggoul pendant le sacrifice de l’intégralité du facteur permissif, c’est-à-dire la combustion à la fois de la poignée et de l’encens.
וּמוֹדִים חֲכָמִים לְרַבִּי מֵאִיר בְּמִנְחַת חוֹטֵא וּבְמִנְחַת קְנָאוֹת, שֶׁאִם פִּיגֵּל בַּקּוֹמֶץ, שֶׁהוּא פִּיגּוּל וְחַיָּיבִין עָלָיו כָּרֵת, שֶׁהַקּוֹמֶץ הוּא הַמַּתִּיר.
Et les Sages concèdent à Rabbi Meir dans le cas de une offrande de farine d’un pécheur et dans le cas de une offrande de farine de jalousie d’une sota, que si l’on a eu l’intention de piggul pendant la combustion de la poignée, alors l’offrande de farine est piggul et l’on est passible de karet pour sa consommation, car ici la poignée est le seul facteur permissif.
שָׁחַט אֶחָד מִן הַכְּבָשִׂים לֶאֱכוֹל שְׁתֵּי חַלּוֹת לְמָחָר, הִקְטִיר אֶחָד מִן הַבָּזִיכִין לֶאֱכוֹל שְׁנֵי סְדָרִים לְמָחָר – רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: פִּיגּוּל וְחַיָּיבִין עָלָיו כָּרֵת, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין בּוֹ כָּרֵת עַד שֶׁיְּפַגֵּל בְּכׇל הַמַּתִּיר.
Si quelqu’un a abattu l’un des deux agneaux sacrifiés avec les deux pains à Chavouot avec l’intention de manger les deux pains le lendemain, ou si quelqu’un a brûlé l’un des bols d’encens avec l’intention de manger deux rangées de pains de proposition le lendemain, Rabbi Meïr dit : L’offrande de farine est piggoul et l’on est passible de karet pour sa consommation, et les Sages disent : Il n’y a pas d’obligation de karet à moins qu’il n’ait eu l’intention de piggoul pendant le sacrifice de tout le facteur permettant.
שָׁחַט אֶחָד מִן הַכְּבָשִׂים לֶאֱכוֹל מִמֶּנּוּ לְמָחָר – הוּא פִּיגּוּל, וַחֲבֵירוֹ כָּשֵׁר; לֶאֱכוֹל מֵחֲבֵירוֹ לְמָחָר – שְׁנֵיהֶם כְּשֵׁרִים.
Si quelqu’un a abattu l’un des agneaux avec l’intention d’en manger le lendemain, cet agneau est piggul et l’autre est une offrande valide. S’il a abattu un agneau avec l’intention de manger l’autre le lendemain, les deux agneaux sont des offrandes valides, car un facteur permissif ne rend pas un autre facteur permissif piggul.
גְּמָ׳ אָמַר רַב: מַחְלוֹקֶת שֶׁנָּתַן אֶת הַקּוֹמֶץ בִּשְׁתִיקָה, וְאֶת הַלְּבוֹנָה בְּמַחְשָׁבָה.
GUEMARA :Rav dit : La divergence entre Rabbi Meïr et les Sages concernant un cas où l’on a une intention de piggul soit lors de la poignée, soit lors de l’encens, ne s’applique que, par exemple, lorsqu’il a placé la poignée sur l’autel en silence, c’est-à-dire sans intention particulière, puis a placé l’encens avec l’intention de manger le reste le lendemain. Dans un tel cas, il est évident que son intention ne se rapporte qu’à l’encens.
אֲבָל נָתַן הַקּוֹמֶץ בְּמַחְשָׁבָה, וְאֶת הַלְּבוֹנָה בִּשְׁתִיקָה – דִּבְרֵי הַכֹּל פִּיגּוּל, שֶׁכׇּל הָעוֹשֶׂה עַל דַּעַת רִאשׁוֹנָה הוּא עוֹשֶׂה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: עֲדַיִין הִוא מַחְלוֹקֶת.
Mais, s’il a placé la poignée avec l’intention de manger le reste le lendemain et a ensuite placé l’encens en silence, tous conviennent que l’offrande de farine est piggul, car quiconque accomplit les rites de cette manière les accomplit conformément à son intention initiale. Et Shmuel dit : Même dans un tel cas, il y a encore un différend entre les Sages et Rabbi Meir.
יָתֵיב רָבָא וְקָאָמַר לַהּ לְהָא שְׁמַעְתָּא, אֵיתִיבֵיהּ רַב אַחָא בַּר רַב הוּנָא לְרָבָא: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים – בִּקְמִיצָה, וּבְמַתַּן כְּלִי, וּבְהִילּוּךְ.
Rava s’assit et énonça cette halakha conformément à l’opinion de Rav. Rav Aḥa bar Rav Huna souleva une objection à l’encontre de Rava à partir d’une baraita : Dans quel cas cette affirmation, selon laquelle l’intention de piggul concernant seulement la poignée rend l’offrande de farine piggul, est-elle dite ? Il s’agit d’un cas où l’on avait une telle intention pendant le prélèvement de la poignée, ou pendant le placement de la poignée dans un récipient de service, ou pendant le transport du récipient vers l’autel. Puisque ces rites ne sont pas accomplis avec l’encens, à ces étapes la poignée est le seul facteur permissif pertinent.
בָּא לוֹ לְהַקְטָרָה, נָתַן אֶת הַקּוֹמֶץ בִּשְׁתִיקָה וְאֶת הַלְּבוֹנָה בְּמַחְשָׁבָה, אֶת הַקּוֹמֶץ בְּמַחְשָׁבָה וְאֶת הַלְּבוֹנָה בִּשְׁתִיקָה – רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: פִּיגּוּל וְחַיָּיבִין עָלָיו כָּרֵת, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין בּוֹ כָּרֵת עַד שֶׁיְּפַגֵּל בְּכׇל הַמַּתִּיר.
La baraita continue : Mais une fois que le prêtre vient pour accomplir la combustion de la poignée, alors, s’il a placé la poignée sur le feu de l’autel en silence et a placé l’encens avec l’intention de piggul, ou s’il a placé la poignée avec intention et l’encens en silence, Rabbi Meïr dit : C’est du piggul et l’on est passible de karet pour sa consommation, et les Sages disent : Il n’y a pas de responsabilité de recevoir karet à moins qu’il n’ait l’intention de piggul pendant le sacrifice de l’ensemble du facteur permettant.
קָתָנֵי מִיהָא: נָתַן אֶת הַקּוֹמֶץ בְּמַחְשָׁבָה וְאֶת הַלְּבוֹנָה בִּשְׁתִיקָה, וּפְלִיגִי.
Rav Aḥa bar Rav Huna explique son objection : Quoi qu’il en soit, la baraita enseigne un cas où il a déposé la poignée avec intention et l’encens en silence, et pourtant les Sages sont en désaccord avec Rabbi Meir et ne disent pas que l’on accomplit le rite de l’encens selon son intention initiale.
אֵימָא: וּכְבָר נָתַן אֶת הַלְּבוֹנָה בִּשְׁתִיקָה מֵעִיקָּרָא. שְׁתֵּי תְּשׁוּבוֹת בַּדָּבָר: חֲדָא, דְּהַיְינוּ קַמַּיְיתָא, וְעוֹד, הָתַנְיָא: אַחַר כָּךְ.
Rava répondit : Dis que c’est là ce que la baraita veut dire : S’il a placé la poignée avec intention, et qu’il avait déjà placé l’encens en silence dès le départ, alors Rabbi Meïr et les Sages sont en désaccord. La Guemara rejette cette affirmation : Il y a deux possibles réfutations de cette affirmation. L’une est que, si la réponse de Rava est acceptée, alors ce cas est identique au premier cas de la baraita, qui a déjà enseigné qu’il y a un différend si le facteur permissif initial a été offert en silence. Et de plus, n’est-il pas enseigné explicitement dans une autre baraita : Après avoir placé la poignée, il brûla l’encens.
תַּרְגְּמַהּ רַב חֲנִינָא בִּשְׁתֵּי דֵּיעוֹת.
Rabbi Ḥanina a interprété cette baraita conformément à l’opinion de Rav : Cette baraita fait référence à un cas de deux intentions, c’est-à-dire qu’il y avait deux prêtres, dont le premier a brûlé la poignée avec l’intention de piggul, et le second a brûlé l’encens en silence. Puisque l’intention d’un prêtre est entièrement indépendante de celle de l’autre, on ne peut pas dire que le second prêtre brûle l’encens conformément à l’intention du premier.
תָּא שְׁמַע: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים? בְּדָמִים הַנִּיתָּנִין עַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן.
La Guemara continue : Viens et écoute une preuve en faveur de l’opinion de Shmuel à partir d’une baraita qui traite du piggul pendant l’aspersion du sang. Dans quel cas cette affirmation est-elle dite, à savoir que l’offrande devient piggul même lorsqu’il a l’intention, seulement au moment de la première application, de la manger au-delà du temps qui lui est imparti, est-elle dite ? Elle devient pigguldans le cas du sang placé sur l’autel extérieur, où une seule application rend l’offrande permise.
אֲבָל דָּמִים הַנִּיתָּנִין עַל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי, כְּגוֹן אַרְבָּעִים וְשָׁלֹשׁ שֶׁל יוֹם הַכִּיפּוּרִים, וְאַחַת עֶשְׂרֵה שֶׁל פַּר כֹּהֵן מָשׁוּחַ, וְאַחַת עֶשְׂרֵה שֶׁל פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִיבּוּר, פִּיגֵּל בֵּין בָּרִאשׁוֹנָה בֵּין בַּשְּׁנִיָּה וּבֵין בַּשְּׁלִישִׁית, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: פִּיגּוּל וְחַיָּיבִין עָלָיו כָּרֵת, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין בּוֹ כָּרֵת עַד שֶׁיְּפַגֵּל בְּכׇל הַמַּתִּיר.
Mais en ce qui concerne le sang placé à l’intérieur, dans le Saint des Saints, sur le Rideau, et sur l’autel intérieur, par exemple, les quarante-trois présentations du sang du taureau et du bouc de Yom Kippour, et les onze présentations du sang du taureau pour un péché involontaire du prêtre oint, et les onze présentations du sang du taureau pour un péché communautaire involontaire, si le prêtre avait une intention pouvant rendre l’offrande piggul, que ce soit dans le premier ensemble de présentations, que ce soit dans le deuxième ensemble, ou que ce soit dans le troisième ensemble, c’est-à-dire dans n’importe lequel des ensembles requis de présentations, par exemple dans le cas du taureau de Yom Kippour dans le Saint des Saints, sur le Rideau et sur l’autel intérieur, Rabbi Meïr dit : L’offrande est piggul et l’on est passible de karet pour sa consommation. Et les Sages disent : Il n’y a pas de responsabilité de karet à moins qu’il n’ait eu une intention pouvant rendre l’offrande piggul pendant l’accomplissement de tout le facteur permissif.
קָתָנֵי מִיהָא: פִּיגֵּל בֵּין בָּרִאשׁוֹנָה, בֵּין בַּשְּׁנִיָּה, וּבֵין בַּשְּׁלִישִׁית, וּפְלִיגִי.
La Guemara explique la preuve : Quoi qu’il en soit, cette baraita enseigne : Si le prêtre avait une intention qui peut rendre l’offrande piggul, que ce soit lors du premier ensemble de présentations, du deuxième ensemble, ou du troisième ensemble ; et Rabbi Meïr et les Sages sont en désaccord dans ce cas également. Il est donc évident que les Sages ne sont pas d’avis que quiconque accomplit un rite l’accomplit conformément à son intention initiale.
וְכִי תֵּימָא, הָכָא נָמֵי בִּשְׁתֵּי דֵּעוֹת – הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר ״בְּפַר״ וַאֲפִילּוּ בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר ״בְּפַר״ וְלֹא בְּדָמוֹ שֶׁל פַּר, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?
Et si tu dis que ici aussi, la baraita fait référence à un cas de deux intentions, par exemple, un Grand Prêtre a effectué la présentation initiale puis a ensuite été disqualifié pour effectuer les autres présentations, et un second prêtre l’a remplacé et a effectué les présentations restantes, il reste encore une difficulté : Cela fonctionne bien selon celui qui dit que le verset : « C’est avec cela qu’Aaron entrera dans le lieu sacré : avec un jeune taureau » (Lévitique 16:3), indique qu’un Grand Prêtre peut entrer dans le Sanctuaire même avec le sang d’un taureau, c’est-à-dire qu’il peut poursuivre les présentations avec le sang des offrandes abattues par un autre Grand Prêtre. Mais selon celui qui dit que le verset indique qu’un Grand Prêtre peut entrer « avec un jeune taureau », mais non avec le sang d’un taureau, c’est-à-dire qu’un Grand Prêtre remplaçant doit abattre un autre taureau et recommencer les présentations, que peut-on dire ? Si tel est le cas, il est impossible que ces présentations soient effectuées par deux prêtres.
אָמַר רָבָא: הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? כְּגוֹן שֶׁפִּיגֵּל בָּרִאשׁוֹנָה, וְשָׁתַק בַּשְּׁנִיָּה, וּפִיגֵּל בַּשְּׁלִישִׁית, דְּאָמְרִינַן: אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ כׇּל הָעוֹשֶׂה עַל דַּעַת רִאשׁוֹנָה הוּא עוֹשֶׂה, מִיהְדָּר פַּיגּוֹלֵי בַּשְּׁלִישִׁית לְמָה לִי?
Rava a dit : Selon Rav, ici, dans la baraita, nous traitons d’un cas où le Grand Prêtre a eu l’intention de piggul pendant la première série de présentations et est resté silencieux pendant la deuxième série, puis a de nouveau eu l’intention de piggul pendant la troisième série. Dans un tel cas, nous disons : Si l’on envisage de dire que quiconque accomplit un rite l’accomplit conformément à son intention initiale, alors pourquoi ai-je besoin que le Grand Prêtre répète son intention de piggul pendant la troisième série ? Le fait qu’il répète son intention pendant la troisième série indique qu’il n’a pas accompli la deuxième série conformément à son intention initiale. En conséquence, les Sages soutiennent que l’offrande n’est pas piggul, puisqu’il n’a pas eu l’intention de piggul pendant la présentation de l’ensemble du facteur permissif.
מַתְקֵיף לַהּ רַב אָשֵׁי: מִידֵּי שָׁתַק קָתָנֵי? אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן – כְּגוֹן שֶׁפִּיגֵּל בָּרִאשׁוֹנָה וּבַשְּׁנִיָּה וּבַשְּׁלִישִׁית, דְּאָמְרִינַן: אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ כׇּל הָעוֹשֶׂה עַל דַּעַת רִאשׁוֹנָה הוּא עוֹשֶׂה, מִיהְדָּר פַּגּוֹלֵי בַּשְּׁנִיָּה וּבַשְּׁלִישִׁית לְמָה לִי?
Rav Ashi objecte à cette explication : Est-ce que la baraita enseigne que le Grand Prêtre est resté silencieux ? Au contraire, Rav Ashi a dit : Ici, nous traitons d’un cas où il avait l’intention explicite de piggul lors des première, deuxième et troisième aspersions, et il est resté silencieux lors des aspersions suivantes. Dans un tel cas, nous disons : Si l’on te vient à l’esprit de dire que quiconque accomplit un rite l’accomplit conformément à son intention initiale, pourquoi ai-je besoin que le Grand Prêtre répète son intention de piggul lors des deuxième et troisième aspersions ?