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״אַחַר יָשׁוּבוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּבִקְשׁוּ אֶת ה׳ אֱלֹהֵיהֶם וְאֵת דָּוִד מַלְכָּם״. וְכֵיוָן שֶׁבָּא דָּוִד — בָּאתָה תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קׇדְשִׁי וְשִׂמַּחְתִּים בְּבֵית תְּפִלָּתִי״.
« Ensuite, les enfants d’Israël reviendront et chercheront l’Éternel leur Dieu et David leur roi » (Osée 3:5), et par conséquent, la bénédiction du royaume de David suit la bénédiction de la reconstruction de Jérusalem. Et une fois que le rejeton de David viendra, le temps de la prière viendra, comme il est dit : « Je les amènerai sur Ma montagne sainte et Je les réjouirai dans Ma maison de prière » (Isaïe 56:7). Par conséquent, la bénédiction de l’écoute de la prière est récitée après la bénédiction du royaume de David.
וְכֵיוָן שֶׁבָּאת תְּפִלָּה — בָּאת עֲבוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עוֹלוֹתֵיהֶם וְזִבְחֵיהֶם לְרָצוֹן עַל מִזְבְּחִי״. וְכֵיוָן שֶׁבָּאת עֲבוֹדָה — בָּאתָה תּוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זוֹבֵחַ תּוֹדָה יְכַבְּדָנְנִי״.
Et après que vient la prière, le service du Temple viendra, comme il est dit dans la suite de ce verset : « Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur Mon autel » (Isaïe 56:7). La bénédiction du rétablissement du service du Temple suit la bénédiction de l’écoute de la prière. Et lorsque le service du Temple vient, avec lui vient aussi l’action de grâce, comme il est dit : « Celui qui offre un sacrifice de reconnaissance M’honore » (Psaumes 50:23), ce qui enseigne que l’action de grâce suit le sacrifice. Par conséquent, la bénédiction de l’action de grâce suit la bénédiction du rétablissement du service du Temple.
וּמָה רָאוּ לוֹמַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים אַחַר הוֹדָאָה? דִּכְתִיב: ״וַיִּשָּׂא אַהֲרֹן אֶת יָדָיו אֶל הָעָם וַיְבָרְכֵם וַיֵּרֶד מֵעֲשׂוֹת הַחַטָּאת וְהָעוֹלָה וְהַשְּׁלָמִים״.
Et pourquoi ont-ils jugé bon d’instituer que l’on récite la Bénédiction sacerdotale après la bénédiction de remerciement ? Comme il est écrit : « Aaron leva sa main vers le peuple et les bénit, puis il descendit après avoir offert l’offrande expiatoire, l’holocauste et les sacrifices de paix » (Lévitique 9:22), enseignant que la Bénédiction sacerdotale suit le service sacrificiel, qui comprend l’offrande de remerciement.
אֵימָא, קוֹדֶם עֲבוֹדָה? לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וַיֵּרֶד מֵעֲשׂוֹת הַחַטָּאת וְגוֹ׳״. מִי כְּתִיב ״לַעֲשׂוֹת״, ״מֵעֲשׂוֹת״ כְּתִיב.
La Guemara demande : Mais le verset cité indique qu’Aaron bénit le peuple puis offrit les sacrifices. Ne devrait-on donc pas dire la Bénédiction sacerdotale avant la bénédiction du service du Temple ? La Guemara répond : Qu’il ne te vienne pas à l’esprit de dire cela, car il est écrit : « Et il descendit après avoir offert l’offrande expiatoire. Est-il écrit qu’il descendit pour offrir les sacrifices, ce qui impliquerait qu’après avoir béni le peuple, Aaron descendit et offrit les sacrifices ? Non, il est écrit : « après avoir offert », ce qui indique que les sacrifices avaient déjà été offerts.
וְלֵימְרַהּ אַחַר הָעֲבוֹדָה! לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״זוֹבֵחַ תּוֹדָה״.
La Guemara demande : Si, comme cela est déduit de ce verset, la Bénédiction sacerdotale suit le service sacrificiel, la Bénédiction sacerdotale devrait être dite immédiatement après la bénédiction du rétablissement du service du Temple , sans l’interruption de la bénédiction de remerciement. La Guemara rejette cet argument : Qu’il ne vous vienne pas à l’esprit de dire cela, car il est écrit : « Celui qui offre un sacrifice de remerciement M’honore », d’où nous apprenons que le remerciement suit le sacrifice, comme cela a déjà été expliqué.
מַאי חָזֵית דְּסָמְכַתְּ אַהַאי, סְמוֹךְ אַהַאי! מִסְתַּבְּרָא עֲבוֹדָה וְהוֹדָאָה חֲדָא מִילְּתָא הִיא.
La Guemara demande : Qu’as-tu vu pour t’appuyer sur ce verset et juxtaposer le remerciement au sacrifice ? Appuie-toi plutôt sur l’autre verset, qui indique que c’est la Bénédiction sacerdotale qui doit être juxtaposée au service sacrificiel. La Guemara répond : Il est logique que la bénédiction de remerciement suive immédiatement la bénédiction du service sacrificiel, puisque le service et le remerciement, qui sont étroitement liés sur le plan conceptuel, constituent une seule et même chose.
וּמָה רָאוּ לוֹמַר ״שִׂים שָׁלוֹם״ אַחַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים? דִּכְתִיב: ״וְשָׂמוּ אֶת שְׁמִי עַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַאֲנִי אֲבָרְכֵם״, בְּרָכָה דְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׁלוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם״.
Et pourquoi ont-ils jugé bon d’instituer que quelqu’un dise la bénédiction commençant par les mots : Accorde la paix, après la Bénédiction sacerdotale ? Comme il est écrit immédiatement après la Bénédiction sacerdotale : « Ils mettront Mon nom sur les enfants d’Israël, et Je les bénirai » (Nombres 6:27). La Bénédiction sacerdotale est suivie de la bénédiction de Dieu, et la bénédiction du Saint, béni soit-Il, est la paix, comme il est dit : « Le Seigneur bénit Son peuple par la paix » (Psaumes 29:11).
וְכִי מֵאַחַר דְּמֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים וּמֵהֶם כַּמָּה נְבִיאִים תִּקְּנוּ תְּפִלָּה עַל הַסֵּדֶר, שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלִי מַאי הִסְדִּיר? שְׁכָחוּם, וְחָזַר וְסִדְּרוֹם.
La Guemara revient à la baraita citée au début de la discussion : Or, puisque la baraita enseigne que cent vingt Anciens, dont de nombreux prophètes, ont institué la prière de la Amida dans son ordre fixe, qu’est-ce donc que Shimon HaPakuli a réorganisé à une époque bien plus tardive, comme l’a rapporté Rabbi Yoḥanan ? La Guemara répond : En effet, les bénédictions de la prière de la Amida furent à l’origine ordonnées par les cent vingt membres de la Grande Assemblée, mais avec le temps le peuple les oublia, et Shimon HaPakuli les réorganisa alors.
מִכָּאן וְאֵילָךְ, אָסוּר לְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִּכְתִיב: ״מִי יְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה׳ יַשְׁמִיעַ כׇּל תְּהִלָּתוֹ״, לְמִי נָאֶה לְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה׳ לְמִי שֶׁיָּכוֹל לְהַשְׁמִיעַ כׇּל תְּהִלָּתוֹ.
La Guemara commente : Ces dix-neuf bénédictions constituent un nombre fixe, et au-delà de cela, il est interdit à quiconque de proclamer les louanges du Saint, béni soit-Il, en ajoutant des bénédictions supplémentaires à la Amida. Comme l’a dit Rabbi Elazar : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Qui peut dire les hauts faits du Seigneur ? Qui peut proclamer toute Sa louange ? » (Psaumes 106:2) ? Cela signifie : À qui convient-il de dire les hauts faits du Seigneur ? Seulement à celui qui peut proclamer toute Sa louange. Et puisque personne n’est capable de proclamer toutes les louanges de Dieu, nous devons nous contenter de la formule fixe établie par les Sages.
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹתֵר מִדַּאי — נֶעֱקָר מִן הָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַיְסוּפַּר לוֹ כִּי אֲדַבֵּר אִם אָמַר אִישׁ כִּי יְבֻלָּע״.
Rabba bar bar Ḥana a dit que Rabbi Yoḥanan a dit : En ce qui concerne celui qui multiplie excessivement les louanges du Saint, béni soit-Il, son sort est d’être déraciné du monde, car cela donne l’impression qu’il a épuisé toutes les louanges de Dieu. Comme il est dit : « Lui sera-t-il rapporté quand je parle ? Si un homme dit cela, il serait englouti » (Job 37:20). La Guemara interprète le verset ainsi : toutes les louanges de Dieu peuvent-elles être exprimées lorsque je parle ? Si un homme disait une telle chose, il serait « englouti » en punition.
דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה אִישׁ כְּפַר גִּבּוֹרַיָּא, וְאָמְרִי לַהּ אִישׁ כְּפַר גִּבּוֹר חַיִל: מַאי דִּכְתִיב: ״לְךָ דוּמִיָּה תְהִלָּה״? סַמָּא דְּכוֹלָּה — מַשְׁתּוּקָא. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: אָמְרִי בְּמַעְרְבָא: מִלָּה — בְּסֶלַע, מַשְׁתּוּקָא — בִּתְרֵין.
La Guemara raconte : Rabbi Yehouda, un homme de Kefar Gibboraya, et certains disent qu’il était un homme de Kefar Gibbor Ḥayil, enseigna : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Pour Toi, le silence est louange » (Psaumes 65:2) ? Le meilleur remède de tous est le silence, c’est-à-dire que la forme optimale de louange à Dieu est le silence. La Guemara raconte : Lorsque Rav Dimi arriva d’Eretz Israël en Babylonie, il dit : En Occident, Eretz Yisrael, on dit un adage : Si une parole vaut un sela, le silence vaut deux.
קְרָאָהּ עַל פֶּה לֹא יָצָא וְכוּ׳. מְנָלַן? אָמַר רָבָא: אָתְיָא זְכִירָה זְכִירָה, כְּתִיב הָכָא: ״וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים״, וּכְתִיב הָתָם: ״כְּתֹב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר״. מָה לְהַלָּן — בְּסֵפֶר, אַף כָּאן — בְּסֵפֶר.
§ Il est enseigné dans la michna : Si quelqu’un a lu la Méguila de mémoire, il ne s’est pas acquitté de son obligation. La Guemara demande : D’où le déduisons-nous ? Rava a dit : Cela est déduit au moyen d’une analogie verbale entre une occurrence du terme souvenir et une autre occurrence du terme souvenir. Il est écrit ici, au sujet de la Méguila : « que ces jours soient rappelés » (Esther 9:28), et il est écrit ailleurs : « Et le Seigneur dit à Moïse : Écris ceci comme mémorial dans le livre, et répète-le aux oreilles de Josué : car J’effacerai entièrement le souvenir d’Amalek de dessous les cieux » (Exode 17:14). De même que là-bas, au sujet d’Amalek, le souvenir renvoie spécifiquement à quelque chose d’écrit dans un livre, comme il est dit : « dans le livre », de même ici, le souvenir de la Méguila se fait par le fait d’être écrit dans un livre.
וּמִמַּאי דְּהַאי זְכִירָה קְרִיאָה הִיא, דִּלְמָא עִיּוּן בְּעָלְמָא! לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ (דִּכְתִיב): ״זָכוֹר״ — יָכוֹל בַּלֵּב? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״לֹא תִּשְׁכָּח״, הֲרֵי שִׁכְחַת הַלֵּב אָמוּר, הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״זָכוֹר״ — בַּפֶּה.
La Guemara soulève une question : Mais d’où savons-nous que ce souvenir qui est mentionné au sujet d’Amalek et de la Méguila implique une lecture à voix haute à partir d’un livre ? Peut-être exige-t-il simplement de regarder dans le livre, en le lisant silencieusement. La Guemara répond : Qu’il ne te vienne pas à l’esprit de dire cela, car il a été enseigné dans une baraita : Le verset déclare : « Souviens-toi de ce qu’Amalek t’a fait » (Deutéronome 25:17). On aurait pu penser qu’il suffit de s’en souvenir silencieusement, dans son cœur. Mais cela ne peut être, puisque lorsqu’il est dit ensuite : « Tu n’oublieras pas » (Deutéronome 25:19), il s’agit déjà de l’oubli du cœur. Comment, dès lors, dois-je maintenir le sens de « souviens-toi » ? Qu’ajoute ce commandement de se souvenir au commandement de ne pas oublier ? Par conséquent, cela signifie que le souvenir doit être exprimé à voix haute, avec la bouche.
קְרָאָהּ תַּרְגּוּם לֹא יָצָא וְכוּ׳. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דִּכְתִיבָה מִקְרָא וְקָרֵי לַהּ תַּרְגּוּם, הַיְינוּ עַל פֶּה! לָא צְרִיכָא, דִּכְתִיבָה תַּרְגּוּם וְקָרֵי לַהּ תַּרְגּוּם.
§ Il a en outre été enseigné dans la michna : Si quelqu’un a lu la Méguila en traduction araméenne, il ne s’est pas acquitté de son obligation. La Guemara demande : Quelles sont les circonstances de ce cas ? Si nous disons que la Méguila a été écrite dans le texte de la Torah original, c’est-à-dire en hébreu, et qu’il l’a lue en traduction araméenne, alors cela revient à la lire par cœur, puisqu’il ne lit pas les mots écrits dans le texte, et la michna a déjà déclaré qu’on ne s’acquitte pas de son obligation en lisant la Méguila par cœur. La Guemara répond : Non, il est nécessaire d’enseigner aussi ce cas, car il s’agit d’un cas où la Méguila a été écrite non pas dans l’hébreu original mais en traduction araméenne, et il l’a lue telle qu’elle était écrite, en traduction araméenne .
אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז וְכוּ׳. וְהָא אָמְרַתְּ: קְרָאָהּ בְּכׇל לָשׁוֹן — לֹא יָצָא! רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: בְּלַעַז יְווֹנִי.
§ La michna continue : Cependant, pour ceux qui parlent une langue étrangère, on peut lire la Méguila dans cette langue étrangère. La Guemara soulève une difficulté : Mais n’as-tu pas dit dans la michna : S’il l’a lue dans n’importe quelle autre langue, il ne s’est pas acquitté de son obligation ? La Guemara cite la réponse de Rav et Shmuel, qui disent tous deux : Lorsque la michna dit : une langue étrangère, elle fait référence spécifiquement à la langue grecque, qui a un statut unique en ce qui concerne la traduction biblique.
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דִּכְתִיבָה אַשּׁוּרִית וְקָרֵי לַהּ יְווֹנִית, הַיְינוּ עַל פֶּה! אָמַר רַבִּי אַחָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שֶׁכְּתוּבָה בְּלַעַז יְווֹנִית.
La Guemara demande : Quelles sont les circonstances de ce cas ? Si nous disons que la Meguila a été écrite en Ashurit, c’est-à-dire en hébreu, et qu’il l’a lue en grec, cela revient au même que de la lire par cœur, et la michna enseigne qu’on ne s’acquitte pas de son obligation en lisant par cœur. La Guemara répond : Rabbi Aḥa a dit que Rabbi Elazar a dit : La michna traite d’un cas où la Meguila a été écrite dans la langue étrangère grecque et a également été lue dans cette langue.
וְאָמַר רַבִּי אַחָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִנַּיִן שֶׁקְּרָאוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיַעֲקֹב ״אֵל״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּקְרָא לוֹ אֵל אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל״. דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ לְמִזְבֵּחַ קְרָא לֵיהּ יַעֲקֹב ״אֵל״ — ״וַיִּקְרָא לוֹ יַעֲקֹב״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא ״וַיִּקְרָא לוֹ״, לְיַעֲקֹב, ״אֵל״. וּמִי קְרָאוֹ ״אֵל״ — ״אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל״.
À propos des déclarations dans cette ligne de tradition, la Guemara ajoute : Et Rabbi Aḥa a encore dit que Rabbi Elazar a dit : D’où est-il déduit que le Saint, béni soit-Il, a appelé Jacob El, c’est-à-dire Dieu ? Comme il est dit : « Et il y érigea un autel, et il l’appela El, Dieu d’Israël » (Genèse 33:20). Il est également possible de traduire cela ainsi : Et Lui, c’est-à-dire le Dieu d’Israël, l’a appelé, Jacob, El. En effet, il faut le comprendre de cette manière, car s’il te venait à l’esprit de dire que le verset doit être compris comme disant que Jacob a appelé l’autel El, il aurait fallu préciser le sujet du verbe et écrire : Et Jacob l’appela El. Mais, puisque le verset n’est pas écrit de cette façon, il faut comprendre le verset ainsi : Il a appelé Jacob El ; et qui l’a appelé El ? Le Dieu d’Israël.
מֵיתִיבִי: קְרָאָהּ גִּיפְּטִית, עִבְרִית, עֵילָמִית, מָדִית, יְווֹנִית — לֹא יָצָא!
La Guemara revient à la discussion des langues pour la lecture de la Méguila et soulève une objection contre Rav et Chmouel, qui ont dit qu’on peut lire la Méguila en grec mais pas dans d’autres langues étrangères. Il est enseigné dans une baraita : Si quelqu’un a lu la Méguila en copte [Giptit], en ivrit, en élamite, en mède ou en grec, il ne s’est pas acquitté de son obligation, ce qui indique qu’on ne peut pas s’acquitter de son obligation en lisant la Méguila en grec.
הָא לָא דָּמְיָא אֶלָּא לְהָא: גִּיפְּטִית לְגִיפְּטִים, עִבְרִית לְעִבְרִים, עֵילָמִית לְעֵילָמִים, יְווֹנִית לִיווֹנִים — יָצָא.
La Guemara répond : La clause dans la michna qui enseigne que la Meguila peut être lue dans une langue étrangère à quelqu’un qui parle cette langue étrangère n’est comparable qu’à cela qui a été enseigné dans une autre baraita : Si quelqu’un lit la Meguila en copte pour des Coptes, en hébreu pour des Hébreux, en élamite pour des Élamites, ou en grec pour des Grecs, il s’est acquitté de son obligation. La Meguila peut être lue dans n’importe quelle langue, à condition que l’auditeur comprenne cette langue.
אִי הָכִי, רַב וּשְׁמוּאֵל אַמַּאי מוֹקְמִי לַהּ לְמַתְנִיתִין בְּלַעַז יְווֹנִית? לוֹקְמוּהָ בְּכֹל לַעַז! [אֶלָּא, מַתְנִיתִין כְּבָרַיְיתָא.] וְכִי אִיתְּמַר דְּרַב וּשְׁמוּאֵל, בְּעָלְמָא אִיתְּמַר. רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: לַעַז יְווֹנִי לַכֹּל כָּשֵׁר.
La Guemara demande : Mais si tel est le cas, que celui qui lit la Meguila dans une langue étrangère qu’il parle s’acquitte de son obligation, pourquoi Rav et Shmuel ont-ils établi la décision de la mishna comme se référant spécifiquement au grec ? Qu’ils l’interprètent comme se référant à toute langue étrangère que l’on parle. La Guemara explique : Au contraire, la mishna doit être comprise comme la baraita, à savoir que celui qui lit la Meguila dans une langue qu’il parle s’acquitte de son obligation ; et ce qui a été dit au nom de Rav et Shmuel a été dit comme une déclaration générale, sans rapport avec la mishna mais comme une décision indépendante, comme suit : Rav et Shmuel disent tous deux : La langue grecque est valable pour tous, c’est-à-dire que quiconque lit la Meguila en grec s’est acquitté de son obligation, même s’il ne comprend pas le grec.
וְהָא קָתָנֵי: יְווֹנִית לִיווֹנִים [לִיווֹנִים] — אִין, לְכוּלֵּי עָלְמָא — לָא! אִינְהוּ דַּאֲמוּר כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. דִּתְנַן, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף סְפָרִים לֹא הִתִּירוּ שֶׁיִּכָּתְבוּ אֶלָּא יְווֹנִית.
La Guemara soulève une difficulté : Mais est-ce que la baraita citée plus haut n’enseigne pas que si quelqu’un lit la Meguila en grec pour des Grecs, il s’est acquitté de son obligation ? Cela implique que lire en grec, oui, est acceptable pour les Grecs, mais pour tous les autres, non, cela ne l’est pas. La Guemara répond : Rav et Shmuel sont en désaccord avec cette affirmation de la baraita, car ils sont d’accord avec l’opinion de Rabban Shimon ben Gamliel. Comme nous l’avons appris dans une michna (Meguila 8b) : Rabban Shimon ben Gamliel dit : Même pour les livres de la Torah, les Sages n’ont pas permis qu’ils soient écrits dans une quelconque langue étrangère autre que le grec, ce qui indique que le grec a un statut particulier et est traité comme l’hébreu original.
וְלֵימְרוּ: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל? אִי אָמְרִי הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי שְׁאָר סְפָרִים, אֲבָל מְגִילָּה דִּכְתִיב בַּהּ ״כִּכְתָבָם״ — אֵימָא לָא. קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara demande : Mais si telle était l’intention de Rav et Shmuel, qu’ils déclarent explicitement : La halakha est conforme à l’opinion de Rabban Shimon ben Gamliel. Pourquoi Rav et Shmuel ont-ils formulé leur déclaration comme s’ils rendaient une nouvelle décision ? La Guemara répond : S’ils avaient dit simplement que la halakha est conforme à Rabban Shimon ben Gamliel, j’aurais dit que cela s’applique seulement aux autres livres de la Torah, mais en ce qui concerne la Meguila, au sujet de laquelle il est écrit : « Selon leur écriture », j’aurais dit qu’on ne s’acquitte pas de son obligation si on la lit en grec. C’est pourquoi ils ont énoncé leur propre opinion pour nous enseigner que même dans le cas de la Meguila, on s’acquitte de son obligation si on la lit en grec.
וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא וְכוּ׳. וְהָא לָא יָדַע מַאי קָאָמְרִי? מִידֵּי דְּהָוֵה אַנָּשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ.
§ Il a été enseigné dans la michna : Et celui qui parle une langue étrangère et a entendu la Méguila être lue en Ashurit, c’est-à-dire en hébreu, s’est acquitté de son obligation. La Guemara demande : Mais n’est-ce pas le cas qu’il ne comprend pas ce qu’ils disent ? Puisqu’il ne comprend pas l’hébreu, comment s’acquitte-t-il de son obligation ? La Guemara répond : C’est exactement comme pour les femmes et les gens ignorants ; eux aussi comprennent peu l’hébreu, mais néanmoins ils s’acquittent de leur obligation lorsqu’ils entendent la Méguila lue dans cette langue.
מַתְקֵיף לַהּ רָבִינָא: אַטּוּ אֲנַן ״הָאֲחַשְׁתְּרָנִים בְּנֵי הָרַמָּכִים״, מִי יָדְעִינַן? אֶלָּא מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא, הָכָא נָמֵי — מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא.
Ravina s’oppose fermement au postulat de la question soulevée ci-dessus, à savoir que quelqu’un qui ne comprend pas la langue originale, non traduite, de la Méguila ne peut pas s’acquitter de son obligation. Cela veut-il dire que même nous, les Sages, qui connaissons très bien l’hébreu, savons avec certitude le sens des mots obscurs ha’aḥashteranim benei haramakhim (Esther 8:10), souvent traduits par : « Utilisés au service royal, élevés au haras » ? Mais néanmoins, nous accomplissons la mitzva de la lecture de la Méguila et de la publication du miracle de Pourim en lisant ces mots tels qu’ils apparaissent dans le texte original. Ici aussi, celui qui parle une langue étrangère et entend la Méguila lue en hébreu accomplit la mitzva de la lecture de la Méguila et de la publication du miracle de Pourim, même s’il ne comprend pas les mots eux-mêmes.
קְרָאָהּ סֵירוּגִין יָצָא וְכוּ׳. לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״סֵירוּגִין״, שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְבֵי רַבִּי דְּקָאָמְרָה לְהוּ לְרַבָּנַן דַּהֲווֹ עָיְילִי פִּסְקֵי פִּסְקֵי לְבֵי רַבִּי: עַד מָתַי אַתֶּם נִכְנָסִין סֵירוּגִין סֵירוּגִין?
§ La michna continue : Si quelqu’un lit la Méguila par intervalles [seirugin], il s’est acquitté de son obligation. La Guemara rapporte que les Sages ne savaient pas ce que signifie le mot seirugin. Un jour, ils entendirent la servante dans la maison de Rabbi Yehouda HaNassi dire aux Sages, qui entraient dans la maison par intermittence plutôt qu’en un seul groupe : Jusqu’à quand allez-vous entrer seirugin seirugin ? Comme elle vivait dans la maison de Rabbi Yehouda HaNassi et entendait certainement l’hébreu le plus correct, ils comprirent de cela que le mot seirugin signifie par intervalles.
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״חֲלוֹגְלוֹגוֹת״. שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְבֵי רַבִּי דַּאֲמַרָה לֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה קָא מְבַדַּר פַּרְפְּחִינֵי: עַד מָתַי אַתָּה מְפַזֵּר חֲלוֹגְלוֹגְךָ?
De manière similaire, il est rapporté que les Sages ne savaient pas ce que signifiait le mot ḥalogelogot, qui apparaît dans diverses mishnayot et baraitot. Un jour, ils entendirent la servante dans la maison de Rabbi Yehuda HaNasi dire à un certain homme qui dispersait du pourpier : Jusqu’à quand vas-tu continuer à disperser tes ḥalogelogot ? Et de cela ils comprirent que ḥalogelogot signifie pourpier.
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״סַלְסְלֶהָ וּתְרוֹמְמֶךָּ״. שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּהֲווֹת אָמְרָה לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מְהַפֵּךְ בְּמַזְיֵיהּ, אֲמַרָה לֵיהּ: עַד מָתַי אַתָּה מְסַלְסֵל בִּשְׂעָרְךָ?
De même, les Sages ne savaient pas ce que signifie salseleha dans le verset : « Acquiers la sagesse… salseleha et elle t’élèvera » (Proverbes 4:7–8). Un jour, ils entendirent la servante dans la maison de Rabbi Yehuda HaNasi parler à un certain homme qui se tortillait les cheveux, en lui disant : Combien de temps vas-tu continuer à tortiller [mesalsel] tes cheveux ? Et de cela ils comprirent que le verset veut dire : Tourne et retourne la sagesse, et elle t’élèvera.
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי: ״הַשְׁלֵךְ עַל ה׳ יְהָבְךָ״. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: זִימְנָא חֲדָא הֲוָה אָזֵילְנָא בַּהֲדֵי הָהוּא טַיָּיעָא, וְקָא דָרֵינָא טוּנָא וַאֲמַר לִי: שְׁקוֹל יַהְבָּיךְ וּשְׁדִי אַגַּמְלַאי.
La Guemara rapporte des exemples supplémentaires : Les Sages ne savaient pas ce que signifiait le mot yehav dans le verset : « Jette sur le Seigneur ton yehav » (Psaumes 55:23). Rabba bar bar Ḥana a dit : Une fois, je voyageais avec un certain Arabe [Tayya’a] et je portais une charge, et il m’a dit : Prends ton yehav et jette-le sur mon chameau, et j’ai compris que yehav signifie une charge ou un fardeau.
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״וְטֵאטֵאתִיהָ בְּמַטְאֲטֵא הַשְׁמֵד״. שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּהֲווֹת אָמְרָה לַחֲבֶרְתָּהּ: שְׁקוּלִי טָאטִיתָא וְטַאטִי בֵּיתָא.
De même, les Sages ne savaient pas ce que signifiait le mot matatei dans le verset : « Et je la balaierai avec le matatei de la destruction » (Isaïe 14:23). Un jour, ils entendirent la servante dans la maison de Rabbi Yehuda HaNasi dire à son amie : Prends un tateita et tati la maison, d’où ils comprirent que matatei est un balai, et que le verbe tati signifie balayer.
תָּנוּ רַבָּנַן: קְרָאָהּ סֵירוּגִין — יָצָא,
Concernant la lecture de la Méguila avec des interruptions, les Sages ont enseigné la baraita suivante : Si quelqu’un lit la Méguila par intervalles, en faisant des pauses et en reprenant par intervalles, il s’est acquitté de son obligation.

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