בְּלָשׁוֹן עַזָּה, דִּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר ה׳ אֶל יְהוֹשֻׁעַ לֵאמֹר דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר תְּנוּ לָכֶם אֶת עָרֵי הַמִּקְלָט אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי אֲלֵיכֶם וְגוֹ׳״? מִפְּנֵי שֶׁהֵן שֶׁל הַתּוֹרָה.
avec un langage sévère, comme il est écrit : « Et le Seigneur parla [vayedabber] à Josué, en disant : Parle [dabber] aux enfants d’Israël, en disant : Assignez-vous les villes de refuge dont Je vous ai parlé [dibbarti] par l’intermédiaire de Moïse » (Josué 20:1–2). Pourquoi la Torah emploie-t-elle à plusieurs reprises un terme de dibbur, qui connote une parole sévère, plutôt que le terme amira, qui connote une parole neutre ? C’est en raison du fait que les villes de refuge sont une mitsva de la Torah, et elles justifient donc une insistance particulière.
לְמֵימְרָא דְּכׇל דִּיבּוּר לָשׁוֹן קָשָׁה? אִין, כְּדִכְתִיב: ״דִּבֶּר הָאִישׁ אֲדֹנֵי הָאָרֶץ אִתָּנוּ קָשׁוֹת״. וְהָתַנְיָא: ״נִדְבְּרוּ״, אֵין ״נִדְבְּרוּ״ אֶלָּא לְשׁוֹן נַחַת, וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״יַדְבֵּר עַמִּים תַּחְתֵּינוּ״! ״דִּבֶּר״ לְחוּד, ״יַדְבֵּר״ לְחוּד.
La Guemara demande : Faut-il en déduire que toutes les occurrences de parole [dibbur] indiquent un langage dur ? La Guemara répond : Oui, comme il est écrit au sujet des frères de Joseph : « L’homme, le seigneur du pays, nous a parlé [dibber] durement » (Torah 42:30). La Guemara demande : Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita, au sujet du verset : « Alors ceux qui craignaient le Seigneur parlèrent [nidberu] l’un avec l’autre » (Malachie 3:16), que le terme « parlèrent » n’est rien d’autre qu’une expression de douceur, et de même, il en va ainsi du verset qui déclare : « Il soumet [yadber] des peuples sous nous » (Psaumes 47:4), c’est-à-dire que Dieu conduira calmement et doucement les nations sous l’influence du peuple juif ? La Guemara répond : Le sens de dibber est distinct et le sens de yadber est distinct. Il y a une différence entre les deux conjugaisons de la même racine.
(סִימָנֵי רַבָּנַן מְהֵמְנֵי וְסָפְרֵי).
La Guemara fournit un moyen mnémotechnique pour les controverses impliquant Rabbi Yehouda qui suivent : Rabbins ; mehemni, c’est-à-dire la controverse avec Rabbi Neḥemya ; et la controverse concernant des rouleaux de la Torah cousus avec des fils de lin.
פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנַן, חַד אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁשִּׁיהָם. וְחַד אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁהֵן שֶׁל תּוֹרָה.
La Guemara reprend la discussion sur le langage sévère employé dans la section traitant des meurtriers dans le livre de Josué. Rabbi Yehouda et les Sages sont en désaccord à ce sujet. L’un dit qu’un langage sévère a été employé parce que Josué a retardé l’accomplissement de la mitsva consistant à désigner des villes de refuge, et l’autre dit que c’est parce que les villes de refuge sont une mitsva de la Torah, et qu’elles méritent donc une insistance particulière.
״וַיִּכְתֹּב יְהוֹשֻׁעַ אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה בְּסֵפֶר תּוֹרַת אֱלֹהִים״, פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי נְחֶמְיָה – חַד אוֹמֵר: שְׁמֹנָה פְּסוּקִים, וְחַד אוֹמֵר: עָרֵי מִקְלָט.
La Guemara cite une autre divergence au sujet de la section des villes de refuge dans le livre de Josué. Il est écrit : « Et Josué écrivit ces choses dans le rouleau de la Torah de Dieu » (Josué 24:26). Rabbi Yehouda et Rabbi Neḥemya sont en désaccord à ce sujet. L’un dit : Il s’agit des huit derniers versets de la Torah qui relatent la mort de Moïse et qui furent consignés par Josué dans le rouleau de la Torah, en plus du reste de la Torah qui fut écrit par Moïse (voir Bava Batra 15a). Et l’autre dit : Il s’agit de la section des villes de refuge qui apparaît dans le livre de Josué.
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר שְׁמֹנָה פְּסוּקִים, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״בְּסֵפֶר תּוֹרַת אֱלֹהִים״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר עָרֵי מִקְלָט, מַאי ״בְּסֵפֶר תּוֹרַת אֱלֹהִים״? הָכִי קָאָמַר: ״וַיִּכְתּוֹב יְהוֹשֻׁעַ בְּסִפְרוֹ אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה הַכְּתוּבִים בְּסֵפֶר תּוֹרַת אֱלֹהִים״.
La Guemara discute ces deux opinions : Certes, selon celui qui dit que la référence concerne les huit versets finaux de la Torah, c’est la raison pour laquelle il est écrit : « Et Josué écrivit ces choses dans le rouleau de la Torah de Dieu, » puisqu’il a écrit ces versets et qu’ils ont été inclus dans la Torah. Mais selon celui qui dit que la référence concerne le passage des villes de refuge dans le livre de Josué, quel est le sens de l’expression « dans le rouleau de la Torah de Dieu » ? Elles apparaissent dans le livre de Josué, et non dans la Torah. La Guemara répond : C’est ce que le verset veut dire : Et Josué écrivit dans son livre ces choses qui sont aussi écrites dans le rouleau de la Torah de Dieu.
סֵפֶר שֶׁתְּפָרוֹ בְּפִשְׁתָּן, פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי מֵאִיר – חַד אוֹמֵר: כָּשֵׁר, וְחַד אוֹמֵר: פָּסוּל.
La Guemara poursuit en citant une autre controverse entre Rabbi Yehouda et l’un des Sages, dans laquelle il n’est pas clair quelle opinion est attribuée à quel Sage. Dans le cas d’un rouleau de la Torah dont on a cousu les feuillets avec du lin, Rabbi Yehouda et Rabbi Meïr sont en désaccord à ce sujet. L’un dit : le rouleau de la Torah est apte à l’usage, et l’autre dit : le rouleau de la Torah est inapte à l’usage.
לְמַאן דְּאָמַר פָּסוּל, דִּכְתִיב: ״לְמַעַן תִּהְיֶה תּוֹרַת ה׳ בְּפִיךָ״, וְאִיתַּקַּשׁ כׇּל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ לִתְפִילִּין: מָה תְּפִילִּין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי לְתוֹפְרָן בְּגִידִין – אַף כֹּל לְתׇפְרָן בְּגִידִין. וְאִידַּךְ: כִּי אִיתַּקַּשׁ – לַמּוּתָּר בְּפִיךְ, לְהִלְכוֹתָיו לָא אִיתַּקַּשׁ.
La Guemara développe : Selon celui qui dit que le rouleau de la Torah est inapte à l’usage, la raison est comme il est écrit au sujet des phylactères : « Et ce sera pour toi un signe sur ta main et un mémorial entre tes yeux, afin que la Torah de Dieu soit dans ta bouche” (Exode 13:9). Et dans ce verset toute la Torah est mise en parallèle et assimilée aux phylactères : De même que concernant les phylactères, il existe une halakha transmise à Moïse depuis le Sinaï de les coudre avec des nerfs, de même, concernant toutes les feuilles du rouleau de la Torah, il y a une exigence de les coudre avec des nerfs. Et l’autre Sage soutient : Lorsque le rouleau de la Torah est mis en parallèle et assimilé aux phylactères, ce n’est que concernant le principe selon lequel les feuilles du rouleau de la Torah ne peuvent être préparées qu’à partir d’une espèce animale permise à ta bouche, c’est-à-dire qu’un Juif est autorisé à la manger ; mais en ce qui concerne ses autres halakhot, il n’est pas mis en parallèle ni assimilé aux phylactères.
אָמַר רַב: חֲזֵינַן לְהוּ לִתְפִילִּין דְּבֵי חֲבִיבִי דִּתְפִירִי בְּכִיתָּנָא, וְלֵית הִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ.
Rav a dit : J’ai vu que les phylactères de la maison de mon oncle, Rabbi Ḥiyya, étaient cousus avec du lin. Mais la halakha n’est pas conforme à son avis ; les phylactères ne peuvent être cousus qu’avec des tendons.
מַתְנִי׳ אֶחָד מָשׁוּחַ בְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה, וְאֶחָד הַמְרוּבֶּה בִּבְגָדִים, וְאֶחָד שֶׁעָבַר מִמְּשִׁיחוּתוֹ – מַחֲזִירִין אֶת הָרוֹצֵחַ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף מְשׁוּחַ מִלְחָמָה מַחֲזִיר אֶת הָרוֹצֵחַ.
MICHNA : La Torah déclare qu’un meurtrier involontaire doit demeurer dans la ville de refuge vers laquelle il s’est enfui jusqu’à la mort du Grand Prêtre. La michna précise : En ce qui concerne les Grands Prêtres, qui furent nommés de plusieurs manières différentes, l’un oint avec l’huile d’onction, ce qui était la méthode par laquelle les Grands Prêtres étaient consacrés jusqu’à ce que l’huile soit mise en réserve vers la fin de la période du Premier Temple ; et l’un consacré en revêtant plusieurs vêtements, les huit habits propres au Grand Prêtre, ce qui était la pratique durant la période du Second Temple ; et l’un qui reçut une nomination temporaire en raison de l’inaptitude du Grand Prêtre en fonction, qui quitta son onction avec le rétablissement du Grand Prêtre en fonction au service actif, leurs morts permettent le retour du meurtrier de la ville de refuge à son foyer. Rabbi Yehouda dit : Même la mort d’un prêtre oint pour la guerre afin de s’adresser aux soldats (voir Deutéronome 20:1–7) permet le retour du meurtrier.
לְפִיכָךְ אִימּוֹתֵיהֶן שֶׁל כֹּהֲנִים מְסַפְּקוֹת לָהֶן מִחְיָה וּכְסוּת, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְפַּלְּלוּ עַל בְּנֵיהֶם שֶׁיָּמוּתוּ.
La michna continue : C’est pourquoi les mères des grands prêtres fournissaient à ceux qui étaient exilés dans les villes de refuge de la nourriture et des vêtements afin qu’ils ne prient pas pour que leurs fils meurent. Plus leur vie dans la ville de refuge était confortable, moins ils ressentiraient d’urgence à partir, et moins il serait probable qu’ils prient pour la mort des grands prêtres.
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב כָּהֲנָא: דְּאָמַר קְרָא: ״וְיָשַׁב בָּהּ עַד מוֹת הַכֹּהֵן הַגָּדֹל״, וּכְתִיב: ״כִּי בְעִיר מִקְלָטוֹ יֵשֵׁב עַד מוֹת הַכֹּהֵן הַגָּדֹל״, וּכְתִיב: ״וְאַחֲרֵי מוֹת הַכֹּהֵן הַגָּדֹל״.
GUEMARA : La Guemara demande : D’où ces éléments sont-ils dérivés, à savoir que la mort de ces Grands Prêtres permet le retour du meurtrier ? Rav Kahana a dit qu’ils sont dérivés d’un verset, comme le verset l’énonce : « Et il y demeurera jusqu’à la mort du Grand Prêtre qui a été oint avec l’huile sacrée » (Nombres 35:25), et il est écrit : « Car dans sa ville de refuge il demeurera jusqu’à la mort du Grand Prêtre » (Nombres 35:28), et il est écrit : « Et après la mort du Grand Prêtre le meurtrier retournera dans la terre de son héritage » (Nombres 35:28). Les trois mentions de la mort du Grand Prêtre correspondent aux trois types de Grand Prêtre énumérés par le premier tanna de la michna : l’un oint avec de l’huile, l’un consacré par le port des huit vêtements, et l’un qui a été relevé de sa fonction.
וְרַבִּי יְהוּדָה? כְּתִיב קְרָא אַחֲרִינָא: ״לָשׁוּב לָשֶׁבֶת בָּאָרֶץ עַד מוֹת הַכֹּהֵן״. (וְגוֹ׳) וְאִידַּךְ: מִדְּלָא כְּתִיב: ״הַגָּדוֹל״ – חַד מֵהָנָךְ הוּא.
Et Rabbi Yehuda soutient qu’un autre verset est écrit : « Et vous ne prendrez pas de rançon pour celui qui s’est enfui vers sa ville de refuge, pour retourner habiter dans le pays jusqu’à la mort du prêtre » (Nombres 35:32), d’où il est déduit que la mort du prêtre oint pour la guerre permet également le retour du meurtrier. Et l’autre tanna dit : Du fait que Grand Prêtre n’est pas écrit dans ce verset, il est clair que la référence n’est pas à un type supplémentaire de Grand Prêtre ; plutôt, la référence est à l’un de ceux Grands Prêtres mentionnés dans les versets précédents.
לְפִיכָךְ אִימּוֹתֵיהֶן שֶׁל כֹּהֲנִים כּוּ׳. טַעְמָא דְּלָא מְצַלּוּ, הָא מְצַלּוּ – מָיְיתִי? וְהָכְתִיב: ״כַּצִּפּוֹר לָנוּד כַּדְּרוֹר לָעוּף כֵּן קִלְלַת חִנָּם לֹא תָבֹא״! אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא: מִפִּירְקֵיהּ דְּרָבָא שְׁמִיעַ לִי, שֶׁהָיָה לָהֶן לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל דּוֹרָן וְלֹא בִּקְּשׁוּ.
§ La michna enseigne : C’est pourquoi les mères des grands prêtres fournissaient à ceux qui étaient exilés dans les villes de refuge de la nourriture et des vêtements afin qu’ils ne prient pas pour que leurs fils meurent. La Guemara demande : La raison pour laquelle le grand prêtre ne mourra pas est qu’ils ne prient pas ; mais s’ils priaient pour la mort du grand prêtre, mourrait-il ? Mais n’est-il pas écrit : « Comme le moineau qui erre, comme l’hirondelle qui vole, ainsi une malédiction sans cause n’atteindra pas son but » (Proverbes 26:2) ? Pourquoi la michna exprime-t-elle une inquiétude au sujet d’une malédiction sans fondement ? Un certain ancien lui dit : J’ai entendu dans le cours donné par Rava qu’il ne s’agit pas d’une malédiction sans fondement, car les grands prêtres partagent la responsabilité des meurtres involontaires commis par ces personnes, car ils auraient dû implorer la miséricorde pour leur génération, afin qu’aucun meurtre ne se produise, même involontairement, et ils n’ont pas imploré. En raison de leur part de responsabilité, des prières pour leur mort pourraient être efficaces.
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי: כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלְּלוּ עַל בְּנֵיהֶם שֶׁלֹּא יָמוּתוּ. טַעְמָא דִּמְצַלּוּ, הָא לָא מְצַלּוּ – מָיְיתִי? מַאי הֲוָה לֵיהּ לְמֶעְבַּד? הָכָא אָמְרִינַן: טוֹבִיָּה חֲטָא וְזִיגּוּד מִנַּגַּיד.
Et certains enseignent une variante de la lecture de la michna : C’est pourquoi les mères des Grands Prêtres fournissaient aux exilés dans les villes de refuge de la nourriture et des vêtements, afin que les exilés ne prient pas pour que leurs fils meurent. La Guemara en déduit : La raison pour laquelle les Grands Prêtres ne mourraient pas est qu’ils prient, mais s’ils ne priaient pas pour que le Grand Prêtre ne meure pas, le Grand Prêtre mourrait-il ? Qu’aurait pu le Grand Prêtre faire pour empêcher l’homicide involontaire ? Ici, en Babylonie, nous disons un adage pour décrire une telle situation : Toviyya a péché et Zigud est fouetté. Toviyya a transgressé une interdiction et Zigud est venu comme témoin unique pour témoigner contre lui. Puisque le témoignage d’un seul témoin n’est pas valable au tribunal, il est fouetté pour avoir diffamé Toviyya. Le pécheur n’est pas puni et la personne qui a cherché à témoigner contre lui est fouettée. Cela est devenu une expression familière pour une situation où l’on est puni pour le péché d’un autre.
הָתָם אָמְרִי: שְׁכֶם נָסֵיב וּמִבְגַּאי גָּזַיר.
Là-bas, en Eretz Yisrael, on dit un adage différent ayant la même application : Shekhem a épousé une femme et Mavgai s’est circoncis. Cela est fondé sur l’épisode de l’enlèvement de Dina dans la ville de Shekhem (voir Torah, chapitre 34), où Shekhem contraignit tous les habitants mâles de la ville à subir la circoncision afin de pouvoir épouser Dina. Shekhem épousa Dina, tandis que les autres hommes subirent la douleur de la circoncision sans en tirer aucun bénéfice.
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא: מִפִּירְקֵיהּ דְּרָבָא שְׁמִיעַ לִי, שֶׁהָיָה לָהֶן לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל דּוֹרָן וְלֹא בִּקְּשׁוּ. כִּי הָא דְּהָהוּא גַּבְרָא דְּאַכְלֵיהּ אַרְיָא בְּרָחוֹק תְּלָתָא פַּרְסֵי מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, וְלָא אִישְׁתַּעִי אֵלִיָּהוּ בַּהֲדֵיהּ תְּלָתָא יוֹמֵי.
Un certain ancien lui dit : J’ai entendu dans la leçon donnée par Rava que les Grands Prêtres partagent la faute, car ils auraient dû implorer la miséricorde pour leur génération et ils ne l’ont pas fait. Par conséquent, les exilés durent prier pour eux-mêmes. La Guemara illustre le concept de la responsabilité assumée par la direction spirituelle : C’est comme dans cet incident où un certain homme fut dévoré par un lion à une distance de trois parasanges de l’endroit où résidait Rabbi Yehoshua ben Levi, et Élie le prophète ne lui parla pas pendant trois jours en raison de son manquement à prier pour qu’un incident de ce genre ne se produise pas dans son lieu de résidence.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: קִלְלַת חָכָם – אֲפִילּוּ בְּחִנָּם הִיא בָּאָה. מְנָלַן? מֵאֲחִיתוֹפֶל, שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁכָּרָה דָּוִד שִׁיתִין, קְפָא תְּהוֹמָא, בְּעָא לְמִישְׁטְפָא לְעָלְמָא. אֲמַר: מַהוּ לִכְתּוֹב שֵׁם אַחַסְפָּא וּמִישְׁדֵּא בִּתְהוֹמָא דְּלֵיקוּ אַדּוּכְתֵּיהּ? לֵיכָּא דְּאָמַר לֵיהּ מִידֵּי. אֲמַר: כׇּל הַיּוֹדֵעַ דָּבָר זֶה וְאֵינוֹ אוֹמְרוֹ – יֵחָנֵק בִּגְרוֹנוֹ.
À propos des malédictions qui se réalisent, Rav Yehuda dit que Rav dit : En ce qui concerne la malédiction d’un Sage, même si elle est sans fondement, c’est-à-dire fondée sur une prémisse erronée, elle néanmoins se réalise et affecte l’objet de la malédiction. D’où l’apprenons-nous ? Cela s’apprend de cet incident impliquant Ahitofel. Lorsque David creusa les conduits de drainage en préparation à la construction du Temple, les eaux des profondeurs montèrent et cherchèrent à inonder le monde. David dit : Quelle est la halakha ? Est-il permis d’écrire le nom sacré sur un tesson de terre cuite et de le jeter dans les profondeurs, afin que l’eau se retire et reste à sa place ? Il n’y eut personne pour lui dire quoi que ce soit. David dit : Quiconque sait la réponse à cette question et ne la dit pas sera étranglé.
נָשָׂא אֲחִיתוֹפֶל קַל וָחוֹמֶר בְּעַצְמוֹ, אָמַר: וּמָה לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ, אָמְרָה הַתּוֹרָה: שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדוּשָּׁה יִמָּחֶה עַל הַמַּיִם, לְכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ לֹא כׇּל שֶׁכֵּן? אֲמַר לֵיהּ: שְׁרֵי. כְּתַב שֵׁם אַחַסְפָּא, שְׁדָא אַתְּהוֹמָא, נְחַת וְקָם אַדּוּכְתֵּיהּ.
Alors Ahitophel formula de lui-même une inférence a fortiori et dit : Et si, afin d’établir la paix entre un homme et sa femme dans le cas d’une sota, lorsque le mari soupçonne sa femme d’avoir commis l’adultère, la Torah dit : Mon nom, qui a été écrit en sainteté, sera effacé sur l’eau, alors, afin d’établir la paix pour le monde entier dans sa totalité, n’est-ce pas à plus forte raison permis ? Ahitophel dit à David : C’est permis. David écrivit le nom sacré sur un tesson de poterie et le jeta dans les profondeurs, et l’eau dans les profondeurs se résorba et resta à sa place.
וַאֲפִילּוּ הָכִי כְּתִיב: ״וַאֲחִיתֹפֶל רָאָה כִּי לֹא נֶעֶשְׂתָה עֲצָתוֹ וַיַּחֲבֹשׁ אֶת הַחֲמוֹר וַיָּקׇם וַיֵּלֶךְ אֶל בֵּיתוֹ (וְ)אֶל עִירוֹ וַיְצַו אֶל בֵּיתוֹ וַיֵּחָנַק וְגוֹ׳״.
Et pourtant, il est écrit que pendant la rébellion d’Absalom : « Et Ahitophel vit que son conseil n’avait pas été suivi, il sella son âne, se leva et alla dans sa maison, dans sa ville, et donna des ordres à sa maison puis s’étrangla » (II Samuel 17:23). Bien que David ait stipulé que sa malédiction ne prendrait effet que si quelqu’un qui connaissait la réponse s’abstenait de la partager avec lui, et qu’Ahitophel ne s’est pas abstenu de la partager avec lui, la malédiction s’est réalisée.
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: קִלְלַת חָכָם – אֲפִילּוּ עַל תְּנַאי הִיא בָּאָה. מְנָלַן? מֵעֵלִי, דְּקָאָמַר לֵיהּ [עֵלִי] לִשְׁמוּאֵל: ״כֹּה יַעֲשֶׂה לְּךָ אֱלֹהִים וְכֹה יוֹסִיף אִם תְּכַחֵד מִמֶּנִּי דָּבָר״. וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב: ״וַיַּגֶּד לוֹ שְׁמוּאֵל אֶת כׇּל הַדְּבָרִים וְלֹא כִחֵד מִמֶּנּוּ״, [וַאֲפִילּוּ הָכִי] כְּתִיב: ״וְלֹא הָלְכוּ בָנָיו בִּדְרָכָיו וְגוֹ׳״.
La Guemara cite une déclaration similaire : Rabbi Abbahou dit : En ce qui concerne la malédiction d’un Sage, même si elle est formulée conditionnellement, elle se réalise. D’où l’apprenons-nous ? Cela est déduit d’un incident impliquant Éli, le Grand Prêtre, comme Éli dit à Samuel, après que ce dernier eut reçu une vision prophétique au sujet d’Éli, selon laquelle ses fils ne suivaient pas sa voie : « Ainsi Dieu te fasse, et plus encore, si tu me caches quoi que ce soit de toutes les choses qu’Il t’a dites » (I Samuel 3:17). Et bien qu’il soit écrit immédiatement après : « Et Samuel lui rapporta toutes les choses, et ne lui cacha rien » (I Samuel 3:18), il est écrit au moment de la mort de Samuel : « Et ses fils ne suivirent pas ses voies » (I Samuel 8:3), ce qui indique que Dieu fit à Samuel comme il avait prophétisé au sujet d’Éli, et que ses propres fils ne suivirent pas sa voie. Malgré le fait qu’Éli ait énoncé la malédiction conditionnellement, Samuel fut affecté par la malédiction.