כׇּל שֶׁכֵּן דְּהָווּ לְהוּ נוֹלָד, דַּאֲסִירִי!
La Guemara soulève une difficulté : si l’eau n’était pas auparavant dans son état actuel, à plus forte raison faut-il la considérer comme quelque chose qui est venu à l’existence [nolad] pendant la fête, et par conséquent il est interdit de la transporter. Une chose qui est venue à l’existence ou a pris sa forme actuelle pendant Chabbat ou les fêtes est considérée comme mise à l’écart [muktze] et ne peut pas être manipulée pendant Chabbat ou les fêtes.
אֶלָּא: מַיָּא בְּעָבִים מֵינָד נָיְידִי. הַשְׁתָּא דְּאָתֵית לְהָכִי, אוֹקְיָינוֹס נָמֵי לָא לִיקְשׁוֹ לָךְ, מַיָּא בְּאוֹקְיָינוֹס נָמֵי מֵינָד נָיְידִי, וְתַנְיָא: נְהָרוֹת הַמּוֹשְׁכִין וּמַעְיָינוֹת הַנּוֹבְעִין הֲרֵי הֵן כְּרַגְלֵי כׇּל אָדָם.
Au contraire, il faut dire : L’eau dans les nuages est en constant mouvement et, par conséquent, n’y acquiert pas de résidence. La Guemara commente : Maintenant que tu es parvenu à cette réponse, l’océan ne devrait pas non plus te poser de difficulté, car l’eau dans l’océan est elle aussi en constant mouvement. Et il a été enseigné dans une baraita : Les rivières qui coulent et les sources jaillissantes sont comme les pieds de tous les hommes, car leurs eaux n’acquièrent de résidence en aucun lieu particulier. La même loi s’applique aussi aux nuages et aux mers.
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: בְּפֵירוּשׁ שְׁמִיעַ לָךְ אוֹ מִכְּלָלָא שְׁמִיעַ לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: בְּפֵירוּשׁ שְׁמִיעַ לִי.
Rabbi Ya’akov bar Idi a dit que Rabbi Yehoshua ben Levi a dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yoḥanan ben Nuri, selon laquelle celui qui dormait au début de Shabbat peut parcourir deux mille coudées dans chaque direction. Rabbi Zeira dit à Rabbi Ya’akov bar Idi : As-tu entendu cette halakha explicitement de Rabbi Yehoshua ben Levi, ou l’as-tu comprise par déduction à partir d’une autre décision qu’il a rendue ? Rabbi Ya’akov bar Idi lui dit : Je l’ai entendue explicitement de lui.
מַאי כְּלָלָא? דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב.
La Guemara demande : De quel autre enseignement cette décision pourrait-elle être déduite ? La Guemara explique : De ce qu’a dit Rabbi Yehoshua ben Levi : la halakha est conforme à l’opinion indulgente en ce qui concerne un eirouv.
וְתַרְתֵּי לְמָה לִי?!
La Guemara demande : Pourquoi ai-je besoin des deux ? Pourquoi était-il nécessaire que Rabbi Yehoshua ben Levi énonce à la fois la règle générale selon laquelle la halakha suit l’opinion indulgente concernant un eiruv, ainsi que la règle spécifique selon laquelle la halakha suit l’opinion de Rabbi Yoḥanan ben Nuri sur cette question ?
אָמַר רַבִּי זֵירָא: צְרִיכִי, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי, הֲוָה אָמֵינָא בֵּין לְקוּלָּא וּבֵין לְחוּמְרָא, קָא מַשְׁמַע לַן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב.
Rabbi Zeira a dit : Les deux décisions étaient nécessaires, car s’il nous avait informés seulement que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yoḥanan ben Nouri, j’aurais dit que la halakha est conforme à son avis que ce soit une indulgence, c’est-à-dire qu’une personne endormie acquiert une résidence et peut marcher deux mille coudées dans chaque direction, ou que ce soit une rigueur, c’est-à-dire que des ustensiles sans propriétaire acquièrent une résidence et ne peuvent être transportés qu’à deux mille coudées de cet endroit. Par conséquent, il nous enseigne que la halakha est conforme à l’opinion indulgente en ce qui concerne un eirouv, de sorte que nous statuons conformément à Rabbi Yoḥanan ben Nouri seulement lorsque cela entraîne une indulgence.
וְלֵימָא ״הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב״. הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי לְמָה לִי?
La Guemara demande : Qu’il énonce seulement que la halakha est conforme à l’opinion indulgente concernant un eirouv. Pourquoi ai-je besoin de l’énoncé selon lequel la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yoḥanan ben Nouri ?
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי יָחִיד בִּמְקוֹם יָחִיד וְרַבִּים בִּמְקוֹם רַבִּים, אֲבָל יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים — אֵימָא לָא.
La Guemara répond : Cette décision était également nécessaire, car s’il nous avait seulement informés que la halakha est conforme à l’opinion indulgente concernant un eiruv, vous auriez pu penser que cette affirmation ne s’applique qu’aux différends dans lesquels une seule autorité est en désaccord avec une autre seule autorité, ou plusieurs autorités sont en désaccord avec plusieurs autres autorités. Mais lorsqu’une seule autorité soutient une opinion indulgente contre plusieurs autorités qui soutiennent une position plus stricte, vous auriez pu dire que nous ne statuons pas en sa faveur. Il était donc nécessaire d’énoncer que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yoḥanan ben Nouri, bien qu’il soit en désaccord avec les rabbins.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְאַבָּיֵי: מִכְּדֵי עֵירוּבִין דְּרַבָּנַן, מָה לִי יָחִיד בִּמְקוֹם יָחִיד, וּמָה לִי יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים!
Rava dit à Abaye : Maintenant, puisque les lois de eiruvin sont d’origine rabbinique, quelle raison y a-t-il pour moi de faire une distinction entre un désaccord d’une seule autorité avec une seule autorité et un désaccord d’une seule autorité avec plusieurs autorités ?
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: וּבִדְרַבָּנַן לָא שָׁנֵי לַן בֵּין יָחִיד בִּמְקוֹם יָחִיד לְיָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים!
Rav Pappa dit à Rava : N’y a-t-il aucune différence en ce qui concerne les lois rabbiniques entre un désaccord d’une seule autorité avec une seule autorité, et un désaccord d’une seule autorité avec plusieurs autorités ?
וְהָתְנַן, רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: כׇּל אִשָּׁה שֶׁעָבְרוּ עָלֶיהָ שָׁלֹשׁ עוֹנוֹת — דַּיָּיהּ שְׁעָתָהּ.
N’avons-nous pas appris dans une michna que Rabbi Elazar dit : Toute femme chez qui trois cycles menstruels attendus sont passés sans saignement est présumée ne pas être menstruée. Si ensuite elle voit du sang, il suffit qu’elle soit considérée comme rituellement impure en raison de la menstruation à partir du moment où elle s’est examinée et a vu qu’elle avait un écoulement, plutôt que rétroactivement jusqu’à vingt-quatre heures. Les Sages, cependant, soutiennent que cette halakha ne s’applique qu’à une femme âgée ou à une femme après l’accouchement, pour qui il est naturel de cesser de menstruer, mais non à une jeune femme ordinaire pour qui trois périodes se sont écoulées sans saignement.
וְתַנְיָא: מַעֲשֶׂה וְעָשָׂה רַבִּי כְּרַבִּי אֶלְעָזָר. לְאַחַר שֶׁנִּזְכַּר, אָמַר: כְּדַי הוּא רַבִּי אֶלְעָזָר לִסְמוֹךְ עָלָיו בִּשְׁעַת הַדְּחָק.
Et il a été enseigné dans une baraita : Il arriva une fois que Rabbi Yehouda HaNassi statua que la halakhaest conforme à l’opinion de Rabbi Elazar. Après s’être souvenu que les collègues de Rabbi Elazar sont en désaccord avec lui sur cette question et qu’il avait apparemment statué à tort, il dit néanmoins : on peut s’appuyer sur Rabbi Elazar dans des circonstances pressantes.
מַאי ״לְאַחַר שֶׁנִּזְכַּר״? אִילֵּימָא: לְאַחַר שֶׁנִּזְכַּר דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי אֶלְעָזָר אֶלָּא כְּרַבָּנַן — בִּשְׁעַת הַדְּחָק הֵיכִי עָבֵיד כְּווֹתֵיהּ!
La Guemara commente : Quel est le sens de : Après qu’il s’est souvenu ? Si vous dites que cela signifie après qu’il s’est souvenu que la halakha n’est pas conforme à l’opinion de Rabbi Elazar mais plutôt conforme à l’opinion des Sages, alors comment pouvait-il statuer conformément à lui même dans des circonstances pressantes, étant donné que la halakha avait déjà été tranchée contre lui ?
אֶלָּא: דְּלָא אִיתְּמַר הִלְכְתָא לָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר וְלָא כְּרַבָּנַן. ״לְאַחַר שֶׁנִּזְכַּר״ דְּלָאו יָחִיד פְּלִיג עֲלֵיהּ אֶלָּא רַבִּים פְּלִיגִי עֲלֵיהּ, אָמַר: כְּדַי הוּא רַבִּי אֶלְעָזָר לִסְמוֹךְ עָלָיו בִּשְׁעַת הַדְּחָק.
Au contraire, il faut dire que la halakha n’avait pas été énoncée sur cette question, ni conformément à l’opinion de Rabbi Elazar, ni conformément à l’opinion des Sages. Et après s’être souvenu que ce n’était pas une seule autorité qui était en désaccord avec Rabbi Elazar, mais plutôt plusieurs autorités qui étaient en désaccord avec lui, il a néanmoins dit : Rabbi Elazar est digne qu’on s’appuie sur lui en cas de nécessité pressante. Cela démontre que même dans un différend impliquant un décret rabbinique, comme la question de savoir si une femme est déclarée rituellement impure rétroactivement, il y a lieu de distinguer entre un désaccord d’une seule autorité contre une seule autorité, et un désaccord d’une seule autorité contre plusieurs autorités.
אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא לְרָבָא, וְאָמְרִי לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרָבָא: וּבִדְרַבָּנַן לָא שָׁנֵי בֵּין יָחִיד בִּמְקוֹם יָחִיד, בֵּין יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים?
Rav Mesharshiya dit à Rava, et certains disent que c’était Rav Naḥman bar Yitzḥak qui dit à Rava : N’y a-t-il pas de différence en ce qui concerne les lois rabbiniques entre un désaccord d’une seule autorité avec une seule autorité et un désaccord d’une seule autorité avec plusieurs autorités ?
וְהָתַנְיָא: שְׁמוּעָה קְרוֹבָה נוֹהֶגֶת שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים, רְחוֹקָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא יוֹם אֶחָד.
N’a-t-on pas enseigné dans une baraita : Si une personne reçoit une nouvelle proche selon laquelle l’un de ses proches parents est décédé, elle observe toutes les coutumes de la période intense de deuil de sept jours ainsi que les coutumes de la période de deuil de trente jours. Mais si elle reçoit une nouvelle lointaine, elle observe seulement un jour de deuil.
וְאֵי זוֹ הִיא קְרוֹבָה וְאֵיזוֹ הִיא רְחוֹקָה? בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים — קְרוֹבָה, לְאַחַר שְׁלֹשִׁים — רְחוֹקָה, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַחַת שְׁמוּעָה קְרוֹבָה וְאַחַת שְׁמוּעָה רְחוֹקָה נוֹהֶגֶת שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים.
Qu’est-ce qui est considéré comme une annonce proche, et qu’est-ce qui est considéré comme une annonce lointaine ? Si la nouvelle arrive dans les trente jours suivant le décès du proche parent, elle est considérée comme proche, et si elle arrive après trente jours, elle est considérée comme lointaine ; telle est la déclaration de Rabbi Akiva. Mais les Sages disent : Tant dans le cas d’une annonce proche que dans le cas d’une annonce lointaine, le parent endeuillé observe la période de deuil de sept jours et la période de trente jours.
וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא יָחִיד מֵיקֵל וְרַבִּים מֵחֲמִירִין, הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמַּחְמִירִין הַמְרוּבִּים, חוּץ מִזּוֹ, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁרַבִּי עֲקִיבָא מֵיקֵל וַחֲכָמִים מֵחֲמִירִין — הֲלָכָה כְּדִבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא.
Et Rabba bar bar Ḥana a dit que Rabbi Yoḥanan a dit : Partout où tu trouves qu'une seule autorité est indulgente à l'égard d'une certaine halakhaet que plusieurs autres autorités sont strictes, la halakha est conforme aux paroles des stricts, qui constituent la majorité, sauf ici, où malgré le fait que l'opinion de Rabbi Akiva est indulgente et que l'opinion des Sages est plus stricte, la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Akiva.
וְסָבַר לַהּ כִּשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאֵבֶל.
Et Rabbi Yoḥanan soutient l’avis de Shmuel, comme Shmuel l’a dit : La halakha est conforme à l’opinion indulgente en ce qui concerne les pratiques de deuil, c’est-à-dire que partout où il y a un différend concernant les coutumes de deuil, la halakha est conforme à l’opinion indulgente.
בַּאֲבֵילוּת הוּא דְּאַקִּילוּ בַּהּ רַבָּנַן, אֲבָל בְּעָלְמָא — אֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנַן שָׁנֵי בֵּין יָחִיד בִּמְקוֹם יָחִיד בֵּין יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים.
De là, la Guemara déduit : Ce n’est qu’en matière de deuil que les Sages se sont montrés indulgents, mais en général, en ce qui concerne les autres domaines de la halakha, même dans le cas de lois rabbiniques il existe une différence entre un désaccord d’une seule autorité avec une seule autorité et un désaccord d’une seule autorité avec plusieurs autorités. Cela étant, Rabbi Yehoshua ben Levi a bien fait de statuer explicitement que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yoḥanan ben Nouri, bien qu’il soit une seule autorité ayant statué avec indulgence dans un différend avec les Sages.