דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ תְּחִילַּת הַיּוֹם קוֹנֶה עֵירוּב, אִי אָמַר עָירְבוּ לִי בָּזֶה, אַמַּאי לֹא אָמַר כְּלוּם?
Mais, s’il te venait à l’esprit qu’un eirouv acquiert le lieu de résidence de Chabbat d’une personne au début du jour de Chabbat, alors s’il a dit : Établissez pour moi un eirouv avec les produits dans cette fiole, pourquoi n’a-t-il rien dit ? Après la tombée de la nuit, lorsque Chabbat commence, la fiole est déjà pure, et par conséquent la terouma de la dîme qui s’y trouve est elle aussi pure et convient pour un eirouv.
אָמַר רַב פָּפָּא: אֲפִילּוּ תֵּימָא תְּחִילַּת הַיּוֹם קוֹנֶה עֵירוּב, בָּעִינַן סְעוּדָה הָרְאוּיָה מִבְּעוֹד יוֹם, וְלֵיכָּא.
Rav Pappa dit : Ce n’est pas une preuve ; même si tu dis qu’un eirouv acquiert le lieu de résidence de Chabbat d’une personne au début du jour de Chabbat, malgré cela, nous exigeons un repas apte à être mangé tant qu’il fait encore jour, avant l’entrée de Chabbat, pour que l’eirouv soit valide, et il n’y en a pas dans ce cas. Tant qu’il faisait encore jour, il était certainement interdit de consommer le contenu de la fiole, qui était encore du tevel, et il ne pouvait donc pas être utilisé comme eirouv.
מַתְנִי׳ מַתְנֶה אָדָם עַל עֵירוּבוֹ, וְאוֹמֵר: אִם בָּאוּ גּוֹיִם מִן הַמִּזְרָח — עֵירוּבִי לַמַּעֲרָב. מִן הַמַּעֲרָב — עֵירוּבִי לַמִּזְרָח. אִם בָּאוּ לְכָאן וּלְכָאן — לִמְקוֹם שֶׁאֶרְצֶה אֵלֵךְ. לֹא בָּאוּ לֹא לְכָאן וְלֹא לְכָאן — הֲרֵינִי כִּבְנֵי עִירִי.
MICHNA :Une personne peut poser une condition concernant son eiruv des limites de Chabbat. En d’autres termes, elle n’a pas besoin de décider à l’avance dans quelle direction son eiruv doit prendre effet. Par exemple, elle peut déposer un eiruv de chacun des deux côtés opposés de sa ville, et dire : Si des gentils viennent de l’est, mon eiruv est à l’ouest, afin que je puisse m’enfuir dans cette direction ; et s’ils viennent de l’ouest, mon eiruv est à l’est. S’ils viennent d’ici et de là, c’est-à-dire des deux directions, j’irai où je veux, et mon eiruv prendra effet rétroactivement dans cette direction ; et s’ils ne viennent pas du tout, ni d’ici ni de là, je serai comme le reste des habitants de ma ville et je renoncerai aux deux eiruvin que j’ai déposés, me laissant deux mille coudées dans toutes les directions à partir de la ville.
אִם בָּא חָכָם מִן הַמִּזְרָח — עֵירוּבִי לַמִּזְרָח. מִן הַמַּעֲרָב — עֵירוּבִי לַמַּעֲרָב. בָּא לְכָאן וּלְכָאן — לִמְקוֹם שֶׁאֶרְצֶה אֵלֵךְ. לֹא לְכָאן וְלֹא לְכָאן — הֲרֵינִי כִּבְנֵי עִירִי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם הָיָה אֶחָד מֵהֶן רַבּוֹ — הוֹלֵךְ אֵצֶל רַבּוֹ, וְאִם הָיוּ שְׁנֵיהֶן רַבּוֹתָיו — לִמְקוֹם שֶׁיִּרְצֶה יֵלֵךְ.
De même, on peut dire : Si un Sage vient de l’est et qu’il passe le Chabbat au-delà des limites de ma ville, mon eiruv est à l’est, afin que je puisse sortir à sa rencontre là-bas ; et s’il vient de l’ouest, mon eiruv est à l’ouest. Si un Sage vient d’ici, et un autre Sage vient de là, j’irai où je veux ; et si aucun Sage ne vient, ni d’ici ni de là, je serai comme le reste des habitants de ma ville. Rabbi Yehouda dit : Si l’un des Sages venant de directions opposées était son maître, il peut aller seulement vers son maître, car on suppose que telle était son intention initiale. Et s’ils étaient tous deux ses maîtres, de sorte qu’il n’y a aucune raison de supposer qu’il préférait l’un à l’autre, il peut aller où il veut.
גְּמָ׳ כִּי אֲתָא רַבִּי יִצְחָק תָּנֵי אִיפְּכָא כּוּלָּהּ מַתְנִיתִין. קַשְׁיָא גּוֹיִם אַגּוֹיִם, קַשְׁיָא חָכָם אַחָכָם!
GUEMARA : La Guemara rapporte que lorsque Rabbi Yitzḥak arriva d’Eretz Israël en Babylonie, il enseigna toutes les lois de la michna de manière inverse. C’est-à-dire que, selon lui, si les gentils venaient de l’est, son eirouv serait à l’est, et, inversement, si le Sage venait de l’est, son eirouv serait à l’ouest. Cela est difficile, car si cela est exact, il y a une contradiction entre la décision concernant les gentils dans la michna et la décision concernant les gentils dans la baraita, et, de même, il y a une contradiction entre la décision concernant un Sage dans la michna et la décision concernant un Sage dans la baraita.
גּוֹיִם אַגּוֹיִם לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּפַרְהַגְבָּנָא, הָא — בְּמָרֵי דְמָתָא.
La Guemara répond : La contradiction apparente entre la décision concernant les gentils dans la michna et la décision concernant les gentils dans la baraita n’est pas difficile : Ce cas dans la michna fait référence à un percepteur d’impôts [parhagabena], auquel on souhaite échapper ; tandis que cet autre cas dans la baraita fait référence au seigneur de la ville, avec qui il souhaite parler. Par conséquent, il y a des moments où l’on veut aller à la rencontre du gentil, tandis qu’à d’autres moments on veut lui échapper.
חָכָם אַחָכָם לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּמוֹתֵיב פִּירְקֵי, הָא — בְּמַקְרֵי שְׁמַע.
De même, l’apparente contradiction entre la décision concernant un Sage dans la michna et la décision concernant un Sage dans la baraita n’est pas difficile : Ce cas dans la michna fait référence à un érudit qui s’assied et donne des conférences publiques de Torah , et quelqu’un souhaite venir apprendre la Torah auprès de lui ; tandis que cet autre cas dans la baraita fait référence à quelqu’un qui enseigne aux enfants à réciter le Shema, c’est-à-dire quelqu’un qui apprend à de jeunes enfants à prier, dont il n’a pas besoin. La baraita enseigne que si un érudit est venu d’une direction pour donner une conférence publique et que l’instituteur des enfants est venu de la direction opposée, son eiruv est dans la direction de l’érudit.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אִם הָיָה אֶחָד מֵהֶן וְכוּ׳. וְרַבָּנַן — זִימְנִין דְּנִיחָא לֵיהּ בְּחַבְרֵיהּ טְפֵי מֵרַבֵּיהּ.
Nous avons appris dans la michna que Rabbi Yehouda dit : si l’un des Sages était son maître, il ne peut aller que chez son maître, car nous pouvons supposer que telle était son intention initiale. La Guemara demande : Et quelle est la raison pour laquelle les Sages n’acceptent pas cet argument simple ? La Guemara répond : Les Sages soutiennent que parfois on préfère rencontrer le Sage qui est son collègue plutôt que le Sage qui est son maître, car parfois on apprend davantage de ses pairs que de ses maîtres.
אָמַר רַב: לֵיתָא לְמַתְנִיתִין מִדְּתָנֵי אַיּוֹ. דְּתָנֵי אַיּוֹ: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אֵין אָדָם מַתְנֶה עַל שְׁנֵי דְבָרִים כְּאֶחָד, אֶלָּא: אִם (כֵּן) בָּא חָכָם לַמִּזְרָח — עֵירוּבוֹ לַמִּזְרָח, וְאִם בָּא חָכָם לַמַּעֲרָב — עֵירוּבוֹ לַמַּעֲרָב, אֲבָל לְכָאן וּלְכָאן — לָא.
Rav a dit : Cette version de la michna ne doit pas être acceptée à cause de ce que le Sage Ayo a enseigné à l’effet contraire, car Ayo a enseigné la baraita suivante : Rabbi Yehouda dit : Une personne ne peut pas poser des conditions sur deux choses à la fois, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas dire que, si un Sage vient d’une direction et qu’un autre Sage vient de l’autre direction, elle ira où elle voudra. Au contraire, elle peut dire que si un Sage est venu de l’est, son eirouv est à l’est, et si un Sage est venu de l’ouest, son eirouv est à l’ouest. Mais elle ne peut pas dire que, si un Sage est venu d’ici, et qu’un autre Sage est venu de là, elle ira où elle voudra.
מַאי שְׁנָא לְכָאן וּלְכָאן דְּלָא — דְּאֵין בְּרֵירָה, לַמִּזְרָח לַמַּעֲרָב — נָמֵי אֵין בְּרֵירָה.
La Guemara demande : Quelle est la différence dans un cas où l’on a stipulé que, si des Sages venaient d’ici et de là, il pourrait aller du côté qu’il choisirait, de sorte que son eiruvn’est pas valable ? Apparemment, cela est dû au principe selon lequel il n’y a pas de désignation rétroactive, c’est-à-dire qu’une situation incertaine ne peut pas être clarifiée rétroactivement. Cependant, selon ce principe, lorsqu’on a établi un eiruvà l’est et à l’ouest afin de pouvoir se déplacer dans la direction d’un Sage qui vient vers la ville dans un cas où l’on ne sait pas à l’avance de quelle direction il viendra, nous devrions également invoquer le principe selon lequel il n’y a pas de désignation rétroactive. Par conséquent, même si l’on a déposé un eiruv aux deux extrémités de sa ville pour un seul Sage qui pourrait venir de l’un ou l’autre côté, on ne devrait pas pouvoir se fier à ce qui se clarifie ensuite et décider rétroactivement quel eiruv l’intéresse.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּכְבָר בָּא חָכָם.
Rabbi Yoḥanan a dit : Il ne s’agit pas d’un véritable cas de désignation rétroactive, car le Sage était déjà arrivé au crépuscule, mais la personne qui a établi le eiruv ne savait pas encore de quel côté de la ville le Sage était arrivé. Par conséquent, au moment où le eiruv établit son lieu de résidence pour le Chabbat, il est clair quel eiruv la personne souhaite, même si elle n’en prendra connaissance que plus tard.
אַדְּרַבָּה, לֵיתָא לִדְאַיּוֹ מִמַּתְנִיתִין.
La Guemara soulève une question au sujet de la déclaration de Rav citée ci-dessus : Pourquoi devrions-nous rejeter la michna à cause de la baraita ? Au contraire, disons que la décision de Ayo ne devrait pas être acceptée à cause de la michna.
לָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ, דְּהָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה. דִּתְנַן: הַלּוֹקֵחַ יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִים,
La Guemara répond : Qu’il ne te vienne pas à l’esprit de maintenir la décision de la michna, car elle contredit d’autres sources, puisque nous avons déjà entendu que Rabbi Yehouda n’accepte pas le principe de la désignation rétroactive. Comme il a été enseigné dans la Tosefta : Celui qui achète du vin aux Samaritains [Kutim], qui ne prélèvent pas correctement les dîmes sur leur production,