פְּשִׁיטָא! רְשׁוּת הַיָּחִיד עוֹלָה עַד לָרָקִיעַ, וְכִי הֵיכִי דְּסָלְקָא לְעֵיל, הָכִי נָמֵי דְּנָחֲתָא לְתַחַת. וְאֶלָּא דְּקָאֵי בִּרְשׁוּת הָרַבִּים.
cela est évident, car le domaine privé s’élève jusqu’au ciel, et de même qu’il s’élève vers le haut, ainsi aussi il descend vers le bas jusqu’au fond de la fosse, même si elle a plus de dix palmes de profondeur. Au contraire, nous devons dire que la fosse est située dans le domaine public.
דְּנִתְכַּוֵּון לִשְׁבּוֹת הֵיכָא? אִי לְמַעְלָה — הוּא בְּמָקוֹם אֶחָד וְעֵירוּבוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר הוּא. אִי לְמַטָּה, פְּשִׁיטָא — הוּא וְעֵירוּבוֹ בִּמְקוֹם אֶחָד!
La Guemara clarifie à présent : Où une personne avait-elle l’intention d’établir sa résidence de Chabbat ? Si elle avait l’intention d’établir sa résidence au-dessus de la fosse dans le domaine public, c’est un cas où elle est à un endroit et son eirouv est à un autre endroit, c’est-à-dire dans un domaine privé, et par conséquent son eirouv n’est pas valide. Alternativement, si une personne avait l’intention d’établir sa résidence de Chabbat en bas, dans la fosse, cela est également évident, puisque elle et son eirouv sont au même endroit.
לָא צְרִיכָא, דְּקָאֵי בְּכַרְמְלִית וְנִתְכַּוֵּון לִשְׁבּוֹת לְמַעְלָה, וְרַבִּי הִיא דְּאָמַר: כׇּל דָּבָר שֶׁהוּא מִשּׁוּם שְׁבוּת לֹא גָּזְרוּ עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת.
La Guemara répond : Cette décision n’est nécessaire que dans un cas où le puits se trouve dans un karmelit, et il avait l’intention d’établir sa résidence de Chabbat au-dessus du puits, dans le karmelit. Et, quant à la question de savoir comment cet eirouv peut être valide, puisqu’on ne peut pas apporter l’eirouv du puits au karmelit, la réponse est que la michna a été enseignée conformément à l’opinion de Rabbi Yehouda HaNassi, qui a dit : En ce qui concerne tout ce qui est interdit pendant Chabbat en raison d’un décret rabbinique [shevut], ils n’ont pas promulgué ce décret pour qu’il s’applique au crépuscule. Puisque transporter du puits au karmelit n’est interdit qu’au titre de shevut, une personne peut transporter du puits au karmelit au crépuscule, le moment où l’eirouv établit sa résidence de Chabbat.
מַתְנִי׳ נְתָנוֹ בְּרֹאשׁ הַקָּנֶה אוֹ בְּרֹאשׁ הַקּוּנְדָּס, בִּזְמַן שֶׁהוּא תָּלוּשׁ וְנָעוּץ, אֲפִילּוּ גָּבוֹהַּ מֵאָה אַמָּה — הֲרֵי זֶה עֵירוּב.
MICHNA : Si quelqu’un a placé son eirouv au sommet d’un roseau ou au sommet d’un poteau [kundas], lorsque le roseau ou le poteau est détaché de son emplacement d’origine et fiché dans le sol, même s’il mesure cent coudées de haut, c’est un eirouv valide, car on peut retirer le roseau ou le poteau du sol et prendre son eirouv.
גְּמָ׳ רָמֵי לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר מַתְנָא לְרָבָא: תָּלוּשׁ וְנָעוּץ — אִין. לֹא תָּלוּשׁ וְנָעוּץ — לָא. מַנִּי? רַבָּנַן הִיא, דְּאָמְרִי: כׇּל דָּבָר שֶׁהוּא מִשּׁוּם שְׁבוּת גָּזְרוּ עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. וְהָא אָמְרַתְּ רֵישָׁא רַבִּי! רֵישָׁא רַבִּי וְסֵיפָא רַבָּנַן?!
GUEMARA :Rav Adda bar Mattana a soulevé une contradiction devant Rava concernant deux décisions tannaïtiques : La michna déclare que si le roseau a été détaché de son lieu de croissance puis planté dans le sol, oui, le eirouv est valide. Cela indique que s’il n’a pas été détaché et ensuite planté de nouveau dans le sol, non, le eirouv n’est pas valide. Selon l’opinion de qui cette michna est-elle formulée ? Elle est conforme à l’opinion des Sages, qui disent : Tout ce qui est interdit pendant Chabbat en raison d’un décret rabbinique [shevut], comme le fait d’utiliser un arbre pendant Chabbat, ils ont étendu ce décret pour qu’il s’applique même au crépuscule. Par conséquent, si le eirouv se trouvait au sommet d’un roseau qui était encore attaché au sol à son lieu de croissance d’origine, puisqu’il est interdit par décret rabbinique de faire usage des arbres pendant Chabbat, on ne peut pas retirer le eirouv de sa place au moment où l’on doit établir son lieu de résidence pour Chabbat, et par conséquent son eirouv est invalide. Mais n’as-tu pas dit que la première clause, c’est-à-dire la michna précédente, est conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda HaNassi ? Comment peux-tu dire que la première clause est conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda HaNassi et la dernière clause à celle des Sages ?
אֲמַר לֵיהּ: כְּבָר רָמֵי לֵיהּ רָמֵי בַּר חָמָא לְרַב חִסְדָּא, וְשַׁנִּי לֵיהּ: רֵישָׁא רַבִּי, וְסֵיפָא רַבָּנַן.
Rava dit à Rav Adda : Rami bar Ḥama a déjà soulevé cette contradiction devant Rav Ḥisda, et Rav Ḥisda lui répondit : En effet, la première clause est conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda HaNasi, et la dernière clause est conforme à l’opinion des Sages.
רָבִינָא אָמַר: כּוּלָּהּ רַבִּי הִיא, וְסֵיפָא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִקְטוֹם.
Ravina dit : En effet, on peut dire que tout est conforme à Rabbi Yehouda HaNassi, et la clause finale, c’est-à-dire la michna qui insiste pour que le roseau soit détaché et inséré, ne repose pas sur l’interdiction d’utiliser des arbres pendant Chabbat. Au contraire, dans ce cas, il existe un décret particulier de peur qu’il ne le casse du sol si le roseau est relativement tendre. Par conséquent, la michna exige d’utiliser quelque chose qui a déjà été détaché du sol puis réinséré. Cependant, la michna précédente parle de quelqu’un qui a placé son eirouv dans un arbre, où cette préoccupation n’est pas pertinente.
הָהוּא פּוּלְמוּסָא דַּאֲתָא לִנְהַרְדְּעָא. אֲמַר לְהוּ רַב נַחְמָן: פּוּקוּ עֲבִידוּ כְּבוּשֵׁי כַּבְשֵׁי בְּאַגְמָא, וּלְמָחָר נֵיזִיל וְנִיתֵּיב עִלָּוַיְהוּ.
La Guemara rapporte qu’une certaine armée [pulmosa] vint à Neharde’a et prit ses quartiers dans la maison d’étude, de sorte qu’il n’y avait pas assez de place pour les étudiants. Rav Naḥman dit aux étudiants : Sortez et fabriquez des sièges en compressant des roseaux dans les marais, et demain, pendant le Chabbat, nous irons nous asseoir dessus et nous y étudierons.
אֵיתִיבֵיהּ רָמֵי בַּר חָמָא לְרַב נַחְמָן, וְאָמְרִי לַהּ רַב עוּקְבָא בַּר אַבָּא לְרַב נַחְמָן: תָּלוּשׁ וְנָעוּץ אִין, לֹא תָּלוּשׁ וְלֹא נָעוּץ לָא.
Rami bar Ḥama souleva une objection à Rav Naḥman, et certains disent que c’était Rav Ukva bar Abba qui souleva l’objection à Rav Naḥman, à partir de la michna qui énonce que si le roseau a été détaché puis planté dans le sol, oui ; mais s’il n’a pas été détaché ni planté dans le sol, non. Cela montre qu’il ne suffit pas de comprimer les roseaux ; ils doivent effectivement être détachés du sol avant de pouvoir être utilisés pendant le Chabbat.
אֲמַר לֵיהּ: הָתָם בְּעוּזְרָדִין. וּמְנָא תֵּימְרָא דְּשָׁנֵי לַן בֵּין עוּזְרָדִין לְשֶׁאֵין עוּזְרָדִין — דְּתַנְיָא: הַקָּנִין וְהָאֲטָדִין וְהַהִגִּין — מִין אִילָן הֵן, וְאֵינָן כִּלְאַיִם בַּכֶּרֶם. וְתַנְיָא אִידַּךְ: הַקָּנִים וְהַקִּידָן וְהָאוּרְבָּנִין — מִין יָרָק הֵן, וְהֵן כִּלְאַיִם בַּכֶּרֶם. קַשְׁיָא אַהֲדָדֵי!
Rav Naḥman lui dit : Là-bas, dans la michna, nous traitons de roseaux durs, qui ne peuvent pas être pliés et utilisés pendant le Chabbat, contrairement aux roseaux souples. Il ajoute : Et d’où dis-tu que nous faisons une distinction entre des roseaux durs et des roseaux qui ne sont pas durs ? Comme il a été enseigné dans une baraita : Les roseaux, le nerprun et les chardons sont des espèces d’arbres, et par conséquent ils ne sont pas inclus dans l’interdiction des cultures alimentaires dans un vignoble, qui ne s’applique qu’aux herbes plantées parmi les vignes. Et il a été enseigné dans une autrebaraita : Les roseaux, la casse et les joncs sont des espèces d’herbes, et par conséquent ils sont inclus dans l’interdiction des cultures alimentaires dans un vignoble. Ces deux baraitot se contredisent, car l’une affirme que les roseaux sont des arbres, tandis que l’autre dit qu’ils sont considérés comme des herbes.
אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ: כָּאן בְּעוּזְרָדִין, כָּאן בְּשֶׁאֵין עוּזְרָדִין. שְׁמַע מִינַּהּ.
Au contraire, conclus de cela que nous devons les distinguer de la manière suivante : Ici, dans la première baraita, il s’agit de roseaux durs, qui sont comme des arbres ; tandis que là-bas, dans la seconde baraita, il s’agit de roseaux qui ne sont pas durs. La Guemara conclut : En effet, conclus de cela que notre résolution de la contradiction est correcte.
וְקִידָּה מִין יָרָק הוּא?! וְהָתְנַן: אֵין מַרְכִּיבִין פֵּגָם עַל גַּבֵּי קִידָּה לְבָנָה, מִפְּנֵי שֶׁהוּא יָרָק בְּאִילָן! אָמַר רַב פָּפָּא: קִידָּה לְחוּד, וְקִידָּה לְבָנָה לְחוּד.
La Guemara soulève une question au sujet de la baraita citée précédemment : La casse est-elle un type d’herbe ? N’avons-nous pas appris dans une michna : On ne peut pas greffer de la rue sur de la casse blanche, car cela implique de greffer des herbes sur un arbre ? Cela prouve que la casse blanche est un arbre. Rav Pappa a dit : Il n’y a pas de difficulté, car la casse est distincte et est considérée comme un type d’herbe, et la casse blanche est distincte et est considérée comme un type d’arbre.
מַתְנִי׳ נְתָנוֹ בְּמִגְדָּל וְאָבַד הַמַּפְתֵּחַ — הֲרֵי זֶה עֵירוּב. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁהַמַּפְתֵּחַ בִּמְקוֹמוֹ — אֵינוֹ עֵירוּב.
MICHNA :Si quelqu’un a placé le eiruv dans une armoire et l’a verrouillée, et que la clé a été perdue, de sorte qu’il est maintenant incapable d’ouvrir l’armoire et d’accéder au eiruv, cela reste néanmoins un eiruv valide. Rabbi Eliezer dit : S’il ne sait pas que la clé est à sa place, ce n’est pas un eiruv valide.
גְּמָ׳ וְאַמַּאי? הוּא בְּמָקוֹם אֶחָד וְעֵירוּבוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר הוּא!
GUEMARA : La Guemara demande : Et pourquoi le eirouv serait-il valide si la clé a été perdue ? Il est à un endroit et son eirouv est à un autre endroit, puisqu’il ne peut pas accéder au eirouv.
רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: הָכָא בְּמִגְדָּל שֶׁל לְבֵנִים עָסְקִינַן וְרַבִּי מֵאִיר הִיא, דְּאָמַר: פּוֹחֵת לְכַתְּחִילָּה וְנוֹטֵל. דִּתְנַן: בַּיִת שֶׁמִּילְּאָהוּ פֵּירוֹת, סָתוּם וְנִפְחַת — נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: פּוֹחֵת וְנוֹטֵל לְכַתְּחִילָּה.
Ce sont Rav et Shmuel qui ont tous deux dit : Ici, nous traitons d’une armoire faite de briques, et la michna est conforme à l’opinion de Rabbi Meir, qui a dit : On peut faire une brèche dans un mur de briques pendant le Chabbat a priori, et prendre des produits de l’autre côté. Comme nous l’avons appris dans une michna : Si une maison remplie de produits avait été scellée et avait ensuite été percée, on peut sortir des produits de l’endroit de la brèche. Rabbi Meir n’est pas d’accord et dit : On peut même faire une brèche dans le mur de la maison et prendre des produits a priori. Par conséquent, selon Rabbi Meir, il est permis de faire un trou dans l’armoire afin de retirer les produits qui s’y trouvent.
וְהָאָמַר רַב נַחְמָן בַּר אַדָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: בְּאַוֵּירָא דְלִיבְנֵי. הָכָא נָמֵי בַּאֲוֵירָא דְלִיבְנֵי.
La Guemara demande : Rav Naḥman bar Adda n’a-t-il pas dit que Shmuel a dit que cette même michna citée comme preuve fait référence à une structure construite à partir de couches de briques empilées les unes sur les autres sans ciment ni mortier entre elles, auquel cas faire un trou ne peut pas être considéré comme le démantèlement d’une véritable structure ? La Guemara répond : Ici aussi, il s’agit d’une armoire faite de couches de briques.
וְהָא אָמַר רַבִּי זֵירָא: בְּיוֹם טוֹב אָמְרוּ, אֲבָל לֹא בְּשַׁבָּת! הָכָא נָמֵי בְּיוֹם טוֹב.
La Guemara soulève une autre difficulté : Rabbi Zeira n’a-t-il pas dit : les Sages dans la michna susmentionnée, qui ont discuté de la brèche dans un mur, ont parlé uniquement au sujet d’une fête, mais non au sujet de Chabbat ? Par conséquent, on ne peut pas déduire de cette michna qu’il est permis de percer l’armoire pendant Chabbat afin d’accéder à la nourriture qui s’y trouve. La Guemara répond : Ici aussi, la michna fait référence à un cas où la personne avait besoin d’un eirouv pour une fête mais non pour Chabbat.
אִי הָכִי, הַיְינוּ דְּקָתָנֵי עֲלַהּ, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם בָּעִיר אָבַד — עֵירוּבוֹ עֵירוּב, וְאִם בַּשָּׂדֶה אָבַד — אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב. וְאִי בְּיוֹם טוֹב, מָה לִי עִיר מָה לִי שָׂדֶה?
La Guemara demande : Si tel est le cas, à savoir que la michna ne se réfère qu’à une fête, il y a une difficulté avec ce qui a été enseigné à ce sujet dans la Tosefta suivante : Rabbi Eliezer dit : Si la clé a été perdue dans une ville, son eirouv est un eirouv valide ; et si elle a été perdue dans un champ, son eirouv n’est pas un eirouv valide, car dans une ville il est possible de porter la clé par des cours qui se sont jointes dans un eirouv ou de manière semblable, mais dans un champ il est impossible de la porter, puisque le champ a le statut de karmelit. Et si la michna se réfère à une fête, quelle différence cela fait-il pour moi que la clé ait été perdue dans une ville ou dans un champ ? Lors d’une fête, il n’y a pas d’interdiction de transporter d’un domaine privé à un domaine public, et par conséquent, même si la clé a été perdue dans un champ, l’eirouv devrait quand même être valide.