רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: עַל זֶה וְעַל זֶה נֶחְלְקוּ כּוּ׳.
La michna rapporte qu’un élève a récité une halakha devant Rabbi Akiva, et il n’a pas accepté la version de l’élève concernant le différend entre Beit Shammaï et Beit Hillel, car Rabbi Akiva a dit : Ils sont en désaccord sur ceci, une ruelle de moins de quatre coudées de large, et sur cela, une ruelle de plus de quatre coudées de large.
רַבִּי עֲקִיבָא הַיְינוּ תַּנָּא קַמָּא! אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ דְּרַב אַחְלַי, וְאִיתֵּימָא רַב יְחִיאֵל. וְלָא מְסַיְּימִי.
La Guemara demande : Dans ce cas, l’opinion de Rabbi Akiva est identique à l’opinion du premier tanna de la michna, car lui aussi soutient que Beit Shammaï et Beit Hillel sont en désaccord dans tous les cas, indépendamment de la largeur de l’allée. La Guemara répond : Il y a une différence pratique entre eux concernant la halakha énoncée par Rav Aḥlai, et certains disent que c’était Rav Yeḥiel, selon laquelle une allée de moins de quatre paumes de large ne nécessite aucune mesure corrective. Cependant, leurs opinions respectives ne sont pas définies ; on ne peut pas déterminer quel tanna accepte l’avis de Rav Aḥlai et quel tanna le rejette.
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: לָא אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דָּבָר זֶה, אֶלָּא אוֹתוֹ תַּלְמִיד אָמַר דָּבָר זֶה, וַהֲלָכָה כְּאוֹתוֹ תַּלְמִיד.
Il a été enseigné dans une baraita que Rabbi Akiva a dit : Rabbi Yishmael n’a pas énoncé cette question, car il est peu probable que Rabbi Yishmael se soit trompé de cette manière ; plutôt, c’est ce disciple qui a énoncé cette question de lui-même, et la halakha est conforme à l’opinion de ce disciple.
הָא גּוּפַהּ קַשְׁיָא: אָמְרַתְּ ״לָא אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דָּבָר זֶה״ — אַלְמָא לֵית הִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ, וַהֲדַר אָמְרַתְּ: ״הֲלָכָה כְּאוֹתוֹ תַּלְמִיד״!
À propos de cette baraita, la Guemara demande : Cette baraita elle-même est difficile. Vous avez déclaré au départ que Rabbi Yishmael n’a pas énoncé cette question ; apparemment, la halakha n’est pas conforme à l’opinion du disciple. Et ensuite vous avez dit : La halakha est conforme à l’opinion de ce disciple.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא אֲמָרָהּ רַבִּי עֲקִיבָא אֶלָּא לְחַדֵּד בָּהּ הַתַּלְמִידִים.
Rav Yehuda a dit que Shmuel a dit : Rabbi Akiva a dit que la halakha est conforme à cet élève uniquement pour aiguiser l’esprit de ses élèves par sa déclaration. Cherchant à encourager ses élèves à proposer des opinions nouvelles, il a loué cet élève devant eux, mais en réalité il n’a pas statué conformément à l’opinion de l’élève.
וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: נִרְאִין אִיתְּמַר.
Et Rav Naḥman bar Yitzḥak dit, dans une autre tentative de résoudre la contradiction : La déclaration du disciple semble raisonnable a été dite. Bien que Rabbi Yishmaël lui-même n’ait pas fait cette déclaration, la déclaration du disciple est raisonnable.
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כׇּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא ״מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אָמַר תַּלְמִיד אֶחָד לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא״ — אֵינוֹ אֶלָּא רַבִּי מֵאִיר, שֶׁשִּׁימֵּשׁ אֶת רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְאֶת רַבִּי עֲקִיבָא.
Rabbi Yehoshua ben Levi a dit : Partout où tu trouves une déclaration introduite par : Un certain disciple a dit devant Rabbi Akiva au nom de Rabbi Yishmael, ce n’est nul autre que Rabbi Meir, qui était l’élève qui a servi à la fois Rabbi Yishmael et Rabbi Akiva.
דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי מֵאִיר: כְּשֶׁהָיִיתִי אֵצֶל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הָיִיתִי מֵטִיל קַנְקַנְתּוֹם לְתוֹךְ הַדְּיוֹ, וְלֹא אָמַר לִי דָּבָר. כְּשֶׁבָּאתִי אֵצֶל רַבִּי עֲקִיבָא, אֲסָרָהּ עָלַי.
Comme cela a été enseigné dans une baraita où Rabbi Meir a dit : Quand j’étais élève auprès de Rabbi Yishmael, j’avais l’habitude de mettre du sulfate de fer [kankantom] dans l’encre avec laquelle j’écrivais des rouleaux de la Torah, et il ne m’a rien dit. Quand je suis venu étudier auprès de Rabbi Akiva, il me l’a interdit de faire cela.
אִינִי?! וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: כְּשֶׁהָיִיתִי לוֹמֵד אֵצֶל רַבִּי עֲקִיבָא הָיִיתִי מֵטִיל קַנְקַנְתּוֹם לְתוֹךְ הַדְּיוֹ, וְלֹא אָמַר לִי דָּבָר. וּכְשֶׁבָּאתִי אֵצֶל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, אָמַר לִי: בְּנִי, מָה מְלַאכְתֶּךָ? אָמַרְתִּי לוֹ: לַבְלָר אֲנִי. אָמַר לִי: בְּנִי, הֱוֵי זָהִיר בִּמְלַאכְתֶּךָ, שֶׁמְּלַאכְתְּךָ מְלֶאכֶת שָׁמַיִם הִיא, שֶׁמָּא אַתָּה מְחַסֵּר אוֹת אַחַת אוֹ מְיַיתֵּר אוֹת אַחַת — נִמְצֵאתָ מַחֲרִיב אֶת כָּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
La Guemara conteste cette affirmation : Est-ce bien le cas ? Rav Yehouda n’a-t-il pas dit que Shmouel a dit au nom de Rabbi Meir : Lorsque j’étudiais avec Rabbi Akiva comme son disciple, j’avais l’habitude de mettre du sulfate de fer dans l’encre, et il ne me disait rien. Mais lorsque je suis venu étudier avec Rabbi Yishmael, il m’a dit : Mon fils, quelle est ta profession ? J’ai répondu : Je suis un scribe [lavlar] qui écrit des rouleaux de la Torah. Il m’a dit : Mon fils, sois prudent dans ta profession, car ta profession est un service céleste, et il faut prendre garde de peur que tu n’omettes une seule lettre ou n’ajoutes une seule lettre hors de sa place, et tu finiras par détruire le monde entier dans sa totalité. L’ajout ou l’omission d’une seule lettre peut faire passer le sens de vérité [emet] à mort [met].
אָמַרְתִּי לוֹ: דָּבָר אֶחָד יֵשׁ לִי וְ׳קַנְקַנְתּוֹם׳ שְׁמוֹ, שֶׁאֲנִי מֵטִיל לְתוֹךְ הַדְּיוֹ. אָמַר לִי: וְכִי מְטִילִין קַנְקַנְתּוֹם לְתוֹךְ הַדְּיוֹ? וַהֲלֹא אָמְרָה תּוֹרָה: ״וְכָתַב וּמָחָה״, כְּתָב שֶׁיָּכוֹל לִמָּחוֹת.
Je lui ai dit : J’ai une substance appelée sulfate de fer, que je mets dans l’encre, et par conséquent je ne suis pas inquiet. Il m’a dit : Peut-on mettre du sulfate de fer dans l’encre ? La Torah n’a-t-elle pas dit au sujet de la sota : « Et le prêtre écrira ces malédictions dans un livre, puis les effacera dans l’eau amère » (Nombres 5:23) ? La Torah exige une écriture qui peut être effacée.
מַאי קָאֲמַר לֵיהּ, וּמַאי קָא מְהַדַּר לֵיהּ?
La Guemara clarifie des éléments de la conversation : Que dit Rabbi Yishmaël à Rabbi Meïr, et que lui répond-il ? La réponse de Rabbi Meïr concernant le sulfate de fer ne semble pas répondre aux remarques de Rabbi Yishmaël au sujet des omissions et des ajouts.
הָכִי קָאֲמַר לֵיהּ: לָא מִיבַּעְיָא בַּחֲסֵירוֹת וּבִיתֵירוֹת [דְּלָא טָעֵינָא] — דְּבָקִי אֲנָא, אֶלָּא אֲפִילּוּ מֵיחַשׁ לִזְבוּב נָמֵי, דִּילְמָא אָתֵי וְיָתֵיב אַתָּגֵיהּ דְּדָלֶת וּמָחֵיק לֵיהּ וּמְשַׁוֵּי לֵיהּ רֵישׁ — דָּבָר אֶחָד יֵשׁ לִי וְקַנְקַנְתּוֹם שְׁמוֹ שֶׁאֲנִי מֵטִיל לְתוֹךְ הַדְּיוֹ.
La Guemara explique que c’est cela que Rabbi Meir dit à Rabbi Yishmael : Il n’est pas nécessaire de mentionner les mots défectifs et pleins, car je suis un expert ; cependant, même en ce qui concerne la crainte qu’une mouche puisse venir se poser sur la couronne de la lettre dalet et l’effacer, la transformant en un reish, changeant ainsi le sens du mot, je ne suis pas inquiet, car j’ai une substance appelée sulfate de fer que je mets dans l’encre afin qu’elle ne s’efface pas.
קַשְׁיָא שִׁימּוּשׁ אַשִּׁימּוּשׁ, קַשְׁיָא אֲסָרָהּ אַאֲסָרָהּ.
Néanmoins, il y a une difficulté entre un service et un autre, car une source affirme que Rabbi Meir a d’abord servi Rabbi Akiva, tandis que l’autre source affirme qu’il a d’abord servi Rabbi Yishmael. Il y a une difficulté entre les mots il l’a interdit dans la baraita, qui se rapportent à Rabbi Akiva, et il l’a interdit dans la déclaration de Rav Yehuda, qui se rapporte à Rabbi Yishmael.
בִּשְׁלָמָא שִׁימּוּשׁ אַשִּׁימּוּשׁ לָא קַשְׁיָא: מֵעִיקָּרָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא, וּמִדְּלָא מָצֵי לְמֵיקַם אַלִּיבֵּיהּ — אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, וּגְמַר גְּמָרָא, וַהֲדַר אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא, וּסְבַר סְבָרָא.
La Guemara commente : Certes, il n’y a pas de difficulté entre les récits des deux sources en ce qui concerne service et service, car on peut proposer ce qui suit : Rabbi Meïr vint d’abord étudier devant Rabbi Akiva, et puisqu’il ne parvenait pas à comprendre les enseignements conformément à son avis, il vint devant Rabbi Yishmaël et étudia la tradition, puis revint devant Rabbi Akiva et étudia l’analyse logique. Après avoir étudié les principes de base auprès de Rabbi Yishmaël, il fut capable de comprendre les enseignements plus complexes de Rabbi Akiva.
אֶלָּא אֲסָרָהּ אַאֲסָרָהּ קַשְׁיָא! קַשְׁיָא.
Ayant résolu la première difficulté, la Guemara poursuit : Cependant, la difficulté concernant la question de savoir si Rabbi Akiva a interdit le sulfate de fer ou si Rabbi Yishmael a interdit cela demeure difficile. La Guemara note : En effet, cela demeure difficile ; aucune réponse n’a été trouvée.
תַּנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, רַבִּי מֵאִיר הָיָה אוֹמֵר: לַכֹּל מְטִילִין קַנְקַנְתּוֹם לְתוֹךְ הַדְּיוֹ, חוּץ מִפָּרָשַׁת סוֹטָה. וְרַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: חוּץ מִפָּרָשַׁת סוֹטָה שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ.
La Guemara poursuit la discussion sur le sulfate de fer. Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Yehouda dit que Rabbi Meir avait l’habitude de dire : On peut mettre du sulfate de fer dans l’encre qui doit être utilisée pour tous les écrits sacrés, sauf pour l’écriture du passage de la Torah concernant une sota, car il doit être possible d’effacer cet écrit. Rabbi Ya’akov dit en son nom : Sauf pour l’écriture du passage de la Torah concernant une sota utilisée dans le Temple lors de l’épreuve destinée à déterminer la culpabilité ou l’innocence de l’épouse soupçonnée d’adultère.
מַאי בֵּינַיְיהוּ? אָמַר רַב יִרְמְיָה: לִמְחוֹק לָהּ מִן הַתּוֹרָה אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.
La Guemara demande : Quelle est la différence entre leurs opinions, c’est-à-dire quel est le point de leur désaccord ? La Guemara répond : Rav Yirmeya a dit : La différence entre leurs opinions est de savoir s’il est permis d’effacer le passage de la sotad’un rouleau de la Torah. Les tanna’im de la baraita sont en désaccord sur la question de savoir si une section prise d’un rouleau de la Torah peut être utilisée à cette fin, ou s’il faut écrire un rouleau spécial pour le rituel de la sota.
וְהָנֵי תַנָּאֵי כִי הָנֵי תַנָּאֵי, דְּתַנְיָא: אֵין מְגִילָּתָהּ כְּשֵׁירָה לְהַשְׁקוֹת בָּהּ סוֹטָה אַחֶרֶת. רַבִּי אַחַי בַּר יֹאשִׁיָּה אָמַר: מְגִילָּתָהּ כְּשֵׁירָה לְהַשְׁקוֹת בָּהּ סוֹטָה אַחֶרֶת.
Et ces tanna’im sont en désaccord dans la même controverse que ces tanna’im-ci, comme cela a été enseigné dans une baraita : Un rouleau qui a été écrit pour une femme soupçonnée d’infidélité mais qui n’a pas été utilisé, son rouleau n’est pas valable pour préparer l’eau à faire boire à une autre sota. Cependant, Rabbi Aḥai bar Yoshiya a dit : Son rouleau est valable pour être utilisé afin de préparer l’eau à faire boire à une autre sota. Le statut juridique d’un rouleau de la Torah, qui n’est pas écrit pour une sota particulière, devrait être le même.
אָמַר רַב פָּפָּא: דִּילְמָא לָא הִיא. עַד כָּאן לָא קָאָמַר תַּנָּא קַמָּא הָתָם — אֶלָּא כֵּיוָן דְּאִינְּתִיק לְשׁוּם רָחֵל תּוּ לָא הָדְרָא מִינַּתְקָא לְשׁוּם לֵאָה, אֲבָל גַּבֵּי תּוֹרָה דִּסְתָמָא מִיכַּתְבָא, הָכִי נָמֵי דְּמָחֲקִינַן.
Rav Pappa a dit : Peut-être que ce n’est pas le cas, car les deux circonstances ne sont pas comparables. Le premier tanna de la baraitaa énoncé son opinion selon laquelle le rouleau d’une femme ne peut pas être utilisé pour une autre femme seulement là-bas ; puisqu’il avait à l’origine été désigné au nom d’une femme, par exemple Rachel, il ne peut alors pas être désigné au nom d’une autre femme, par exemple Léa. Cependant, dans le cas d’un rouleau de la Torah, qui est écrit sans aucune personne particulière à l’esprit, lui aussi peut dire que nous pouvons l’effacer pour qu’il soit utilisé pour une autre femme, et il n’est pas disqualifié parce qu’il n’a pas été écrit en son nom.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, דִּילְמָא לָא הִיא: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אַחַי בַּר יֹאשִׁיָּה הָתָם — אֶלָּא דְּאִיכְּתִיב מִיהַת לְשׁוּם סוֹטָה בָּעוֹלָם, אֲבָל גַּבֵּי תּוֹרָה, דִּלְהִתְלַמֵּד כְּתִיבָא — הָכִי נָמֵי דְּלָא מֵחַקְיָנָן.
De plus, Rav Naḥman bar Yitzḥak a dit dans une autre tentative de résoudre la question : Peut-être n’en est-il pas ainsi, car il existe une distinction supplémentaire entre les deux cas : Rabbi Aḥai bar Yoshiya a exprimé son opinion selon laquelle le rouleau de la première femme peut être utilisé pour une autre femme seulement là-bas parce que, au moins, dans ce cas, il a été écrit pour une sota particulière dans le monde. Cependant, dans le cas d’un rouleau de la Torah, qui a été écrit pour l’étude, lui aussi conviendrait que nous ne l’effaçons pas.
וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי אַחַי בַּר יֹאשִׁיָּה הָא דִּתְנַן: כָּתַב [גֵּט] לְגָרֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ,
La Guemara demande : Et Rabbi Aḥai bar Yoshiya ne soutient-il pas conformément à ce que nous avons appris dans une michna : Si quelqu’un a écrit un acte de divorce pour divorcer de sa femme,