וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי לֵית לֵיהּ אִיסּוּר כּוֹלֵל?
La Guemara demande : Et Rabbi Yossei HaGelili ne soutient-il pas qu’une interdiction inclusive prend effet là où il existe déjà une interdiction ?
וְהָתַנְיָא: שַׁבָּת וְיוֹם הַכִּפּוּרִים, שָׁגַג וְעָשָׂה מְלָאכָה, מִנַּיִן שֶׁחַיָּיב עַל זֶה בְּעַצְמוֹ וְעַל זֶה בְּעַצְמוֹ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁבָּת הִיא״, ״יוֹם הַכִּפּוּרִים הוּא״, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא אַחַת.
Mais n’a-t-on pas enseigné dans une baraita : Lorsque Chabbat et Yom Kippour tombent le même jour, si quelqu’un a agi sans le vouloir et a accompli un travail interdit, d’où est-il déduit qu’il est passible pour celui-ci en lui-même et pour celui-là en lui-même, c’est-à-dire qu’il doit apporter deux sacrifices expiatoires, pour avoir transgressé à la fois Chabbat et Yom Kippour ? Le verset déclare : « Vous ne ferez aucune sorte de travail ; c’est un Chabbat pour le Seigneur dans toutes vos demeures » (Lévitique 23:3), et un autre verset déclare : « C’est Yom Kippour » (Lévitique 23:27). Le terme « c’est » dans chaque verset enseigne que chacun de ces jours est considéré indépendamment même lorsqu’il coïncide avec un autre jour saint. Telle est la déclaration de Rabbi Yosei HaGelili. Rabbi Akiva dit : Il est passible d’apporter un seul sacrifice expiatoire, parce qu’une interdiction ne prend pas effet là où une autre interdiction existe déjà.
שְׁלַח רָבִין מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: כָּךְ הַצָּעָה שֶׁל מִשְׁנָה, וְאֵיפוֹךְ.
La Guemara répond que, sur ce sujet, Ravin a envoyé une lettre citant une déclaration au nom de Rabbi Yosei, fils de Rabbi Ḥanina : Ceci est la correcte présentation de cet enseignement [hatza’a shel mishna], c’est-à-dire que les opinions dans cette baraita sont exactes, mais il faut inverser les attributions de chaque opinion afin que la première opinion soit celle de Rabbi Akiva et la seconde celle de Rabbi Yosei HaGelili. Par conséquent, Rabbi Yosei HaGelili soutient que deux interdictions ne prennent pas effet en même temps, même si l’une est plus inclusive ou plus stricte que l’autre.
שְׁלַח רַב יִצְחָק בַּר יַעֲקֹב בַּר גִּיּוֹרֵי מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹחָנָן: לְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, לְמַאי דַּאֲפַכַן, שָׁגַג בְּשַׁבָּת וְהֵזִיד בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים – חַיָּיב, הֵזִיד בְּשַׁבָּת וְשָׁגַג בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים – פָּטוּר.
La Guemara continue de discuter l’opinion de Rabbi Yosei HaGelili. Rav Yitzḥak bar Ya’akov bar Giyorei a envoyé une lettre citant une déclaration au nom de Rabbi Yoḥanan : Selon la déclaration de Rabbi Yosei HaGelili, comme indiqué dans la baraita, une fois que les attributions ont été inversées, si quelqu’un a accompli par inadvertance un travail interdit un Yom Kippour qui tombait un Chabbat, il est tenu d’apporter un sacrifice expiatoire. S’il a agi par inadvertance à l’égard du fait que c’était Chabbat, c’est-à-dire qu’il a oublié que c’était Chabbat, mais a agi intentionnellement à l’égard de Yom Kippour, il est tenu d’apporter un sacrifice expiatoire. Mais s’il a agi intentionnellement à l’égard de Chabbat mais par inadvertance à l’égard de Yom Kippour, il est exempté d’apporter quelque sacrifice que ce soit.
מַאי טַעְמָא? אָמַר אַבָּיֵי: שַׁבָּת קְבִיעָא וְקַיְימָא, יוֹם הַכִּפּוּרִים – בֵּי דִינָא דְּקָא קָבְעִי לֵיהּ.
La Guemara demande : Quelle est la raison de la déclaration de Rabbi Yoḥanan ? Abaye a dit : le Chabbat est fixé et permanent, c’est-à-dire qu’il a toujours lieu le septième jour de la semaine, tandis que, dans le cas de Yom Kippour, c’est le tribunal qui le fixe, puisque les Sages déterminent la nouvelle lune. Par conséquent, le Chabbat est considéré comme ayant précédé Yom Kippour, et l’interdiction d’accomplir un travail à Yom Kippour ne s’applique pas, du fait que le travail est déjà interdit parce que c’est Chabbat. Puisqu’on n’apporte une offrande expiatoire que pour une transgression involontaire, il n’est tenu d’apporter une offrande expiatoire que s’il a accompli un travail sans se rendre compte que c’était Chabbat.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: סוֹף סוֹף, תַּרְוַיְיהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָאָתוּ. אֶלָּא אָמַר רָבָא: שְׁמָדָא הֲוָה, וּשְׁלַחוּ מִתָּם דְּיוֹמָא דְּכִפּוּרֵי דְּהָא שַׁתָּא שַׁבְּתָא הוּא. וְכֵן כִּי אֲתָא רָבִין וְכֹל נָחוֹתֵי אַמְרוּהָ כְּרָבָא.
Rava dit à Abaye : En fin de compte, tous deux, c’est-à-dire le Chabbat et Yom Kippour, prennent effet en même temps. Puisqu’ils prennent tous deux effet au début du jour calendaire, on ne peut pas dire que le Chabbat précède Yom Kippour. Au contraire, Rava donna une explication différente. C’était une époque de persécution religieuse, et ils envoyèrent de là-bas, c’est-à-dire d’Eretz Yisrael, une directive déclarant que Yom Kippour de cette année ne serait pas observé à sa date appropriée mais plutôt le Chabbat. Rabbi Yoḥanan disait simplement que, cette année-là en particulier, celui qui transgresserait involontairement Yom Kippour serait exempté d’apporter une offrande expiatoire. Et de même, lorsque Ravin et tous ceux qui descendirent d’Eretz Yisrael arrivèrent en Babylonie, ils dirent que la véritable explication est conforme à l’opinion de Rava.
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: וַהֲלֹא מִבְּנֵי יַעֲקֹב [וְכוּ׳].
§ La michna enseigne : Rabbi Yehouda a dit en explication : Le nerf sciatique n’était-il pas interdit aux enfants de Jacob, comme il est écrit : « C’est pourquoi les enfants d’Israël ne mangent pas le nerf sciatique » (Genèse 32:33), et pourtant la viande d’un animal non casher leur était encore permise ? Puisque le nerf sciatique des animaux non casher est devenu interdit à ce moment-là, il demeure interdit à présent.
תַּנְיָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי יְהוּדָה: וְכִי נֶאֱמַר ״עַל כֵּן לֹא יֹאכְלוּ בְּנֵי יַעֲקֹב״? וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ״בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, וְלֹא נִקְרְאוּ ״בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״ עַד סִינַי! אֶלָּא בְּסִינַי נֶאֱמַר, אֶלָּא שֶׁנִּכְתַּב בִּמְקוֹמוֹ לֵידַע מֵאֵיזֶה טַעַם נֶאֱסַר לָהֶם.
Il est enseigné dans une baraita que les Sages dirent à Rabbi Yehouda : Mais est-il écrit dans le verset : C’est pourquoi les fils de Jacob ne mangent pas le nerf sciatique ? N’est-il pas vrai qu’il est seulement écrit : « C’est pourquoi les enfants d’Israël ne mangent pas le nerf sciatique » ? Or le peuple juif n’a pas été appelé “les enfants d’Israël” avant d’avoir reçu la Torah au mont Sinaï. Au contraire, cette terminologie indique que l’interdiction de manger le nerf sciatique a été énoncée au peuple juif au Sinaï, mais a été écrite à sa place, après l’incident de la lutte de Jacob avec l’ange, afin de permettre au peuple juif de connaître la raison pour laquelle le nerf sciatique leur a été interdit. Puisque l’interdiction n’est entrée en vigueur qu’au Sinaï, il n’y a aucune preuve qu’elle se soit jamais appliquée aux animaux non casher.
מֵתִיב רָבָא: ״וַיִּשְׂאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת יַעֲקֹב אֲבִיהֶם״, לְאַחַר מַעֲשֶׂה.
Rava soulève une objection à cette baraita : Le verset déclare : « Et Jacob se leva de Beer-Shéva ; et les enfants d’Israël portèrent Jacob leur père, ainsi que leurs petits enfants et leurs femmes, dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour le transporter » (Genèse 46:5). Cela s’est produit avant que la Torah ne soit donnée au Sinaï et prouve donc que l’expression « les enfants d’Israël » était en usage avant que la Torah ne soit donnée. La Guemara répond : Néanmoins, cela s’est produit après l’incident, c’est-à-dire après que Jacob eut lutté avec l’ange et après la vision prophétique dans laquelle Dieu changea le nom de Jacob en Israël (Genèse 35:10).
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: מֵהָהִיא שַׁעְתָּא לִיתְּסַר.
Rav Aḥa, fils de Rava, dit à Rav Ashi : Dans ce cas, le nerf sciatique devrait être compris comme étant devenu interdit pour eux à partir de ce moment-là où ils furent appelés pour la première fois les enfants d’Israël. Puisque cela eut lieu avant le don de la Torah, cela serait conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda et non à celle des Sages.
אֲמַר לֵיהּ: וְכִי תוֹרָה פְּעָמִים פְּעָמִים נִיתְּנָה? הָהוּא שַׁעְתָּא לָאו שְׁעַת מַעֲשֶׂה הֲוַאי, וְלָא שְׁעַת מַתַּן תּוֹרָה הֲוַאי.
Rav Ashi lui dit : La Torah a-t-elle été donnée par morceaux, à de nombreuses occasions différentes ? Elle a été donnée au Sinaï. Au contraire, ce moment-là où le titre « enfants d’Israël » a été employé pour la première fois n’était pas le moment où l’incident de la lutte de Jacob avec l’ange s’est produit et n’était pas non plus le moment du don de la Torah au mont Sinaï. Il n’y a donc aucune raison de supposer que l’interdiction est entrée en vigueur à ce moment-là.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵבֶר מִן הַחַי נוֹהֵג בִּבְהֵמָה, חַיָּה וָעוֹף, בֵּין טְמֵאִין וּבֵין טְהוֹרִין, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי אֶלְעָזָר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בִּטְהוֹרִין.
§ La michna a enseigné une controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages au sujet de l’interdiction de manger le nerf sciatique. La Guemara cite maintenant une controverse similaire entre eux au sujet de la consommation d’un membre provenant d’un animal vivant. Les Sages ont enseigné dans une baraita : L’interdiction de manger un membre provenant d’un animal vivant s’applique que ce membre provienne d’un animal domestique, d’un animal sauvage ou d’un oiseau, et qu’il soit d’une espèce non casher ou d’une espèce casher ; telle est l’opinion de Rabbi Yehouda et de Rabbi Elazar. Mais les Sages disent : L’interdiction de manger un membre provenant d’un animal vivant ne s’applique qu’à un membre d’une espèce casher.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּשְׁנֵיהֶן מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ, ״רַק חֲזַק לְבִלְתִּי אֲכֹל הַדָּם כִּי הַדָּם הוּא הַנָּפֶשׁ
Rabbi Yoḥanan dit : Et tous deux, c’est-à-dire les Sages ainsi que Rabbi Yehouda et Rabbi Elazar, ont dérivé leurs opinions d’un verset : « Seulement, sois ferme à ne pas manger le sang, car le sang, c’est la vie ;