לָא, לְעוֹלָם יְמָמָא הוּא, וְהַאי דְּקָרוּ לֵיהּ ״לֵילְיָא״ — דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּגָנוּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא.
La Guemara répond : Non, il n’y a pas de contradiction. En réalité, le moment juste avant le lever du soleil est considéré comme le jour, et le fait qu’il soit désigné ici comme la nuit s’explique parce qu’il y a des gens qui dorment encore à ce moment-là et, si le besoin s’en fait sentir, on peut le qualifier de beshokhbekha [quand tu te couches], malgré le fait qu’il fasse déjà jour.
אָמַר רַבִּי אַחָא בְּרַבִּי חֲנִינָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר רַבִּי זֵירָא: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֹאמַר ״הַשְׁכִּיבֵנוּ״.
Rabbi Aḥa, fils de Rabbi Ḥanina, a dit que Rabbi Yehoshua ben Levi a dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon qui a dit cela au nom de Rabbi Akiva. Rabbi Zeira a dit : À condition qu’il ne récite pas aussi : Aide-nous à nous coucher [hashkivenu], après avoir récité le Shema du soir avant le lever du soleil, car la bénédiction : Aide-nous à nous coucher, est une prière pour que nous dormions en paix, ce qui est inapproprié le matin.
כִּי אֲתָא רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף, אֲמַר: הָא דְּרַבִּי אַחָא בְּרַבִּי חֲנִינָא אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, לָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר, אֶלָּא מִכְּלָלָא אִיתְּמַר.
C’est ainsi que la halakha fut enseignée dans la maison d’étude. Cependant, lorsque Rav Yitzḥak bar Yosef vint en Babylonie depuis Eretz Yisrael, où vivait Rabbi Yehoshua ben Levi, il dit que cette décision que Rabbi Aḥa, fils de Rabbi Ḥanina, a dit que Rabbi Yehoshua ben Levi avait dite, n’a pas été dite explicitement par Rabbi Yehoshua ben Levi. Au contraire, il a été déclaré qu’il soutenait que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, qui l’a dite au nom de Rabbi Akiva sur la base d’une inférence.
דְּהָהוּא זוּגָא דְּרַבָּנַן דְּאִשְׁתַּכּוּר בְּהִלּוּלָא דִּבְרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. אֲתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, אֲמַר: כְּדַאי הוּא רַבִּי שִׁמְעוֹן לִסְמוֹךְ עָלָיו בִּשְׁעַת הַדְּחָק.
L’incident fut le suivant : Cette paire de Sages s’enivra au mariage du fils de Rabbi Yehoshua ben Levi et s’endormit avant de réciter le Shema du soir. Lorsqu’ils se réveillèrent, l’aube était déjà passée. Ils se présentèrent devant Rabbi Yehoshua ben Levi et lui demandèrent s’ils pouvaient encore réciter le Shema du soir. Il leur dit : Il convient de s’appuyer sur Rabbi Shimon dans des circonstances pressantes. Rabbi Yehoshua ben Levi ne trancha pas conformément à l’opinion de Rabbi Shimon et, dans un cas où il n’y a pas de circonstances pressantes, on ne peut pas s’appuyer sur cette décision.
מַעֲשֶׂה שֶׁבָּאוּ בָּנָיו וְכוּ׳:
La michna rapporte qu’il y eut un incident où les fils revinrent de Rabban Gamliel très tard d’une salle de mariage et ils demandèrent à leur père s’il leur était permis de réciter le Shema après minuit.
וְעַד הַשְׁתָּא לָא שְׁמִיעַ לְהוּ הָא דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל?!
La Guemara demande : Et jusqu’à présent, n’avaient-ils pas entendu cettehalakha de Rabban Gamliel ? Ne savaient-ils pas qu’il soutenait qu’il est permis de réciter le Shema du soir après minuit ?
הָכִי קָאָמְרִי לֵיהּ: רַבָּנַן פְּלִיגִי עִילָּווֹךְ, וְיָחִיד וְרַבִּים, הֲלָכָה כְּרַבִּים, אוֹ דִּלְמָא רַבָּנַן כְּווֹתָךְ סְבִירָא לְהוּ, וְהַאי דְּקָאָמְרִי ״עַד חֲצוֹת״ — כְּדֵי לְהַרְחִיק אָדָם מִן הָעֲבֵירָה. אָמַר לְהוּ: רַבָּנָן כְּווֹתִי סְבִירָא לְהוּ, וְחַיָּיבִין אַתֶּם. וְהַאי דְּקָאָמְרִי ״עַד חֲצוֹת״ — כְּדֵי לְהַרְחִיק אָדָם מִן הָעֲבֵירָה.
La Guemara répond que les fils de Rabban Gamliel ne lui ont pas demandé son avis. Au contraire, ils lui ont dit ce qui suit : Les Sages sont-ils en désaccord avec toi sur le fond concernant cette halakha, en soutenant que le Shema ne peut être récité que jusqu’à minuit ? Si tel est le cas, lorsqu’il y a un désaccord entre un individu sage et de nombreux sages, la halakha est conforme à l’opinion du plus grand nombre, auquel cas nous devons, en pratique, suivre l’opinion des Sages. Ou bien, peut-être que les Sages soutiennent conformément à ton opinion que le temps du Shema du soir s’étend pendant toute la nuit, et que ce qu’ils disent, à savoir qu’il ne peut être récité que jusqu’à minuit, est dit afin d’éloigner une personne de la transgression ? Si cette dernière possibilité est vraie, alors, lorsqu’il existe des circonstances atténuantes, on peut réciter le Shema du soir après minuit. Rabban Gamliel répondit à ses fils : Les Sages sont d’accord avec moi et vous êtes encore tenus de réciter le Shema. Les Sages disent que le Shema ne peut être récité que jusqu’à minuit afin d’éloigner une personne de la transgression, mais, a posteriori, même les Sages permettent la récitation après minuit.
וְלֹא זוֹ בִּלְבַד אָמְרוּ, אֶלָּא וְכוּ׳:
Nous avons appris dans la michna que Rabban Gamliel a dit à ses fils : Et cela ne concerne pas seulement la halakha de la récitation du Shema, mais plutôt, partout où les rabbins disent jusqu’à minuit, la mitsva peut être accomplie jusqu’à l’aube.
וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל מִי קָאָמַר ״עַד חֲצוֹת״ דְּקָתָנֵי ״וְלֹא זוֹ בִּלְבַד אָמְרוּ״?
La Guemara remet en question la formulation de la michna : Rabban Gamliel dit-il jusqu’à minuit, au point d’enseigner : Et non seulement ont-ils dit ? Rabban Gamliel ne limite pas le temps de la récitation du Shema jusqu’à minuit, alors pourquoi dit-il : et non seulement ont-ils dit, impliquant ainsi qu’il est d’accord avec cette rigueur ?
הָכִי קָאָמַר לְהוּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל לִבְנֵיהּ: אֲפִילּוּ לְרַבָּנַן דְּקָאָמְרִי ״עַד חֲצוֹת״, מִצְוָתָהּ עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. וְהַאי דְּקָא אָמְרִי עַד חֲצוֹת — כְּדֵי לְהַרְחִיק אָדָם מִן הָעֲבֵירָה.
La Guemara explique que voici ce que Rabban Gamliel dit à ses fils : même selon les Sages, qui disent que la mitsva ne peut être accomplie que jusqu’à minuit, l’obligation biblique d’accomplir la mitsva se poursuit jusqu’à l’aube, et ce qu’ils disent, à savoir qu’elle ne peut être récitée que jusqu’à minuit, est afin d’éloigner une personne de la transgression.
הֶקְטֵר חֲלָבִים וְכוּ׳.
Dans la michna, Rabban Gamliel cite plusieurs cas où une mitsva peut être accomplie jusqu’à l’aube ; parmi eux, la combustion des graisses et des membres sur l’autel.
וְאִילּוּ אֲכִילַת פְּסָחִים לָא קָתָנֵי.
La Guemara note : Dans notre michna, le fait de manger l’agneau pascal n’a pas été enseigné parmi ces mitsvot qui peuvent être accomplies jusqu’à l’aube, ce qui indique que la mitsva de manger l’agneau pascal ne s’étend pas jusqu’à l’aube.
וּרְמִינְהִי: קְרִיאַת שְׁמַע עַרְבִית, וְהַלֵּל בְּלֵילֵי פְּסָחִים, וַאֲכִילַת פֶּסַח, מִצְוָתָן עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר!
La Guemara soulève une contradiction à cette conclusion sur la base d’une baraita : Les mitzvot de la récitation du Shema du soir, la récitation du hallel pendant les nuits de Pessa'h accompagnant le sacrifice de l’agneau pascal, ainsi que la consommation de l’agneau pascal, peuvent toutes être accomplies jusqu’à l’aube.
אָמַר רַב יוֹסֵף: לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, הָא רַבִּי עֲקִיבָא. דְּתַנְיָא: ״וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה״, רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: נֶאֱמַר כָּאן ״בַּלַּיְלָה הַזֶּה״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן: ״וְעָבַרְתִּי בְאֶרֶץ מִצְרַיִם בַּלַּיְלָה הַזֶּה״, מַה לְּהַלָּן עַד חֲצוֹת, אַף כָּאן עַד חֲצוֹת.
Rav Yosef a dit : Ce n’est pas difficile, car ces deux sources reflètent deux opinions contradictoires. Ceci, notre michna, est conforme à l’opinion de Rabbi Elazar ben Azarya. Tandis que ceci, la baraita, est conforme à l’opinion de Rabbi Akiva. Comme cela a été enseigné dans une baraita au sujet du verset traitant de la mitsva de manger l’agneau pascal : « Ils mangeront la chair cette nuit-là ; rôtie au feu, avec des matzot et des herbes amères, ils la mangeront » (Exode 12:8) ; Rabbi Elazar ben Azarya dit : Ici il est dit : « cette nuit-là », ce qui ne nous permet pas de déterminer quand la nuit se termine. La même expression apparaît plus loin dans le même chapitre : « Et Je passerai dans le pays d’Égypte cette nuit-là et Je frapperai tout premier-né dans le pays d’Égypte, de l’homme à l’animal » (Exode 12:12). Nous savons quand les premiers-nés furent frappés d’après le verset : « Ainsi a dit le Seigneur : Vers minuit, Je sortirai au milieu de l’Égypte et tout premier-né en Égypte mourra » (Exode 11:4–5). Par conséquent, de même que dans le verset ci-dessous, la frappe des premiers-nés eut lieu jusqu’à minuit, comme cela est explicitement indiqué dans le verset, de même dans le verset ici, la mitsva de manger l’agneau pascal se poursuit jusqu’à minuit.
אָמַר לֵיהּ רַבִּי עֲקִיבָא: וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר ״בְּחִפָּזוֹן״, עַד שְׁעַת חִפָּזוֹן. אִם כֵּן מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״בַּלַּיְלָה״?
Rabbi Akiva lui dit : N’a-t-il pas déjà été dit, « Ainsi vous le mangerez : les reins ceints, les chaussures aux pieds, les bâtons à la main ; vous le mangerez à la hâte, car c’est l’offrande pascale pour le Seigneur » (Exode 12:11) ? Par conséquent, l’agneau pascal peut être mangé jusqu’au moment de la hâte. Puisque le moment de la hâte est celui où Israël est sorti d’Égypte, et qu’il est dit : « Que nul ne sorte de la porte de sa maison jusqu’au matin », alors l’agneau pascal peut être mangé jusqu’à l’aube. Si tel est le cas, pourquoi le verset dit-il : Cette nuit-là ?
יָכוֹל יְהֵא נֶאֱכָל כְּקָדָשִׁים בַּיּוֹם תַּלְמוּד לוֹמַר ״בַּלַּיְלָה״, בַּלַּיְלָה הוּא נֶאֱכָל, וְלֹא בַּיּוֹם.
La Guemara explique que l’expression cette nuit-là est nécessaire, car sans elle j’aurais pu penser que l’agneau pascal est mangé pendant le jour, comme tous les autres sacrifices, qui doivent tous être abattus et mangés pendant le jour. Par conséquent, le verset déclare : Cette nuit-là, afin de souligner que ce sacrifice particulier est mangé la nuit et non pendant le jour.
Essentiellement, la différence entre ces deux opinions tourne autour du mot qu’ils considéraient comme significatif. Rabbi Elazar ben Azarya considérait le mot nuit comme le mot clé, tandis que Rabbi Akiva considérait le mot hâte comme le mot clé. La Guemara commence à analyser leurs déclarations.
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה דְּאִית לֵיהּ גְּזֵירָה שָׁוָה, אִצְטְרִיךְ לְמִכְתַּב לֵיהּ ״הַזֶּה״. אֶלָּא לְרַבִּי עֲקִיבָא הַאי ״הַזֶּה״ מַאי עָבֵיד לֵיהּ?
Certes, selon Rabbi Elazar ben Azarya, qui a la tradition d’une analogie verbale entre l’expression « cette nuit-là » concernant la consommation de l’agneau pascal et l’expression « cette nuit-là » concernant la frappe des premiers-nés en Égypte, il était nécessaire que le verset écrive « cette » afin d’indiquer que ces moments sont parallèles. Cependant, selon Rabbi Akiva, qui n’a pas une telle tradition, que fait-il de « cette » ? Pourquoi est-il nécessaire de souligner : cette nuit-là ?
לְמַעוֹטֵי לַיְלָה אַחֵר הוּא דַּאֲתָא, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: הוֹאִיל וּפֶסַח קָדָשִׁים קַלִּים, וּשְׁלָמִים קָדָשִׁים קַלִּים, מָה שְׁלָמִים נֶאֱכָלִין לִשְׁנֵי יָמִים וְלַיְלָה אֶחָד — אַף פֶּסַח נֶאֱכָל שְׁתֵּי לֵילוֹת בִּמְקוֹם שְׁנֵי יָמִים, וִיהֵא נֶאֱכָל לִשְׁנֵי לֵילוֹת וְיוֹם אֶחָד. קָמַשְׁמַע לָן ״בַּלַּיְלָה הַזֶּה״, בַּלַּיְלָה הַזֶּה הוּא נֶאֱכָל וְאֵינוֹ נֶאֱכָל בְּלַיְלָה אַחֵר.
La Guemara répond : Cette nuit-là vient exclure une autre nuit, car on aurait autrement pu conclure que l’agneau pascal peut être mangé pendant deux nuits. Il vous serait venu à l’esprit de dire : Puisque l’agneau pascal entre dans la catégorie des sacrifices de moindre sainteté, et que les offrandes de paix sont elles aussi des sacrifices de moindre sainteté, de même que les offrandes de paix peuvent être mangées pendant deux jours et une nuit, c’est-à-dire le jour où elles sont sacrifiées jusqu’au jour suivant, comme nous l’avons appris dans la Torah, de même l’agneau pascal peut être mangé pendant deux nuits au lieu de deux jours. En d’autres termes, on aurait autrement pu conclure à tort, de son parallèle avec les offrandes de paix, que l’agneau pascal doit être mangé pendant deux nuits et le jour entre elles. Par conséquent, le verset nous enseigne spécifiquement cette nuit-là, c’est-à-dire cette nuit-là il est mangé, et il n’est pas mangé une autre nuit.
וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה
La Guemara demande : Si tel est le cas, d’où Rabbi Elazar ben Azarya déduit-il que l’agneau pascal ne peut pas être mangé pendant deux nuits ?
מִ״לֹּא תוֹתִירוּ עַד בֹּקֶר״ נָפְקָא.
La Guemara répond : Rabbi Elazar ben Azarya déduit cette conclusion du verset : « Rien ne doit en rester jusqu’au matin » (Exode 12:10). S’il est interdit de laisser une quelconque partie du sacrifice jusqu’au matin, il est certainement interdit de la laisser jusqu’à la nuit suivante. Il est donc inutile de citer une source supplémentaire pour enseigner que l’agneau pascal ne peut être mangé que la première nuit.
וְרַבִּי עֲקִיבָא — אִי מֵהָתָם, הֲוָה אָמֵינָא מַאי ״בֹּקֶר״ — בֹּקֶר שֵׁנִי.
Et pourquoi Rabbi Akiva a-t-il besoin de « cette » pour déduire que l’agneau pascal ne peut pas être mangé la deuxième nuit ? Selon Rabbi Akiva, si cela avait été déduit du verset : « Il n’en restera rien jusqu’au matin », j’aurais dit : Que signifie matin ? Cela signifie le deuxième matin, car la Torah ne précise pas jusqu’à quel matin l’agneau pascal ne peut pas être laissé ; jusqu’au premier matin ou jusqu’au deuxième matin. Par conséquent, la Torah devait écrire : cette nuit-là et non une autre.
וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר לָךְ: כָּל ״בֹּקֶר״ — בֹּקֶר רִאשׁוֹן הוּא.
Et que répondrait Rabbi Elazar ben Azarya ? Il aurait pu te dire : Sauf indication contraire, toute mention non modifiée du mot matin dans la Torah renvoie au premier, c’est-à-dire au matin suivant. Si ce n’était pas le cas, aucun texte biblique ne pourrait avoir de sens défini.
וְהָנֵי תַּנָּאֵי כְּהָנֵי תַּנָּאֵי. דְּתַנְיָא, ״שָׁם תִּזְבַּח אֶת הַפֶּסַח בָּעָרֶב כְּבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ מוֹעֵד צֵאתְךָ מִמִּצְרָיִם״.
Concernant le différend tannaïtique entre Rabbi Akiva et Rabbi Elazar ben Azarya au sujet de jusqu’à quand l’agneau pascal peut être mangé, la Guemara remarque : Le différend entre ces tanna’im est parallèle au différend entre ces tanna’im-là, qui sont en désaccord sur la même question. Comme cela a été enseigné dans une baraita au sujet du verset : « Là, tu offriras l’agneau pascal, le soir, au coucher du soleil, au moment où tu es sorti du pays d’Égypte » (Deutéronome 16:6). À y regarder de plus près, il semble que ce verset mentionne trois moments distincts : « le soir » renvoie à l’après-midi jusqu’au coucher du soleil ; « au coucher du soleil » renvoie au moment même du coucher du soleil ; et « au moment où tu es sorti du pays d’Égypte » renvoie, comme cela est expliqué dans l’Exode, aux premières heures du matin. Il semble donc que ces moments correspondent aux différentes étapes de la mitsva de l’agneau pascal, et c’est au sujet de ces détails que les tanna’im sont en désaccord.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״בָּעֶרֶב״ אַתָּה זוֹבֵחַ, וּ״כְבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ״ אַתָּה אוֹכֵל, וּ״מוֹעֵד צֵאתְךָ מִמִּצְרָיִם״ אַתָּה שׂוֹרֵף. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר ״בָּעֶרֶב״ אַתָּה זוֹבֵחַ ״כְּבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ״ אַתָּה אוֹכֵל וְעַד מָתַי אַתָּה אוֹכֵל וְהוֹלֵךְ — עַד ״מוֹעֵד צֵאתְךָ מִמִּצְרָיִם״.
Rabbi Eliezer dit : Le soir, dans l’après-midi, tu abats le sacrifice ; depuis le coucher du soleil jusqu’à minuit tu le manges, et au moment où tu es sorti du pays d’Égypte tu brûles ce qui reste du sacrifice, conformément à l’opinion de Rabbi Elazar ben Azarya.
Rabbi Yehoshua dit : Le soir, dans l’après-midi, tu abats le sacrifice ; depuis le coucher du soleil, tu le manges. Et jusqu’à quand continues-tu à manger ? Jusqu’au moment où tu es sorti du pays d’Égypte, c’est-à-dire jusqu’au matin, conformément à l’opinion de Rabbi Akiva.
אָמַר רַבִּי אַבָּא: הַכֹּל מוֹדִים כְּשֶׁנִּגְאֲלוּ יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרַיִם, לֹא נִגְאֲלוּ אֶלָּא בָּעֶרֶב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹצִיאֲךָ ה׳ אֱלֹהֶיךָ מִמִּצְרַיִם לָיְלָה״, וּכְשֶׁיָּצְאוּ — לֹא יָצְאוּ אֶלָּא בַּיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח יָצְאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל בְּיָד רָמָה״.
La Guemara cite une explication alternative du différend entre Rabbi Elazar ben Azarya et Rabbi Akiva. Rabbi Abba a dit : Tous s’accordent à dire que lorsque les enfants d’Israël furent délivrés d’Égypte et reçurent la permission de partir, ils ne furent délivrés que le soir, comme il est dit : « Au printemps le Seigneur, ton Dieu, t’a fait sortir d’Égypte la nuit » (Deutéronome 16:1). Et lorsqu’ils partirent réellement, ils ne partirent que pendant le jour, comme il est dit : « Le quinzième jour du premier mois, le lendemain de l’offrande de l’agneau pascal, les enfants d’Israël sortirent la main levée sous les yeux de l’Égypte » (Nombres 33:3), ce qui indique qu’ils sortirent effectivement pendant le jour.
עַל מָה נֶחְלְקוּ — עַל שְׁעַת חִפָּזוֹן, רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה סָבַר: מַאי ״חִפָּזוֹן״ — חִפָּזוֹן דְּמִצְרַיִם.
Cependant, sur quoi portait leur désaccord ? Ils étaient en désaccord au sujet du moment de la hâte, comme il est écrit : « Vous le mangerez à la hâte, car c’est l’offrande de Pessa'h pour le Seigneur » (Exode 12:11). Rabbi Elazar ben Azarya soutenait : Quel est le sens de hâte ? C’est la hâte des Égyptiens à minuit, lorsqu’ils se sont précipités vers les maisons du peuple d’Israël pour les renvoyer, par crainte de la plaie des premiers-nés.
וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר: מַאי ״חִפָּזוֹן״ — חִפָּזוֹן דְּיִשְׂרָאֵל.
Et Rabbi Akiva soutenait : Quel est le sens de hâte ? C’est la hâte d’Israël le matin, lorsqu’ils se sont empressés de quitter l’Égypte.
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״הוֹצִיאֲךָ ה׳ אֱלֹהֶיךָ מִמִּצְרַיִם לָיְלָה״: וְכִי בַּלַּיְלָה יָצְאוּ? וַהֲלֹא לֹא יָצְאוּ אֶלָּא בַּיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח יָצְאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל בְּיָד רָמָה״! אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁהִתְחִילָה לָהֶם גְּאוּלָּה מִבָּעֶרֶב.
Semblable à la déclaration de Rabbi Abba, il a également été enseigné dans une baraita, au sujet du verset : « Le Seigneur, ton Dieu, t’a fait sortir d’Égypte la nuit, » la question se pose : Sont-ils sortis la nuit ? Ne sont-ils pas sortis pendant le jour, comme il est dit : « Le lendemain de l’offrande de l’agneau pascal, les enfants d’Israël sortirent la main levée » ? Au contraire, cela enseigne que la rédemption a commencé pour eux le soir.
״דַּבֶּר נָא בְּאָזְנֵי הָעָם״ וְגוֹ׳. אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: אֵין ״נָא״ אֶלָּא לְשׁוֹן בַּקָּשָׁה, אָמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: בְּבַקָּשָׁה מִמְּךָ, לֵךְ וֶאֱמוֹר לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל: בְּבַקָּשָׁה מִכֶּם, שַׁאֲלוּ מִמִּצְרַיִם כְּלֵי כֶסֶף וּכְלֵי זָהָב, שֶׁלֹּא יֹאמַר
Puisque le dernier sujet abordé dans la Guemara portait sur l’exode d’Égypte, la Guemara cite un midrash aggadique supplémentaire à ce sujet. En ce qui concerne le verset : « Parle, s’il te plaît [na], aux oreilles du peuple, et qu’ils empruntent, chaque homme à son prochain et chaque femme à sa prochaine, des objets d’argent et des objets d’or » (Exode 11:2), le mot s’il te plaît [na] n’est pas clair. Les élèves de l’école de Rabbi Yannai ont dit : S’il te plaît [na] n’est rien d’autre qu’une expression de supplication. Pourquoi Dieu emploierait-Il une expression de supplication en s’adressant à Israël ? La Guemara explique que le Saint, béni soit-Il, dit à Moïse : Je t’en prie, va et dis à Israël : Je vous en prie ; empruntez aux Égyptiens des objets d’argent et des objets d’or afin d’accomplir la promesse que J’ai faite à Abraham dans « l’Alliance entre les morceaux », afin que