וְקוֹבֵר אֶת בָּנָיו — מוֹחֲלִין לוֹ עַל כׇּל עֲוֹנוֹתָיו.
et enterre ses fils, toutes ses transgressions sont pardonnées.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: בִּשְׁלָמָא תּוֹרָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים, דִּכְתִיב: ״בְּחֶסֶד וֶאֱמֶת יְכֻפַּר עָוֹן״. ״חֶסֶד״ — זוֹ גְּמִילוּת חֲסָדִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רוֹדֵף צְדָקָה וָחָסֶד יִמְצָא חַיִּים צְדָקָה וְכָבוֹד״. ״אֱמֶת״ — זוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱמֶת קְנֵה וְאַל תִּמְכֹּר״. אֶלָּא ״קוֹבֵר אֶת בָּנָיו״ מִנַּיִן?
Rabbi Yoḥanan lui dit : Quelle est ta source pour cela ? Certes, si quelqu’un s’adonne à la Torah et aux actes de charité, ses transgressions sont pardonnées, comme il est écrit : « Par la bonté et la vérité, l’iniquité est expiée » (Proverbes 16:6) ; la bonté renvoie aux actes de charité, comme il est dit : « Celui qui poursuit la charité et la bonté trouve la vie, la charité et l’honneur » (Proverbes 21:21), la bonté et la charité y sont mentionnées ensemble. Et la vérité renvoie à la Torah, comme il est dit : « Acquiers la vérité et ne la vends pas ; ainsi que la sagesse, l’instruction et l’intelligence » (Proverbes 23:23). Cependant, d’où est-il déduit que les transgressions de celui qui enterre ses fils sont elles aussi pardonnées ?
תְּנָא לֵיהּ הַהוּא סָבָא, מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי: אָתְיָא, ״עָוֹן״ ״עָוֹן״. כְּתִיב הָכָא ״בְּחֶסֶד וֶאֱמֶת יְכֻפַּר עָוֹן״, וּכְתִיב הָתָם ״וּמְשַׁלֵּם עֲוֹן אָבוֹת אֶל חֵיק בְּנֵיהֶם״.
Une réponse fut donnée à Rabbi Yoḥanan lorsqu’un certain ancien lui enseigna au nom de Rabbi Shimon bar Yoḥai : Cette conclusion est dérivée d’une analogie verbale entre les mots iniquité et iniquité. Ici, il est écrit : « Par la bonté et la vérité, l’iniquité est expiée », et là, il est écrit : « Il fait retomber l’iniquité des pères dans le sein de leurs enfants » (Jérémie 32:18). Puisqu’Il « fait retomber l’iniquité des pères dans le sein de leurs enfants », les transgressions du père sont pardonnées.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: נְגָעִים וּבָנִים — אֵינָן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה.
Rabbi Yoḥanan a dit : La lèpre et la souffrance due aux enfants ne sont pas des afflictions d’amour.
וּנְגָעִים לָא? וְהָתַנְיָא: כׇּל מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֶחָד מֵאַרְבָּעָה מַרְאוֹת נְגָעִים הַלָּלוּ — אֵינָן אֶלָּא מִזְבַּח כַּפָּרָה!
La Guemara demande : la lèpre n’est-elle pas une affliction d’amour ? N’avons-nous pas appris dans une baraita : Si quelqu’un a l’un des quatre signes de la lèpre (Lévitique 13), ils ne sont rien d’autre qu’un autel d’expiation ?
מִזְבַּח כַּפָּרָה — הָווּ, יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה — לָא הָווּ.
La Guemara répond : Bien que les signes de la lèpre soient un autel d’expiation pour les transgressions d’une personne, ils ne sont pas des souffrances d’amour.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא — לָן. וְהָא — לְהוּ.
Et si vous le souhaitez, dites plutôt : Cettebaraita, qui dit que la lèpre est une affliction d’amour, est pour nous en Babylonie, car en dehors d’Eretz Yisrael nous ne sommes pas aussi scrupuleux concernant les lois d’impureté rituelle, et une personne atteinte de lèpre peut interagir avec les autres, atténuant ainsi sa souffrance. Et cette déclaration de Rabbi Yoḥanan, selon laquelle la lèpre n’est pas une affliction d’amour, est pour eux en Eretz Yisrael, où l’on est extrêmement scrupuleux concernant les lois d’impureté rituelle et la souffrance d’un lépreux est grande parce qu’il est banni de la société (Rav Hai Gaon).
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא — בְּצִנְעָא, הָא — בְּפַרְהֶסְיָא.
Et si tu le souhaites, dis plutôt : Cettebaraita, qui dit que la lèpre est une affliction d’amour, fait référence à la lèpre cachée qui ne frappe que les parties cachées du corps d’une personne. Mais cette déclaration de Rabbi Yoḥanan fait référence à la lèpre visible qui pousse ceux qui la voient à s’éloigner du lépreux.
וּבָנִים לָא?! הֵיכִי דָמֵי, אִילֵּימָא דַּהֲווֹ לְהוּ וּמֵתוּ, וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר? אֶלָּא הָא — דְּלָא הֲווֹ לֵיהּ כְּלָל. וְהָא — דַּהֲווֹ לֵיהּ וּמֵתוּ.
La Guemara continue d’objecter : Et la souffrance due aux enfants n’est pas une affliction d’amour ? La Guemara précise : Quelles sont les circonstances ? Si vous dites qu’il avait des enfants et qu’ils sont morts, Rabbi Yoḥanan lui-même n’a-t-il pas dit, en consolant la victime d’une catastrophe : Voici l’os de mon dixième fils ? Rabbi Yoḥanan a connu la mort de dix de ses enfants, et il a conservé un petit os de son dixième enfant comme un souvenir douloureux. Il montrait cet os à d’autres afin de les consoler, et puisqu’il le leur montrait, la mort de ses enfants devait certainement avoir été une affliction d’amour. Il consolait les autres en montrant qu’il existe dans cette souffrance un élément d’intimité avec Dieu (Tosafot). Pourquoi, alors, Rabbi Yoḥanan aurait-il dit que la souffrance due aux enfants n’est pas une affliction d’amour ? Au contraire, il faut conclure que, lorsque Rabbi Yoḥanan a dit que ces afflictions ne sont pas des afflictions d’amour, il parlait de celui qui n’a pas d’enfants, et lorsque quelqu’un avait des enfants qui sont morts, cela pouvait très bien être considéré comme des afflictions d’amour.
רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא חֲלַשׁ. עָל לְגַבֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יְדָךְ. יְהַב לֵיהּ יְדֵיהּ, וְאוֹקְמֵיהּ.
La Guemara continue d’aborder la question de la souffrance et de l’affliction : l’élève de Rabbi Yoḥanan, Rabbi Ḥiyya bar Abba, tomba malade. Rabbi Yoḥanan entra pour lui rendre visite et lui dit : Ta souffrance t’est-elle chère ? Désires-tu être malade et affligé ? Rabbi Ḥiyya lui dit : Je n’accueille ni cette souffrance ni sa récompense, car celui qui accueille cette souffrance avec amour est récompensé. Rabbi Yoḥanan lui dit : Donne-moi ta main. Rabbi Ḥiyya bar Abba lui donna sa main, et Rabbi Yoḥanan le releva et lui rendit la santé.
רַבִּי יוֹחָנָן חֲלַשׁ. עָל לְגַבֵּיהּ רַבִּי חֲנִינָא. אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יְדָךְ. יְהַב לֵיהּ יְדֵיהּ, וְאוֹקְמֵיהּ.
De même, Rabbi Yoḥanan tomba malade. Rabbi Ḥanina entra pour lui rendre visite, à lui, et lui dit : Ta souffrance t’est-elle chère ? Rabbi Yoḥanan lui dit : Je n’accepte ni cette souffrance ni sa récompense. Rabbi Ḥanina lui dit : Donne-moi ta main. Il lui donna sa main, et Rabbi Ḥanina le releva et lui rendit la santé.
אַמַּאי, לוֹקִים רַבִּי יוֹחָנָן לְנַפְשֵׁיהּ?
La Guemara demande : Pourquoi Rabbi Yoḥanan a-t-il attendu que Rabbi Ḥanina lui rende la santé ? S’il était capable de guérir son élève, que Rabbi Yoḥanan se relève lui-même.
אָמְרִי: אֵין חָבוּשׁ מַתִּיר עַצְמוֹ מִבֵּית הָאֲסוּרִים.
La Guemara répond : ils disent : un prisonnier ne peut pas généralement se libérer lui-même de prison, mais dépend des autres pour le libérer de ses chaînes.
רַבִּי אֶלְעָזָר חֲלַשׁ. עַל לְגַבֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן. חֲזָא דַּהֲוָה קָא גָּנֵי בְּבֵית אָפֵל. גַּלְיֵיהּ לִדְרָעֵיהּ וּנְפַל נְהוֹרָא. חַזְיֵיהּ דַּהֲוָה קָא בָּכֵי רַבִּי אֶלְעָזָר. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי קָא בָּכֵית? אִי מִשּׁוּם תּוֹרָה דְּלָא אַפֵּשְׁתְּ — שָׁנִינוּ: אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט, וּבִלְבַד שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם. וְאִי מִשּׁוּם מְזוֹנֵי — לֹא כׇּל אָדָם זוֹכֶה לִשְׁתֵּי שֻׁלְחָנוֹת. וְאִי מִשּׁוּם בְּנֵי — דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר.
La Guemara raconte que Rabbi Elazar, un autre des élèves de Rabbi Yoḥanan, tomba malade. Rabbi Yoḥanan entra pour lui rendre visite et vit qu’il était couché dans une pièce sombre. Rabbi Yoḥanan découvrit son bras, et une lumière rayonna de sa chair, remplissant la maison. Il vit que Rabbi Elazar pleurait, et lui dit : Pourquoi pleures-tu ? Pensant que ses pleurs étaient dus aux souffrances qu’il avait endurées tout au long de sa vie, Rabbi Yoḥanan tenta de le réconforter : Si tu pleures parce que tu n’as pas étudié autant de Torah que tu l’aurais voulu, nous avons appris : Celui qui apporte un sacrifice important et celui qui apporte un sacrifice modeste ont un mérite égal, pourvu qu’il dirige son cœur vers le Ciel. Si tu pleures parce que tu manques de subsistance et que tu es incapable de gagner ta vie, comme Rabbi Elazar était en effet très pauvre, tout le monde ne mérite pas de manger à deux tables, l’une de richesse et l’autre de Torah, tu n’as donc pas à déplorer le fait de ne pas être riche. Si tu pleures à cause d’enfants qui sont morts, voici l’os de mon dixième fils, et une telle souffrance frappe de grandes personnes, et ce sont des souffrances d’amour.
אֲמַר לֵיהּ: לְהַאי שׁוּפְרָא דְּבָלֵי בְּעַפְרָא קָא בָּכֵינָא. אֲמַר לֵיהּ: עַל דָּא וַדַּאי קָא בָּכֵית, וּבְכוֹ תַּרְוַיְיהוּ.
Rabbi Elazar dit à Rabbi Yoḥanan : je ne suis pas en train de pleurer sur mon malheur, mais plutôt sur cette beauté qui est la tienne et qui se décomposera dans la terre, car la beauté de Rabbi Yoḥanan l’amena à réfléchir à la mortalité humaine. Rabbi Yoḥanan lui dit : À ce sujet, il est certainement approprié de pleurer. Tous deux pleurèrent sur la nature éphémère de la beauté dans le monde et sur la mort qui finit par triompher de tous.
אַדְּהָכִי וְהָכִי אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יְדָךְ, יְהַב לֵיהּ יְדֵיהּ, וְאוֹקְמֵיהּ.
Pendant ce temps, Rabbi Yoḥanan lui dit : Tes souffrances te sont-elles chères ? Rabbi Elazar lui dit : Je n’accepte ni ces souffrances ni leur récompense. En entendant cela, Rabbi Yoḥanan lui dit : Donne-moi ta main. Rabbi Elazar lui donna sa main, et Rabbi Yoḥanan le releva et lui rendit la santé.
רַב הוּנָא תְּקִיפוּ לֵיהּ אַרְבַּע מְאָה דַּנֵּי דְחַמְרָא. עָל לְגַבֵּיהּ רַב יְהוּדָה אֲחוּהּ דְּרַב סַלָּא חֲסִידָא וְרַבָּנַן, וְאָמְרִי לַהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה וְרַבָּנַן, וַאֲמַרוּ לֵיהּ: לְעַיֵּין מָר בְּמִילֵיהּ. אֲמַר לְהוּ: וּמִי חֲשִׁידְנָא בְּעֵינַיְיכוּ? אֲמַרוּ לֵיהּ: מִי חֲשִׁיד קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא דְּעָבֵיד דִּינָא בְּלָא דִּינָא?!
La Guemara rapporte une autre histoire concernant la reconnaissance de la justice du châtiment divin : Quatre cents tonneaux du vin de Rav Houna ont fermenté et se sont transformés en vinaigre, lui causant une grande perte financière.
Rav Yehouda, le frère de Rav Sala le Pieux, avec les Sages, et selon certains Rav Adda bar Ahava, avec les Sages, entrèrent lui rendre visite et dirent : Le Maître devrait examiner ses actes, car peut-être a-t-il commis une transgression pour laquelle il est puni.
Rav Houna leur dit : Suis-je suspect à vos yeux ? Ai-je commis une transgression pour laquelle vous me conseillez d’examiner ma conduite ?
Ils lui dirent : Le Saint, béni soit-Il, est-Il suspect de punir sans justice ? Ta perte était certainement juste, et tu dois examiner ta conduite pour découvrir pourquoi. Les Sages étaient conscients d’un défaut dans la conduite de Rav Houna, auquel ils faisaient allusion (Tosafot).
אֲמַר לְהוּ: אִי אִיכָּא מַאן דִּשְׁמִיעַ עֲלַי מִלְּתָא — לֵימָא. אֲמַרוּ לֵיהּ: הָכִי שְׁמִיעַ לָן, דְּלָא יָהֵיב מָר שְׁבִישָׁא לַאֲרִיסֵיהּ.
Rav Houna leur dit : Si quelqu’un a entendu quelque chose d’inapproprié que j’ai fait, qu’il le dise. Ils lui dirent : Nous avons entendu dire que le maître ne donne pas une part de ses vignes à ses métayers. Un métayer a droit à une part de la récolte cultivée sur la propriété de son propriétaire, ainsi qu’à une part des vignes plantées au cours d’une année donnée.
אֲמַר לְהוּ: מִי קָא שָׁבֵיק לִי מִידֵּי מִינֵּיהּ? הָא קָא גָנֵיב לֵיהּ כּוּלֵּיהּ!
Rav Huna leur dit : Est-ce que ce métayer me laisse quoi que ce soit de la production qu’il cultive sur ma propriété ? Il vole tout. Par conséquent, en lui refusant sa part des vignes, je ne fais que récupérer ce qui m’a été volé par ce métayer.
אֲמַרוּ לֵיהּ: הַיְינוּ דְאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״בָּתַר גַּנָּבָא גְּנוֹב, וְטַעְמָא טְעֵים״. אֲמַר לְהוּ: קַבֵּילְנָא עָלַי דְּיָהֵיבְנָא לֵיהּ. אִיכָּא דְאָמְרִי: הֲדַר חַלָּא וַהֲוָה חַמְרָא. וְאִיכָּא דְאָמְרִי: אִייַּקַּר חַלָּא, וְאִיזְדְּבַן בִּדְמֵי דְחַמְרָא.
Ils lui dirent : C’est là la signification du dicton populaire : Celui qui vole un voleur goûte au goût du vol. Malgré le fait que le bien ait été volé dès le départ, on se rend néanmoins coupable de vol. Bien qu’il n’ait pas violé une interdiction à proprement parler, cela reste une forme de vol, et celui qui est tenu à une norme plus élevée que les autres sera puni pour cela.
Il leur dit : J’accepte sur moi de donner à mon métayer sa part à l’avenir.
Par la suite, à la suite du repentir de Rav Houna, Dieu lui restitua sa perte. Certains disent que son vinaigre redevint du vin, et d’autres disent que le prix du vinaigre augmenta et qu’il fut vendu au prix du vin.
תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: עַל שְׁנֵי דְבָרִים הָיִיתִי מִצְטַעֵר כׇּל יָמַי — עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא לִפְנֵי מִטָּתִי, וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם. ״עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא לִפְנֵי מִטָּתִי״, מַאי ״לִפְנֵי מִטָּתִי״? אִילֵּימָא ״לִפְנֵי מִטָּתִי״ מַמָּשׁ, וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מִנַּיִן לַמִּתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הַקִּיר — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּסֵּב חִזְקִיָּהוּ פָּנָיו אֶל הַקִּיר וַיִּתְפַּלֵּל״? לָא תֵּימָא, ״לִפְנֵי מִטָּתִי״, אֶלָּא אֵימָא ״סָמוּךְ לְמִטָּתִי״.
La Guemara revient au sujet de la prière. Il a été enseigné dans une baraita que le tanna Abba Binyamin avait l’habitude de dire : Toute ma vie, j’ai pris grand soin de deux choses : que ma prière soit avant mon lit et que mon lit soit placé du nord au sud. La déclaration d’Abba Binyamin nécessite une explication. En ce qui concerne son affirmation : Que ma prière soit avant mon lit, la Guemara demande : que signifie avant mon lit ? Si vous dites que cela signifie littéralement qu’il se tenait devant son lit et priait, cela est difficile, car Rav Yehuda a dit que Rav a dit, et certains disent que Rabbi Yehoshua ben Levi a dit : D’où est-il déduit que celui qui prie ne doit rien avoir qui fasse séparation entre lui et le mur ? Comme il est dit : « Et Ézéchias tourna son visage vers le mur et pria » (Isaïe 38:2), afin de faciliter sa concentration pendant la prière. Cela étant, pourquoi Abba Binyamin prierait-il devant son lit ? Au contraire, ne dites pas que avant mon lit se réfère à l’endroit où il se tenait pendant la prière, mais plutôt, dites qu’il priait à proximité du moment où il allait se coucher dans son lit ; il veillait à réciter le Shema et à réciter la prière du soir juste avant d’aller dormir (Rabbeinu Ḥananel).
״וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם״.
La déclaration d’Abba Binyamin : Et mon lit doit être placé du nord au sud était faite par déférence envers la Présence divine, qui repose entre l’est et l’ouest, la direction du Temple ; car le Saint des Saints se trouvait à l’ouest, tandis que l’entrée principale était à l’est. Par conséquent, les Sages veillaient à ne pas accomplir d’actions incompatibles avec cette sainteté en étant tournés d’est en ouest ; et, par conséquent, Abba Binyamin veillait à ne pas dormir dans un lit orienté d’est en ouest.
דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כׇּל הַנּוֹתֵן מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם הָוְיִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִטְנָם יִשְׂבְּעוּ בָנִים״.
À la louange de cette rigueur, les Sages ajoutèrent que Rabbi Ḥama a dit que Rabbi Ḥanina a dit que Rabbi Yitzḥak a dit : Celui qui place son lit orienté du nord au sud sera récompensé par des fils, comme il est dit : « Et dont le ventre Tu remplis de Ton trésor [utzfunekha], qui ont des fils en abondance et laissent leur abondance à leurs nourrissons » (Psaumes 17:14). Ce verset indique que celui qui oriente son lit vers le nord sera récompensé par de nombreux fils, car nord [tzafon] est étymologiquement semblable à Ton trésor [tzfunekha].
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: אַף אֵין אִשְׁתּוֹ מַפֶּלֶת נְפָלִים. כְּתִיב הָכָא: ״וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִּטְנָם״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַיִּמְלְאוּ יָמֶיהָ לָלֶדֶת וְהִנֵּה תוֹמִים בְּבִטְנָהּ״.
Rav Naḥman bar Yitzḥak a dit : De plus, sa femme ne fera pas de fausse couche. D’où le déduisons-nous ? Il est écrit ici : « Et dont le ventre Tu remplis [temaleh] de Ton trésor », et il est écrit là-bas, au sujet de la grossesse de Rébecca : « Et ses jours pour enfanter furent accomplis [vayimle’u], et voici, il y avait des jumeaux dans son ventre » (Torah 25:24) ; par conséquent : Tu remplis de Ton trésor renvoie à une grossesse qui se déroule sans complication.
תַּנְיָא. אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: שְׁנַיִם שֶׁנִּכְנְסוּ לְהִתְפַּלֵּל. וְקָדַם אֶחָד מֵהֶם לְהִתְפַּלֵּל, וְלֹא הִמְתִּין אֶת חֲבֵרוֹ. וְיָצָא. טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״טֹרֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ הַלְמַעַנְךָ תֵּעָזַב אָרֶץ״.
Une autre déclaration d’Abba Binyamin concernant les lois de la prière a été enseignée dans une baraita : Abba Binyamin dit : Si deux personnes entrent dans une synagogue située hors de la ville afin de prier, et que l’une commence à prier avant l’autre et n’attend pas l’autre personne pour qu’elle termine sa prière, et s’en va, la laissant seule dans la synagogue, sa prière lui est rejetée au visage. Parce qu’il a laissé l’autre personne seule et l’a amenée à être distraite pendant sa prière, sa propre prière lui est rejetée au visage, comme il est dit : « Toi qui déchires ton âme dans ta colère, la terre sera-t-elle abandonnée à cause de toi ? Le Rocher sera-t-il déplacé de sa place » (Job 18:4). Ce verset indique que celui qui a laissé l’autre personne seule fait effectivement en sorte que son âme, puisque la prière est l’effusion de l’âme devant Dieu, lui soit rejetée au visage. Dieu dit à cette personne : À cause de toi, penses-tu que parce que tu es parti la terre sera abandonnée, que Dieu quittera le monde et que la prière de l’autre personne ne sera pas entendue ?
וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיֶעְתַּק צוּר מִמְקֹמוֹ״. וְאֵין ״צוּר״ אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: צוּר יְלָדְךָ תֶּשִׁי״.
Non seulement cela, mais cela amène la Présence divine à se retirer d’Israël, comme il est dit dans la suite du verset : « Le Rocher sera déplacé de sa place. » Le rocher, Dieu, est contraint de retirer Sa présence. Et Rocher ne signifie rien d’autre que le Saint, béni soit-Il, comme il est dit : « Du Rocher qui t’a engendré, tu as été oublieux, et tu as oublié Dieu qui t’a mis au monde » (Deutéronome 32:18).
וְאִם הִמְתִּין לוֹ מַה שְּׂכָרוֹ?
Et s'il l'attend dans la synagogue, quelle est sa récompense ? Sa récompense est-elle proportionnelle au châtiment reçu par celui qui ne l'a pas fait ?