כׇּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וּמְעַיֵּין בָּהּ — סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹחֶלֶת מְמֻשָּׁכָה מַחֲלָה לֵב״. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִים עֲוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם, וְאֵלּוּ הֵן: קִיר נָטוּי, וְעִיּוּן תְּפִלָּה, וּמוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵירוֹ לַשָּׁמַיִם!
Quiconque prolonge sa prière et s’attend à ce qu’elle soit exaucée, finira par éprouver un chagrin de cœur, comme il est dit : « L’espoir différé rend le cœur malade » (Proverbes 13:12). De même, Rabbi Yitzḥak a dit : Trois choses rappellent les péchés d’une personne, et les voici : Se mettre en danger en s’asseyant ou en se tenant debout près d’un mur incliné sur le point de s’effondrer, s’attendre à ce que la prière soit acceptée, car cela conduit à une évaluation de sa situation et de son mérite, et porter une affaire contre une autre personne devant le Ciel, car prier pour que le Ciel juge une autre personne amène les propres actes de celui qui prie à être examinés et comparés aux actes de cette autre personne. Cela prouve que prolonger la prière est une faute.
הָא לָא קַשְׁיָא: הָא דִּמְעַיֵּין בַּהּ, הָא דְּלָא מְעַיֵּין בַּהּ. וְהֵיכִי עָבֵיד? — דְּמַפֵּישׁ בְּרַחֲמֵי.
La Guemara résout la contradiction apparente : Ce n’est pas difficile. Ceci, là où nous avons appris que prolonger la prière est indésirable, fait référence à une situation où l’on s’attend à ce que sa prière soit acceptée, tandis que ceci, là où Rav Yehouda dit que prolonger la prière prolonge la vie d’une personne, fait référence à une situation où l’on ne s’attend pas à ce que sa prière soit acceptée. Comment prolonge-t-il sa prière ? En augmentant sa supplication.
וְהַמַּאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ: דִּלְמָא אָתֵי עַנְיָא וְיָהֵיב לֵיהּ. דִּכְתִיב: ״הַמִּזְבֵּחַ עֵץ שָׁלוֹשׁ אַמּוֹת גָּבֹהַּ״, וּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר אֵלַי זֶה הַשֻּׁלְחָן אֲשֶׁר לִפְנֵי ה׳״, פָּתַח בְּמִזְבֵּחַ וְסִיֵּים בְּשֻׁלְחָן! רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כׇּל זְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים — מִזְבֵּחַ מְכַפֵּר עַל יִשְׂרָאֵל, וְעַכְשָׁיו, שֻׁלְחָנוֹ שֶׁל אָדָם מְכַפֵּר עָלָיו.
Quant à la vertu de prolonger le repas à la table, mentionnée par Rav Yehouda, la Guemara explique : Peut-être qu’un pauvre viendra pendant le repas, et l’hôte sera alors en mesure de lui donner de la nourriture immédiatement, sans obliger le pauvre à attendre. Les Sages ont ailleurs loué une personne qui se conduit convenablement pendant un repas, comme il est écrit : « L’autel, haut de trois coudées et long de deux coudées, était en bois ; ainsi que ses coins ; sa longueur et ses parois étaient aussi en bois » (Ézéchiel 41:22), et il est écrit dans la suite de ce verset : « Et il me dit : Ceci est la table qui est devant le Seigneur. » Le langage de ce verset est difficile, car il commence par l’autel et se termine par la table. Au contraire, Rabbi Yoḥanan et Rabbi Elazar disent tous deux : Tant que le Temple était debout, l’autel expiait les transgressions d’Israël. Maintenant qu’il est détruit, la table d’une personne expie ses transgressions.
וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא: מְעַלְּיוּתָא הוּא? וְהָתַנְיָא: עֲשָׂרָה דְּבָרִים מְבִיאִין אֶת הָאָדָם לִידֵי תַּחְתּוֹנִיּוֹת: הָאוֹכֵל עֲלֵי קָנִים, וַעֲלֵי גְפָנִים, וְלוּלַבֵּי גְפָנִים, וּמוֹרִיגֵּי בְהֵמָה, וְשִׁדְרוֹ שֶׁל דָּג, וְדָג מָלִיחַ שֶׁאֵינוֹ מְבוּשָּׁל כׇּל צָרְכּוֹ, וְהַשּׁוֹתֶה שִׁמְרֵי יַיִן, וְהַמְקַנֵּחַ בְּסִיד וּבְחַרְסִית. וְהַמְקַנֵּחַ בִּצְרוֹר שֶׁקִּנַּח בּוֹ חֲבֵרוֹ, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַתּוֹלֶה עַצְמוֹ בְּבֵית הַכִּסֵּא יוֹתֵר מִדַּאי.
Concernant ce que Rav Yehuda a dit en louange de celui qui prolonge son temps aux toilettes, la Guemara demande : Est-ce une vertu ? N’a-t-on pas enseigné dans une baraita : Dix choses amènent une personne à souffrir d’hémorroïdes : celui qui mange des feuilles de jonc, des feuilles de vigne, des vrilles de vigne, le palais et la langue d’un animal, ainsi que toute autre partie de l’animal qui n’est pas lisse et qui présente des protubérances, l’arête d’un poisson, un poisson salé qui n’est pas complètement cuit, et celui qui boit des lies de vin, et celui qui s’essuie avec de la chaux et de l’argile, les matériaux dont on fait la poterie, et celui qui s’essuie avec une pierre avec laquelle une autre personne s’est essuyée. Et certains disent : également celui qui se suspend trop longtemps aux toilettes. Cela prouve que prolonger son temps aux toilettes est nuisible.
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּמַאֲרִיךְ וְתָלֵי, הָא דְּמַאֲרִיךְ וְלָא תָּלֵי.
La Guemara répond : Ce n’est pas difficile. Cette baraita, qui enseigne que faire ainsi est nuisible, se réfère au cas où quelqu’un prolonge son temps là-bas et se suspend, tandis que cette déclaration de Rav Yehuda se réfère au cas où quelqu’un prolonge son temps là-bas et ne se suspend pas.
כִּי הָא דַּאֲמַרָה לֵיהּ הָהִיא מַטְרוֹנִיתָא לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי: פָּנֶיךָ דּוֹמִים לִמְגַדְּלֵי חֲזִירִים וּלְמַלְוֵי בְּרִבִּית. אֲמַר לַהּ: הֵימָנוּתָא, לְדִידִי תַּרְוַיְיהוּ אֲסִירָן, אֶלָּא — עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה בֵּית הַכִּסֵּא אִיכָּא מֵאוּשְׁפִּיזַאי לְבֵי מִדְרְשָׁא, דְּכִי אָזֵילְנָא, בָּדֵיקְנָא נַפְשַׁאי בְּכוּלְּהוּ.
La Guemara rapporte les bienfaits du fait de prolonger le temps que l’on passe aux toilettes. Comme dans cet incident où une matrone [matronita] dit à Rabbi Yehouda fils de Rabbi El’ai : Ton visage est gras et plein, comme les visages des éleveurs de porcs et des usuriers qui ne travaillent pas dur et qui vivent dans l’abondance. Il lui dit : En vérité, ces deux professions me sont interdites ; plutôt, pourquoi mon visage est-il agréable ? Parce qu’il y a vingt-quatre toilettes entre mon logement et la maison d’étude, et quand je marche, je m’arrête et m’examine dans chacune d’elles.
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מְקַצְּרִים יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם: מִי שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ סֵפֶר תּוֹרָה לִקְרוֹת וְאֵינוֹ קוֹרֵא, כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ, וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת.
Et Rav Yehuda a dit : Trois choses écourtent les jours et les années d’une personne : Celui qui est invité et à qui l’on donne le rouleau de la Torah pour lire et qui ne lit pas, celui à qui l’on donne une coupe de bénédiction sur laquelle il doit réciter une bénédiction et ne récite pas de bénédiction, et celui qui se conduit avec un air de supériorité.
סֵפֶר תּוֹרָה לִקְרוֹת וְאֵינוֹ קוֹרֵא, דִּכְתִיב: ״כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹרֶךְ יָמֶיךָ״. כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ — דִּכְתִיב: ״וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ״. וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת — דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא: מִפְּנֵי מָה מֵת יוֹסֵף קוֹדֶם לְאֶחָיו — מִפְּנֵי שֶׁהִנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת.
La Guemara détaille les sources de la Torah pour ces cas : Celui à qui l’on donne le rouleau de la Torah à lire et qui ne lit pas, comme il est écrit au sujet de la Torah : « Car elle est ta vie et la longueur de tes jours » (Deutéronome 30:20). Une coupe de bénédiction sur laquelle il faut réciter une bénédiction et il ne récite pas de bénédiction, comme il est écrit : « Je bénirai ceux qui te béniront » (Genèse 12:3) ; celui qui bénit est béni, et celui qui ne bénit pas ne mérite pas de bénédiction. Et concernant celui qui se conduit avec un air de supériorité, comme l’a dit Rabbi Ḥama, fils de Rabbi Ḥanina : Pourquoi Joseph est-il mort avant ses frères, comme l’indique l’ordre du verset : « Et Joseph mourut, ainsi que tous ses frères et toute cette génération » (Exode 1:6) ? Parce qu’il se conduisait avec un air de supériorité, et ceux qui n’exerçaient pas de rôle de direction ont vécu après sa mort.
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, שְׁלֹשָׁה צְרִיכִים רַחֲמִים: מֶלֶךְ טוֹב, שָׁנָה טוֹבָה וַחֲלוֹם טוֹב. מֶלֶךְ טוֹב — דִּכְתִיב: ״פַּלְגֵי מַיִם לֶב מֶלֶךְ בְּיַד ה׳״. שָׁנָה טוֹבָה — דִּכְתִיב: ״תָּמִיד עֵינֵי ה׳ אֱלֹהֶיךָ בָּהּ מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה״. חֲלוֹם טוֹב — דִּכְתִיב: ״וְתַחֲלִימֵנִי וְתַחֲיֵינִי״.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Trois choses nécessitent une demande de miséricorde pour se réaliser : Un bon roi, une bonne année et un bon rêve. Ces trois choses — les rois, les années et les rêves — sont toutes accordées par Dieu, et l’on doit prier pour qu’elles soient positives et constructives. La Guemara énumère les sources de ces cas : Un bon roi, comme il est écrit : « Le cœur du roi est dans la main du Seigneur comme des cours d’eau : Il l’incline partout où Il veut » (Proverbes 21:1). Une bonne année, comme il est écrit : « Les yeux du Seigneur, ton Dieu, sont toujours sur elle, du commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année » (Deutéronome 11:12). Et un bon rêve, comme il est écrit : « Ô Seigneur, par ces choses les hommes vivent, et en elles se trouve toute la vie de mon esprit ; c’est pourquoi Tu me rétabliras [vataḥlimeni] et me feras vivre » (Isaïe 38:16). En raison de leur apparente similitude étymologique, le mot taḥlimeni est interprété comme dérivant du mot ḥalom, rêve.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַכְרִיז עֲלֵיהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעַצְמוֹ וְאֵלּוּ הֵן: רָעָב, וְשׂוֹבַע, וּפַרְנָס טוֹב. רָעָב — דִּכְתִיב: ״כִּי קָרָא ה׳ לָרָעָב וְגוֹ׳״. שׂוֹבַע — דִּכְתִיב: ״וְקָרָאתִי אֶל הַדָּגָן וְהִרְבֵּיתִי אֹתוֹ״. פַּרְנָס טוֹב — דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֶל מֹשֶׁה לֵּאמֹר. רְאֵה קָרָאתִי בְשֵׁם בְּצַלְאֵל וְגוֹ׳״.
De même, Rabbi Yoḥanan a dit : Trois choses sont proclamées par le Saint, béni soit-Il, Lui-même : la famine, l’abondance et un bon dirigeant. La Guemara énumère les sources de ces cas : La famine, comme il est écrit : « Car le Seigneur a appelé une famine ; et elle viendra aussi sur le pays pendant sept ans » (II Rois 8:1). L’abondance, comme il est écrit : « Et J’appellerai le blé, Je le multiplierai, et Je ne mettrai pas sur vous de famine » (Ézéchiel 36:29). Et un bon dirigeant, comme il est écrit : « Et le Seigneur parla à Moïse, disant : Vois, J’ai appelé par son nom Bezalel, fils d’Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda » (Exode 31:1–2).
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אֵין מַעֲמִידִין פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר אֶלָּא אִם כֵּן נִמְלָכִים בַּצִּבּוּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רְאוּ קָרָא ה׳ בְּשֵׁם בְּצַלְאֵל״, אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, הָגוּן עָלֶיךָ בְּצַלְאֵל? אָמַר לוֹ: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אִם לְפָנֶיךָ הָגוּן — לְפָנַי לֹא כׇּל שֶׁכֵּן! אָמַר לוֹ: אַף עַל פִּי כֵן, לֵךְ אֱמוֹר לָהֶם. הָלַךְ וְאָמַר לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל: הָגוּן עֲלֵיכֶם בְּצַלְאֵל? אָמְרוּ לוֹ: אִם לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּלְפָנֶיךָ הוּא הָגוּן, לְפָנֵינוּ לֹא כׇּל שֶׁכֵּן!
Concernant la nomination de Bezalel, Rabbi Yitzḥak a dit : On ne peut nommer un dirigeant à la tête d’une communauté que s’il consulte la communauté et qu’elle accepte la nomination, comme il est dit : « Et Moïse dit aux enfants d’Israël : Voyez, le Seigneur a appelé par son nom Bezalel, fils d’Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda » (Exode 35:30). Le Seigneur dit à Moïse : Moïse, Bezalel est-il une nomination appropriée à tes yeux ? Moïse Lui dit : Maître de l’univers, s’il est une nomination appropriée à Tes yeux, à plus forte raison à mes yeux. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : Néanmoins, va le dire à Israël et demande leur avis. Moïse alla et dit à Israël : Bezalel est-il approprié à vos yeux ? Ils lui dirent : S’il est approprié aux yeux du Saint, béni soit-Il, et à tes yeux, à plus forte raison l’est-il à nos yeux.
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: בְּצַלְאֵל עַל שֵׁם חׇכְמָתוֹ נִקְרָא. בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: לֵךְ אֱמוֹר לוֹ לִבְצַלְאֵל ״עֲשֵׂה לִי מִשְׁכָּן אָרוֹן וְכֵלִים״. הָלַךְ מֹשֶׁה וְהָפַךְ וְאָמַר לוֹ: ״עֲשֵׂה אָרוֹן וְכֵלִים וּמִשְׁכָּן״. אָמַר לוֹ: מֹשֶׁה רַבֵּינוּ, מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם אָדָם בּוֹנֶה בַּיִת וְאַחַר כָּךְ מַכְנִיס לְתוֹכוֹ כֵּלִים, וְאַתָּה אוֹמֵר ״עֲשֵׂה לִי אָרוֹן וְכֵלִים וּמִשְׁכָּן״, כֵּלִים שֶׁאֲנִי עוֹשֶׂה, לְהֵיכָן אַכְנִיסֵם? שֶׁמָּא כָּךְ אָמַר לְךָ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, ״עֲשֵׂה מִשְׁכָּן אָרוֹן וְכֵלִים״?! אָמַר לוֹ: שֶׁמָּא בְּצֵל אֵל הָיִיתָ וְיָדַעְתָּ?
Rabbi Shmuel bar Naḥmani a dit que Rabbi Yonatan a dit : Bezalel fut appelé de ce nom en raison de sa sagesse. Lorsque le Saint, béni soit-Il, dit à Moïse : Va dire à Bezalel : « Fais un tabernacle, une arche et des ustensiles » (voir Exode 31:7–11), Moïse alla et inversa l’ordre et dit à Bezalel : « Fais une arche, des ustensiles et un tabernacle » (voir Exode 25–26). Il dit à Moïse : Moïse, notre maître, la pratique courante dans le monde entier est qu’une personne construit une maison et ne place les ustensiles dans la maison qu’ensuite, et tu me dis : « Fais une arche, des ustensiles et un tabernacle. » Si je fais cela dans l’ordre que tu as commandé, les ustensiles que je ferai, où les mettrai-je ? Peut-être que Dieu t’a dit ceci : « Fais un tabernacle, une arche et des ustensiles » (voir Exode 36). Moïse dit à Bezalel : Peut-être étais-tu dans l’ombre de Dieu [betzel El], et tu savais exactement ce qu’Il avait dit. Tu as saisi les commandements de Dieu exactement comme Il les a énoncés, comme si tu avais été là.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: יוֹדֵעַ הָיָה בְּצַלְאֵל לְצָרֵף אוֹתִיּוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ בָּהֶן שָׁמַיִם וָאָרֶץ. כְּתִיב הָכָא: ״וַיְמַלֵּא אֹתוֹ רוּחַ אֱלֹהִים בְּחׇכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת״, וּכְתִיב הָתָם: ״ה׳ בְּחׇכְמָה יָסַד אָרֶץ כּוֹנֵן שָׁמַיִם בִּתְבוּנָה״. וּכְתִיב: ״בְּדַעְתּוֹ תְּהוֹמוֹת נִבְקָעוּ״.
Rav Yehuda a dit que Rav a dit : Bezalel savait comment combiner les lettres avec lesquelles le ciel et la terre furent créés. D’où l’apprenons-nous ? Il est écrit ici à la louange de Bezalel : « Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, de sagesse, d’intelligence et de connaissance, et pour toutes sortes d’ouvrages » (Exode 31:3) ; et il est écrit là-bas au sujet de la création du ciel et de la terre : « Le Seigneur, par la sagesse, a fondé la terre ; par l’intelligence Il a établi les cieux » (Proverbes 3:19), et il est écrit : « Par Sa connaissance les abîmes se sont fendus et les nuées distillent la rosée » (Proverbes 3:20). Nous voyons que la sagesse, l’intelligence et la connaissance, les qualités avec lesquelles les cieux et la terre furent créés, se trouvent toutes en Bezalel.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נוֹתֵן חָכְמָה אֶלָּא לְמִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חָכְמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָהֵב חׇכְמְתָא לְחַכִּימִין וּמַנְדְּעָא לְיָדְעֵי בִינָה״. שְׁמַע רַב תַּחְלִיפָא בַּר מַעְרְבָא וְאַמְרַהּ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ. אָמַר לֵיהּ: אַתּוּן מֵהָתָם מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן מֵהָכָא מַתְנִינַן לַהּ, דִּכְתִיב: ״וּבְלֵב כׇּל חֲכַם לֵב נָתַתִּי חׇכְמָה״.
Dans le même esprit, Rabbi Yoḥanan a dit : Le Saint, béni soit-Il, n’accorde la sagesse qu’à celui qui possède déjà la sagesse, comme il est dit : « Il donne la sagesse aux sages, et la connaissance à ceux qui connaissent l’intelligence » (Daniel 2:21). Rav Taḥalifa, de l’Ouest, Eretz Yisrael, a entendu cela et l’a répété devant Rabbi Abbahu. Rabbi Abbahu lui a dit : Tu as appris la preuve de cette idée de là-bas ; nous l’apprenons d’ici : Comme il est écrit à la louange des bâtisseurs du Tabernacle : « Et dans le cœur de tous ceux qui ont le cœur sage, J’ai placé la sagesse » (Exode 31:6).
אָמַר רַב חִסְדָּא: כׇּל חֲלוֹם, וְלָא טְווֹת. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא דְּלָא מְפַשַּׁר כְּאִגַּרְתָּא דְּלָא מִקַּרְיָא. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: לָא חֶלְמָא טָבָא מִקַּיַּים כּוּלֵּיהּ וְלָא חֶלְמָא בִּישָׁא מִקַּיַּים כּוּלֵּיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא בִּישָׁא עֲדִיף מֵחֶלְמָא טָבָא. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא בִּישָׁא — עֲצִיבוּתֵיהּ מִסְתְּיֵיהּ, חֶלְמָא טָבָא — חֶדְוֵיהּ מִסְתְּיֵיהּ. אָמַר רַב יוֹסֵף: חֶלְמָא טָבָא, אֲפִילּוּ לְדִידִי, בְּדִיחוּתֵיהּ מְפַכְּחָא לֵיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא בִּישָׁא קָשֶׁה מִנְּגָדָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָאֱלֹהִים עָשָׂה שֶׁיִּרְאוּ מִלְּפָנָיו״, וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זֶה חֲלוֹם רַע.
En lien avec ce qui a été dit plus haut, à savoir qu’il faut prier pour un bon rêve, la Guemara cite d’autres maximes concernant les rêves et leur interprétation. Rav Ḥisda a dit : Il vaut mieux voir n’importe quel rêve, et non un jeûne. Autrement dit, n’importe quel rêve est préférable à un rêve pendant un jeûne. Et Rav Ḥisda a dit : Un rêve non interprété est comme une lettre non lue. Tant qu’il n’est pas interprété, il ne peut pas s’accomplir ; l’interprétation d’un rêve en crée le sens. Et Rav Ḥisda a dit : Un bon rêve ne s’accomplit pas entièrement, et un mauvais rêve ne s’accomplit pas entièrement. Et Rav Ḥisda a dit : Un mauvais rêve est préférable à un bon rêve, car un mauvais rêve pousse une personne à éprouver du remords et à se repentir. Et Rav Ḥisda a dit : Un mauvais rêve, sa tristesse lui suffit ; un bon rêve, sa joie lui suffit. Cela signifie que la tristesse ou la joie engendrée par le rêve rend superflu son accomplissement réel. De même, Rav Yosef a dit : Même pour moi, la joie d’un bon rêve l’annule. Même Rav Yosef, qui était aveugle et malade, tirait un tel plaisir d’un bon rêve qu’il ne se réalisait jamais réellement. Et Rav Ḥisda a dit : Un mauvais rêve est pire que des coups, comme il est dit : « Dieu l’a ainsi fait, afin que les hommes Le craignent » (Ecclésiaste 3:14), et Rabba bar bar Ḥana a dit que Rabbi Yoḥanan a dit : C’est cela un mauvais rêve qui amène l’homme à craindre.
״הַנָּבִיא אֲשֶׁר אִתּוֹ חֲלוֹם יְסַפֵּר חֲלוֹם וַאֲשֶׁר דְּבָרִי אִתּוֹ יְדַבֵּר דְּבָרִי אֱמֶת מַה לַתֶּבֶן אֶת הַבָּר נְאֻם ה׳״. וְכִי מָה עִנְיַן בַּר וְתֶבֶן אֵצֶל חֲלוֹם? אֶלָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: כְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְבַר בְּלֹא תֶּבֶן, כָּךְ אִי אֶפְשָׁר לַחֲלוֹם בְּלֹא דְּבָרִים בְּטֵלִים.
Concernant le verset : « Le prophète qui a un rêve, qu’il raconte un rêve ; et celui qui a Ma parole, qu’il dise Ma parole fidèlement. Qu’a la paille à voir avec le grain ? dit le Seigneur » (Jérémie 23:28), la Guemara demande : Quel rapport la paille et le grain ont-ils avec un rêve ? Au contraire, Rabbi Yoḥanan a dit au nom de Rabbi Shimon bar Yoḥai : De même qu’il est impossible que le grain pousse sans paille, de même il est impossible de rêver sans choses futiles. Même un rêve qui se réalisera à l’avenir contient un certain élément d’absurdité.
אָמַר רַבִּי בֶּרֶכְיָה: חֲלוֹם, אַף עַל פִּי שֶׁמִּקְצָתוֹ מִתְקַיֵּים — כּוּלּוֹ אֵינוֹ מִתְקַיֵּים. מְנָא לַן? — מִיּוֹסֵף, דִּכְתִיב: ״וְהִנֵּה הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְגוֹ׳״.
Dans le même ordre d’idée, Rabbi Berekhya a dit : Bien qu’une partie d’un rêve s’accomplisse, il ne s’accomplit pas en totalité. D’où tirons-nous cela ? De l’histoire du rêve de Joseph, comme il est écrit : « Et il dit : Voici, j’ai encore rêvé un rêve : et voici, le soleil et la lune