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דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹתִי״.
Comme il est écrit dans une prophétie future : « En ce jour-là, dit le Seigneur, je rassemblerai les boiteux, et je recueillerai ceux qui sont abandonnés et ceux envers qui j’ai agi avec méchanceté » (Michée 4:6). Dieu déclare qu’Il a poussé Israël à agir méchamment.
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם שֶׁל שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל.
De même, Rabbi Ḥama, fils de Rabbi Ḥanina, a dit : N’eût été ces trois versets, les jambes des ennemis d’Israël, euphémisme désignant Israël lui-même, auraient flanché, car Israël n’aurait pas pu résister au jugement de Dieu.
חַד דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹתִי״, וְחַד דִּכְתִיב: ״הִנֵּה כַחֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר כֵּן אַתֶּם בְּיָדִי בֵּית יִשְׂרָאֵל״, וְחַד דִּכְתִיב: ״וַהֲסִרֹתִי אֶת לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב בָּשָׂר״.
L’un est le verset qui vient d’être mentionné dans lequel il est écrit : « Ceux avec qui J’ai agi dans la méchanceté. » Et l’un est le verset dans lequel il est écrit : « Voici, comme l’argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans Ma main, maison d’Israël » (Jérémie 18:6). Et l’un est le verset dans lequel il est écrit : « Et Je vous donnerai un cœur nouveau et Je mettrai en vous un esprit nouveau, et J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et Je vous donnerai un cœur de chair » (Ézéchiel 36:26). Ces trois versets indiquent que Dieu influence les décisions d’une personne et que, par conséquent, on n’a pas la responsabilité exclusive de ses actes.
רַב פָּפָּא אָמַר מֵהָכָא: ״וְאֶת רוּחִי אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם וְעָשִׂיתִי אֵת אֲשֶׁר בְּחֻקַּי תֵּלֵכוּ״.
Rav Pappa a dit qu’il y a une preuve plus claire d’ici : « Et Je mettrai Mon esprit en vous et Je ferai en sorte que vous marchiez selon Mes lois, et vous observerez Mes décrets et les accomplirez » (Ézéchiel 36:27).
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מֹשֶׁה הֵטִיחַ דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּתְפַּלֵּל מֹשֶׁה אֶל ה׳״ אַל תִּקְרֵי ״אֶל ה׳״, אֶלָּא ״עַל ה׳״.
Et Rabbi Elazar dit : Moïse aussi parla avec insolence envers Dieu dans les Hauteurs, comme il est dit dans le verset qui suit le péché de ceux qui murmurèrent contre Dieu dans le désert : "Et Moïse pria le Seigneur et le feu s'apaisa" (Nombres 11:2), et ce verset est interprété de manière homilétique : Ne lis pas vers [el] le Seigneur, mais plutôt sur [al] le Seigneur, ce qui indique qu'il parla avec insolence.
שֶׁכֵּן דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב קוֹרִין לָאַלְפִין עַיְינִין, וְלָעַיְינִין אַלְפִין.
La Guemara explique le fondement de cette interprétation : De même que les Sages de l’école de Rabbi Eliezer ben Ya’akov avaient l’habitude de lire indistinctement alef comme ayin et ayin comme alef, et dans ce cas de transformer el en al.
דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי אָמְרִי, מֵהָכָא: ״וְדִי זָהָב״.
Les Sages de l’école de Rabbi Yannai, cependant, disent que la preuve que Moïse a parlé avec impertinence envers Dieu au plus haut des cieux est tirée d’ici, du reproche de Moïse au début du Deutéronome : « Et Di-Zahav » (Deutéronome 1:1). Il s’agit d’une entrée dans une liste de lieux où Moïse avait parlé à Israël. Comme aucun lieu portant ce nom n’était connu, cela est interprété comme une allusion à une autre affaire.
מַאי ״וְדִי זָהָב״? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: כָּךְ אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, בִּשְׁבִיל כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, עַד שֶׁאָמְרוּ ״דַּי״ — הוּא גָּרַם שֶׁעָשׂוּ אֶת הָעֵגֶל.
Nous devons clarifier : Quel est le sens de et Di Zahav ? Les Sages de l’école de Rabbi Yannai ont dit que Moïse a dit ce qui suit devant le Saint, Béni soit-Il, afin d’obtenir l’expiation pour Israël après le péché du Veau d’or : Maître de l’Univers, à cause de l’or et de l’argent que Tu as prodigués à Israël lors de la sortie d’Égypte jusqu’à ce qu’ils disent assez [dai] ; c’est cette richesse qui a amené Israël à faire le Veau d’or.
אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: אֵין אֲרִי נוֹהֵם מִתּוֹךְ קוּפָּה שֶׁל תֶּבֶן אֶלָּא מִתּוֹךְ קוּפָּה שֶׁל בָּשָׂר.
Établissant un principe moral général, les Sages de l’école de Rabbi Yannai ont dit : Un lion ne rugit pas lorsqu’il se tient au-dessus d’un panier de paille dont il ne tire aucun plaisir, mais il rugit lorsqu’il se tient au-dessus d’un panier de viande, car il ne rugit que lorsqu’il est rassasié.
אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: מָשָׁל לְאָדָם שֶׁהָיְתָה לוֹ פָּרָה כְּחוּשָׁה וּבַעֲלַת אֵבָרִים, הֶאֱכִילָהּ כַּרְשִׁינִין וְהָיְתָה מְבַעֶטֶת בּוֹ. אָמַר לָהּ: מִי גָּרַם לִיךְ שֶׁתְּהֵא מְבַעֶטֶת בִּי — אֶלָּא כַּרְשִׁינִין שֶׁהֶאֱכַלְתִּיךְ.
De même, rabbi Oshaya a dit : Cela est comparable à une personne qui avait une vache maigre, mais aux membres grands. À un moment donné, il la nourrit de lupins, une nourriture de choix, et peu après la vache se mit à lui donner des coups de pied. Il dit à la vache : Qui t’a amenée à commencer à me donner des coups de pied, sinon les lupins dont je t’ai nourrie ? Ici aussi, le péché a été causé par une abondance de bien.
אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מָשָׁל לְאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה לוֹ בֵּן. הִרְחִיצוֹ וְסָכוֹ, וְהֶאֱכִילוֹ וְהִשְׁקָהוּ, וְתָלָה לוֹ כִּיס עַל צַוָּארוֹ, וְהוֹשִׁיבוֹ עַל פֶּתַח שֶׁל זוֹנוֹת. מַה יַּעֲשֶׂה אוֹתוֹ הַבֵּן שֶׁלֹּא יֶחֱטָא?!
La Guemara propose une autre analogie : Rabbi Ḥiyya bar Abba a dit que Rabbi Yoḥanan a dit : Cela est comparable à une personne qui avait un fils ; elle l’a lavé et l’a oint d’huile, l’a nourri et lui a donné à boire, et a suspendu une bourse d’argent à son cou. Ensuite, elle a amené son fils à l’entrée d’un bordel. Que pouvait faire le fils pour éviter de pécher ?
אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: מְלֵי כְּרֵסֵיהּ זְנֵי בִּישֵׁי. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּמַרְעִיתָם וַיִּשְׂבָּעוּ שָׂבְעוּ וַיָּרׇם לִבָּם עַל כֵּן שְׁכֵחוּנִי״. רַב נַחְמָן אָמַר: מֵהָכָא: ״וְרָם לְבָבֶךָ וְשָׁכַחְתָּ אֶת ה׳״. וְרַבָּנַן אָמְרִי, מֵהָכָא: ״וְאָכַל וְשָׂבַע וְדָשֵׁן וּפָנָה״.
Dans le même esprit, Rav Aḥa, fils de Rav Huna, a dit que Rav Sheshet a dit : C’est ce que les gens disent dans une maxime populaire : Remplir son ventre est une forme de péché, comme il est dit : « Lorsqu’ils furent nourris et rassasiés, ils furent repus, et leur cœur s’éleva, et ils M’ont oublié » (Osée 13:6). Rav Naḥman a dit : Ce principe ne se déduit pas du verset d’Osée, mais d’ici : « Et ton cœur s’élève et tu oublies le Seigneur » (Deutéronome 8:14). Et les Sages disent que ce principe se déduit d’ici : « Et ils auront mangé, auront été rassasiés et engraissés, et ils se tourneront vers d’autres dieux » (Deutéronome 31:20).
וְאִי בָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״וַיִּשְׁמַן יְשׁוּרוּן וַיִּבְעָט״. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מִנַּיִן שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְהוֹדָה לוֹ לְמֹשֶׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכֶסֶף הִרְבֵּיתִי לָהֶם וְזָהָב עָשׂוּ לַבָּעַל״.
Et si tu le souhaites, dis plutôt que cela est dérivé d’ici : « Yeshouroun s’engraissa et rua » (Deutéronome 32:15). Rabbi Shmuel bar Naḥmani a dit que Rabbi Yonatan a dit : D’où dans la Torah est-il dérivé que le Saint, béni soit-Il, a finalement concédé à Moïse que la raison du péché du Veau d’or était bien les richesses prodiguées à Israël ? Comme il est dit : « Et Je leur ai donné une abondance d’argent et d’or, qu’ils ont utilisés pour le Baal » (Osée 2:10).
״וַיְדַבֵּר ה׳ אֶל מֹשֶׁה לֶךְ רֵד״. מַאי ״לֶךְ רֵד״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, רֵד מִגְּדוּלָּתְךָ! כְּלוּם נָתַתִּי לְךָ גְּדוּלָּה אֶלָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל. וְעַכְשָׁיו יִשְׂרָאֵל חָטְאוּ — אַתָּה לָמָּה לִי? מִיָּד תָּשַׁשׁ כּוֹחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה, וְלֹא הָיָה לוֹ כֹּחַ לְדַבֵּר. וְכֵיוָן שֶׁאָמַר ״הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם״, אָמַר מֹשֶׁה: דָּבָר זֶה תָּלוּי בִּי! מִיָּד עָמַד וְנִתְחַזֵּק בִּתְפִלָּה, וּבִקֵּשׁ רַחֲמִים.
La Guemara développe des aspects supplémentaires du péché du Veau d’or. Il est dit : « Et le Seigneur dit à Moïse : Va, descends, car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Égypte, s’est corrompu » (Exode 32:7). Quel est le sens de « va, descends » ? Rabbi Elazar a dit : Le Saint, béni soit-Il, dit à Moïse : Moïse, descends de ta grandeur. N’est-ce pas uniquement pour le bien d’Israël, afin que tu serves d’émissaire, que Je t’ai accordé de l’importance ; et maintenant qu’Israël a péché, pourquoi ai-Je besoin de toi ? Il n’y a pas besoin d’émissaire. Immédiatement, la force de Moïse faiblit et il fut incapable de parler pour défendre Israël. Et lorsque Dieu dit à Moïse : « Laisse-Moi, afin que Je les détruise » (Deutéronome 9:14), Moïse se dit à lui-même : Si Dieu me dit de Le laisser, c’est forcément parce que cette affaire dépend de moi. Immédiatement, Moïse se leva, se fortifia dans la prière et demanda à Dieu d’avoir miséricorde envers la nation d’Israël et de leur pardonner leur transgression.
מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁכָּעַס עַל בְּנוֹ, וְהָיָה מַכֵּהוּ מַכָּה גְּדוֹלָה. וְהָיָה אוֹהֲבוֹ יוֹשֵׁב לְפָנָיו, וּמִתְיָרֵא לוֹמַר לוֹ דָּבָר. אָמַר הַמֶּלֶךְ: אִלְמָלֵא אוֹהֲבִי זֶה שֶׁיּוֹשֵׁב לְפָנַי — הֲרַגְתִּיךָ. אָמַר: דָּבָר זֶה תָּלוּי בִּי. מִיָּד עָמַד וְהִצִּילוֹ.
La Guemara dit : Cela est comparable à un roi qui se mit en colère contre son fils qui avait fauté contre lui, et le frappa, lui infligeant une sévère correction. À ce moment-là, un bienfaiteur du roi était assis devant lui et fut témoin de toute la scène, et eut peur de dire quoi que ce soit au roi au sujet de la correction excessive. Pendant ce temps, le roi dit à son fils : N’eût été ce bienfaiteur à moi qui est assis devant moi, je t’aurais tué. En entendant cela, l’ami du roi se dit à lui-même : C’est clairement un signe que cette affaire, sauver le fils des mains de son père, dépend de moi. Immédiatement, il se leva et le sauva du roi.
״וְעַתָּה הַנִּיחָה לִּי וְיִחַר אַפִּי בָהֶם וַאֲכַלֵּם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי גָּדוֹל וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: אִלְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב, אִי אֶפְשָׁר לְאוֹמְרוֹ. מְלַמֵּד שֶׁתְּפָסוֹ מֹשֶׁה לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, כְּאָדָם שֶׁהוּא תּוֹפֵס אֶת חֲבֵירוֹ בְּבִגְדוֹ, וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אֵין אֲנִי מַנִּיחֲךָ עַד שֶׁתִּמְחוֹל וְתִסְלַח לָהֶם.
Dans un aspect supplémentaire du péché du Veau d’or, Dieu dit à Moïse : « Maintenant, laisse-Moi, afin que Ma colère s’enflamme contre eux et que Je les consume ; et Je ferai de toi une grande nation » (Exode 32:10). En expliquant ce verset, Rabbi Abbahu dit : si le verset n’avait pas été écrit de cette manière, il serait impossible de le prononcer, par déférence envers Dieu. L’expression : Laisse-Moi, enseigne que Moïse saisit le Saint, béni soit-Il, comme une personne saisit son ami par son vêtement, et il dit devant Lui : Maître de l’Univers, je ne Te laisserai pas jusqu’à ce que Tu leur pardonnes et les absolves.
״וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי גָדוֹל וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּמָה כִּסֵּא שֶׁל שָׁלֹשׁ רַגְלַיִם אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲמוֹד לְפָנֶיךָ בִּשְׁעַת כַּעְסֶךְ. כִּסֵּא שֶׁל רֶגֶל אֶחָד — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!
Dans ce même verset, Dieu promit à Moïse : « Et je ferai de toi une grande nation. » Quelle fut la réponse de Moïse ? Rabbi Elazar a dit : Moïse dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître de l’Univers, si une chaise à trois pieds, le mérite collectif des trois patriarches, est incapable de tenir devant Toi au moment de Ta colère, à plus forte raison qu’une chaise à un seul pied, mon seul mérite, sera incapable de résister à Ta colère.
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ בִּי בּוֹשֶׁת פָּנִים מֵאֲבוֹתַי, עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ: רְאוּ פַּרְנָס שֶׁהֶעֱמִיד עֲלֵיהֶם. בִּקֵּשׁ גְּדוּלָּה לְעַצְמוֹ, וְלֹא בִּקֵּשׁ עֲלֵיהֶם רַחֲמִים.
De plus, j’ai un sentiment de honte devant mes ancêtres. Maintenant ils diront : Voyez ce chef que Dieu a placé sur Israël. Il a demandé la grandeur pour lui-même, mais n’a pas prié pour que Dieu ait miséricorde d’eux au temps de leur détresse.
״וַיְחַל מֹשֶׁה אֶת פְּנֵי ה׳״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁעָמַד מֹשֶׁה בִּתְפִלָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, עַד שֶׁהֶחֱלָהוּ. וְרָבָא אָמַר: עַד שֶׁהֵפֵר לוֹ נִדְרוֹ. כְּתִיב הָכָא: ״וַיְחַל״, וּכְתִיב הָתָם: ״לֹא יַחֵל דְּבָרוֹ״, וְאָמַר מָר: הוּא אֵינוֹ מֵיחֵל, אֲבָל אֲחֵרִים מְחִלִּין לוֹ.
La Torah continue : « Et Moïse implora [vayḥal] devant le Seigneur » (Exode 32:11). De nombreuses interprétations ont été données pour ce terme inhabituel, vayḥal : Rabbi Elazar a dit : Cela enseigne que Moïse se tint en prière devant le Saint, béni soit-Il, jusqu’à en tomber malade [heḥelahu] à force d’effort. Et Rava a dit : Moïse se tint en prière jusqu’à ce qu’il annule Son vœu, car le terme vayḥal fait allusion à l’annulation d’un serment. Ici il est écrit vayḥal, et là-bas au sujet des vœux, il est écrit : « Il ne profanera pas [lo yaḥel] sa parole » (Nombres 30:3). Et au sujet des vœux, le Maître a dit : Celui qui a fait un vœu ne peut pas l’annuler, mais d’autres, le tribunal, peuvent annuler son vœu pour lui. Ici, c’est comme si Moïse avait annulé le vœu du Seigneur de détruire Israël.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מְלַמֵּד שֶׁמָּסַר עַצְמוֹ לְמִיתָה עֲלֵיהֶם. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ״.
Et Shmuel dit : Le terme vayḥalenseigne que Moïse a donné sa vie, du terme ḥalal, une personne morte, pour Israël, comme il est dit : « Et sinon, efface-moi, je Te prie, de Ton livre » (Exode 32:32).
אָמַר רָבָא אָמַר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁהֻחֲלָה עֲלֵיהֶם מִדַּת רַחֲמִים.
Rava, interprétant également ce verset, a dit que Rav Yitzḥak a dit : Le terme vayḥal enseigne qu’il a fait entrer en action l’Attribut divin de Miséricorde [heḥela] sur eux.
וְרַבָּנַן אָמְרִי: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! חוּלִּין הוּא לְּךָ מֵעֲשׂוֹת כַּדָּבָר הַזֶּה.
Et les Rabbins disent que ce terme constitue l’essence de l’argument de Moïse : Cela enseigne que Moïse a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître de l’Univers ! C’est une profanation [ḥullin] pour Toi de faire une chose pareille.
״וַיְחַל מֹשֶׁה אֶת פְּנֵי ה׳״, תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: מְלַמֵּד שֶׁעָמַד מֹשֶׁה בִּתְפִלָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַד שֶׁאֲחָזַתּוּ אֲחִילוּ. מַאי אֲחִילוּ? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת. מַאי אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת? אָמַר אַבָּיֵי: אִשָּׁתָא דְגַרְמֵי.
Et une autre interprétation du verset, « Et Moïse implora [vayḥal] devant le Seigneur. Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer le Grand dit : Ce terme enseigne que Moïse se tint en prière devant le Saint, béni soit-Il, jusqu’à ce qu’il soit accablé par aḥilu. Même les Sages ne connaissaient pas ce terme. C’est pourquoi la Guemara demande : Quel est le sens de aḥilu ? Rabbi Elazar, un amora de la Terre d’Israël, a dit que aḥilu est un feu dans les os. Cependant, cette expression était connue en Terre d’Israël mais non en Babylonie. Ils demandèrent en Babylonie : Quelle est la maladie qu’ils appelaient feu des os ? Abaye dit qu’il s’agit d’une maladie connue en Babylonie sous le nom de eshta degarmei, qui signifie en araméen feu des os ; autrement dit, une fièvre.
״זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בָּךְ״. מַאי ״בָּךְ״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אִלְמָלֵא נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ, הָיִיתִי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁשָּׁמַיִם וָאָרֶץ בְּטֵלִים — כָּךְ שְׁבוּעָתְךָ בְּטֵלָה. וְעַכְשָׁו שֶׁנִּשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל, מָה שִׁמְךָ הַגָּדוֹל חַי וְקַיָּים לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים — כָּךְ שְׁבוּעָתְךָ קַיֶּימֶת לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים.
Alors que Moïse poursuit sa prière, il dit : « Souviens-Toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, Tes serviteurs, à qui Tu as juré par Ton nom » (Exode 32:13). Quel est le sens de par Ton nom ? Rabbi Elazar a dit : Moïse dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître de l’Univers, si Tu leur avais juré par les cieux et la terre, je dirais : De même que les cieux et la terre finiront par ne plus être, de même Ton serment sera annulé et sans effet. Maintenant que Tu leur as juré par Ton grand nom, de même que Ton nom vit et demeure pour toute l’éternité, de même Ton serment vit et demeure pour toute l’éternité.
״וַתְּדַבֵּר אֲלֵיהֶם אַרְבֶּה אֶת זַרְעֲכֶם כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמָיִם וְכׇל הָאָרֶץ הַזֹּאת אֲשֶׁר אָמַרְתִּי״, הַאי ״אֲשֶׁר אָמַרְתִּי״, ״אֲשֶׁר אָמַרְתָּ״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!
Dans ce verset, Moïse poursuit : « Et Tu leur as dit : Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, et tout ce pays dont J’ai parlé Je le donnerai à ta descendance, afin qu’ils en héritent pour toujours. » La Guemara clarifie une expression déroutante dans ce verset. Cette expression dont J’ai parlé, aurait dû dire : dont Tu as parlé, puisque Moïse fait référence à la promesse de Dieu aux patriarches.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: עַד כָּאן דִּבְרֵי תַלְמִיד, מִכָּאן וְאֵילָךְ — דִּבְרֵי הָרַב. וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: אֵלּוּ וָאֵלּוּ דִּבְרֵי תַלְמִיד, אֶלָּא כָּךְ אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, דְּבָרִים שֶׁאָמַרְתָּ לִי ״לֵךְ אֱמוֹר לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל״ בִּשְׁמִי, הָלַכְתִּי וְאָמַרְתִּי לָהֶם בִּשְׁמֶךָ. עַכְשָׁו מָה אֲנִי אוֹמֵר לָהֶם?
Rabbi Elazar a dit : Jusqu’à ce point, le verset cite les paroles de l’élève, Moïse ; à partir de ce point, « et tout ce pays dont J’ai parlé », le verset cite les paroles du Maître, Dieu. Et Rabbi Shmuel bar Naḥmani a dit : Celles-ci comme celles-là sont les paroles de l’élève ; Moïse a prononcé tout le verset. Au contraire, Moïse dit devant le Saint, Béni soit-Il : Maître de l’Univers, ces choses que Tu m’as dit d’aller dire à Israël en Mon nom, je suis allé et je les ai dites à eux en Ton nom. J’ai déjà parlé à Israël de la promesse de Dieu aux ancêtres. Et maintenant, que leur dis-je ?
״מִבִּלְתִּי יְכֹלֶת ה׳״: יָכוֹל ה׳ מִיבְּעֵי לֵיהּ.
La Guemara passe à une discussion sur des prières supplémentaires offertes par Moïse. Moïse a dit que, si Dieu ne parvient pas à faire entrer le peuple juif en Eretz Yisrael, les nations du monde diront : « Le Seigneur n’avait pas la capacité [yekholet] de faire entrer ce peuple dans le pays qu’Il leur a juré, et Il les a tués dans le désert » (Nombres 14:16). La Guemara examine ce verset de près : le verset n’aurait pas dû utiliser le terme yekholet, un nom abstrait féminin, mais plutôt, il aurait dû dire : « Le Seigneur n’était pas capable [yakhol], » un verbe masculin.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ אוּמּוֹת הָעוֹלָם תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ כִּנְקֵבָה, וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַצִּיל. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: וַהֲלֹא כְּבָר רָאוּ נִסִּים וּגְבוּרוֹת שֶׁעָשִׂיתִי לָהֶם עַל הַיָּם. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, עֲדַיִין יֵשׁ לָהֶם לוֹמַר: לְמֶלֶךְ אֶחָד יָכוֹל לַעֲמוֹד, לִשְׁלשִׁים וְאֶחָד מְלָכִים אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲמוֹד.
Rabbi Elazar a dit : Moïse l’a formulé ainsi parce qu’il a dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître de l’Univers, maintenant les nations du monde diront que Sa force s’est affaiblie comme celle d’une femme et qu’Il est incapable de sauver la nation d’Israël. Le Saint, béni soit-Il, dit à Moïse : Est-ce que les nations du monde n’ont pas déjà vu les miracles et les actes puissants que J’ai accomplis en faveur d’Israël à la mer Rouge ? Moïse dit devant Lui : Maître de l’Univers, elles peuvent encore dire : Le Seigneur peut tenir tête à un seul roi comme Pharaon et le vaincre, mais Il est incapable de tenir tête aux trente et un rois du pays de Canaan.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִנַּיִן שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְהוֹדָה לוֹ לְמֹשֶׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ סָלַחְתִּי כִּדְבָרֶיךָ״. תָּנֵי דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כִּדְבָרֶיךָ, עֲתִידִים אוּמּוֹת הָעוֹלָם לוֹמַר כֵּן.
Rabbi Yoḥanan a dit : D’où est-il dérivé que le Saint, béni soit-Il, a finalement cédé à Moïse ? Comme il est dit : « Et le Seigneur dit : J’ai pardonné selon ta parole » (Nombres 14:20). Les Sages de l’école de Rabbi Yishmaël ont enseigné : Selon ta parole, il en sera ainsi, car en effet à l’avenir les nations du monde diront cela.
אַשְׁרֵי תַלְמִיד שֶׁרַבּוֹ מוֹדֶה לוֹ.
La Guemara conclut : Heureux l’élève dont le maître lui concède raison, comme le Seigneur l’a concédée à Moïse.
״וְאוּלָם חַי אָנִי״, אָמַר רָבָא אָמַר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, הֶחֱיִיתַנִי בִּדְבָרֶיךָ.
En expliquant le verset suivant, « Cependant, Je suis vivant, et la gloire du Seigneur remplit le monde entier » (Nombres 14:21), Rava a dit que Rav Yitzḥak a dit : Cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, a dit à Moïse : Moïse, tu M’as donné la vie par tes paroles. Je suis heureux que, grâce à tes arguments, Je pardonnerai à Israël.
דָּרַשׁ רַבִּי שִׂמְלַאי: לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל. מְנָלַן? — מִמֹּשֶׁה, דִּכְתִיב: ״וָאֶתְחַנַּן אֶל ה׳ בָּעֵת הַהִיא״. וּכְתִיב: ״ה׳ אֱלֹהִים אַתָּה הַחִלֹּתָ לְהַרְאוֹת אֶת עַבְדְּךָ אֶת גׇּדְלְךָ וְאֶת יָדְךָ הַחֲזָקָה אֲשֶׁר מִי אֵל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה כְמַעֲשֶׂיךָ וְכִגְבוּרוֹתֶיךָ״. וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ ״אֶעְבְּרָה נָּא וְאֶרְאֶה אֶת הָאָרֶץ הַטּוֹבָה וְגוֹ׳״.
Sur la base des prières de Moïse, Rabbi Simlai a enseigné : Il faut toujours d’abord présenter la louange du Saint, béni soit-Il, puis prier pour ses propres besoins. D’où déduisons-nous qu’il faut se conduire ainsi ? De Moïse, comme il est écrit dans sa prière : « Et j’ai supplié le Seigneur en ce temps-là » (Deutéronome 3:23). Et immédiatement après, dans sa prière, il est écrit : « Seigneur Dieu, Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et Ta main forte, car quel dieu y a-t-il dans les cieux ou sur la terre qui puisse accomplir des œuvres comme les Tiennes et avec Ta puissance ? » (Deutéronome 3:24). Ici, Moïse a commencé par la louange de Dieu, et ce n’est qu’ensuite qu’il est écrit : « Je T’en prie, laisse-moi passer et voir le bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne région montagneuse et le Liban » (Deutéronome 3:25). Ce n’est qu’après sa louange que Moïse a formulé sa demande personnelle.
סִימָן: מַעֲשִׂים, צְדָקָה, קׇרְבָּן, כֹּהֵן, תַּעֲנִית, מִנְעָל, בַּרְזֶל.
La Guemara fait précéder le discours suivant de un signe mnémotechnique : Actes, charité, offrande, prêtre, jeûne, chaussure, fer.

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