לֹא שֶׁיֵּעָקֵר ״יַעֲקֹב״ מִמְּקוֹמוֹ, אֶלָּא ״יִשְׂרָאֵל״ עִיקָּר וְ״יַעֲקֹב״ טָפֵל לוֹ. וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ״: אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת״ — זֶה שִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת, ״וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ״ — זוֹ יְצִיאַת מִצְרַיִם.
non pas que le nom Jacob sera entièrement déraciné de sa place, mais que le nom Israël sera le nom principal auquel le nom Jacob sera secondaire, car la Torah continue de le désigner comme Jacob après cet événement. Et il est aussi dit que la rédemption ultime éclipsera la rédemption précédente dans le verset : « Ne vous souvenez pas des premiers événements, et ne méditez pas sur les choses d’autrefois » (Isaïe 43:18), et la Guemara explique : « Ne vous souvenez pas des premiers événements », c’est l’asservissement aux royaumes, et « ne méditez pas sur les choses d’autrefois », c’est la sortie d’Égypte, qui a eu lieu avant l’asservissement aux nations.
״הִנְנִי עֹשֶׂה חֲדָשָׁה עַתָּה תִצְמָח״, תָּנֵי רַב יוֹסֵף: זוֹ מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג.
Concernant le verset suivant : « Voici, Je ferai des choses nouvelles, maintenant elles surgiront » (Isaïe 43:19), Rav Yosef a enseigné une baraita : Cela fait référence à la future guerre de Gog et Magog, qui fera oublier tous les événements antérieurs.
מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה — לְאָדָם שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וּפָגַע בּוֹ זְאֵב וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה זְאֵב. פָּגַע בּוֹ אֲרִי וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה אֲרִי. פָּגַע בּוֹ נָחָשׁ וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, שָׁכַח מַעֲשֵׂה שְׁנֵיהֶם, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה נָחָשׁ. אַף כָּךְ יִשְׂרָאֵל — צָרוֹת אַחֲרוֹנוֹת מְשַׁכְּחוֹת אֶת הָרִאשׁוֹנוֹת.
La Guemara cite une parabole : À quoi cela est-il comparable ? À une personne qui marchait en chemin, et un loup l’a attaquée, et elle y a survécu, et elle a continué à raconter l’histoire du loup. Un lion l’a attaquée, et elle y a survécu, et elle a continué à raconter l’histoire du lion. Un serpent l’a attaquée, et elle y a survécu, et elle a oublié les deux, le lion et le loup, et elle a continué à raconter l’histoire du serpent. Chaque rencontre était plus dangereuse et chaque délivrance plus miraculeuse que la précédente, elle continuait donc à raconter l’histoire la plus récente. Ainsi en est-il d’Israël ; des malheurs plus récents font oublier les malheurs antérieurs.
״אַבְרָם הוּא אַבְרָהָם״:
Après avoir mentionné le changement du nom de Jacob, la Guemara aborde le changement des noms d’Abraham et de Sarah. Quelle est la signification du changement du nom d’Abram en Abraham ? Comme il est dit : « Abram est Abraham » (I Chroniques 1:27).
בַּתְּחִלָּה נַעֲשָׂה אָב לַאֲרָם, וּלְבַסּוֹף נַעֲשָׂה אָב לְכָל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
La Guemara explique : Au début, il devint un père, un ministre et une personne éminente, seulement pour Aram, c’est pourquoi il fut appelé Abram, père [av] d’Aram, et finalement, avec la bénédiction de Dieu, il devint le père du monde entier, c’est pourquoi il fut appelé Abraham, père des multitudes [av hamon], comme il est dit : « Je t’ai fait père d’une multitude de nations » (Genèse 17:5).
״שָׂרַי הִיא שָׂרָה״.
De même, quelle est la signification du changement du nom de Saraï en Sarah ? Le même concept s’applique à Saraï comme à Abram : Saraï est Sarah.”
בַּתְּחִלָּה נַעֲשֵׂית שָׂרַי לְאוּמָּתָהּ, וּלְבַסּוֹף נַעֲשֵׂית שָׂרָה לְכָל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
La Guemara explique : Au début, elle était une princesse seulement pour sa nation : Ma princesse [Sarai], mais finalement elle devint Sarah, un terme général indiquant qu’elle était princesse pour le monde entier.
תָּנֵי בַּר קַפָּרָא: כָּל הַקּוֹרֵא לְאַבְרָהָם ״אַבְרָם״ — עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם״. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: עוֹבֵר בְּלָאו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יִקָּרֵא עוֹד [אֶת] שִׁמְךָ אַבְרָם״.
De plus, concernant le nom d’Abraham, bar Kappara a enseigné : Quiconque appelle Abraham Abram transgresse une mitsva positive, comme il est dit : « Et ton nom sera Abraham » (Genèse 17:5). C’est une mitsva positive de le désigner comme Abraham. Rabbi Eliezer dit : Celui qui appelle Abraham Abram transgresse une mitsva négative, comme il est dit : « Et ton nom ne sera plus appelé Abram, mais ton nom sera Abraham, car Je t’ai fait père d’une multitude de nations » (Genèse 17:5).
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְשָׂרָה ״שָׂרַי״ הָכִי נָמֵי?
La Guemara demande : Mais si nous considérons ces déclarations comme obligatoires, alors d’ici nous devons déduire que celui qui appelle aussi Sarah Saraï transgresse également une mitsva positive ou négative.
הָתָם, קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אָמַר לְאַבְרָהָם: ״שָׂרַי אִשְׁתְּךָ לֹא תִקְרָא אֶת שְׁמָהּ שָׂרָי כִּי שָׂרָה שְׁמָהּ״.
La Guemara répond : Là-bas, dans le cas de Sarah, il ne s’agit pas d’une mitsva générale ; plutôt, le Saint, béni soit-Il, a dit à Abraham seul : « Et Dieu dit à Abraham : ta femme Saraï, tu n’appelleras plus son nom Saraï ; mais Sarah est son nom » (Genèse 17:15). En revanche, cela est dit au sujet d’Abraham en termes généraux : « Ton nom ne sera plus appelé Abram ».
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְיַעֲקֹב ״יַעֲקֹב״ הָכִי נָמֵי?!
De nouveau, la Guemara demande : Mais si tel est le cas, celui qui appelle Jacob Jacob, au sujet duquel il est écrit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël » (Genèse 32:29), transgresse également une mitsva.
שָׁאנֵי הָתָם דַּהֲדַר אַהְדְּרֵיהּ קְרָא, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים לְיִשְׂרָאֵל בְּמַרְאוֹת הַלַּיְלָה וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב״.
La Guemara répond : Là-bas, c’est différent, car le verset revient en arrière et Dieu Lui-même appelle Jacob Jacob, comme il est écrit avant sa descente en Égypte : « Et Dieu dit à Israël dans les visions de la nuit, et dit : Jacob, Jacob, et il dit : ‘Me voici’ » (Genèse 46:2).
מֵתִיב רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר זְבִידָא: ״אַתָּה הוּא ה׳ הָאֱלֹהִים אֲשֶׁר בָּחַרְתָּ בְּאַבְרָם״!
Rabbi Yosei bar Avin, et certains disent Rabbi Yosei bar Zevida, souleva une objection aux déclarations de bar Kappara et de Rabbi Eliezer sur la base de ce qui est dit dans le récit de l’histoire du peuple juif : « Tu es le Seigneur, Dieu, qui as choisi Abram et l’as fait sortir d’Our Kasdim et as fait de son nom Abraham » (Néhémie 9:7). Ici, la Torah le désigne comme Abram.
אָמַר לֵיהּ הָתָם נָבִיא הוּא דְּקָא מְסַדַּר לְשִׁבְחֵיהּ דְּרַחֲמָנָא מַאי דַּהֲוָה מֵעִיקָּרָא.
La Guemara répond : Là, le prophète énumère les louanges de Dieu, y compris ce qui était la situation à l’origine, avant que son nom ne soit changé en Abraham. En effet, le verset continue : « Tu l’as fait sortir d’Our Kasdim et Tu as fait de son nom Abraham, et Tu as trouvé son cœur fidèle devant Toi et Tu as conclu avec lui une alliance pour lui donner la terre de Canaan… pour la donner à sa descendance, et Tu as accompli Tes paroles, car Tu es juste » (Néhémie 9:7–8).
הדרן עלך מאימתי
Pouvons-nous revenir à toi : Depuis quand.
מַתְנִי׳ הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְהִגִּיעַ זְמַן הַמִּקְרָא, אִם כִּוֵּון לִבּוֹ — יָצָא.
MICHNA : La première question abordée dans la michna est celle de l’intention. Celui qui lisait les passages de la Torah qui composent le Shema, et que le moment de la récitation du Shema du matin ou du soir arriva, s’il concentra son cœur, il s’est acquitté de son obligation et n’a pas besoin de répéter le Shema pour s’acquitter de son obligation. Cela est vrai même s’il n’a pas récité les bénédictions requises (Rabbeinu Ḥananel).
בַּפְּרָקִים, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב. וּבְאֶמְצַע, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.
Ab initio, on ne peut pas interrompre la récitation du Shema. Les tanna’im, cependant, sont en désaccord quant au degré de rigueur requis à cet égard. Ils distinguent entre les interruptions entre les paragraphes et les interruptions au sein de chaque paragraphe. Aux pauses entre les paragraphes, on peut saluer une personne par respect qu’on est tenu de lui témoigner, et on peut répondre à la salutation d’un autre par respect. Et au milieu de chaque paragraphe, on peut saluer une personne par crainte qu’elle ne lui fasse du mal s’il ne le fait pas (Me’iri) et on peut répondre à la salutation d’un autre par crainte. Telle est la déclaration de Rabbi Meir.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בָּאֶמְצַע, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. וּבַפְּרָקִים, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם.
Rabbi Yehouda dit : Il y a une distinction entre saluer quelqu’un et répondre à sa salutation. Au milieu de chaque paragraphe, on peut saluer une autre personne par crainte et répondre par respect. Dans les pauses entre les paragraphes, on peut saluer une autre personne par respect et répondre par une salutation à toute personne qui le salue, qu’il soit ou non tenu de lui témoigner du respect.
אֵלּוּ הֵן בֵּין הַפְּרָקִים: בֵּין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה, בֵּין שְׁנִיָּה לִ״שְׁמַע״, בֵּין ״שְׁמַע״ לִ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״, בֵּין ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ לְ״וַיֹּאמֶר״, בֵּין ״וַיֹּאמֶר״ לֶ״אֱמֶת וְיַצִּיב״.
Quant à ce qui constitue un paragraphe, voici les pauses entre les paragraphes : entre la première bénédiction et la deuxième, entre la deuxième et le Shema, entre le Shema et le deuxième paragraphe : Si vous écoutez véritablement Mes commandements [VeHaya im Shamoa], entre VeHaya im Shamoa et le troisième paragraphe : Et le Seigneur parla [VaYomer] et entre VaYomer et Vrai et Ferme [emet veyatziv], la bénédiction qui suit le Shema.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בֵּין ״וַיֹּאמֶר״ לֶ״אֱמֶת וְיַצִּיב״ — לֹא יַפְסִיק.
Les rabbins soutenaient que chaque bénédiction et chaque paragraphe du Shema constitue sa propre entité, et traitent les interruptions entre eux comme entre les paragraphes. Rabbi Yehuda, cependant, dit : Entre VaYomer et emet veyatziv, qui commence la bénédiction qui suit le Shema, on ne peut pas interrompre du tout. Selon Rabbi Yehuda, ceux-ci doivent être récités consécutivement.
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: לָמָּה קָדְמָה פָּרָשַׁת ״שְׁמַע״ לְ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ — כְּדֵי שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו עוֹל מַלְכוּת שָׁמַיִם תְּחִלָּה, וְאַחַר כָּךְ מְקַבֵּל עָלָיו עוֹל מִצְוֹת. ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ לְ״וַיֹּאמֶר״ — שֶׁ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ נוֹהֵג בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה, ״וַיֹּאמֶר״ אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בַּיּוֹם בִּלְבַד.
Puisque les paragraphes du Shema ne sont pas adjacents les uns aux autres dans la Torah, et qu’ils ne sont pas récités dans l’ordre où ils apparaissent, la michna explique leur disposition. Rabbi Yehoshua ben Korḥa a dit : Pourquoi, dans la mitsva de la récitation du Shema, la section de Shema précède-t-elle celle de VeHaya im Shamoa ? C’est afin que l’on accepte d’abord sur soi le joug du royaume des Cieux, la conscience de Dieu et de l’unité de Dieu, et qu’ensuite seulement on accepte sur soi le joug des mitsvot, qui apparaît dans le paragraphe de VeHaya im Shamoa. Pourquoi VeHaya im Shamoa précède-t-il VaYomer ? Parce que le paragraphe de VeHaya im Shamoa est pratiqué aussi bien le jour que la nuit, tandis que VaYomer, qui traite de la mitsva des franges rituelles, n’est pratiqué que pendant le jour.
גְּמָ׳ שְׁמַע מִינַּהּ מִצְוֹת צְרִיכוֹת כַּוָּונָה.
GUEMARA : Nous avons appris dans la michna qu’une personne doit concentrer son cœur lorsqu’elle lit le passage du Shema dans la Torah afin de s’acquitter de son obligation. De là, la Guemara cherche à conclure : Apprends de cela que les mitzvot exigent une intention, lorsqu’une personne accomplit une mitzva, elle doit avoir l’intention de s’acquitter de son obligation. Si cette intention lui manque, elle ne s’acquitte pas de son obligation. Par cette affirmation, cette Guemara espère résoudre une question soulevée à plusieurs reprises tout au long du Talmud.
מַאי ״אִם כִּוֵּון לִבּוֹ״ — לִקְרוֹת. לִקְרוֹת?! וְהָא קָא קָרֵי!
La Guemara rejette cette conclusion : Quel est le sens de : Si quelqu’un a concentré son cœur ? Cela signifie que la personne avait l’intention de lire. La Guemara attaque cette explication : Comment peux-tu dire que cela signifie qu’il faut avoir l’intention de lire ? N’est-il pas déjà en train de lire ? Le cas de la michna se rapporte à une personne qui lit dans la Torah. Par conséquent, « a concentré son cœur » doit renvoyer à l’intention d’accomplir une mitsva.
בְּקוֹרֵא לְהַגִּיהַּ.
La Guemara rejette cela : Peut-être que la michna parle de quelqu’un qui est en train de lire la Torah non pas dans le but de réciter les mots, mais afin de corriger des erreurs dans le texte. Par conséquent, s’il a concentré son cœur et a eu l’intention de lire les mots et non simplement de corriger le texte, il s’acquitte de son obligation. Il n’a pas besoin d’avoir l’intention de s’acquitter de son obligation.
תָּנוּ רַבָּנַן: קְרִיאַת שְׁמַע כִּכְתָבָהּ, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּכָל לָשׁוֹן.
Les Sages ont enseigné dans une baraita que Rabbi Yehouda HaNassi et les Sages étaient en désaccord au sujet de la langue dans laquelle le Shema doit être récité. Cette controverse sert d’introduction à une analyse plus large de la question de l’intention : Shema doit être récité tel qu’il est écrit, en hébreu ; telle est la déclaration de Rabbi Yehouda HaNassi. Et les Sages disent : le Shema peut être récité dans n’importe quelle langue.
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי? אָמַר קְרָא ״וְהָיוּ״ בַּהֲוָיָיתָן יְהוּ.
La Guemara cherche à clarifier : Quelle est la raison de l’opinion de Rabbi Yehuda HaNasi ? La Guemara répond : La source de sa halakha réside dans l’accent mis sur le mot : « Et ces paroles, que Je t’ordonne aujourd’hui, seront sur ton cœur » (Deutéronome 6:6). « Seront » signifie telles qu’elles sont, ainsi seront-elles ; elles doivent demeurer inchangées, dans leur langue d’origine.
וְרַבָּנַן, מַאי טַעְמַיְיהוּ? אָמַר קְרָא: ״שְׁמַע״ — בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ.
La Guemara cherche à clarifier davantage : Et quelle est la raison de l’opinion des Sages ? La Guemara répond : la source sur laquelle les Sages fondent leur opinion est, comme il est dit : « Écoute, Israël » (Deutéronome 6:4), ce qu’ils comprennent comme signifiant que le Shema doit être compris. Par conséquent, on peut réciter le Shemadans toute langue que tu peux entendre et comprendre.
וּלְרַבִּי נָמֵי, הָא כְּתִיב ״שְׁמַע״! הַהוּא מִבְּעֵי לֵיהּ: הַשְׁמַע לְאָזְנֶיךָ מַה שֶּׁאַתָּה מוֹצִיא מִפִּיךָ.
La Guemara explique comment Rabbi Yehuda HaNasi et les Sages répondent chacun à la source citée par l’autre. Et selon Rabbi Yehuda HaNasi, n’est-il pas également écrit : « Écoute, Israël » ? Comment explique-t-il ce verset ? La Guemara répond : Il a besoin de ce verset afin d’en déduire une autre halakha : Fais entendre à tes oreilles ce que ta bouche prononce, c’est-à-dire qu’il faut réciter le Shema à voix audible afin de l’entendre pendant qu’on le récite.
וְרַבָּנַן? סָבְרִי לַהּ כְּמַאן דְּאָמַר לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ — יָצָא.
Et d’où les Rabbins tirent-ils qu’il faut réciter le Shema à voix audible ? Les Rabbins n’acceptent pas l’interprétation littérale du mot Shema ; au contraire, ils soutiennent conformément à celui qui a dit : Celui qui a récité le Shema d’une manière inaudible à ses propres oreilles, s’est acquitté de son obligation.
וּלְרַבָּנַן נָמֵי הָא כְּתִיב ״וְהָיוּ״? הַהוּא מִבְּעֵי לְהוּ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ.
La Guemara demande : Et selon les Sages, n’est-il pas également écrit : « Et ils seront » ? Comment les Sages expliquent-ils cette insistance dans le verset ? La Guemara répond : Eux aussi ont besoin de cette expression pour déduire qu’on ne peut pas réciterShema dans le désordre. On ne peut pas commencer à réciter le Shema par la fin, mais seulement dans l’ordre où il est écrit.
וְרַבִּי, שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״. וְרַבָּנַן, ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״ — לָא דָּרְשִׁי.
Et d’où Rabbi Yehuda HaNasi déduit-il la halakha selon laquelle on ne peut pas réciter le Shema dans le désordre ? La Guemara répond : Rabbi Yehuda HaNasi le déduit d’une insistance supplémentaire dans le verset : « Et les paroles [hadevarim], que je t’ordonne aujourd’hui, seront sur ton cœur. » Le verset aurait pu transmettre la même idée s’il avait écrit : Paroles [devarim], sans l’article défini. Cependant, il dit les paroles [hadevarim], en employant l’article défini, soulignant qu’il faut le réciter dans l’ordre précis dans lequel cela est écrit. Les Sages, cependant, ne déduisent rien du fait que les paroles, avec l’article défini, a été écrit à la place de paroles, sans l’article défini.
לְמֵימְרָא דְּסָבַר רַבִּי דְּכָל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בִּלְשׁוֹן הַקּוֹדֶשׁ נֶאֶמְרָה, ״וְהָיוּ״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לְמָה לִי?
La Guemara cherche à relier ce débat à un autre : Faut-il en déduire que Rabbi Yehuda HaNasi soutient que toute la Torah, c’est-à-dire toute portion de la Torah qui doit être lue publiquement (Tosafot), ou lorsqu’on étudie ou lit la Torah en général (Me’iri), peut être récitée dans n’importe quelle langue ? Comme s’il pouvait vous venir à l’esprit de dire que toute la Torah ne peut être récitée qu’en langue sainte et non dans une autre, alors pourquoi ai-je besoin de ce que la Torah a écrit : « Et ils seront » ? Interdire la récitation du Shema dans une langue autre que l’hébreu serait superflu, s’il est effectivement interdit de réciter toute portion de la Torah dans une langue autre que l’hébreu. Puisque la Torah a jugé nécessaire d’exiger spécifiquement que le Shema soit récité en hébreu, c’est donc que le reste de la Torah peut être récité dans n’importe quelle langue.
אִיצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״שְׁמַע״.
La Guemara rejette cela : Ce n’est pas nécessairement le cas, car l’expression : Et ils seront est nécessaire dans ce cas parce que Shema, entends, est aussi écrit. Sans l’expression : Et ils seront, j’aurais compris entends comme permettant de réciter le Shema dans n’importe quelle langue, conformément à l’opinion des rabbins. Par conséquent, et ils seront, était nécessaire.
לְמֵימְרָא דְּסָבְרִי רַבָּנַן דְּכָל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ בִּלְשׁוֹן הַקּוֹדֶשׁ נֶאֶמְרָה. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה, ״שְׁמַע״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לְמָה לִי?!
La Guemara tente de clarifier : Est-ce à dire que les Sages soutiennent que toute la Torah ne peut être récitée qu’en langue sainte et non dans une autre ? Comme s’il pouvait te venir à l’esprit de dire que la Torah peut être récitée dans n’importe quelle langue, alors pourquoi ai-je besoin de ce que la Torah a écrit : Shema, entends ? Il est permis de réciter toute la Torah dans n’importe quelle langue, ce qui rend superflue une exigence particulière concernant le Shema.
אִיצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״וְהָיוּ״.
La Guemara rejette cela : Shemaest nécessaire dans tous les cas, car « et ils seront » est aussi écrit. N’eût été Shema, j’aurais compris cela conformément à l’opinion de Rabbi Yehouda HaNassi, selon laquelle il est interdit de réciter le Shema dans toute autre langue. Par conséquent, Shema est nécessaire.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְהָיוּ״ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ. ״הַדְּבָרִים … עַל לְבָבֶךָ״ — יָכוֹל תְּהֵא כָּל הַפָּרָשָׁה צְרִיכָה כַּוָּונָה? — תַּלְמוּד לוֹמַר ״הָאֵלֶּה״. עַד כָּאן צְרִיכָה כַּוָּונָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ אֵין צְרִיכָה כַּוָּונָה. דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.
L’interprétation de ces versets est à l’origine d’un différend fondamental concernant l’obligation de réciter le Shema et l’intention requise pendant sa récitation. Les Sages ont enseigné : De : Et ils יהיו, il est déduit que l’on ne peut pas réciter le Shema dans le désordre. De : Ces paroles… sur ton cœur, il est déduit qu’elles doivent être récitées avec intention. J’aurais pu penser que tout le paragraphe exige une intention ? C’est pourquoi le verset enseigne : Ces, pour indiquer que jusqu’ici, il faut avoir l’intention, mais à partir d’ici, il n’est pas nécessaire d’avoir l’intention, et même s’il récite le reste du Shema sans intention, il s’acquitte de son obligation. Telle est la déclaration de Rabbi Eliezer.
אָמַר לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר:
Rabbi Akiva lui dit : Mais le verset déclare :