כָּל פָּרָשָׁה שֶׁהָיְתָה חֲבִיבָה עַל דָּוִד, פָּתַח בָּהּ בְּ״אַשְׁרֵי״ וְסִייֵּם בָּהּ בְּ״אַשְׁרֵי״. פָּתַח בְּ״אַשְׁרֵי״, דִּכְתִיב: ״אַשְׁרֵי הָאִישׁ״. וְסִייֵּם בְּ״אַשְׁרֵי״, דִּכְתִיב: ״אַשְׁרֵי כָּל חוֹסֵי בוֹ״.
Chaque chapitre qui était cher à David, il le commençait par « heureux est » et le concluait par « heureux est ». Il l’ouvrit par « heureux est », comme il est écrit : « Heureux est l’homme qui n’a pas marché selon le conseil des méchants, ne s’est pas tenu dans la voie des pécheurs et ne s’est pas assis dans le siège des moqueurs » (Psaumes 1:1). Et il le conclut par « heureux », comme il est écrit à la fin du chapitre : « Rendez hommage dans la pureté, de peur qu’Il ne se mette en colère et que vous ne périssiez en chemin lorsque Sa colère s’embrase soudainement. Heureux sont tous ceux qui se réfugient en Lui » (Psaumes 2:12). Nous voyons que ces deux chapitres constituent en réalité un seul chapitre.
הָנְהוּ בִּרְיוֹנֵי דַּהֲווֹ בְּשִׁבָבוּתֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר וַהֲווֹ קָא מְצַעֲרוּ לֵיהּ טוּבָא. הֲוָה קָא בָּעֵי רַבִּי מֵאִיר רַחֲמֵי עִלָּוַיְהוּ כִּי הֵיכִי דְּלֵימוּתוּ. אָמְרָה לֵיהּ בְּרוּרְיָא דְּבֵיתְהוּ: מַאי דַּעְתָּךְ — מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״יִתַּמּוּ חַטָּאִים״, מִי כְּתִיב ״חוֹטְאִים״? ״חַטָּאִים״ כְּתִיב.
Concernant la déclaration de Rabbi Yehuda, fils de Rabbi Shimon ben Pazi, selon laquelle David n’a pas dit Halleluya avant d’avoir vu la chute des méchants, la Guemara rapporte : Il y avait des voyous dans le voisinage de Rabbi Meir qui lui causaient une grande détresse. Rabbi Meir pria pour que Dieu leur fasse miséricorde, afin qu’ils meurent. L’épouse de Rabbi Meir, Berouria, lui dit : Quelle est ta logique ? Sur quelle base pries-tu pour la mort de ces voyous ? Te fondes-tu sur le verset, comme il est écrit : « Que les péchés disparaissent de la terre » (Psaumes 104:35), que tu interprètes comme voulant dire que le monde serait meilleur si les méchants étaient détruits ? Mais est-il écrit que les pécheurs disparaissent ? C’est que les péchés disparaissent qui est écrit. Il faut prier pour la fin de leurs transgressions, et non pour la disparition des transgresseurs eux-mêmes.
וְעוֹד, שְׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא ״וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם״, כֵּיוָן דְּ״יִתַּמּוּ חַטָּאִים״ ״וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם״? אֶלָּא בְּעִי רַחֲמֵי עִלָּוַיְהוּ דְּלַהְדְּרוּ בִּתְשׁוּבָה, ״וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם״.
De plus, va jusqu’à la fin du verset, où il est dit : « Et les méchants ne seront plus. » Si, comme tu le suggères, les transgressions cesseront fait référence à la disparition des malfaiteurs, comment est-il possible que les méchants ne seront plus, c’est-à-dire qu’ils ne seront plus méchants ? Au contraire, prie pour que Dieu ait pitié d’eux, afin qu’ils se repentent, car s’ils se repentent, alors les méchants ne seront plus, puisqu’ils se seront repentis.
בְּעָא רַחֲמֵי עִלָּוַיְהוּ, וַהֲדַרוּ בִּתְשׁוּבָה.
Rabbi Meïr vit que Berouria avait raison et il pria pour que Dieu ait pitié d’eux, et ils se repentirent.
אֲמַר לַהּ הַהוּא מִינָא לִבְרוּרְיָא: כְּתִיב ״רָנִּי עֲקָרָה לֹא יָלָדָה״, מִשּׁוּם דְּלֹא יָלָדָה — רָנִּי?
La Guemara rapporte un exemple supplémentaire de la perspicacité incisive de Berouria : Un certain hérétique dit à Berouria : Il est écrit : « Chante, femme stérile qui n’as pas enfanté, éclate en chants et pousse des cris, toi qui n’as pas connu les douleurs de l’enfantement, car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de l’épouse, dit le Seigneur » (Isaïe 54:1). Parce qu’elle n’a pas enfanté, elle devrait chanter et se réjouir ?
אֲמַרָה לֵיהּ: שָׁטְיָא, שְׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא, דִּכְתִיב: ״כִּי רַבִּים בְּנֵי שׁוֹמֵמָה מִבְּנֵי בְעוּלָה אָמַר ה׳״.
Berouria répondit à la moquerie de cet hérétique et dit : Insensé ! Va jusqu’à la fin du verset, où il est écrit : « Car les enfants de la désolée seront plus nombreux que les enfants de la femme mariée, dit le Seigneur. »
אֶלָּא מַאי ״עֲקָרָה לֹא יָלָדָה״ — רָנִּי כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל שֶׁדּוֹמָה לְאִשָּׁה עֲקָרָה שֶׁלֹּא יָלְדָה בָּנִים לְגֵיהִנָּם כְּוָתַיְיכוּ.
Mais, que signifie : « Chante, femme stérile qui n’a pas enfanté » ? Cela signifie : Chante, assemblée d’Israël, qui est comme une femme stérile qui n’a pas enfanté d’enfants qui sont destinés à la Géhenne comme vous.
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא לְרַבִּי אֲבָהוּ, כְּתִיב: ״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ״, וּכְתִיב: ״לְדָוִד מִכְתָּם בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי שָׁאוּל בַּמְּעָרָה״. הֵי מַעֲשֶׂה הֲוָה בְּרֵישָׁא? מִכְּדִי מַעֲשֵׂה שָׁאוּל הֲוָה בְּרֵישָׁא, לִכְתּוֹב בְּרֵישָׁא.
En expliquant des passages de Tehilim, la Guemara rapporte un autre cas de réponse à la question d’un hérétique : Un certain hérétique dit à Rabbi Abbahou : il est écrit : « Psaume de David, lorsqu’il fuyait devant son fils, Absalom » (Tehilim 3:1), et de même il est aussi dit : « Au chef des chantres, al tashḥet, un mikhtam de David lorsqu’il fuyait devant Saül dans la caverne » (Tehilim 57:1). Quel événement eut lieu en premier ? Puisque l’événement avec Saül eut lieu en premier, il aurait été approprié de l’écrire en premier.
אֲמַר לֵיהּ: אַתּוּן דְּלָא דָּרְשִׁיתוּן סְמוּכִין — קַשְׁיָא לְכוּ, אֲנַן דְּדָרְשִׁינַן סְמוּכִים — לָא קַשְׁיָא לַן.
Rabbi Abbahou lui dit : Pour vous, qui n’employez pas la méthode homilétique de juxtaposition des versets, cela est difficile. Mais pour nous, qui employons la méthode homilétique de juxtaposition des versets, cela n’est pas difficile, car les Sages déduisent couramment, de manière homilétique, des lois et des leçons morales de la juxtaposition de deux versets.
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סְמוּכִין מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן — שֶׁנֶּאֱמַר: ״סְמוּכִים לָעַד לְעוֹלָם עֲשׂוּיִם בֶּאֱמֶת וְיָשָׁר״.
Concernant la juxtaposition des versets, Rabbi Yoḥanan a dit : D’où dans la Torah est-il déduit que l’on peut tirer des inférences homilétiques de la juxtaposition des versets ? Comme il est dit : « Les œuvres de Ses mains sont vérité et justice, tous Ses commandements sont sûrs. Ils sont adjoints à jamais et pour toujours, faits avec vérité et droiture » (Psaumes 111:7–8). On conclut d’ici qu’il convient de tirer des inférences de la juxtaposition des commandements de Dieu. En conséquence, la fuite de David devant Absalom est placée là où elle se trouve afin de la juxtaposer au chapitre suivant, qui mentionne la guerre de Gog et Magog ; le deuxième chapitre des Psaumes s’ouvre ainsi : « Pourquoi les nations sont-elles en tumulte ? »
לָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת אַבְשָׁלוֹם לְפָרָשַׁת גּוֹג וּמָגוֹג — שֶׁאִם יֹאמַר לְךָ אָדָם: כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁמּוֹרֵד בְּרַבּוֹ?! אַף אַתָּה אֱמוֹר לוֹ: כְּלוּם יֵשׁ בֵּן שֶׁמּוֹרֵד בְּאָבִיו? אֶלָּא הֲוָה, הָכָא נָמֵי הֲוָה.
Pourquoi le chapitre d’Absalom a-t-il été juxtaposé au chapitre de Gog et Magog ? Ils ont été juxtaposés afin que, si quelqu’un te dit, exprimant un doute au sujet de la prophétie de la guerre de Gog et Magog « contre le Seigneur et contre Son oint » : Y a-t-il un serviteur qui se rebelle contre son maître ? Y a-t-il quelqu’un capable de se rebeller contre Dieu ? Toi aussi, dis-lui : Y a-t-il un fils qui se rebelle contre son père et rompe la relation avec celui qui l’a mis au monde et l’a élevé ? Pourtant, néanmoins, il y eut un tel fils, Absalom, et de même il peut y avoir une situation où des gens chercheront à se rebeller contre Dieu.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי. מַאי דִּכְתִיב, ״פִּיהָ פָּתְחָה בְחָכְמָה וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ״. כְּנֶגֶד מִי אָמַר שְׁלֹמֹה מִקְרָא זֶה? — לֹא אֲמָרוֹ אֶלָּא כְּנֶגֶד דָּוִד אָבִיו, שֶׁדָּר בַּחֲמִשָּׁה עוֹלָמִים, וְאָמַר שִׁירָה.
Rabbi Yoḥanan a dit des explications d’autres versets au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Elle ouvre sa bouche avec sagesse, et la Torah de bonté est sur sa langue » (Proverbes 31:26) ? Les Sages expliquent que ce chapitre traite de la sagesse de la Torah et de ceux qui s’adonnent à son étude, donc à propos de qui Salomon a-t-il dit ce verset ? Il a dit ce verset à propos de nul autre que son père, David, qui était l’exemple le plus clair de celui qui ouvre sa bouche avec sagesse, et qui a résidé dans cinq mondes ou étapes de la vie et son âme a prononcé un chant de louange correspondant à chacune d’elles. Cinq fois David a dit : « Bénis le Seigneur, ô mon âme », chacune correspondant à une étape différente de la vie.
דָּר בִּמְעֵי אִמּוֹ וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרְכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ וְכָל קְרָבַי אֶת שֵׁם קָדְשׁוֹ״.
Il résida dans le ventre de sa mère, son premier monde, et chanta un cantique de louange pour la grossesse, comme il est dit : « De David. Bénis l’Éternel, ô mon âme, et que tout ce qui est en moi bénisse Son saint nom » (Psaumes 103:1), dans lequel il remercie Dieu d’avoir créé tout ce qui est à l’intérieur de sa mère, c’est-à-dire son ventre.
יָצָא לַאֲוִיר הָעוֹלָם וְנִסְתַּכֵּל בְּכוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרְכוּ ה׳ מַלְאָכָיו גִּבֹּרֵי כֹחַ עוֹשֵׂי דְבָרוֹ לִשְׁמֹעַ בְּקוֹל דְּבָרוֹ בָּרְכוּ ה׳ כָּל צְבָאָיו וְגוֹ׳״.
Il émergea dans l’atmosphère du monde, son second monde, regarda les étoiles et les constellations et entonna un chant de louange à Dieu pour l’ensemble de la création, comme il est dit : « Bénissez le Seigneur, vous ses anges, puissants en force, qui accomplissez sa parole, en écoutant la voix de sa parole. Bénissez le Seigneur, toutes ses armées, ses serviteurs, qui faites sa volonté. Bénissez le Seigneur, toutes ses œuvres, dans tous les lieux de sa royauté ; bénis le Seigneur, mon âme » (Psaumes 103:20–23). David vit la grandeur de toute la création et reconnut qu’ils ne sont que de simples serviteurs, accomplissant la volonté de leur Créateur (Ma’ayan HaBerakhot).
יָנַק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ וְנִסְתַּכֵּל בְּדַדֶּיהָ וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרְכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ וְאַל תִּשְׁכְּחִי כָּל גְּמוּלָיו״.
Il a tété au sein de sa mère, son troisième monde, et il regarda sa poitrine et chanta un cantique de louange, comme il est dit : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, et n’oublie aucun de Ses bienfaits [gemulav] » (Psaumes 103:2). L’association étymologique se fait entre gemulav et gemulei meḥalav, qui signifie sevré du lait (Isaïe 28:9).
מַאי ״כָּל גְּמוּלָיו״. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: שֶׁעָשָׂה לָהּ דַּדִּים בִּמְקוֹם בִּינָה.
Nous devons toutefois encore comprendre ce que l’on entend par tous Ses bienfaits ? Qu’y a-t-il, en particulier, de louable dans ce que Dieu a fourni, au-delà du simple fait de pourvoir au nourrisson ? Rabbi Abbahu a dit : Contrairement à la plupart des autres animaux, Dieu a placé ses seins près de son cœur, l’endroit qui est la source de l’intelligence.
טַעְמָא מַאי? אָמַר רַב יְהוּדָה: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִסְתַּכֵּל בִּמְקוֹם עֶרְוָה. רַב מַתְנָא אָמַר: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִינַק מִמְּקוֹם הַטִּנּוֹפֶת.
Quelle est la raison pour laquelle Dieu a fait cela ? Rav Yehuda a dit : Afin que le nourrisson ne regarde pas l’endroit de la nudité de sa mère. Rav Mattana a dit : Afin que l’enfant ne tète pas d’un lieu d’impureté.
רָאָה בְּמַפַּלְתָּן שֶׁל רְשָׁעִים, וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִתַּמּוּ חַטָּאִים מִן הָאָרֶץ וּרְשָׁעִים עוֹד אֵינָם בָּרְכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ הַלְלוּיָהּ״.
Il fut témoin, à la fois en vision et en réalité, de la chute des méchants et entonna un chant de louange, comme il est dit : « Que les pécheurs disparaissent de la terre, et que les méchants ne soient plus. Bénis le Seigneur, ô mon âme, Alléluia » (Psaumes 104:35).
נִסְתַּכֵּל בְּיוֹם הַמִּיתָה, וְאָמַר שִׁירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרְכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳, ה׳ אֱלֹהַי גָּדַלְתָּ מְּאֹד הוֹד וְהָדָר לָבָשְׁתָּ״.
Le cinquième monde fut lorsque David considéra le jour de la mort et chanta un cantique de louange, comme il est dit : « Bénis le Seigneur, ô mon âme. Seigneur mon Dieu, Tu es infiniment grand ; Tu es revêtu de gloire et de majesté » (Psaumes 104:1) ; car même la mort est un temps de transcendance pour les justes.
מַאי מַשְׁמַע דְּעַל יוֹם הַמִּיתָה נֶאֱמַר? אָמַר רַבָּה בַּר רַב שֵׁילָא, מִסֵּיפָא דְעִנְיָינָא, דִּכְתִיב: ״תַּסְתִּיר פָּנֶיךָ יִבָּהֵלוּן תֹּסֵף רוּחָם יִגְוָעוּן וְגוֹ׳״.
Le lien entre cette louange finale et le jour de la mort n’est pas clair. La Guemara demande : D’où déduit-on que ce verset a été dit au sujet du jour de la mort ? Rabba bar Rav Sheila dit : Nous pouvons le déduire des versets à la fin du passage, où il est écrit : « Tu caches Ta face, ils disparaissent ; Tu retires leur souffle, ils périssent et retournent à la poussière » (Psaumes 104:29).
רַב שִׁימִי בַּר עוּקְבָא וְאָמְרִי לַהּ מָר עוּקְבָא, הֲוָה שְׁכִיחַ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, וַהֲוָה מְסַדַּר אַגָּדָתָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. אֲמַר לֵיהּ: מַאי דִּכְתִיב, ״בָּרְכִי נַפְשִׁי אֶת ה׳ וְכָל קְרָבַי אֶת שֵׁם קָדְשׁוֹ״? אֲמַר לֵיהּ: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם צָר צוּרָה עַל גַּבֵּי הַכּוֹתֶל, וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהָטִיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה קְרָבַיִם וּבְנֵי מֵעַיִם. וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינוֹ כֵּן, צָר צוּרָה בְּתוֹךְ צוּרָה וּמֵטִיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה קְרָבַיִם וּבְנֵי מֵעַיִם. וְהַיְינוּ דְּאָמְרָה חַנָּה: ״אֵין קָדוֹשׁ כַּה׳ כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ וְאֵין צוּר כֵּאלֹהֵינוּ״.
Il existe d’autres interprétations de ce verset. La Guemara raconte comment Rav Shimi bar Ukva, et selon certains Mar Ukva, avait l’habitude de étudier devant Rabbi Shimon ben Pazi, qui était versé dans l’aggada et présentait l’aggada devant Rabbi Yehoshua ben Levi.
Une fois, Rabbi Shimon ben Pazi lui dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Bénis le Seigneur, mon âme, et que tout ce qui est en moi bénisse Son saint nom » ?
Rav Shimi bar Ukva dit à Rabbi Shimon ben Pazi : Viens et vois que l’attribut du Saint, béni soit-Il, n’est pas comme l’attribut de chair et de sang, car ce verset loue la formation de l’homme dans le ventre de sa mère. L’attribut de chair et de sang est tel qu’il façonne une forme sur le mur à la vue de tous, pourtant il ne peut pas lui insuffler esprit et âme, entrailles et intestins. Tandis que le Saint, béni soit-Il, n’est pas ainsi, car Dieu façonne une forme à l’intérieur d’une autre forme, un enfant dans le ventre de sa mère, et lui insuffle esprit et âme, entrailles et intestins. Et c’est l’explication de ce qu’a dit Hannah au sujet de la naissance de Samuel : « Nul n’est saint comme le Seigneur, car il n’y en a point d’autre que Toi, et il n’y a pas de Rocher comme notre Dieu » (I Samuel 2:2).
מַאי ״אֵין צוּר כֵּאלֹהֵינוּ״ — אֵין צַיָּיר כֵּאלֹהֵינוּ.
Quelle est la signification de il n’y a pas de rocher [tzur] comme notre Dieu ? Il n’y a pas d’artiste [tzayyar] comme notre Dieu.
מַאי ״כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ״? אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר מְנַסְיָא: אַל תִּקְרֵי ״כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ״, אֶלָּא ״אֵין לְבַלּוֹתֶךָ״. שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם: מִדַּת בָּשָׂר וָדָם — מַעֲשֵׂה יָדָיו מְבַלִּין אוֹתוֹ, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְבַלֶּה מַעֲשָׂיו.
La Guemara continue d’interpréter de manière homilétique le reste de ce verset : Quel est le sens de « nul n’est comme Toi » ? Rabbi Yehouda ben Menasya a dit : Ne lis pas le verset comme voulant dire « nul n’est comme Toi [biltekha] » ; plutôt, lis-le comme voulant dire « nul ne peut Te survivre [levalotkha] », car l’attribut du Saint, béni soit-Il, n’est pas comme l’attribut de la chair et du sang : L’attribut de la chair et du sang est tel que ses créations lui survivent, mais le Saint, béni soit-Il, survit à Ses actions.
אֲמַר לֵיהּ, אֲנָא הָכִי קָא אָמֵינָא לָךְ: הָנֵי חֲמִשָּׁה ״בָּרְכִי נַפְשִׁי״ כְּנֶגֶד מִי אֲמָרָן דָּוִד? לֹא אֲמָרָן אֶלָּא כְּנֶגֶד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּכְנֶגֶד נְשָׁמָה.
Cela ne satisfit pas Rav Shimi bar Ukva, qui dit à Rabbi Shimon ben Pazi : Je voulais te dire ceci : À qui correspondent ces cinq occurrences de « Bénis le Seigneur, ô mon âme » ? Il lui répondit : Il ne les a dites à propos de nul autre que du Saint, béni soit-Il, et en correspondance avec l’âme, car le verset se rapporte à la relation entre l’âme de l’homme et Dieu. Les cinq occurrences de « Bénis le Seigneur, ô mon âme » correspondent aux cinq parallèles entre l’âme dans le corps de l’homme et la puissance de Dieu dans Son monde.
מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָלֵא כָּל הָעוֹלָם — אַף נְשָׁמָה מְלֵאָה אֶת כָּל הַגּוּף. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רוֹאֶה וְאֵינוֹ נִרְאֶה — אַף נְשָׁמָה רוֹאָה וְאֵינָהּ נִרְאֵית. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא זָן אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ — אַף נְשָׁמָה זָנָה אֶת כָּל הַגּוּף. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא טָהוֹר — אַף נְשָׁמָה טְהוֹרָה. מָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹשֵׁב בְּחַדְרֵי חֲדָרִים — אַף נְשָׁמָה יוֹשֶׁבֶת בְּחַדְרֵי חֲדָרִים. יָבֹא מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְבָרִים הַלָּלוּ וִישַׁבֵּחַ לְמִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְבָרִים הַלָּלוּ.
De même que le Saint, béni soit-Il, remplit le monde entier, de même l’âme remplit tout le corps.
De même que le Saint, béni soit-Il, voit mais n’est pas vu, de même l’âme voit, mais n’est pas vue.
De même que le Saint, béni soit-Il, soutient le monde entier, de même l’âme soutient tout le corps.
De même que le Saint, béni soit-Il, est pur, de même l’âme est pure.
De même que le Saint, béni soit-Il, réside dans une chambre à l’intérieur d’une chambre, dans Son sanctuaire intérieur, de même l’âme réside dans une chambre à l’intérieur d’une chambre, dans les recoins les plus intimes du corps.
C’est pourquoi ce qui possède ces cinq caractéristiques, l’âme, doit venir louer Celui qui possède ces cinq caractéristiques.
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: מַאי דִּכְתִיב ״מִי כְּהֶחָכָם וּמִי יוֹדֵעַ פֵּשֶׁר דָּבָר״ — מִי כְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁיּוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת פְּשָׁרָה בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים, בֵּין חִזְקִיָּהוּ לִישַׁעְיָהוּ. חִזְקִיָּהוּ אֲמַר: לֵיתֵי יְשַׁעְיָהוּ גַּבַּאי, דְּהָכִי אַשְׁכְּחַן בְּאֵלִיָּהוּ דַּאֲזַל לְגַבֵּי אַחְאָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֵּלֶךְ אֵלִיָּהוּ לְהֵרָאוֹת אֶל אַחְאָב״. יְשַׁעְיָהוּ אֲמַר: לֵיתֵי חִזְקִיָּהוּ גַּבַּאי דְּהָכִי אַשְׁכְּחַן בִּיהוֹרָם בֶּן אַחְאָב דַּאֲזַל לְגַבֵּי אֱלִישָׁע.
En ce qui concerne la rédemption et la prière, la Guemara raconte l’histoire de la maladie d’Ézéchias, sa prière à Dieu et son rétablissement ultérieur. Rav Hamnuna a dit : Quel est le sens de ce qui est écrit en louange du Saint, béni soit-Il : « Qui est comme le sage, et qui connaît l’interprétation [pesher] de la chose » (Ecclésiaste 8:1) ? Ce verset signifie : Qui est comme le Saint, béni soit-Il, qui sait opérer un compromis [peshara] entre deux justes, entre Ézéchias, roi de Juda, et Isaïe le prophète. Ils étaient en désaccord sur lequel des deux devait rendre visite à l’autre. Ézéchias a dit : Qu’Isaïe vienne à moi, car c’est ce que nous trouvons au sujet d’Élie le prophète, qui est allé vers Achab, roi d’Israël, comme il est dit : « Et Élie alla se présenter devant Achab » (I Rois 18:2). Cela prouve que c’est le prophète qui doit aller chercher le roi. Et Isaïe a dit : Qu’Ézéchias vienne à moi, car c’est ce que nous trouvons au sujet de Yehoram ben Achab, roi d’Israël, qui est allé vers Élisée le prophète, comme il est dit : « Alors le roi d’Israël, Josaphat et le roi d’Édom descendirent vers lui » (II Rois 3:12).
מָה עָשָׂה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — הֵבִיא יִסּוּרִים עַל חִזְקִיָּהוּ, וְאָמַר לוֹ לִישַׁעְיָהוּ: לֵךְ וּבַקֵּר אֶת הַחוֹלֶה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּיָּמִים הָהֵם חָלָה חִזְקִיָּהוּ לָמוּת וַיָּבֹא אֵלָיו יְשַׁעְיָהוּ בֶּן אָמוֹץ הַנָּבִיא וַיֹּאמֶר אֵלָיו כֹּה אָמַר ה׳ צְבָאוֹת צַו לְבֵיתֶךָ כִּי מֵת אַתָּה וְלֹא תִחְיֶה וְגוֹ׳״. מַאי ״כִּי מֵת אַתָּה וְלֹא תִחְיֶה״: מֵת אַתָּה — בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְלֹא תִחְיֶה — לָעוֹלָם הַבָּא.
Qu’a fait le Saint, béni soit-Il, pour amener un compromis entre Ézéchias et Isaïe ? Il fit venir sur Ézéchias la souffrance de la maladie et dit à Isaïe : Va rendre visite au malade. Isaïe fit comme Dieu l’avait ordonné, comme il est dit : « En ces jours-là, Ézéchias tomba mortellement malade, et Isaïe ben Amots, le prophète, vint à lui et lui dit : Ainsi parle le Seigneur des Armées : Mets ta maison en ordre, car tu vas mourir et tu ne vivras pas » (Isaïe 38:1). Cela semble redondant ; quel est le sens de tu vas mourir et tu ne vivras pas ? Cette répétition signifie : Tu mourras dans ce monde et tu ne vivras pas, tu n’auras pas de part dans le Monde à venir.
אֲמַר לֵיהּ: מַאי כּוּלֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם דְּלָא עֲסַקְתְּ בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה. אֲמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם דַּחֲזַאי לִי בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ דְּנָפְקִי מִינַּאי בְּנִין דְּלָא מְעַלּוּ.
Ézéchias lui dit : Qu’est-ce que tout cela ? Pour quelle transgression suis-je puni ?
Isaïe lui dit : Parce que tu ne t’es pas marié et que tu ne t’es pas engagé dans la procréation.
Ézéchias s’excusa et dit : Je n’ai pas eu d’enfants parce que j’ai envisagé par inspiration divine que les enfants qui sortiraient de moi ne seraient pas vertueux. Ézéchias voulait dire qu’il avait vu que ses enfants étaient destinés à être mauvais. En fait, son fils Menashé a abondamment péché, et il pensait qu’il valait mieux ne pas avoir d’enfants du tout.
אֲמַר לֵיהּ: בַּהֲדֵי כַּבְשֵׁי דְרַחֲמָנָא לְמָה לָךְ? מַאי דְּמִפַּקְּדַתְּ אִיבְּעִי לָךְ לְמֶעְבַּד, וּמָה דְנִיחָא קַמֵּיהּ קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא — לַעֲבֵיד.
Isaïe lui dit : Pourquoi t’impliques-tu dans les secrets du Saint, béni soit-Il ? Ce qui t’a été ordonné, la mitsva de la procréation, tu es tenu de l’accomplir, et ce qui est acceptable aux yeux du Saint, béni soit-Il, qu’Il l’accomplisse, comme Il en a décidé ainsi.
אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא הַב לִי בְּרַתָּךְ, אֶפְשָׁר דְּגָרְמָא זְכוּתָא דִידִי וְדִידָךְ, וְנָפְקִי מִנַּאי בְּנִין דִּמְעַלּוּ. אֲמַר לֵיהּ: כְּבָר נִגְזְרָה עָלֶיךָ גְּזֵירָה. אֲמַר לֵיהּ: בֶּן אָמוֹץ, כַּלֵּה נְבוּאָתְךָ וָצֵא!
Ézéchias dit à Isaïe : Donne-moi maintenant ta fille pour épouse ; peut-être que mon mérite et ton mérite feront naître de moi des enfants vertueux.
Isaïe lui dit : Le décret a déjà été décrété contre toi et ce jugement ne peut pas être changé.
Ézéchias lui dit : Fils d’Amots, cesse ta prophétie et va-t’en. Tant que le prophète parlait comme l’émissaire de Dieu, Ézéchias était tenu de l’écouter. Il n’était toutefois pas tenu d’accepter l’opinion personnelle d’Isaïe selon laquelle il n’y avait aucune possibilité de miséricorde et de guérison.
כָּךְ מְקּוּבְּלַנִי מִבֵּית אֲבִי אַבָּא, אֲפִילּוּ חֶרֶב חַדָּה מוּנַּחַת עַל צַוָּארוֹ שֶׁל אָדָם, אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים.
Ézéchias poursuivit : J’ai reçu une tradition de la maison du père de mon père, du roi David, le père fondateur de la dynastie des rois de Judée : Même si une épée tranchante repose sur le cou d’une personne, elle ne doit pas s’empêcher de prier pour obtenir miséricorde. On peut encore garder l’espoir que ses prières seront exaucées, comme ce fut le cas pour David lui-même lorsqu’il vit l’Ange de la Destruction, mais il pria néanmoins pour obtenir miséricorde et ses prières furent exaucées.
אִתְּמַר נָמֵי, רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: אֲפִילּוּ חֶרֶב חַדָּה מוּנַּחַת עַל צַוָּארוֹ שֶׁל אָדָם, אַל יִמְנַע עַצְמוֹ מִן הָרַחֲמִים. שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵן יִקְטְלֵנִי לוֹ אֲיַחֵל״.
Concernant le fait qu’on ne doit pas désespérer de la miséricorde de Dieu, la Guemara cite qu’il a également été dit que rabbi Yoḥanan et rabbi Eliezer ont tous deux dit : Même si une épée tranchante repose sur le cou d’une personne, elle ne doit pas s’empêcher de prier pour obtenir miséricorde, comme il est dit dans les paroles de Job : « Même s’Il me tue, j’aurai confiance en Lui » (Job 13:15). Même si Dieu est sur le point de lui ôter la vie, il prie encore pour la miséricorde de Dieu.