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רַב מָרִי בַּר רָחֵל מַשְׁכֵּן לֵיהּ הָהוּא גּוֹי בֵּיתָא. הֲדַר זַבְּנֵהּ לְרָבָא. נְטַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא, שְׁקַל אֲגַר בֵּיתָא אַמְטִי לֵיהּ לְרָבָא. אֲמַר לֵיהּ: הַאי דְּלָא אַמְטַאי לְמָר אֲגַר בֵּיתָא עַד הָאִידָּנָא, דִּסְתַם מַשְׁכַּנְתָּא שַׁתָּא, אִי בָּעֵי גּוֹי לְסַלֹּקֵי לָא הֲוָה מָצֵי מְסַלֵּק לִי, הַשְׁתָּא לִשְׁקוֹל מָר אֲגַר בֵּיתָא.
La Guemara raconte : Un certain gentil a hypothéqué une maison à Rav Mari bar Raḥel pour un prêt que Rav Mari lui avait accordé. Par la suite, le gentil a vendu la maison à Rava. Rav Mari a attendu que douze mois de l’année s’écoulent, a pris la somme d’argent nécessaire pour payer le loyer de la maison et l’a apportée à Rava, qui était désormais le propriétaire de la maison. Rav Mari a dit à Rava : Le fait que je n’ai pas apporté le loyer de la maison au Maître jusqu’à présent est parce qu’une hypothèque non spécifiée est en vigueur pour une période de un an. Si ce gentil voulait m’expulser de la maison en remboursant le prêt, il ne pourrait pas m’expulser de celle-ci jusqu’à présent. Par conséquent, la maison m’appartenait en fait pendant cette année-là, et je n’étais pas tenu de payer un loyer. Maintenant, puisque le gentil peut m’expulser de la maison en remboursant le prêt, la maison t’appartient. Par conséquent, que le Maître prenne maintenant le loyer de la maison pour l’année à venir.
אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָה יָדַעְנָא דַּהֲוָה מְמוּשְׁכַּן לֵיהּ לְמָר, לָא הֲוָה זָבֵינְנָא לֵיהּ. הַשְׁתָּא כְּדִינֵיהֶם עָבֵידְנָא לָךְ, כׇּל אֵימַת דְּלָא מְסַלְּקִי בְּזוּזֵי לָא שָׁקֵיל אֲגַר בֵּיתָא. אֲנָא נָמֵי לָא שָׁקֵילְנָא מִינָּךְ אֲגַר בֵּיתָא עַד דִּמְסַלֵּקְנָא לָךְ בְּזוּזֵי.
Rava lui dit : Si j’avais su que cette maison était hypothéquée au Maître, je ne l’aurais pas achetée du tout, car je t’aurais donné la possibilité de l’acheter en premier. Maintenant, par conséquent, j’agirai envers toi conformément à la loi des gentils, puisque j’ai assumé les droits auparavant détenus par le gentil. Selon la loi des gentils, tant que l’emprunteur ne rembourse pas le prêteur en rendant l’argent, il ne perçoit pas non plus de loyer pour la maison, car il n’y a pas d’interdiction pour un gentil de payer ou de recevoir des intérêts. Par conséquent, moi non plus je ne percevrai pas de loyer pour la maison de ta part jusqu’à ce que je t’en dépossède en contraignant le gentil à payer l’argent qu’il te doit.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא מִבַּרְנִישׁ לְרַב אָשֵׁי: חֲזִי מָר רַבָּנַן דְּקָא אָכְלִי רִבִּיתָא, דְּיָהֲבִי זוּזֵי אַחַמְרָא בְּתִשְׁרִי וּמְבַחֲרִי לֵהּ בְּטֵבֵת!
La Guemara rapporte : Rava de Barnish dit à Rav Ashi : Le Maître voit les Sages qui consomment de l’intérêt, car ils donnent aux gens de l’argent pour du vin au mois de Tishrei, et ils sélectionnent le vin plus tard, au mois de Tevet. S’ils avaient pris le vin immédiatement au moment du paiement, il y aurait eu une chance qu’il se gâte. Or, en échange du paiement anticipé du vin, ils reçoivent l’avantage de garantir que le vin qu’ils reçoivent ne sera pas gâté. Rava de Barnish comprenait que cet avantage, reçu en échange du paiement anticipé, constitue une forme d’intérêt.
אֲמַר לֵיהּ: אִינְהוּ נָמֵי אַחַמְרָא קָא יָהֲבִי, אַחַלָּא לָא קָא יָהֲבִי – מֵעִיקָּרָא דְּחַמְרָא חַמְרָא, דְּחַלָּא חַלָּא, הָהִיא שַׁעְתָּא הוּא דְּקָמְבַחֲרִי.
Rav Ashi lui dit : Eux aussi ont donné l’argent dès le départ pour du vin, mais ils ne l’ont pas donné pour du vinaigre. Ce qui était du vin au départ est toujours du vin, et ce qui est devenu du vinaigre était du vinaigre lorsqu’ils l’ont payé, mais ils ne le savaient pas. C’est à ce moment-là de la sélection qu’ils ont simplement sélectionné le vin qu’ils avaient déjà payé auparavant. Puisqu’ils ont accepté d’acheter du vin, et non du vinaigre, l’avantage de recevoir effectivement du vin ne constitue pas un intérêt.
רָבִינָא הֲוָה יָהֵיב זוּזֵי לִבְנֵי אַקְרָא דְּשַׁנְווֹתָא וְשָׁפְכִי לֵיהּ טְפֵי כּוּפִיתָא. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי, אֲמַר לֵיהּ: מִי שְׁרֵי? אֲמַר לֵיהּ: אִין, אַחוֹלֵי הוּא דְּקָא מָחֲלִי גַּבָּךְ.
La Guemara rapporte : Ravina avançait de l’argent aux habitants de la forteresse [akra] près de la rivière Shanvata afin d’acheter du vin qui serait fourni après la vendange, et, lorsqu’ils fournissaient le vin, ils lui versaient une cruche supplémentaire [kufita] de vin pour lui en cadeau, bien qu’il n’y eût entre eux aucune stipulation l’exigeant. Ravina se présenta devant Rav Ashi pour demander si cela impliquait un intérêt. Ravina lui dit : Est-il permis de faire cela ? Rav Ashi lui dit : Oui, c’est permis, car ils renoncent au paiement du vin supplémentaire à ton avantage afin d’entretenir de bonnes relations avec toi. Puisque le vin supplémentaire n’est pas fourni comme contrepartie du paiement anticipé, il n’y a pas de problème d’intérêt.
אֲמַר לֵיהּ: הָא אַרְעָא לָאו דִּידְהוּ הִיא! אֲמַר לֵיהּ: אַרְעָא לְטַסְקָא מְשַׁעְבְּדָא. וּמַלְכָּא אָמַר: מַאן דְּיָהֵיב טַסְקָא – לֵיכוֹל אַרְעָא.
Ravina lui dit : Mais la terre ne leur appartient pas. Les habitants de la forteresse de Shanvata travaillaient une terre appartenant à d’autres qui avaient abandonné leurs champs parce qu’ils ne pouvaient pas payer les impôts fonciers. Les habitants de la forteresse payaient les impôts et pouvaient donc utiliser les champs. Ravina craignait que les raisins ne leur appartiennent peut-être pas et qu’ils ne puissent donc pas renoncer au paiement du montant supplémentaire, puisque cela ne leur appartenait pas. Rav Ashi lui dit : La terre est grevée au profit du roi comme paiement des impôts [letaska], et le roi dit : Quiconque paie l’impôt peut consommer le produit de la terre. Par conséquent, ceux qui paient les impôts ont la propriété du vin en vertu de la loi du royaume.
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: חֲזִי מָר הָנֵי רַבָּנַן דְּיָהֲבִי זוּזֵי אַכְּרָגָא דְּאִינָשֵׁי וּמְשַׁעְבְּדִי בְּהוּ טְפֵי! אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא אִיכּוֹ שְׁכֵיבִי לָא אֲמַרִי לְכוּ הָא מִילְּתָא. הָכִי אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מוּהְרְקַיְיהוּ דְּהָנֵי בְּטֻפְסָא דְמַלְכָּא מַנַּח, וּמַלְכָּא אָמַר: מַאן דְּלָא יָהֵיב כְּרָגָא לִשְׁתַּעְבַּיד לְמַאן דְּיָהֵיב כְּרָגָא!
La Guemara rapporte que Rav Pappa dit à Rava : Que le Maître voie ces Sages qui paient de l’argent pour la taxe [akarga] au nom d’autres personnes et, ensuite, les font travailler davantage qu’il ne serait raisonnable au regard de la somme qu’ils ont payée. Rava lui dit : À présent, si j’étais mort, je ne pourrais pas te dire l’explication de cette affaire, il est donc bon que tu me l’aies demandée pendant que je suis encore en vie, car je sais que voici ce qu’a dit Rav Sheshet : Le document [moharkayyhu] de servitude de ces personnes repose dans le trésor du roi, c’est-à-dire que tous ses sujets sont considérés comme ses serviteurs, et le roi a dit : Celui qui ne paie pas la capitation servira celui qui paie la capitation, et, par conséquent, en vertu de la loi du royaume, ils peuvent les faire travailler autant qu’ils le veulent.
רַב סְעוּרָם אֲחוּהּ דְּרָבָא הֲוָה תָּקֵיף אִינָשֵׁי דְּלָא מְעַלּוּ וּמְעַיֵּיל לְהוּ בְּגוּהַרְקָא דְּרָבָא. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: שַׁפִּיר קָא עָבְדַתְּ, דִּתְנֵינָא: רְאִית[וֹ] שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג כַּשּׁוּרָה, מִנַּיִן שֶׁאַתָּה רַשַּׁאי לְהִשְׁתַּעְבֵּד בּוֹ – תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְעוֹלָם בָּהֶם תַּעֲבֹדוּ וּבְאַחֵיכֶם״. יָכוֹל אֲפִילּוּ נוֹהֵג כַּשּׁוּרָה – תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבְאַחֵיכֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אִישׁ בְּאָחִיו וְגוֹ׳״.
La Guemara rapporte : Rav Se’oram, le frère de Rava, saisissait de force des personnes qui ne se conduisaient pas correctement et les faisait porter la litière de Rava. Rava lui dit : Tu as bien agi, comme nous l’apprenons : Si tu vois un Juif qui ne se conduit pas correctement, d’où est-il déduit que tu es autorisé à le faire travailler comme un esclave ? Le verset déclare : « D’eux vous pourrez prendre vos esclaves pour toujours ; et sur vos frères » (Lévitique 25:46). Il est déduit de la conjonction « et », qui relie les deux propositions du verset, qu’il existe des circonstances où il est permis de traiter un autre Juif comme s’il était un esclave. On pourrait penser que telle est la halakhamême si un Juif se conduit correctement. Pour écarter cela, le verset déclare dans la suite : « Et sur vos frères, les enfants d’Israël, vous ne dominerez pas, l’un sur l’autre, avec rigueur. »
אָמַר רַב חָמָא: הַאי מַאן דְּיָהֵיב זוּזֵי לְחַבְרֵיהּ לְמִיזְבַּן לֵיהּ חַמְרָא וּפְשַׁע וְלָא זְבַין לֵיהּ – מְשַׁלֵּם לֵיהּ כִּדְקָא אָזֵיל אַפַּרְווֹתָא דְזוּלְשְׁפָט.
Rav Ḥama a dit : En ce qui concerne quelqu’un qui a donné de l’argent à un autre pour acheter du vin pour lui, et l’autre, c’est-à-dire l’agent, a été négligent et ne l’a pas acheté pour lui, l’agent doit payer à celui qui lui a donné l’argent selon le cours en vigueur du vin au port de la ville de Zolshefat, où se trouvait le principal marché du vin, et il doit acheter le vin selon le prix de ce marché, même s’il est plus cher que la somme qui lui avait été donnée au départ.
אָמַר אַמֵּימָר אַמְרִיתָא לִשְׁמַעְתָּא קַמֵּיהּ דְּרַב זְבִיד מִנְּהַרְדְּעָא, אָמַר: כִּי קָאָמַר רַב חָמָא, הָנֵי מִילֵּי בְּ״יַיִן״ סְתָם, אֲבָל בְּ״יַיִן זֶה״ – לָא, מִי יֵימַר דִּמְזַבְּנִי לֵיהּ נִיהֲלֵיהּ?
Ameimar a dit : J’ai énoncé cette halakha devant Rav Zevid de Neharde’a, et lorsqu’il l’a entendue, il a dit : Lorsque Rav Ḥama a dit cela, il a formulé cette déclaration dans un cas où l’acheteur avait demandé à l’agent d’acheter du vin sans précision quant au vin exact qu’il voulait. Mais si il a dit à l’agent : Achète-moi ce vin précis, l’agent qui a négligé d’acheter le vin n’est pas tenu de l’acheter plus tard à un prix plus élevé, car lorsqu’il a été envoyé pour l’acheter au départ, qui dit que le propriétaire le lui aurait vendu ? Celui qui a remis l’argent à l’agent savait que l’agent pourrait ne pas réussir à acheter ce vin précis. Par conséquent, l’obligation de l’agent est simplement de rendre l’argent, et rien ne peut être ajouté à cette somme, en raison de l’interdiction de l’intérêt.
רַב אָשֵׁי אָמַר: אֲפִילּוּ ״יַיִן״ סְתָם נָמֵי לָא, מַאי טַעְמָא – אַסְמַכְתָּא הִיא, וְאַסְמַכְתָּא לָא קָנְיָא.
Rav Ashi a dit : Même s’il a demandé à l’agent d’acheter du vin sans précision, l’agent n’est pas non plus tenu d’acheter plus tard du vin pour un montant supérieur à la somme qui lui a été donnée. Quelle en est la raison ? L’obligation implicite que l’agent a acceptée sur lui-même, à savoir payer celui qui l’a engagé avec du vin d’une valeur supérieure à la somme d’argent qu’il a reçue, est une transaction fondée sur un consentement non concluant [asmakhta], car toute situation où l’on doit payer plus d’argent que ce que l’on a reçu est semblable au paiement d’une amende, et l’acceptation d’une asmakhta n’opère pas acquisition, puisqu’on présume que son acceptation n’était pas sincère.
וּלְרַב אָשֵׁי מַאי שְׁנָא מֵהָא דִּתְנַן: ״אִם אוֹבֵיר וְלָא אֶעֱבֵיד אֲשַׁלֵּם בְּמֵיטְבָא״, הָתָם בְּיָדוֹ,
La Guemara demande : Et selon Rav Ashi, en quoi ce cas est-il différent de ce que nous avons appris dans une michna (104a) concernant un contrat de location de terre, dans lequel un métayer a accepté de cultiver un champ en échange d'une part de la récolte et a écrit : Si je laisse le champ en jachère et ne le cultive pas, je paierai avec la meilleure qualité de production ? Dans ce cas, le métayer a accepté de payer le montant qu'il a fait perdre au propriétaire en raison de son inaction, et cela n'a pas été considéré comme une asmakhta. La Guemara répond : Là-bas, la chose est en son pouvoir, car il peut décider de travailler le champ ou de ne pas le travailler.

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