מַתְנִי׳ הַגּוֹזֵל עֵצִים וַעֲשָׂאָן כֵּלִים, צֶמֶר וַעֲשָׂאָן בְּגָדִים – מְשַׁלֵּם כִּשְׁעַת הַגְּזֵלָה.
MICHNA : Dans le cas de celui qui vole à un autre du bois et le transforme en ustensiles, ou de celui qui vole à un autre de la laine et la transforme en vêtements, il paie à la victime du vol selon la valeur des biens au moment du vol, mais il n’a pas besoin de rendre les ustensiles ou les vêtements. Il a acquis les objets volés parce qu’ils avaient subi un changement.
גָּזַל פָּרָה מְעוּבֶּרֶת – וְיָלְדָה, רָחֵל טְעוּנָה – וּגְזָזָהּ; מְשַׁלֵּם דְּמֵי פָרָה הָעוֹמֶדֶת לֵילֵד, וּדְמֵי רָחֵל הָעוֹמֶדֶת לִיגָּזֵז.
Si quelqu’un a volé à un autre une vache pleine et qu’elle a ensuite mis bas alors qu’elle était en sa possession, ou si quelqu’un a volé à un autre une brebis qui était chargée de laine et que le voleur l’a ensuite tondue, le voleur paie la valeur d’une vache prête à mettre bas ou la valeur d’une brebis prête à être tondue. Il paie la valeur de l’animal au moment du vol, et le veau ou la laine restent à lui.
גָּזַל פָּרָה – וְנִתְעַבְּרָה אֶצְלוֹ וְיָלְדָה, רָחֵל – וְנִטְעֲנָה אֶצְלוֹ וּגְזָזָהּ; מְשַׁלֵּם כִּשְׁעַת הַגְּזֵלָה. זֶה הַכְּלָל: כׇּל הַגַּזְלָנִים מְשַׁלְּמִין כִּשְׁעַת הַגְּזֵלָה.
Si quelqu’un a volé à un autre une vache, et qu’elle est devenue pleine en sa possession, puis a mis bas; ou si quelqu’un a volé à un autre une brebis, et qu’elle s’est chargée de laine en sa possession, et ensuite l’a tondue, alors le voleur paie selon la valeur de l’animal au moment du vol. Voici le principe : Tous les voleurs paient selon la valeur de l’objet volé au moment du vol.
גְּמָ׳ אָמְרִי: עֵצִים וַעֲשָׂאָן כֵּלִים – אִין, שִׁיפָּן – לָא; צֶמֶר וַעֲשָׂאָן בְּגָדִים – אִין, לִיבְּנָן – לָא.
GUEMARA : Les Sages disent : On peut déduire de la michna que si quelqu’un a volé à un autre du bois et en a fait des ustensiles, oui, le voleur acquiert le bois en raison du changement. S’il l’a simplement poncé, non, le voleur ne l’acquiert pas, car cela ne constitue pas un changement significatif. De même, si quelqu’un a volé à un autre de la laine et l’a transformée en vêtements, oui, il a acquis la laine en raison du changement. Si il l’a simplement lavée, non, il ne l’a pas acquise.
וּרְמִינְהִי: גָּזַל עֵצִים וְשִׁיפָּן, אֲבָנִים וְסִיתְּתָן, צֶמֶר (וְלִיבְּנָן) [וְלִיבְּנוֹ], פִּשְׁתָּן וְנִקָּהוּ – מְשַׁלֵּם כִּשְׁעַת הַגְּזֵלָה.
Et la Guemara soulève une contradiction à partir d’une baraita : Si quelqu’un a volé à un autre du bois et l’a poncé, ou des pierres et les a polies, ou de la laine et l’a lavée, ou du lin et l’a nettoyé, il paie selon la valeur de l’objet volé au moment du vol. Cette baraita enseigne que même un changement tel que poncer du bois est considéré comme un changement significatif.
אָמַר אַבָּיֵי: תַּנָּא דִּידַן קָתָנֵי שִׁינּוּי דְּרַבָּנַן – דְּהָדַר, וְכׇל שֶׁכֵּן שִׁינּוּי דְּאוֹרָיְיתָא;
Abaye a dit : Cela ne contredit pas la michna. Le tanna de notre michna enseigne la halakha concernant un changement considéré comme significatif par la loi rabbinique, qui n’est pas considéré comme significatif par la loi de la Torah, car il est réversible. Et à plus forte raison, si le voleur effectue un changement considéré comme significatif par la Torah, c’est-à-dire un changement irréversible, il acquiert l’objet volé en raison de ce changement.
עֵצִים וַעֲשָׂאָן כֵּלִים – בְּעֵצִים מְשׁוּפִּין, וּמַאי נִינְהוּ? נְסָרִים; דְּשִׁינּוּי דְּהָדַר לִבְרִיָּיתֵיהּ הוּא – דְּאִי בָּעֵי מְשַׁלֵּיף לְהוּ. צֶמֶר וַעֲשָׂאָן בְּגָדִים – בְּצֶמֶר טָווּי; דְּשִׁינּוּי דַּהֲדַר לִבְרִיָּיתֵיהּ הוּא – דְּאִי בָּעֵי סָתַר לֵיהּ. וְכׇל שֶׁכֵּן שִׁינּוּי דְּאוֹרָיְיתָא.
La Guemara explique : En conséquence, il doit être que le cas dans la michna, où le changement est réversible, où quelqu’un a volé à un autre du bois et l’a façonné en ustensiles, est énoncé à propos de quelqu’un qui a volé à un autre du bois poncé. Et que sont-ils ? Des planches que le voleur a utilisées pour construire un ustensile, ce qui constitue un changement dans lequel l’objet peut revenir à son état initial, car, si le voleur le souhaite, il peut les démonter. De même, le cas de quelqu’un qui a volé à un autre de la laine et l’a façonnée en vêtements se rapporte à de la laine qui était déjà filée, car la façonner en vêtements est un changement dans lequel l’objet peut revenir à son état initial, car, si le voleur le souhaite, il peut les défaire. La michna enseigne que le voleur acquiert l’objet volé en effectuant ces changements, et à plus forte raison le voleur acquiert l’objet volé au moyen d’un changement considéré comme significatif par la loi de la Torah.
וְתַנָּא בָּרָא – שִׁינּוּי דְּאוֹרָיְיתָא קָתָנֵי, וְשִׁינּוּי דְּרַבָּנַן לָא קָתָנֵי.
Abaye poursuit son explication : Et le tanna de la baraita enseigne la halakha concernant un changement jugé significatif par la loi de la Torah, mais n’enseigne pas la halakha concernant un changement jugé significatif par la loi rabbinique. Il est possible qu’il soutienne que le voleur n’acquiert pas l’objet volé en raison d’un tel changement.
רַב אָשֵׁי אָמַר, תַּנָּא דִּידַן נָמֵי שִׁינּוּי דְּאוֹרָיְיתָא קָתָנֵי: עֵצִים וַעֲשָׂאָן כֵּלִים – בּוּכָאנֵי, דְּהַיְינוּ שִׁיפָּן; צֶמֶר וַעֲשָׂאָן בְּגָדִים – נַמְטֵי, דְּהַיְינוּ שִׁינּוּי דְּלָא הָדַר.
Rav Ashi a déclaré une autre réponse : Le tanna de notre michna enseigne également la halakha concernant un changement considéré comme significatif par la loi de la Torah. Le cas dans la michna de celui qui a volé à un autre du bois et l’a façonné en ustensiles fait référence à quelqu’un qui a fabriqué des pilons [bukhanei], ce qui est analogue au cas mentionné dans la baraita où il les a poncés, puisqu’un pilon est formé en taillant le bois de manière irréversible. De même, le cas dans la michna de celui qui a volé à un autre de la laine et l’a façonnée en vêtements fait référence à quelqu’un qui a transformé la laine en morceaux de feutre [namtei], ce qui constitue un changement irréversible.
וְלִיבּוּן מִי הָוֵי שִׁינּוּי? וּרְמִינְהִי: לֹא הִסְפִּיק לִיתְּנוֹ לוֹ עַד שֶׁצְּבָעוֹ – פָּטוּר. לִבְּנוֹ וְלֹא צְבָעוֹ – חַיָּיב!
La Guemara pose une question au sujet de la baraita : Mais le lavage entraîne-t-il un changement significatif, de sorte que celui qui vole à autrui de la laine et la lave acquiert la laine et en paie la valeur au moment du vol ? Et la Guemara soulève une contradiction à partir d’une michna qui traite des halakhot du premier prélèvement de la laine tondue, que l’on doit donner à un prêtre (Ḥullin 135a) : Si le propriétaire des brebis n’a pas réussi à donner la laine tondue au prêtre avant de la teindre, il est exempté de la donner au prêtre, car l’obligation ne s’applique qu’à la laine demeurant dans son état d’origine. En revanche, s’il l’a lavée mais ne l’a pas teinte, il est tenu de la donner au prêtre. Cela indique que le lavage n’entraîne pas de changement significatif.
אָמַר אַבָּיֵי: לָא קַשְׁיָא; הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא רַבָּנַן. דְּתַנְיָא: גְּזָזוֹ, טְווֹאוֹ וַאֲרָגוֹ – אֵין מִצְטָרֵף. לִבְּנוֹ – רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אֵין מִצְטָרֵף, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מִצְטָרֵף.
Abaye a dit : Ce n’est pas difficile. Cette baraita est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, tandis que cette autre michna est conforme à l’opinion des Sages, comme il est enseigné dans une baraita au sujet de la première part de la laine tondue : Si quelqu’un l’a tondue, filée et tissée, la laine tondue ne se combine pas avec la laine d’autres brebis pour constituer la quantité minimale de laine pour laquelle on est tenu de donner au prêtre la première part de la laine tondue. Si quelqu’un l’a lavée, alors Rabbi Shimon dit qu’elle ne se combine pas avec la laine d’autres brebis, car le lavage produit un changement significatif, et les Sages disent qu’elle se combine avec la laine d’autres brebis, car le lavage ne produit pas de changement significatif. Leurs opinions correspondent aux opinions de la baraita et de la michna citées précédemment.
רָבָא אָמַר: הָא וְהָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, וְלָא קַשְׁיָא; הָא דְּנַפְּצֵיהּ נַפּוֹצֵי, הָא דִּסַרְקֵיהּ סָרוֹקֵי.
Rava a déclaré une autre réponse : Ceci et cela, c’est-à-dire à la fois la michna et la baraita, sont conformes à l’opinion de Rabbi Shimon, et cela ne pose pas de difficulté. Cette michna fait référence à un cas où quelqu’un a démêlé les fibres de laine à la main avant de la laver. Dans ce cas, le lavage n’est pas pleinement efficace et n’entraîne pas de changement significatif. Cette autre baraita fait référence à un cas où quelqu’un l’a peignée avant de la laver. Le lavage est plus efficace et entraîne par conséquent un changement significatif.
רַבִּי חִיָּיא בַּר אָבִין אָמַר: הָא דְּחַוְּורֵיהּ חַוּוֹרֵי, הָא דְּכַבְרֵיהּ כַּבְרוֹיֵי.
Rabbi Ḥiyya bar Avin a déclaré une autre réponse : Cette michna fait référence à un cas où l’on l’a simplement blanchie, ce qui ne constitue pas un changement significatif. Cette baraita fait référence à un cas où on l’a blanchie avec du soufre, ce qui constitue un changement significatif.
הַשְׁתָּא יֵשׁ לוֹמַר צֶבַע לְרַבִּי שִׁמְעוֹן לָא הָוֵי שִׁינּוּי, לִיבּוּן הָוֵי שִׁינּוּי? דְּתַנְיָא: גָּזַז רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן וּצְבָעוֹ, רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן וּטְווֹאוֹ, רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן וַאֲרָגוֹ – אֵין מִצְטָרֵף. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: צְבָעוֹ – מִצְטָרֵף.
Ayant démontré que, selon Rabbi Shimon, le lavage effectue un changement significatif, la Guemara demande : Maintenant qu’on peut dire que, selon Rabbi Shimon, la teinture n’effectue pas de changement significatif, comme la Guemara le prouvera, peut-on dire que le lavage effectue un changement significatif ? Comme il est enseigné dans une baraita : S’il a tondu des brebis une par une et teint la laine de chaque brebis avant de tondre la suivante, ou s’il les a tondues une par une et filé la laine, ou s’il les a tondues une par une et tissé la laine, alors la laine tondue des différentes brebis ne se combine pas pour constituer la quantité minimale de laine pour laquelle on est tenu de donner au prêtre les prémices de la laine tondue. Rabbi Shimon ben Yehuda dit au nom de Rabbi Shimon : Même s’il l’a teinte, elle se combine avec l’autre laine. Cela indique que, selon Rabbi Shimon, même teindre la laine n’est pas un changement significatif ; comment pourrait-il donc soutenir que le lavage en est un ?
אָמַר אַבָּיֵי: לָא קַשְׁיָא; הָא רַבָּנַן אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.
Abaye a dit : Ce n’est pas difficile. Cette déclaration, selon laquelle la laine lavée ne se combine pas avec une autre laine, est l’opinion des Sages conformément à l’opinion de Rabbi Shimon, tandis que cette autre déclaration, selon laquelle même la laine teinte se combine avec une autre laine, est l’opinion de Rabbi Shimon ben Yehuda conformément à l’opinion de Rabbi Shimon. Il y a une divergence quant à ce que Rabbi Shimon statue au sujet de cette question.
רָבָא אָמַר: לְעוֹלָם לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה, וְשָׁאנֵי צֶבַע – הוֹאִיל וְיָכוֹל לְהַעֲבִירוֹ עַל יְדֵי צָפוֹן. וְכִי קָתָנֵי הָתָם: לֹא הִסְפִּיק לִיתְּנוֹ לוֹ עַד שֶׁצְּבָעוֹ – פָּטוּר, וְאוֹקִימְנָא כְּדִבְרֵי הַכֹּל; בְּקָלָא אִילָן דְּלָא עָבַר.
Rava a dit : En réalité, les Sages ne sont pas en désaccord avec Rabbi Shimon ben Yehuda, et ils sont également d’avis que Rabbi Shimon soutient que le lavage produit un changement significatif. Et quant à la contradiction apparente, la teinture est différente et ne produit pas de changement significatif, puisqu’on peut l’enlever avec du savon [tzafon] et rendre la laine à son état antérieur. Et lorsqu’il est enseigné là-bas, dans la michna citée ci-dessus, que si l’on n’a pas réussi à donner la laine tondue au prêtre avant de la teindre, on est exempté, et cette décision a été établie conformément à tous les avis, cela n’a pas été dit au sujet d’une teinture ordinaire mais au sujet de l’indigo, qui ne peut pas être enlevé avec du savon et produit donc un changement permanent et, par conséquent, significatif.
אָמַר אַבָּיֵי: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה, וּבֵית שַׁמַּאי, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר, וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל – כּוּלְּהוּ סְבִירָא לְהוּ: שִׁינּוּי בִּמְקוֹמוֹ עוֹמֵד. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה – הָא דַּאֲמַרַן.
§ Abaye a dit : Rabbi Shimon ben Yehuda, et Beit Shammai, et Rabbi Eliezer ben Ya’akov, et Rabbi Shimon ben Elazar, et Rabbi Yishmael soutiennent tous que malgré un changement, l’objet modifié reste à sa place, c’est-à-dire que l’objet modifié est toujours considéré comme ayant le statut qu’il avait avant le changement. La Guemara entreprend de prouver que chacun de ces tannaïm soutient cela : L’opinion de Rabbi Shimon ben Yehuda est celle que nous venons de dire. Il dit que, selon Rabbi Shimon, même si la laine est teinte, elle se combine toujours avec la laine d’autres animaux pour constituer la quantité minimale de laine pour laquelle on est tenu de donner au prêtre les prémices de la tonte.
בֵּית שַׁמַּאי מַאי הִיא? דְּתַנְיָא: נָתַן לָהּ חִטִּין בְּאֶתְנַנָּהּ, וַעֲשָׂאָן סוֹלֶת; זֵיתִים וַעֲשָׂאָן שֶׁמֶן; עֲנָבִים וַעֲשָׂאָן יַיִן – תָּנֵי חֲדָא: אָסוּר, וְתַנְיָא אִידַּךְ: מוּתָּר. וְאָמַר רַב יוֹסֵף, תָּנֵי גּוּרְיוֹן
Quelle est la source qui indique que Beit Shammai soutiennent qu’un objet qui subit un changement est considéré comme ayant le même statut qu’il avait avant ce changement ? Comme il est enseigné dans une baraita : Si quelqu’un a donné à une prostituée du blé comme paiement, et qu’elle l’a moulu et l’a transformé en farine ; ou s’il lui a donné des olives, et qu’elle les a pressées et les a transformées en huile ; ou s’il lui a donné des raisins, et qu’elle les a pressés et les a transformés en vin ; et si, dans l’un quelconque de ces cas, elle a ensuite consacré le produit final, il est enseigné dans une baraita qu’il est interdit de les offrir sur l’autel comme offrande de farine ou libation, comme l’énonce la Torah : « Tu n’apporteras pas le salaire d’une prostituée ni le prix d’un chien dans la Maison du Seigneur ton Dieu » (Deutéronome 23:19). Et il est enseigné dans une autre baraita que c’est permis, comme la Guemara l’expliquera. Et Rav Yosef dit : Cela a été enseigné par Guryon