וְאִידַּךְ, כִּי לָא נְגַח – מַאי לְשַׁלֵּם? הָכָא, כֵּיוָן דְּאַכְלַהּ תְּלָת שְׁנֵי – קָיְימָא לַהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ.
et l’exigence qu’il y ait un autre, quatrième, incident pour que le propriétaire soit tenu de payer des dommages-intérêts complets existe parce que, avant qu’il n’encorne après être devenu un bœuf averti, qu’y a-t-il pour le propriétaire à payer ? Ici, une fois qu’il a travaillé et tiré profit de la terre pendant trois ans, la terre est établie comme étant en sa possession.
אֶלָּא מֵעַתָּה, חֲזָקָה שֶׁאֵין עִמָּהּ טַעֲנָה תֶּיהְוֵי חֲזָקָה! אַלְּמָה תְּנַן: כׇּל חֲזָקָה שֶׁאֵין עִמָּהּ טַעֲנָה, אֵינָהּ חֲזָקָה?
La Guemara demande : S’il en est ainsi, selon l’explication selon laquelle le bœuf averti est la source de la présomption de propriété concernant la terre, même une possession qui n’est pas accompagnée d’une revendication, c’est-à-dire lorsque le possesseur n’a aucune explication quant à la manière dont il l’a acquise, devrait être suffisante pour établir la présomption de propriété, tout comme le fait d’encorner trois fois établit automatiquement son statut de bœuf averti. Pourquoi avons-nous appris dans une michna (41a) : Toute possession qui n’est pas accompagnée d’une revendication expliquant comment le possesseur est devenu propriétaire n’est pas suffisante pour établir la présomption de propriété ?
טַעְמָא מַאי – דְּאָמְרִינַן: דִּלְמָא כִּדְקָאָמַר, הַשְׁתָּא אִיהוּ לָא טָעֵין, אֲנַן לִיטְעוֹן לֵיהּ?!
La Guemara répond : Quelle est la raison pour laquelle une possession qui n’est pas accompagnée d’une revendication n’est pas suffisante pour établir la présomption de propriété ? Parce que dans un cas ordinaire où quelqu’un bénéficie d’une présomption de propriété, nous disons que même si le demandeur prouve que le champ lui appartenait autrefois, puisque l’autre est en possession du terrain, peut-être que la vérité est comme il le dit, à savoir qu’il l’a acheté au propriétaire précédent. Mais maintenant que lui-même ne prétend pas l’avoir acheté, allons-nous prétendre cela pour lui ?
מַתְקֵיף לַהּ רַב עַוִּירָא: אֶלָּא מֵעַתָּה, מֶחָאָה שֶׁלֹּא בְּפָנָיו לָא תֶּיהְוֵי מֶחָאָה – דּוּמְיָא דְּשׁוֹר מוּעָד; מָה שׁוֹר הַמּוּעָד בְּפָנָיו בָּעֵינַן, אַף הָכָא נָמֵי בְּפָנָיו בָּעֵינַן!
Rav Avira objecte à l’explication selon laquelle la présomption concernant la terre est dérivée de la halakha d’un bœuf averti : Si tel est le cas, une protestation que le demandeur dépose pendant les trois années pas en présence du possesseur ne devrait pas être considérée comme une protestation, car elle doit être semblable à la halakhad’un bœuf averti : De même que nous exigeons que le témoignage concernant un bœuf averti soit en présence de son propriétaire, de même ici, nous devrions aussi exiger qu’une protestation soit déposée en la présence du possesseur .
הָתָם – ״וְהוּעַד בִּבְעָלָיו״ כְּתִיב; הָכָא – חַבְרָךְ חַבְרָא אִית לֵיהּ, וְחַבְרָא דְּחַבְרָךְ – חַבְרָא אִית לֵיהּ.
La Guemara répond : Ce n’est pas difficile. Là-bas, au sujet d’un bœuf déjà averti, il est écrit : « Et un avertissement a été donné à son propriétaire » (Exode 21:29), ce qui indique que l’avertissement doit être donné en présence du propriétaire. Ici, au sujet de la protestation, ton ami a un ami, et l’ami de ton ami a un ami, de sorte que la protestation sera connue même si elle n’est pas formulée en présence du possesseur, car la nouvelle se répandra. Il n’y a pas de décret de la Torah exigeant que la protestation soit formulée en sa présence, et il suffit qu’il en entende parler, même indirectement.
וּלְרַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר: רִיחֵק נְגִיחוֹתָיו חַיָּיב, קֵירַב נְגִיחוֹתָיו לֹא כׇּל שֶׁכֵּן; אַכְלַהּ תְּלָתָא פֵּירֵי בְּחַד יוֹמָא – כְּגוֹן תְּאֵנָה, לֶיהֱוֵי חֲזָקָה!
La Guemara demande en outre : Et selon Rabbi Meïr, qui dit : Lorsque le bœuf effectue ses encornements à intervalles, son propriétaire est responsable, s’il effectue ses encornements successivement, n’est-ce pas à plus forte raison que son propriétaire est responsable ? Selon son avis, l’animal ne doit encorner que trois fois pour devenir averti, et il n’est pas nécessaire que les encornements aient lieu sur trois jours distincts ; ils peuvent tous avoir lieu le même jour. De même, on pourrait dire que s’il a tiré profit du champ en consommant trois fruits d’, par exemple, un figuier, en une seule journée, cela devrait être suffisant pour établir la présomption de propriété.
דּוּמְיָא דְּשׁוֹר הַמּוּעָד, מָה שׁוֹר הַמּוּעָד בְּעִידָּנָא דְּאִית לֵיהּ הָא נְגִיחָה לֵיתָא לְהָא נְגִיחָה, הָכָא נָמֵי בְּעִידָּנָא דְּאִיתָא לְהַאי פֵּירָא לֵיתָא לְהַאי פֵּירָא.
La Guemara répond : Ce ne serait pas une comparaison valable, car la possession présumée concernant la terre doit être semblable à la halakha d’un bœuf averti : De même que pour un bœuf averti, au moment où l’animal a cette encornade, il n’a pas cette autre encornade, puisque chaque acte d’encornade se produit à un moment distinct, ici aussi, pour que la consommation des fruits établisse la présomption de possession, il faut que au moment où ce fruit est ici, cet autre fruit ne soit pas ici. Lorsque toute la production du champ existe simultanément, la consommation de cette production n’établit pas la présomption de possession, même si la production est consommée à trois moments différents.
אַכְלַהּ תְּלָתָא פֵּרֵי בִּתְלָתָא יוֹמֵי – כְּגוֹן צָלָף, לֶיהֱוֵי חֲזָקָה! הָתָם פֵּירָא מִיהָא אִיתֵיהּ, וּמִגְמָר הוּא דְּקָא גָמַר וְאָזֵיל.
La Guemara demande : Sur cette base, si il a tiré profit du champ en consommant trois fruits en trois jours consécutifs, par exemple, les fruits d’un câprier, dont les fruits mûrissent jour après jour, cela devrait être suffisant pour établir la présomption de propriété, puisque les trois fruits n’étaient pas mûrs simultanément. La Guemara répond : Là-bas, en ce qui concerne le câprier, au moins le fruit est ici et il est en train d’achever sa maturation pendant les trois jours. Cela n’est pas semblable au bœuf encorneur, où chaque encornement est totalement indépendant des autres.
אַכְלַהּ תְּלָתָא פֵּירֵי בִּתְלָתִין יוֹמֵי – כְּגוֹן אַסְפַּסְתָּא, לֶיהֱוֵי חֲזָקָה! הֵיכִי דָּמֵי – דְּקָדַיח וְאָכְלָה דְּקָדַיח וְאָכְלָה; הָתָם מִשְׁמָט הוּא דְּקָא שָׁמֵיט וְאָכֵיל.
La Guemara objecte : Sur cette base, si il a tiré profit du champ en consommant trois fruits en trente jours, par exemple de la luzerne [aspasta], qui repousse rapidement lorsqu’on la coupe, et qui est coupée à plusieurs reprises sur une courte période, cela devrait être suffisant pour établir la présomption de propriété. La Guemara explique : Quelles sont les circonstances dans lesquelles elle pourrait repousser trois fois en trente jours ? Lorsqu’elle pousse un peu et qu’il la coupe et la consomme, lorsqu’elle pousse un peu de nouveau et qu’il la consomme, de sorte qu’il la coupe trois fois en trente jours. Là, il s’empare et consomme la luzerne, ce qui n’est pas la manière normale de la cultiver, et par conséquent il n’établit pas la présomption de propriété, laquelle n’est établie que par un usage normal du terrain.
אַכְלַהּ תְּלָתָא פֵּירֵי בִּתְלָתָא יַרְחֵי – כְּגוֹן אַסְפַּסְתָּא, לֶיהֱוֵי חֲזָקָה! מַאן הוֹלְכֵי אוּשָׁא – רַבִּי יִשְׁמָעֵאל; לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל הָכִי נָמֵי –
La Guemara objecte : Sur cette base, si il a tiré profit du champ en consommant trois fruits en trois mois, par exemple de la luzerne, là où il a effectivement employé la méthode habituelle de récolte, cela devrait être suffisant pour établir la présomption de propriété. La Guemara explique : Qui sont ceux qui voyagent vers Usha dont l’opinion est en discussion ? C’est Rabbi Yishmael. En effet, selon Rabbi Yishmael, cela établirait la présomption de propriété.
דִּתְנַן, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים – בִּשְׂדֵה הַלָּבָן, אֲבָל בִּשְׂדֵה אִילָן – כָּנַס אֶת תְּבוּאָתוֹ, וּמָסַק אֶת זֵיתָיו, וְכָנַס אֶת קַיְיצוֹ – הֲרֵי אֵלּוּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים.
C’est comme nous l’avons appris dans la michna où Rabbi Yishmael dit : Dans quel cas cette affirmation est-elle dite, selon laquelle dix-huit mois sont requis pour un champ non irrigué ? En ce qui concerne un champ blanc, c’est-à-dire un champ de céréales. Mais en ce qui concerne un champ d’arbres, une fois qu’il a récolté sa production, et ensuite récolté ses olives, et ensuite recueilli ses figues, ces trois récoltes sont l’équivalent de trois ans. Rabbi Yishmael est d’avis que trois récoltes suffisent.
לְרַבָּנַן, מַאי?
La Guemara demande : Selon les Sages, qui soutiennent que trois ans, et non trois récoltes, sont nécessaires pour établir la présomption de propriété, quelle est la source du concept de ce type de possession présumée ?
אָמַר רַב יוֹסֵף, קְרָא כְּתִיב: ״שָׂדוֹת בַּכֶּסֶף יִקְנוּ וְכָתוֹב בַּסֵּפֶר וְחָתוֹם״ – שֶׁהֲרֵי נָבִיא עוֹמֵד בְּעֶשֶׂר, וּמַזְהִיר עַל אַחַת עֶשְׂרֵה.
Rav Yosef a dit qu’il est écrit dans le verset détaillant l’achat d’un champ à Hanamel par Jérémie, son cousin, au temps du siège d’Eretz Yisrael : « Des hommes achèteront des champs avec de l’argent, souscriront les actes et les scelleront » (Jérémie 32:44). Cela décrit la rédaction d’un acte de vente servant de preuve de propriété du champ, puisqu’il ne pouvait pas continuer à y vivre pendant trois ans afin d’établir la présomption de propriété. Comme le prophète Jérémie se tenait dans la dixième année du règne du roi Sédécias et avertissait les gens de rédiger des actes de vente pour la onzième année, lorsque Eretz Yisrael serait envahie. Par conséquent, bien que celui qui y achèterait un champ puisse vivre sur la terre pendant deux ans, cela ne suffirait pas à établir la présomption de propriété, c’est pourquoi il a dit qu’ils devaient faire rédiger des actes de vente.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: דִּלְמָא הָתָם עֵצָה טוֹבָה קָא מַשְׁמַע לַן!
Abaye lui dit : Peut-être que là, il ne fait que nous enseigner un bon conseil, à savoir qu’il est préférable de conserver des documents afin d’éviter la nécessité de présenter des témoins pouvant attester qu’une personne avait vécu sur la terre. Cela ne constitue pas une preuve que la présomption de propriété ne puisse pas être établie en moins de trois ans.