״וְאֶת בִּנְיָמִין אָחִיו בֶּן אִמּוֹ״?! אֲמַר: מַרְגָּלִית טוֹבָה הָיְתָה בְּיָדִי, וְאַתָּה מְבַקֵּשׁ לְאַבְּדָהּ מִמֶּנִּי; הָכִי אָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא: זוֹ יוֹכֶבֶד – שֶׁהוֹרָתָהּ בַּדֶּרֶךְ, וְלֵידָתָהּ בֵּין הַחוֹמוֹת; שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר יָלְדָה אוֹתָהּ לְלֵוִי בְּמִצְרָיִם״ – לֵידָתָהּ בְּמִצְרַיִם, וְאֵין הוֹרָתָהּ בְּמִצְרַיִם.
« Et il leva les yeux et vit et Benjamin son frère, le fils de sa mère » (Genèse 43:29), ce qui rendrait le compte de soixante-dix incorrect. Rabbi Ḥiyya bar Abba dit : J’avais une bonne perle [margalit] dans ma main, et vous essayez de me la faire perdre. Il poursuivit : Ainsi parla Rabbi Ḥama bar Ḥanina : Cette soixante-dixième personne manquante est Yokhéved, dont la conception eut lieu en chemin, alors que la famille de Jacob descendait en Égypte, et elle naquit à l’intérieur des murailles, c’est-à-dire en Égypte, comme il est dit : « Et le nom de la femme d’Amram était Yokhéved, fille de Lévi, qui naquit à Lévi en Égypte » (Nombres 26:59). Sa naissance eut lieu en Égypte, mais sa conception n’eut pas lieu en Égypte. En conséquence, la famille comptait soixante-dix personnes à son arrivée, mais elle ne pouvait pas être mentionnée parmi ceux qui descendirent en Égypte.
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי חֶלְבּוֹ מֵרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, כְּתִיב: ״וַיְהִי כַּאֲשֶׁר יָלְדָה רָחֵל אֶת יוֹסֵף וְגוֹ׳״ – מַאי שְׁנָא כִּי אִתְיְלִיד יוֹסֵף? אֲמַר לֵיהּ: רָאָה יַעֲקֹב אָבִינוּ שֶׁאֵין זַרְעוֹ שֶׁל עֵשָׂו נִמְסָר אֶלָּא בְּיַד זַרְעוֹ שֶׁל יוֹסֵף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה בֵית יַעֲקֹב אֵשׁ, וּבֵית יוֹסֵף לֶהָבָה, וּבֵית עֵשָׂו לְקַשׁ וְגוֹ׳״.
§ Rabbi Ḥelbo demanda à Rabbi Shmuel bar Naḥmani : Il est écrit : « Et il arriva, lorsque Rachel enfanta Joseph, que Jacob dit à Laban : Renvoie-moi, afin que j’aille à mon lieu et dans mon pays » (Genèse 30:25). Qu’est-ce qui était différent lorsque Joseph naquit, pour que Jacob décide seulement alors de rentrer chez lui ? Rabbi Shmuel bar Naḥmani lui dit : Jacob notre patriarche vit prophétiquement que les descendants d’Ésaü seraient livrés seulement entre les mains des descendants de Joseph, comme il est dit : « Et la maison de Jacob sera un feu, et la maison de Joseph une flamme, et la maison d’Ésaü de la paille, et ils les embraseront et les dévoreront » (Abdias 1:18). Jacob avait quitté Eretz Yisrael pour échapper à Ésaü, mais il se sentait désormais assuré de pouvoir revenir sans mettre sa famille en danger.
אֵיתִיבֵיהּ: ״וַיַּכֵּם דָּוִד מֵהַנֶּשֶׁף וְעַד הָעֶרֶב לְמׇחֳרָתָם״! אֲמַר לֵיהּ: דְּאַקְרְיָךְ נְבִיאֵי לָא אַקְרְיָךְ כְּתוּבֵי; דִּכְתִיב: ״בְּלֶכְתּוֹ אֶל צִקְלַג, נָפְלוּ עָלָיו מִמְּנַשֶּׁה עַדְנָה וְיוֹזָבָד וִידִיעֲאֵל וּמִיכָאֵל וְיוֹזָבָד וֶאֱלִיהוּא וְצִלְּתָי – רָאשֵׁי הָאֲלָפִים אֲשֶׁר לִמְנַשֶּׁה״.
Rabbi Ḥelbo souleva une objection à Rabbi Shmuel bar Naḥmani : Concernant une bataille entre le peuple juif et la nation d’Amalek, qui descend d’Ésaü, le verset déclare : « Et David les frappa depuis le crépuscule jusqu’au soir du lendemain » (I Samuel 30:17). David était de la tribu de Juda, et pourtant il fut capable de vaincre les descendants d’Ésaü. Rabbi Shmuel bar Naḥmani lui dit : Celui qui t’a lu et enseigné les Prophètes ne t’a pas lu ni enseigné les Écrits, comme il est écrit : « Lorsqu’il alla à Tsiklag, il lui tomba de Manassé : Adnah, et Jozabad, et Jediael, et Michaël, et Jozabad, et Élihou, et Zillethaï, chefs de milliers qui étaient de Manassé, et ils aidèrent David contre la troupe » (I Chronicles 12:21–2). Le verset dans les Écrits enseigne que la campagne de David contre Ésaü fut menée par les descendants de Joseph, de la famille de Manassé.
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: ״וּמֵהֶם מִן בְּנֵי שִׁמְעוֹן הָלְכוּ לְהַר שֵׂעִיר אֲנָשִׁים חֲמֵשׁ מֵאוֹת, וּפְלַטְיָה וּנְעַרְיָה וּרְפָיָה וְעֻזִּיאֵל בְּנֵי יִשְׁעִי בְּרֹאשָׁם, וַיַּכּוּ אֶת שְׁאֵרִית הַפְּלֵטָה לַעֲמָלֵק, וַיֵּשְׁבוּ שָׁם עַד הַיּוֹם הַזֶּה״! אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא: יִשְׁעִי מִבְּנֵי מְנַשֶּׁה אָתֵי, דִּכְתִיב: ״וּבְנֵי מְנַשֶּׁה חֵפֶר וְיִשְׁעִי״.
Rav Yosef soulève une objection : Un autre verset indique que les descendants de Siméon ont eux aussi la capacité de vaincre les descendants d’Ésaü : « Et certains d’entre eux, parmi les fils de Siméon, cinq cents hommes, allèrent au mont Séir, ayant pour chefs Pelatia, et Nearia, et Rephaïa, et Uzziel, fils d’Ishi. Et ils frappèrent le reste des Amalécites qui s’étaient échappés, et ils habitèrent là jusqu’à ce jour » (I Chroniques 4:42–43). Rabba bar Sheila dit en réponse : Ishi venait des fils de Manassé, comme il est écrit : Et les fils de Manassé : Hépher et Ishi.
תָּנוּ רַבָּנַן: הַבְּכוֹר נוֹטֵל פִּי שְׁנַיִם בַּזְּרוֹעַ וּבַלְּחָיַיִם וּבַקֵּיבָה, וּבְמוּקְדָּשִׁין, וּבְשֶׁבַח שֶׁשָּׁבְחוּ נְכָסִים לְאַחַר מִיתַת אֲבִיהֶן.
§ Les Sages ont enseigné (Tosefta 7:4–5) : Le premier-né prêtre reçoit une double part de l’épaule, de la mâchoire et de la caillette, qui sont données à un prêtre de tout bovin, mouton et chèvre non consacrés abattus (voir Deutéronome 18:3). Et un premier-né, qu’il soit prêtre ou non-prêtre, reçoit une double part des animaux sacrificiels de son père et de l’accroissement du patrimoine survenu après la mort de leur père.
כֵּיצַד? הִנִּיחַ לָהֶן אֲבִיהֶן פָּרָה מוּחְכֶּרֶת וּמוּשְׂכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים, אוֹ שֶׁהָיְתָה רוֹעָה בָּאֲפָר; וְיָלְדָה – בְּכוֹר נוֹטֵל פִּי שְׁנַיִם. אֲבָל בָּנוּ בָּתִּים וְנָטְעוּ כְּרָמִים – אֵין בְּכוֹר נוֹטֵל פִּי שְׁנַיִם.
La baraita continue : Comment cela? À quel type de plus-value cela fait-il référence ? Si leur père leur a laissé une vache qui était donnée à bail ou louée en la possession d’autrui, ou si elle paissait dans le pré et a mis bas, alors le premier-né prend une double part du revenu locatif ou du veau. Mais si les héritiers ont construit des maisons ou planté des vignes après la mort de leur père, améliorant ainsi le bien, le premier-né ne prend pas une double part. Cela n’est pas considéré comme une amélioration du bien du père, mais comme un profit dû à leurs actions.
הַאי הַזְּרוֹעַ וְהַלְּחָיַיִם וְהַקֵּיבָה – הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּאָתֵי לִידֵי אֲבוּהוֹן, פְּשִׁיטָא! וְאִי דְּלָא אָתֵי לִידֵי אֲבוּהוֹן, רָאוּי הוּא – וְאֵין הַבְּכוֹר נוֹטֵל בָּרָאוּי כִּבְמוּחְזָק!
La Guemara analyse la baraita : En ce qui concerne ce droit de percevoir une double part de l’épaule, et de la mâchoire, et de la caillette, quelles sont les circonstances ? Si elles sont parvenues en la possession de leur père, alors il est évident que le premier-né perçoit une double part. Et si elles ne sont pas parvenues en la possession de leur père, alors ces éléments sont simplement un bien dû à leur père, et le premier-né ne prend pas une double part d’un bien dû au défunt comme il la prend d’un bien que son père possédait.
הָכָא בְּמַכִּירֵי כְהוּנָּה עָסְקִינַן, וּדְאִשְׁתְּחִיט בְּחַיֵּי דַּאֲבוּהוֹן; וְקָסָבַר: מַתָּנוֹת שֶׁלֹּא הוּרְמוּ, כְּמִי שֶׁהוּרְמוּ דָּמוּ.
La Guemara répond : Ici, nous traitons de proches du sacerdoce, c’est-à-dire de personnes qui ont un arrangement avec un prêtre précis pour lui donner leurs dons sacerdotaux. Et il s’agissait d’un cas où l’animal a été abattu alors que le père était encore en vie, et le tanna de cette baraitasoutient : Les dons sacerdotaux qui n’avaient pas encore été séparés sont considérés comme s’ils avaient déjà été séparés. Par conséquent, bien que les dons n’aient pas encore été remis, ils étaient considérés comme étant en la possession du prêtre avant sa mort.
מוּקְדָּשִׁין – לָאו דִּידֵיהּ נִינְהוּ!
La Guemara continue d’analyser la baraita : Pourquoi le premier-né reçoit-il une double part des animaux sacrificiels du père ? N’est-ce pas parce qu’une fois que le père les consacre, ils appartiennent au Ciel et ne sont pas à lui ?
בְּקָדָשִׁים קַלִּים, וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי – דְּאָמַר: מָמוֹן בְּעָלִים הוּא. דְּתַנְיָא: ״וּמָעֲלָה מַעַל בַּה׳״ – לְרַבּוֹת קֳדָשִׁים קַלִּים, שֶׁהֵן מָמוֹן בְּעָלִים; דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי.
La Guemara répond : Cela est dit au sujet de un cas de offrandes de moindre sainteté, telles que les sacrifices de paix, et conformément à l’opinion de Rabbi Yosei HaGelili, qui dit : Ces animaux sacrificiels sont considérés comme la propriété de leurs propriétaires, par opposition à la propriété du Ciel. Comme il est enseigné dans une baraita que, concernant celui qui vole le bien d’autrui et prête un faux serment en niant l’avoir fait, encourant l’obligation d’apporter un sacrifice de culpabilité, le verset déclare : "Et commet une faute contre le Seigneur, et agit faussement envers son prochain" (Lévitique 5:21). Le verset vient inclure les offrandes de moindre sainteté, qui sont la propriété de leurs propriétaires ; telle est la déclaration de Rabbi Yosei HaGelili. Par conséquent, le premier-né reçoit également une double part de celles-ci.
הִנִּיחַ לָהֶן אֲבִיהֶן פָּרָה מוּחְכֶּרֶת וּמוּשְׂכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים, אוֹ שֶׁהָיְתָה רוֹעָה בָּאֲפָר; וְיָלְדָה – בְּכוֹר נוֹטֵל בָּהּ פִּי שְׁנַיִם. הַשְׁתָּא מוּחְכֶּרֶת וּמוּשְׂכֶּרֶת – דְּלָאו בִּרְשׁוּתָא דְּמָרַהּ דִּידְהוּ קָיְימָא, אָמְרַתְּ שָׁקֵיל; רוֹעָה בָּאֲפָר מִיבַּעְיָא?!
La baraita déclare : Si leur père leur a laissé une vache qui était donnée à bail ou louée en la possession d’autrui, ou si elle paissait dans le pré et a mis bas, alors le premier-né prend une double part du revenu locatif ou du veau. La Guemara demande : Maintenant, dans un cas où la vache était donnée à bail ou louée à d’autres, où les animaux ne sont pas en la possession de leur propriétaire, vous dites que le premier-né prend une double part ; dans un cas où elle paissait dans le pré, est-il nécessaire que la baraita précise qu’il reçoit une double part ?
הָא קָא מַשְׁמַע לַן – דְּמוּחְכֶּרֶת וּמוּשְׂכֶּרֶת, דּוּמְיָא דְּרוֹעָה בָּאֲפָר; מָה רוֹעָה בָּאֲפָר – שְׁבָחָא דְּמִמֵּילָא קָא אָתֵי, וְלָא קָא חָסְרִי בַּהּ מְזוֹנָא;
La Guemara répond que c’est ce que la baraitanous enseigne : Elle enseigne qu’un cas où l’animal a été donné à bail ou loué est semblable à un cas où il paissait dans le pré, en ce que de même que dans un cas où il paissait dans le pré, l’accroissement est venu de lui-même et les frères n’ont pas perdu d’argent pour sa subsistance,