שֶׁמְּגַלְגְּלִים זְכוּת עַל יְדֵי זַכַּאי, וְחוֹבָה עַל יְדֵי חַיָּיב.
que le mérite advient par l’intermédiaire de celui qui est méritant, et la culpabilité par l’intermédiaire de celui qui est coupable. En conséquence, les filles de Tselophehad ont mérité que la section de la Torah concernant une affaire positive soit écrite par leur intermédiaire, et le ramasseur de bois a mérité qu’une section concernant une affaire négative soit écrite par son intermédiaire. Cela conclut la citation de Rabbi Ḥideka au nom de Rabbi Shimon HaShikmoni.
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מוּחְזֶקֶת, מַאי קָא מִסְתַּפְּקָא לֵיהּ?
La Guemara expose son objection : Et s’il te vient à l’esprit de dire que Eretz Yisrael était déjà en possession du peuple juif avant même que la terre ne soit attribuée, sur quoi Moïse était-il dans l’incertitude concernant le droit des filles de Tselof’had à percevoir une double part ; après tout, la part de Héfer dans la terre était en sa possession, et Tselof’had était le premier-né ?
הִיא גּוּפַהּ קָא מִסְתַּפְּקָא לֵיהּ – דִּכְתִיב: ״וְנָתַתִּי אֹתָהּ לָכֶם מוֹרָשָׁה אֲנִי ה׳״ – יְרוּשָּׁה הִיא לָכֶם מֵאֲבוֹתֵיכֶם; אוֹ דִלְמָא, שֶׁמּוֹרִישִׁין וְאֵינָן יוֹרְשִׁין?
La Guemara répond : Cette question elle-même est précisément ce au sujet de quoi Moïse était dans l’incertitude, comme il est écrit : « Et je vous la donnerai en héritage [morasha] : Je suis le Seigneur » (Exode 6:8). Moïse ne savait pas avec certitude si le verset devait être compris ainsi : C’est un héritage [yerusha] pour vous de la part de vos pères, de sorte qu’elle est considérée comme étant en la possession de ceux qui sont sortis d’Égypte ; ou peut-être le verset indique-t-il autre chose, à savoir que la génération de ceux qui sont sortis d’Égypte transmet [morishin] les parts à d’autres mais n’hérite pas [yoreshin] elle-même de ces parts, parce qu’elle est destinée à mourir dans le désert.
וּפְשַׁטוּ לֵיהּ תַּרְוַיְיהוּ: יְרוּשָּׁה לָכֶם מֵאֲבוֹתֵיכֶם, וּמוֹרִישִׁין וְאֵינָן יוֹרְשִׁין. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״תְּבִיאֵמוֹ וְתִטָּעֵמוֹ בְּהַר נַחֲלָתְךָ״ – ״תְּבִיאֵנוּ״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״תְּבִיאֵמוֹ״; מְלַמֵּד שֶׁמִּתְנַבְּאִין, וְאֵינָן יוֹדְעִין מָה מִתְנַבְּאִין.
La Guemara continue : Et Dieu a tranché la question pour lui : Le verset enseigne les deux. Elle est un héritage pour vous de vos pères et est considérée comme étant en votre possession ; et aussi la génération qui est sortie d’Égypte transmet un héritage mais n’hérite pas. Et tel est le sens de ce qui est écrit dans le cantique que le peuple juif a chanté après la séparation de la mer Rouge : « Tu les feras entrer et les planteras sur la montagne de Ton héritage » (Exode 15:17). Il n’est pas dit : Tu nous feras entrer, mais : « Tu les feras entrer », ce qui enseigne que dans leur cantique, le peuple juif prophétisait que sa génération n’entrerait jamais en Eretz Yisrael, mais ils ne savaient pas ce qu’ils prophétisaient.
״וַתַּעֲמֹדְנָה לִפְנֵי מֹשֶׁה וְלִפְנֵי אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן וְלִפְנֵי הַנְּשִׂיאִים וְכׇל הָעֵדָה״ – אֶפְשָׁר עָמְדוּ לִפְנֵי מֹשֶׁה כּוּ׳ וְלֹא אָמְרוּ לָהֶן דָּבָר, וְעָמְדוּ לִפְנֵי הַנְּשִׂיאִים וְכׇל הָעֵדָה?!
§ La Guemara poursuit sa discussion de l’incident impliquant les filles de Tselof’had. Le verset déclare : « Et elles se tinrent devant Moïse, devant Éléazar le prêtre, devant les princes et toute l’assemblée » (Nombres 27:2). La Guemara demande : Est-il possible que les filles de Tselof’had se soient tenues devant Moïse puis devant Éléazar pour poser leur question, et qu’on ne leur ait rien dit ; puis que les filles se soient tenues devant les princes et toute l’assemblée pour les interroger ? Comment les princes ou l’assemblée auraient-ils pu connaître la réponse si Moïse et Éléazar ne la connaissaient pas ?
אֶלָּא סָרֵס הַמִּקְרָא וְדׇרְשֵׁהוּ, דִּבְרֵי רַבִּי יֹאשִׁיָּה. אַבָּא חָנָן אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הָיוּ יוֹשְׁבִין, וְהָלְכוּ וְעָמְדוּ לָהֶן לִפְנֵי כּוּלָּן.
La Guemara répond : Au contraire, transpose le verset et interprète-le : D’abord, les filles allèrent vers l’assemblée et finalement vinrent vers Moïse ; telle est la déclaration de Rabbi Yoshiya. Abba Ḥanan dit au nom de Rabbi Eliezer : Tous ceux qui sont énumérés dans le verset étaient tous assis dans la maison d’étude, et les filles de Tselofehad allèrent se tenir devant eux tous en même temps. Elles ne furent pas interrogées séparément ; au contraire, l’ordre du verset reflète leur stature.
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מָר סָבַר: חוֹלְקִין כָּבוֹד לְתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב, וּמַר סָבַר: אֵין חוֹלְקִין.
La Guemara précise : Sur quoi portent-ils leur désaccord ? Un Sage, Abba Ḥanan, soutient qu’on peut témoigner de l’honneur à un élève en présence du maître, de sorte que le verset mentionnerait tous les autres même s’ils étaient en présence de Moïse ; et un Sage, Rabbi Yoshiya, soutient qu’on ne peut pas témoigner de l’honneur à un élève en présence du maître, de sorte que seul Moïse aurait été mentionné s’ils avaient tous été au même endroit.
וְהִלְכְתָא: חוֹלְקִין, וְהִלְכְתָא: אֵין חוֹלְקִין. קַשְׁיָא הִלְכְתָא אַהִלְכְתָא! הִלְכְתָא אַהִלְכְתָא לָא קַשְׁיָא – הָא דִּפְלִיג לֵיהּ רַבֵּיהּ יְקָרָא, הָא דְּלָא פְּלִיג לֵיהּ רַבֵּיהּ יְקָרָא.
La Guemara conclut : Et la halakha est qu’on peut témoigner de l’honneur à un élève, et la halakha est qu’on ne peut pas témoigner de l’honneur. La Guemara demande : Cela est difficile, car il y a une contradiction entre la première halakha et l’autre halakha. La Guemara répond : La contradiction entre la première halakha et l’autre halakha n’est pas difficile, car cette décision, selon laquelle on peut témoigner de l’honneur, a été énoncée là où son maître lui-même accorde de l’honneur à l’élève . Dans un tel cas, d’autres aussi peuvent témoigner de l’honneur à l’élève. Et cette autre décision, selon laquelle on ne peut pas témoigner de l’honneur, a été énoncée là où son maître ne lui accorde pas d’honneur.
תָּנָא: בְּנוֹת צְלָפְחָד חַכְמָנִיּוֹת הֵן, דַּרְשָׁנִיּוֹת הֵן, צִדְקָנִיּוֹת הֵן.
§ Les Sages ont enseigné : Les filles de Tselofhad sont sages, elles sont interprètes de versets, et elles sont justes.
חַכְמָנִיּוֹת הֵן – שֶׁלְּפִי שָׁעָה דִּבְּרוּ. דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁהָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ יוֹשֵׁב וְדוֹרֵשׁ בְּפָרָשַׁת יְבָמִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יֵשְׁבוּ אַחִים יַחְדָּו״. אָמְרוּ לוֹ: אִם כְּבֵן אָנוּ חֲשׁוּבִין – תְּנָה לָנוּ נַחֲלָה כְּבֵן; אִם לָאו – תִּתְיַבֵּם אִמֵּנוּ! מִיָּד – ״וַיַּקְרֵב מֹשֶׁה אֶת מִשְׁפָּטָן לִפְנֵי ה׳״.
La Guemara prouve ces affirmations. Le fait qu’elles sont sages se voit au fait qu’elles ont parlé en fonction du moment, c’est-à-dire qu’elles ont présenté leur cause à un moment propice. Comme le dit Rabbi Shmuel bar Rav Yitzḥak : La tradition enseigne que Moïse, notre maître, était assis et interprétait la section de la Torah au sujet d’hommes dont les frères mariés étaient morts sans enfant, comme il est dit : « Si des frères demeurent ensemble, et que l’un d’eux meure sans avoir d’enfant, la femme du défunt ne se mariera pas au dehors avec un homme étranger à sa famille ; le frère de son mari viendra vers elle et la prendra pour femme » (Deutéronome 25:5). Les filles de Tselofhad dirent à Moïse : Si nous sommes chacune considérées comme un fils, donne-nous chacune un héritage comme un fils ; et sinon, notre mère devrait contracter un mariage léviratique. Immédiatement après avoir entendu leur revendication, le verset rapporte : « Et Moïse présenta leur cause devant le Seigneur » (Nombres 27:5).
דַּרְשָׁנִיּוֹת הֵן – שֶׁהָיוּ אוֹמְרוֹת: אִילּוּ הָיָה לוֹ בֵּן, לֹא דִּבַּרְנוּ. וְהָתַנְיָא: ״בַּת״! אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: סְמִי מִכָּאן ״בַּת״. אַבָּיֵי אָמַר: אֲפִילּוּ הָיָה בַּת לַבֵּן – לֹא דִּבַּרְנוּ.
Que elles sont des interprètes de versets se voit au fait qu’elles disaient : Si notre père avait eu un fils, nous n’aurions pas parlé ; mais, puisqu’il n’a pas eu de fils, nous remplissons le rôle de l’héritier. La Guemara demande : Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita : Elles disaient : s’il avait eu une fille, nous n’aurions pas parlé ? Rabbi Yirmeya a dit : Supprime de la baraitaici le mot : fille. Puisqu’elles étaient elles-mêmes des filles, cela ne peut pas avoir été leur affirmation. Abaye a dit que la baraita n’a pas besoin d’être amendée, et qu’il faut la comprendre ainsi : Même s’il y avait une fille d’un fils de Tselofehad, nous n’aurions pas parlé, car elle aurait été l’héritière.
צִדְקָנִיּוֹת הֵן – שֶׁלֹּא נִישְּׂאוּ אֶלָּא לְהָגוּן לָהֶן. תָּנֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: אֲפִילּוּ קְטַנָּה שֶׁבָּהֶן לֹא נִשֵּׂאת פְּחוּתָה מֵאַרְבָּעִים שָׁנָה.
Le fait qu’ils sont justes se voit au fait qu’ils ne se sont pas empressés de se marier, mais ont plutôt attendu de se marier avec ceux qui leur étaient appropriés. Rabbi Eliezer ben Ya’akov enseigne : Même le plus jeune à se marier parmi eux ne s’est pas marié à moins de quarante ans.
אִינִי?! וְהָא אָמַר רַב חִסְדָּא: נִיסַּת פְּחוּתָה מִבַּת עֶשְׂרִים – יוֹלֶדֶת עַד שִׁשִּׁים, בַּת עֶשְׂרִים – יוֹלֶדֶת עַד אַרְבָּעִים, בַּת אַרְבָּעִים – שׁוּב אֵינָהּ יוֹלֶדֶת! אֶלָּא מִתּוֹךְ שֶׁצִּדְקָנִיּוֹת הֵן, נַעֲשָׂה לָהֶן נֵס – כְּיוֹכֶבֶד, דִּכְתִיב: ״וַיֵּלֶךְ אִישׁ מִבֵּית לֵוִי, וַיִּקַּח אֶת בַּת לֵוִי״ –
La Guemara demande : Est-ce bien le cas ? Mais Rav Ḥisda ne dit-il pas : Si une femme se marie alors qu’elle a moins de vingt ans, elle peut enfanter jusqu’à l’âge de soixante ans ; si elle se marie à vingt ans ou plus, elle peut enfanter jusqu’à l’âge de quarante ans ; si elle se marie à quarante ans ou plus, elle ne peut plus enfanter du tout. Si tel est le cas, comment les filles de Tselof’had ont-elles pu attendre l’âge de quarante ans pour se marier ? Au contraire, puisqu’elles étaient des femmes justes, un miracle fut accompli pour elles, comme celui qui fut accompli pour Yokhéved. Comme il est écrit : « Un homme de la maison de Lévi alla et prit pour femme une fille de Lévi » (Exode 2:1).