מֵימָר אָמַר: סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּרַבָּנַן כִּי הָנֵי שִׁיכְרָא קָא שָׁתוּ? אֶלָּא וַדַּאי הַאי חַמְרָא הוּא, וְנַסְּכֵיהּ. מַאן דְּשָׁרֵי שַׁפִּיר שְׁרֵי, מֵימָר אָמַר: סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּרַבָּנַן כִּי הָנֵי חַמְרָא קָא שָׁתוּ, וְאָמְרוּ לִיה לְדִידִי ״תָּא אַשְׁקֵינַן״? אֶלָּא וַדַּאי שִׁיכְרָא הוּא (קָא שָׁתוּ), וְלָא נַסְּכֵיהּ.
Le gentil se dit à lui-même : Est-ce que cela peut te venir à l’esprit que de grands Sages comme ceux-ci boivent une boisson alcoolisée [shikhra] ? Au contraire, c’est certainement du vin qu’ils boivent, et par conséquent le gentil a pu le verser en libation. Rabbi Yehoshua ben Levi continue d’expliquer que celui qui a jugé le vin permis l’a correctement jugé permis, car il soutient que le gentil se dit à lui-même : Est-ce que cela peut te venir à l’esprit que de grands Rabbins comme ceux-ci boivent du vin et me disent, à moi, un gentil : Viens, sers-nous à boire ? Au contraire, c’est certainement une boisson alcoolisée qu’ils boivent, et par conséquent il ne l’a pas versé en libation.
וְהָא קָא חָזֵי! בְּלֵילְיָא. וְהָא קָא מֹרַח לֵיהּ! בְּחַדְתָּא.
La Guemara demande : Mais est-ce que le non-Juif ne voit pas s’il s’agit de vin ou d’alcool ? La Guemara répond : L’incident s’est produit la nuit. La Guemara demande : Mais est-ce que le non-Juif ne le sent pas et ne reconnaît pas que c’est du vin ? La Guemara répond : Cet incident s’est produit avec du vin nouveau, dont l’odeur ne se diffuse pas.
וְהָא קָא נָגַע בֵּיהּ בְּנַטְלָא, וְהָוֵה לֵיהּ מַגַּע גּוֹי שֶׁלֹּא בְּכַוָּונָה וְאָסוּר! לָא צְרִיכָא, דְּקָא מוֹרֵיק אוֹרוֹקֵי, וְהָוֵה לֵיהּ כֹּחוֹ שֶׁלֹּא בְּכַוָּונָה, וְכֹל כֹּחוֹ שֶׁלֹּא בְּכַוָּונָה לָא גְּזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנַן.
La Guemara demande : Mais le non-Juif n’a-t-il pas touché le vin lorsqu’il a puisé le vin avec le seau, et par conséquent s’agit-il d’un cas de contact involontaire d’un non-Juif, qui rend le vin interdit ? La Guemara répond : Non, il était nécessaire d’enseigner cette halakha parce que le non-Juif versait d’un récipient à un autre sans toucher le vin, et par conséquent c’était un cas où le vin était versé par la force de l’action du non-Juif, sans aucune intention de l’offrir en libation. Et dans tout cas où le vin est versé par la force de l’action d’un non-Juif, sans aucune intention de l’offrir en libation, les Sages n’ont pas décrété l’interdiction du vin, et il est permis de le boire.
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי אַסִּי מֵרַבִּי יוֹחָנָן: יַיִן שֶׁמְּסָכוֹ גּוֹי, מַהוּ? אֲמַר לֵיהּ: וְאֵימָא ״מְזָגוֹ״! אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּדִכְתִיב קָאָמֵינָא, ״טָבְחָה טִבְחָהּ מָסְכָה יֵינָהּ״. אֲמַר לֵיהּ: לְשׁוֹן תּוֹרָה לְעַצְמָהּ, לְשׁוֹן חֲכָמִים לְעַצְמוֹ.
§ Rabbi Asi demanda à Rabbi Yoḥanan : En ce qui concerne le vin qu’un non-Juif a mélangé [mesakho] avec de l’eau, quelle est la halakha ? Rabbi Yoḥanan dit à Rabbi Asi : Et pourquoi ne pas dire : Vin qu’un non-Juif a dilué [mezago] avec de l’eau, puisque c’est le terme habituellement employé ? Rabbi Asi dit à Rabbi Yoḥanan : Moi, je dis vin qui a été mélangé, comme il est écrit : “Elle a préparé sa viande, elle a mêlé [maskha] son vin” (Proverbes 9:2). Rabbi Yoḥanan dit à Rabbi Asi : Bien qu’il soit vrai que c’est la langue de la Torah, le langage de la Torah est un langage en soi, et le langage des Sages est un langage en soi, c’est-à-dire que la terminologie de la Torah n’est pas la même que celle employée par les Sages.
מַאי? אֲמַר לֵיהּ: אָסוּר, מִשּׁוּם ״לָךְ לָךְ, אָמְרִין נְזִירָא; סְחוֹר סְחוֹר, לְכַרְמָא לָא תִּקְרַב״.
Rabbi Assi répéta sa question : Quelle est la halakha ? Rabbi Yoḥanan dit à Rabbi Assi : Bien que le non-Juif n’ait pas touché le vin lorsqu’il l’a dilué, il est interdit par décret rabbinique en raison de la maxime : « Va, va, disons-nous » à un nazir, à qui il est interdit de boire du vin et de manger des raisins ; contourne et contourne, mais n’approche pas de la vigne. Bien qu’un nazir ne soit interdit que de consommer les produits de la vigne, on l’avertit de ne même pas s’approcher de la proximité d’une vigne, comme mesure de protection afin de garantir qu’il ne transgresse pas cette interdiction. De même, dans de nombreux cas, les Sages ont décrété que certains objets et certaines actions soient interdits, parce qu’ils comprenaient que, si les gens les utilisaient, ils finiraient par transgresser des interdictions de la Torah.
רַבִּי יִרְמְיָה אִיקְּלַע לְסִבְּתָא, חֲזָא חַמְרָא דְּמָזְגִי גּוֹיִם וְאִישְׁתִּי יִשְׂרָאֵל מִינֵּיהּ, וַאֲסַר לְהוּ מִשּׁוּם ״לָךְ לָךְ, אָמְרִין נְזִירָא; סְחוֹר סְחוֹר, לְכַרְמָא לָא תִּקְרַב״. אִתְּמַר נָמֵי: אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יַיִן שֶׁמְּזָגוֹ גּוֹי אָסוּר, מִשּׁוּם ״לָךְ לָךְ, אָמְרִין נְזִירָא; סְחוֹר סְחוֹר, לְכַרְמָא לָא תִּקְרַב״.
Rabbi Yirmeya se trouva venir à Savta. Il vit du vin qu’un gentil avait dilué avec de l’eau et ensuite un Juif en but, et alors Rabbi Yirmeya déclara le vin interdit pour eux, en raison de la maxime : Va, va, disons-nous à un nazir, fais le tour et fais le tour, mais n’approche pas de la vigne. Il a également été dit : Rabbi Yoḥanan dit, et certains disent que Rabbi Asi dit que Rabbi Yoḥanan dit : Le vin qu’un gentil a dilué est interdit, en raison de la maxime Va, va, disons-nous à un nazir, fais le tour et fais le tour, mais n’approche pas de la vigne.
רֵישׁ לָקִישׁ אִיקְּלַע לְבׇצְרָה, חֲזָא יִשְׂרָאֵל דְּקָאָכְלִי פֵּירֵי דְּלָא מְעַשְּׂרִי, וַאֲסַר לְהוּ. חֲזָא מַיָּא דְּסָגְדִי לְהוּ גּוֹיִם וְשָׁתוּ יִשְׂרָאֵל, וַאֲסַר לְהוּ.
§ Reish Lakish arriva à Bozrah, une ville à l’est du Jourdain. Il vit des Juifs qui mangeaient des produits dont les dîmes n’avaient pas été prélevées, et il jugea ces produits interdits pour eux. Il vit aussi de l’eau devant laquelle des gentils s’étaient prosternés et pourtant des Juifs buvaient cette eau, et il jugea cette eau interdite pour eux.
אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, אֲמַר לֵיהּ: אַדְּמִקְטוֹרָךְ עֲלָךְ זִיל הֲדַר בֶּצֶר, לָאו הַיְינוּ בׇּצְרָה, וּמַיִם שֶׁל רַבִּים אֵין נֶאֱסָרִין.
Reish Lakish vint devant Rabbi Yoḥanan et lui raconta l’incident. Rabbi Yoḥanan dit à Reish Lakish : Tant que ton manteau [addemiktorakh] est encore sur toi, va et rétracte tes décisions. Cela s’explique par le fait que la ville de Bezer mentionnée parmi les villes de refuge (Deutéronome 4:43) n’est pas la même que Bozra. Bozra ne fait pas partie d’Eretz Yisrael, et l’on n’est pas tenu de prélever les dîmes sur sa production. L’eau est également permise, car c’est une eau qui appartient au public, et l’eau qui appartient au public n’est pas rendue interdite.
רַבִּי יוֹחָנָן לְטַעְמֵיהּ,
La Guemara note que Rabbi Yoḥanan est conforme à sa ligne habituelle de raisonnement,