מַתְנִי׳ שָׁאַל פְּרוֹקְלוּס בֶּן פְּלוֹסְפוּס אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּעַכּוֹ, שֶׁהָיָה רוֹחֵץ בַּמֶּרְחָץ שֶׁל אַפְרוֹדִיטֵי. אֲמַר לֵיהּ: כָּתוּב בְּתוֹרַתְכֶם ״לָא יִדְבַּק בְּיָדְךָ מְאוּמָה מִן הַחֵרֶם״, מִפְּנֵי מָה אַתָּה רוֹחֵץ בְּמֶרְחָץ שֶׁל אַפְרוֹדִיטֵי?
MICHNA : Un gentil sage, Proclus ben Plospus, posa un jour une question à Rabban Gamliel dans la ville de Akko alors qu’il se baignait dans les bains de la déesse grecque Aphrodite. Proclus lui dit : Il est écrit dans votre Torah : « Et rien des objets proscrits ne s’attachera à ta main » (Deutéronome 13:18). Pour quelle raison te baignes-tu devant une idole dans les bains d’Aphrodite ?
אָמַר לוֹ: אֵין מְשִׁיבִין בַּמֶּרְחָץ. וּכְשֶׁיָּצָא אָמַר לוֹ: אֲנִי לֹא בָּאתִי בִּגְבוּלָהּ, הִיא בָּאָה בִּגְבוּלִי. אֵין אוֹמְרִים: נַעֲשָׂה מֶרְחָץ נוֹי לְאַפְרוֹדִיטֵי, אֶלָּא אוֹמֵר: נַעֲשָׂה אַפְרוֹדִיטֵי נוֹי לַמֶּרְחָץ.
Rabban Gamliel lui dit : On ne peut pas répondre à des questions liées à la Torah dans le bain public. Et lorsqu’il sortit du bain public, Rabban Gamliel lui donna plusieurs réponses. Il lui dit : Je ne suis pas entré dans son domaine ; c’est elle qui est entrée dans mon domaine. Le bain public existait avant que la statue dédiée à Aphrodite ne soit érigée. De plus, les gens ne disent pas : Faisons un bain public comme ornement pour Aphrodite ; au contraire, ils disent : Faisons une statue d’Aphrodite comme ornement pour le bain public. Par conséquent, la structure principale n’est pas la statue d’Aphrodite, mais le bain public.
דָּבָר אַחֵר: אִם נוֹתְנִים לְךָ מָמוֹן הַרְבֵּה, אִי אַתָּה נִכְנָס לַעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁלְּךָ עָרוֹם וּבַעַל קֶרִי וּמַשְׁתִּין בְּפָנֶיהָ, זוֹ עוֹמֶדֶת עַל פִּי הַבִּיב וְכׇל הָעָם מַשְׁתִּינִין לְפָנֶיהָ, לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ״אֱלֹהֵיהֶם״ — אֶת שֶׁנּוֹהֵג בּוֹ מִשּׁוּם אֱלוֹהַּ — אָסוּר, אֶת שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג בּוֹ מִשּׁוּם אֱלוֹהַּ — מוּתָּר.
Rabban Gamliel poursuivit : Alternativement, il y a une autre réponse : Même si les gens te donnaient beaucoup d’argent, tu n’entrerais pas devant ton objet d’idolâtrie nu, ni comme quelqu’un qui a eu une émission séminale et qui vient au bain public pour se purifier, ni n’urinerais devant lui. Cette statue se tient au-dessus du conduit d’égout et tout le monde urine devant elle. Il n’y a pas d’interdiction dans ce cas, car il est dit dans le verset seulement : « Leurs dieux » (voir Deutéronome 12:2), ce qui indique qu’une statue que les gens traitent comme une divinité est interdite, mais une que les gens ne traitent pas avec le respect dû à une divinité est permise.
גְּמָ׳ וְהֵיכִי עָבֵיד הָכִי? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּכׇל מָקוֹם מוּתָּר לְהַרְהֵר, חוּץ מִבֵּית הַמֶּרְחָץ וּמִבֵּית הַכִּסֵּא!
GUEMARA : La michna rapporte que Rabban Gamliel a d’abord dit à Proclus qu’il ne peut pas répondre à une question liée à la Torah dans un bain public. La Guemara demande : Et comment aurait-il pu agir de cette manière ? Comment Rabban Gamliel aurait-il pu énoncer même cette halakha dans le bain public ? Mais Rabba bar bar Ḥana ne dit-il pas que Rabbi Yoḥanan dit : Il est permis de réfléchir à des sujets de Torah partout sauf dans le bain public et les toilettes ?
וְכִי תֵּימָא: בִּלְשׁוֹן חוֹל אֲמַר לֵיהּ, וְהָאָמַר אַבָּיֵי: דְּבָרִים שֶׁל חוֹל מוּתָּר לְאוֹמְרָן בִּלְשׁוֹן קֹדֶשׁ, דְּבָרִים שֶׁל קֹדֶשׁ אָסוּר לְאוֹמְרָן בִּלְשׁוֹן חוֹל!
Et si tu disais que Rabban Gamliel a énoncé cette décision dans une langue profane, et qu’il lui était donc permis de le faire, ce ne serait pas une réponse satisfaisante ; mais Abaye ne dit-il pas qu’il est permis de prononcer des propos profanes dans un bain public ou des toilettes dans la langue sacrée, l’hébreu, mais qu’il est interdit de prononcer des propos sacrés, liés à la Torah, même dans une langue profane dans un bain public ou des toilettes ?
תָּנָא: כְּשֶׁיָּצָא, אָמַר לוֹ: אֵין מְשִׁיבִין בַּמֶּרְחָץ.
La Guemara répond que la michna a en réalité enseigné ce qui suit : Lorsqu'il sortit du bain public, Rabban Gamliel lui dit : On ne peut pas répondre à des questions liées à la Torah dans le bain public.
אָמַר רַב חָמָא בַּר יוֹסֵף בְּרַבִּי, אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: תְּשׁוּבָה גְּנוּבָה הֱשִׁיבוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְאוֹתוֹ הֶגְמוֹן, וַאֲנִי אוֹמֵר: אֵינָהּ גְּנוּבָה.
§ Rav Ḥama bar Yosef le Distingué dit que Rabbi Oshaya dit : Rabban Gamliel a donné une réponse trompeuse à cet officier, Proclus. Et moi, Rav Ḥama, je dis que la réponse n’était pas trompeuse mais véridique.
מָה גְּנוּבְתַּיהּ? דְּקָאָמַר לוֹ: זוֹ עוֹמֶדֶת עַל פִּי הַבִּיב וְכׇל אָדָם מַשְׁתִּין בְּפָנֶיהָ. וְכִי מַשְׁתִּין בְּפָנֶיהָ מַאי הָוֵי? וְהָאָמַר רָבָא: פְּעוֹר יוֹכִיחַ, שֶׁמְּפַעֲרִין לְפָנָיו בְּכׇל יוֹם וְאֵינוֹ בָּטֵל.
La Guemara explique : Quelle était sa tromperie, selon Rabbi Oshaya ? C’était que Rabban Gamliel lui a dit : Cette statue se tient au-dessus du conduit d’égout et tout le monde urine devant elle. En disant cela, Rabban Gamliel voulait signifier que la statue n’a pas de statut idolâtre, comme cela ressort de la conduite dégradante accomplie devant elle. Et cette affirmation est trompeuse, car même si quelqu’un urine devant elle, qu’importe ? Cela annule-t-il vraiment son statut idolâtre ? Mais Rava ne dit-il pas que l’idole de Peor prouve le contraire, puisque ses adorateurs défèquent devant elle chaque jour, et son statut idolâtre n’est toujours pas révoqué ?
וַאֲנִי אוֹמֵר: אֵינָהּ גְּנוּבָה, זוֹ עֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ, וְזוֹ אֵין עֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ.
Rav Ḥama bar Yosef lui-même n’est pas d’accord : Et moi, je dis que ce n’est pas une réponse trompeuse. En ce qui concerne cette idole, Peor, sa manière habituelle de culte est de cette manière ; par conséquent, son statut n’est certainement pas annulé par ce comportement. Mais en ce qui concerne cette statue, Aphrodite, sa manière habituelle de culte n’est pas de cette manière. Par conséquent, l’affichage d’une conduite dégradante en sa présence indique une absence de révérence à son égard et l’absence de statut idolâtre.
אָמַר אַבָּיֵי: גְּנוּבְתַּהּ מֵהָכָא, דְּקָאָמַר לֵיהּ: אֲנִי לֹא בָּאתִי בִּגְבוּלָהּ וְהִיא בָּאָה בִּגְבוּלִי. וְכִי בָּא בִּגְבוּלָהּ מַאי הָוֵי? וְהָתְנַן: עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁיֵּשׁ לָהּ מֶרְחָץ אוֹ גִינָּה — נֶהֱנִין מֵהֶן שֶׁלֹּא בְּטוֹבָה, וְאֵין נֶהֱנִין מֵהֶן בְּטוֹבָה.
Abaye dit : La tromperie dans la réponse de Rabban Gamliel venait d’ici, lorsqu’il lui dit : Je ne suis pas entré dans son domaine, mais plutôt elle est entrée dans mon domaine. Il explique : Et même si elle, la maison de bains, était entrée dans son domaine, qu’importe ? Même si l’idole avait précédé la maison de bains, cela n’aurait toujours pas rendu l’usage de la maison de bains interdit ; mais n’avons-nous pas appris dans une michna (51b) : En ce qui concerne un objet d’idolâtrie qui a une maison de bains ou un jardin devant lui, on peut en tirer profit sans montrer de faveur en donnant des remerciements ou un paiement à ses prêtres, mais on ne peut pas en tirer profit tout en lui montrant de la faveur ? La réponse de Rabban Gamliel était donc trompeuse, car la permission d’utiliser la maison de bains n’avait rien à voir avec son antériorité par rapport à la statue.
וַאֲנִי אוֹמֵר: אֵינָהּ גְּנוּבָה, שֶׁלֹּא בְּטוֹבַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל כִּבְטוֹבַת אֲחֵרִים דָּמֵי.
Rav Ḥama bar Yosef lui-même n’est pas d’accord : Et moi, je dis que ce n’est pas une réponse trompeuse, car, bien que Rabban Gamliel ait visité les bains publics sans montrer de faveur en exprimant sa gratitude ou en payant, le simple fait qu’un visiteur aussi estimé s’y soit rendu équivaut à ce que d’autres montrent activement de la faveur.
רַב שִׁימִי בַּר חִיָּיא אָמַר: גְּנוּבְתַּהּ מֵהָכָא, דְּקָאָמַר לוֹ: זוֹ עוֹמֶדֶת עַל הַבִּיב וְכׇל אָדָם מַשְׁתִּינִין בְּפָנֶיהָ. וְכִי מַשְׁתִּינִין בְּפָנֶיהָ מַאי הָוֵי? וְהָתְנַן: רָק בְּפָנֶיהָ, הִשְׁתִּין בְּפָנֶיהָ, גֵּירְרָה, וְזָרַק בָּהּ אֶת הַצּוֹאָה — הֲרֵי זוֹ אֵינָהּ בְּטֵילָה.
Rav Shimi bar Ḥiyya dit : La tromperie dans la réponse de Rabban Gamliel vient d’ici, lorsqu’il lui a dit : Cette statue se tient au-dessus du conduit d’égout et tout le monde urine devant elle. Il explique : Et si les gens urinent devant elle, qu’importe ? Cela n’indique pas une absence de statut idolâtre ; n’avons-nous pas appris dans une michna (53a) : Si quelqu’un a craché devant elle, a uriné devant elle, l’a traînée ou lui a jeté des excréments, son statut d’objet de culte idolâtre n’est pas révoqué ?
וַאֲנִי אוֹמֵר: אֵינָהּ גְּנוּבָה, הָתָם — לְפִי שַׁעְתָּא הוּא רָתַח עֲלַהּ, וַהֲדַר מְפַיֵּיס לַהּ, הָכָא — כֹּל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא בְּזִלְזוּלַהּ קָיְימָא.
Rav Ḥama bar Yosef lui-même n’est pas d’accord : Et moi, je dis que ce n’est pas une réponse trompeuse. Là-bas, le cas de cette michna est celui de quelqu’un qui s’emporte temporairement contre l’idole, puis l’apaise. Ici, dans le cas de la statue d’Aphrodite érigée sur le conduit d’égout, à chaque heure la statue demeure dans un état constant de mépris. Cette disposition indique une absence permanente de révérence et l’absence d’un véritable statut idolâtre.
רַבָּה בַּר עוּלָּא אָמַר: גְּנוּבְתַּהּ מֵהָכָא, דְּקָאָמַר לֵיהּ, אֵין אוֹמְרִין: נַעֲשָׂה מֶרְחָץ נוֹי לְאַפְרוֹדִיטֵי, אֶלָּא: נַעֲשָׂה אַפְרוֹדִיטֵי נוֹי לַמֶּרְחָץ; וְכִי אָמַר ״נַעֲשָׂה מֶרְחָץ לְאַפְרוֹדִיטֵי נוֹי״ מַאי הָוֵי? וְהָתַנְיָא: הָאוֹמֵר ״בַּיִת זֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה״, ״כּוֹס זֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה״ — לֹא אָמַר כְּלוּם, שֶׁאֵין הֶקְדֵּשׁ לַעֲבוֹדָה זָרָה.
Rabba bar Ulla a dit : La tromperie dans la réponse de Rabban Gamliel se trouvait ici, lorsqu’il lui a dit que les gens ne disent pas : Faisons un bain public comme ornement pour Aphrodite ; au contraire, ils disent : Faisons une statue d’Aphrodite comme ornement pour le bain public. Il explique : Et même si les gens disent : Faisons un bain public comme ornement pour Aphrodite, qu’importe ? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita : Dans le cas de celui qui dit : Cette maison est par les présentes consacrée à l’idolâtrie, ou : Cette coupe est par les présentes consacrée à l’idolâtrie, il n’a rien dit, c’est-à-dire que ses paroles n’ont aucun effet, car il n’existe pas dehalakha de consécration à l’égard des objets d’idolâtrie. Alors qu’on peut consacrer un objet au Temple par désignation verbale, il n’existe pas de telle méthode pour conférer à un objet un statut idolâtre. Par conséquent, la tromperie de Rabban Gamliel réside dans le fait qu’il a laissé entendre qu’une telle formulation rendrait le bain public interdit en tant qu’objet d’idolâtrie.
וַאֲנִי אוֹמֵר: אֵינָהּ גְּנוּבָה, נְהִי דְּאִיתְּסוֹרֵי לָא מִיתַּסְרָא, נוֹי מִיהָא אִיכָּא.
Rav Ḥama bar Yosef lui-même n’est pas d’accord : Et moi, je dis que ce n’est pas une réponse trompeuse. Bien que le bain public ne devienne pas interdit en tant qu’objet d’idolâtrie en raison d’une désignation verbale, il aurait au moins le statut d’ornement d’un objet d’idolâtrie, ce qui est également interdit.