מַשְׂכִּירִין לָהֶם בָּתִּים אֲבָל לֹא שָׂדוֹת, וּבְחוּצָה לָאָרֶץ מוֹכְרִין לָהֶם בָּתִּים וּמַשְׂכִּירִין שָׂדוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַשְׂכִּירִין לָהֶם בָּתִּים אֲבָל לֹא שָׂדוֹת, וּבְסוּרְיָא מוֹכְרִין בָּתִּים וּמַשְׂכִּירִין שָׂדוֹת, וּבְחוּצָה לָאָרֶץ מוֹכְרִין אֵלּוּ וָאֵלּוּ.
on peut louer des maisons à des gentils, mais on ne peut pas louer de champs. Et en dehors d’Eretz Yisrael on peut vendre des maisons et louer des champs à des gentils ; telle est l’opinion de Rabbi Meir. Rabbi Yossei dit : En Eretz Yisrael on peut louer des maisons à des gentils, mais on ne peut pas louer de champs. Et en Syrie on peut leur vendre des maisons et louer des champs, et en dehors d’Eretz Yisrael on peut vendre aussi bien ceux-ci, les maisons, que ceux-là, les champs.
אַף בְּמָקוֹם שֶׁאָמְרוּ לְהַשְׂכִּיר, לֹא לְבֵית דִּירָה אָמְרוּ, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַכְנִיס לְתוֹכוֹ עֲבוֹדָה זָרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תָבִיא תוֹעֵבָה אֶל בֵּיתֶךָ״, וּבְכׇל מָקוֹם לֹא יַשְׂכִּיר לוֹ אֶת הַמֶּרְחָץ, מִפְּנֵי שֶׁהוּא נִקְרָא עַל שְׁמוֹ.
Même dans un endroit au sujet duquel les Sages ont dit qu’il est permis à un Juif de louer une maison à un non-Juif, ils n’ont pas dit qu’on peut la louer pour en faire une résidence, car le non-Juif y apportera des objets de culte idolâtre, comme il est dit : « Tu n’introduiras pas une abomination dans ta maison » (Deutéronome 7:26), et cela est encore considéré comme la maison d’un Juif. Et, pour la même raison, en tout lieu, on ne peut pas louer un bain public à un non-Juif, puisqu’il est appelé du nom du propriétaire, et les passants penseront que le Juif l’exploite pendant Chabbat.
גְּמָ׳ מַאי ״אֵין צָרִיךְ לוֹמַר שָׂדוֹת״? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּאִית בַּהּ תַּרְתֵּי: חֲדָא, חֲנָיַית קַרְקַע; וַחֲדָא, דְּקָא מַפְקַע לַהּ מִמַּעֲשֵׂר.
GUEMARA :Quel est le sens de l’affirmation de la michna : Il va sans dire qu’on ne peut pas permettre aux gentils de louer des champs ? Pourquoi la halakha concernant les champs est-elle plus évidente que la halakha concernant les maisons ? Si nous disons que c’est parce que permettre à un gentil de louer un champ entraîne deux problèmes, l’un d’eux étant d’aider les gentils à s’implanter dans la terre, et l’autre étant que cela dispense la terre de la mitsva de prélever la dîme, cela ne peut pas être correct.
אִי הָכִי, בָּתִּים נָמֵי אִיכָּא תַּרְתֵּי: חֲדָא, חֲנָיַית קַרְקַע; וַחֲדָא, דְּקָא מַפְקַע לַהּ מִמְּזוּזָה! אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: מְזוּזָה חוֹבַת הַדָּר הוּא.
La Guemara explique pourquoi cela ne peut pas être la raison : Si tel est le cas, on peut en dire autant de l’interdiction de louer des maisons, car cela implique également deux problèmes : L’un est d’aider les gentils à s’établir sur la terre, et l’autre est que cela dispense la maison de la mitsva de mezouza. Rav Mesharshiyya répond : Fixer une mezouza est l’obligation du résident, et non une obligation qui incombe à la maison. Par conséquent, si aucun Juif n’habite dans une maison, elle n’est pas soumise à la mitsva de mezouza. Cela signifie qu’en louant une maison à un gentil, on ne retire pas à la maison le droit d’accomplir la mitsva.
בְּסוּרְיָא מַשְׂכִּירִין בָּתִּים כּוּ׳. מַאי שְׁנָא מְכִירָה דְּלָא? מִשּׁוּם מְכִירָה דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. אִי הָכִי, מִשְּׂכִירוּת נָמֵי נִגְזוֹר! הִיא גּוּפַהּ גְּזֵרָה, וַאֲנַן נֵיקוּם וְנִיגְזוֹר גְּזֵרָה לִגְזֵרָה?
La michna enseigne : En Syrie, on peut louer des maisons, mais non des champs, à des non-juifs. La Guemara demande : Quelle est la différence concernant la vente de maisons pour qu’il ne soit pas permis de vendre des maisons en Syrie ? La Guemara répond que cela est interdit en raison de la crainte que cela n’aboutisse finalement à la vente de maisons en Terre d’Israël. La Guemara objecte : Si tel est le cas, décrétons aussi l’interdiction de louer des maisons à des non-juifs en Syrie, de peur que cela ne conduise à louer à des non-juifs en Terre d’Israël. La Guemara explique : L’interdiction de louer des maisons à des non-juifs en Terre d’Israël est elle-même un décret rabbinique de peur qu’on n’en vienne à vendre les maisons, et allons-nous nous lever et promulguer un décret pour empêcher la violation d’un autre décret ?
וְהָא שְׂכִירוּת שָׂדֶה דִּבְסוּרְיָא, דִּגְזֵרָה לִגְזֵרָה הִיא, וְקָא גָזְרִינַן! הָתָם לָאו גְּזֵרָה הוּא, קָסָבַר: כִּיבּוּשׁ יָחִיד שְׁמֵיהּ כִּיבּוּשׁ.
La Guemara objecte : Mais l’interdiction de louer un champ situé en Syrie est elle aussi un décret dont le but est d’empêcher la violation d’un autre décret, puisque l’interdiction de permettre à un non-Juif de louer le champ de quelqu’un en Terre d’Israël est un décret rabbinique, et pourtant nous continuons malgré tout à édicter ce décret. La Guemara explique : Selon Rabbi Meïr, là-bas, en ce qui concerne la vente de maisons et de champs en Syrie à des non-Juifs, l’interdiction n’est pas simplement un décret destiné à empêcher la violation du décret concernant la Terre d’Israël. Au contraire, Rabbi Meïr soutient que la conquête d’un individu est appelée une conquête. Une fois que la Syrie a été conquise par le roi David, qui est considéré comme un individu à cet égard, la sainteté de la Terre d’Israël s’y est appliquée.
שָׂדֶה דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי — גְּזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנַן, בָּתִּים דְּלֵית בְּהוּ תַּרְתֵּי — לָא גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן.
Par conséquent, en ce qui concerne un champ, qui présente deux problèmes, puisqu’on soustrait ainsi la terre à la mitsva de prélever les dîmes et qu’on aide des gentils à acquérir de la terre en Eretz Yisrael, les Sages ont promulgué un décret à titre préventif, interdisant la location de champs comme en Eretz Yisrael. Mais en ce qui concerne les maisons, qui ne présentent pas deux problèmes, les Sages n’ont pas promulgué un tel décret.
בְּחוּצָה לָאָרֶץ וְכוּ׳. שָׂדֶה דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי — גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן, בָּתִּים דְּלֵית בְּהוּ תַּרְתֵּי — לָא גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן.
La michna enseigne que, selon Rabbi Meir, en dehors d’Eretz Yisrael on peut vendre des maisons et louer des champs, mais on ne peut pas vendre des champs à des non-juifs. La Guemara explique : Concernant un champ, qui comporte deux problèmes lorsqu’il se trouve en Eretz Yisrael, les Sages ont décrété d’empêcher sa vente même en dehors d’Eretz Yisrael. Concernant les maisons, qui ne comportent pas deux problèmes, les Sages n’ont pas décrété d’interdiction sur leur vente.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַשְׂכִּירִין לָהֶם בָּתִּים וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא? שָׂדוֹת דְּאִית בְּהוּ תַּרְתֵּי — גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן, בָּתִּים דְּלֵית בְּהוּ תַּרְתֵּי — לָא גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן.
La michna enseigne en outre que Rabbi Yossei dit : En Eretz Yisrael, on peut louer des maisons mais non des champs à des gentils. La Guemara explique : Quelle est la raison pour laquelle on peut louer des maisons mais non des champs ? Concernant les champs, qui comportent deux problèmes, les Sages ont décrété un décret à titre préventif, interdisant la location de champs en Eretz Yisrael. Mais concernant les maisons, qui ne comportent pas deux problèmes, les Sages n'ont pas décrété de décret interdisant la location de maisons à des gentils.
וּבְסוּרְיָא מוֹכְרִין וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא? קָסָבַר: כִּיבּוּשׁ יָחִיד לָא שְׁמֵיהּ כִּיבּוּשׁ, וְשָׂדֶה דְּאִית בַּהּ תַּרְתֵּי — גְּזַרוּ בַּהּ רַבָּנַן, בָּתִּים דְּלֵית בְּהוּ תַּרְתֵּי — לָא גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנַן.
La michna enseigne que Rabbi Yossei statue : Et en Syrie, on peut vendre des maisons et louer des champs à des non-Juifs, mais on ne peut pas vendre de champs. La Guemara demande : Quelle est la raison pour laquelle on peut vendre des maisons mais pas des champs ? La Guemara répond : Rabbi Yossei soutient que la conquête d’un individu n’est pas appelée une conquête, et par conséquent, il n’y a pas d’interdiction selon la loi de la Torah de vendre des maisons en Syrie. Et concernant un champ, qui présente deux problèmes, les Sages ont décrété un décret à titre préventif, interdisant la vente de champs en Syrie. Concernant les maisons, qui ne présentent pas deux problèmes, les Sages n’ont pas décrété de décret interdisant leur vente.
וּבְחוּצָה לָאָרֶץ מוֹכְרִין וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דִּמְרַחַק, לָא גָּזְרִינַן.
La michna continue : Et en dehors d’Eretz Yisrael on peut vendre des maisons et des champs. La Guemara demande : Quelle est la raison de cela ? La Guemara répond : Puisque cette terre est éloignée d’Eretz Yisrael, les Sages ne promulguent pas de décret, contrairement à la Syrie, qui est proche d’Eretz Yisrael.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. אָמַר רַב יוֹסֵף: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנָּה שְׁכוּנָה. וְכַמָּה שְׁכוּנָה? תָּנָא: אֵין שְׁכוּנָה פְּחוּתָה מִשְּׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם.
En conclusion, Rav Yehouda dit que Shmuel dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yossei, selon laquelle il est permis de vendre des maisons en dehors d’Eretz Yisrael à des non-Juifs. Rav Yossef dit : Et telle est la halakha à condition qu’on n’en fasse pas une implantation non juive. Et combien de personnes constituent une implantation ? Le Sage a enseigné : Il n’y a pas d’implantation composée de moins de trois personnes.
וְלֵחוּשׁ דִּלְמָא אָזֵיל הַאי יִשְׂרָאֵל וּמְזַבֵּין לְחַד גּוֹי, וְאָזֵיל הַאיְךְ וּמְזַבֵּין לַהּ לִתְרֵי! אָמַר אַבָּיֵי: אַ״לִּפְנֵי״ מִפַּקְּדִינַן, אַ״לִּפְנֵי״ דְּ״לִפְנֵי״ לָא מִפַּקְּדִינַן.
La Guemara objecte : Mais ne devons-nous pas craindre que peut-être ce Juif aille vendre à un gentil, et que les autres propriétaires des maisons adjacentes aillent vendre à deux autres gentils, ce qui entraînerait l’établissement d’une implantation de gentils. Abaye a dit : Nous avons reçu l’ordre concernant le fait de placer une pierre d’achoppement devant un aveugle (voir Lévitique 19:14), mais nous n’avons pas reçu l’ordre concernant le fait de placer une pierre d’achoppement devant quelqu’un qui pourrait la placer devant un aveugle. En d’autres termes, cette interdiction ne s’applique que lorsqu’une personne fait fauter une autre par son action directe, et non dans une situation comme celle-ci, où l’interdiction est éloignée de deux étapes de l’action du Juif.
אַף בְּמָקוֹם שֶׁאָמְרוּ לְהַשְׂכִּיר. מִכְּלָל דְּאִיכָּא דּוּכְתָּא דְּלָא מוֹגְרִי.
§ La michna enseigne que, même dans un endroit au sujet duquel les Sages ont dit qu’il est permis à un Juif de louer une maison à un non-Juif, ils n’ont pas dit qu’on peut la louer pour y résider. La Guemara souligne : Par déduction, cela signifie qu’il existe un endroit où l’on ne peut pas louer de maison à un non-Juif.