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״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״ — עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר.
« Tu prélèveras la dîme [te’aser] » (Deutéronome 14:22) ? Cette expression peut être interprétée de manière homilétique : Prélève la dîme [asser] afin que tu deviennes riche [titasher], par le mérite de la mitsva.
אַשְׁכְּחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְיָנוֹקָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ, אֲמַר לֵיהּ: אִימָּא לִי פְּסוּקָיךְ! אֲמַר לֵיהּ: ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״. אֲמַר לֵיהּ: וּמַאי ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״? אֲמַר לֵיהּ: עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר, אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: זִיל נַסִּי.
Rabbi Yoḥanan trouva le jeune fils de Reish Lakish. Il dit au garçon : Récite-moi ton verset, c’est-à-dire le verset que tu as étudié aujourd’hui à l’école. Le garçon lui dit : « Tu prélèveras la dîme. » Le garçon dit encore à Rabbi Yoḥanan : Mais quel est le sens de cette expression : « Tu prélèveras la dîme » ? Rabbi Yoḥanan lui dit : Le verset signifie : Prélève la dîme afin de devenir riche. Le garçon dit à Rabbi Yoḥanan : D’où tiens-tu que c’est bien ainsi ? Rabbi Yoḥanan lui dit : Va et mets cela à l’épreuve.
אֲמַר לֵיהּ: וּמִי שְׁרֵי לְנַסּוֹיֵיהּ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא? וְהָכְתִיב: ״לֹא תְנַסּוּ אֶת ה׳״! אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא: חוּץ מִזּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבִיאוּ אֶת כׇּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת אָמַר ה׳ צְבָאוֹת אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם אֵת אֲרֻבּוֹת הַשָּׁמַיִם וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי״.
Le garçon lui dit : Et est-il permis de mettre à l’épreuve le Saint, béni soit-Il ? Mais n’est-il pas écrit : « Vous ne mettrez pas à l’épreuve le Seigneur votre Dieu » (Deutéronome 6:16) ? Rabbi Yoḥanan dit au garçon que Rabbi Hoshaya a dit ce qui suit : Il est interdit de mettre Dieu à l’épreuve de quelque manière que ce soit, sauf dans ce cas des dîmes, comme il est dit : « Apportez la dîme entière au trésor, afin qu’il y ait de la nourriture dans Ma maison, et mettez-Moi maintenant à l’épreuve en cela, dit le Seigneur des armées, si Je n’ouvrirai pas pour vous les fenêtres du ciel et ne répandrai pas sur vous une bénédiction au-delà de toute suffisance » (Malachie 3:10).
מַאי ״עַד בְּלִי דָי״? אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא אָמַר רַב: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר ״דַּי״. אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָת מָטֵי הָתָם לְהַאי פְּסוּקָא, לָא הֲוֵית צְרִיכְנָא לָךְ וּלְהוֹשַׁעְיָא רַבָּךְ.
En relation avec le verset ci-dessus, la Guemara demande : Quel est le sens de l’expression : « qu’il y aura plus que suffisance [ad beli dai] » ? Rami bar Ḥama a dit que Rav a dit : Cela signifie que l’abondance sera si grande que vos lèvres s’useront [yivlu], à l’image du mot beli, à force de dire assez [dai]. Revenant à l’incident ci-dessus, la Guemara ajoute que le garçon a dit à Rabbi Yoḥanan : Ton affirmation apparaît explicitement dans un verset. Si j’étais arrivé là, à ce verset, je n’aurais eu besoin ni de toi ni de Hoshaya, ton maître, car j’aurais pu le comprendre par moi-même.
וְתוּ אַשְׁכְּחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְיָנוֹקֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּיָתֵיב וְאָמַר: ״אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ וְעַל ה׳ יִזְעַף לִבּוֹ״.
La Guemara raconte une autre histoire sur la précocité de cet enfant. Et de plus, à une autre occasion, Rabbi Yoḥanan trouva le jeune fils de Reish Lakish, alors qu’il était assis et étudiait et il récitait le verset : « La folie de l’homme pervertit sa voie, et son cœur s’irrite contre le Seigneur » (Proverbes 19:3). Ce verset signifie que, lorsqu’une personne faute et que toutes sortes de malheurs s’abattent sur elle, elle se plaint et se demande pourquoi ces choses lui arrivent.
יְתֵיב רַבִּי יוֹחָנָן וְקָא מַתְמַהּ. אָמַר: מִי אִיכָּא מִידֵּי דִּכְתִיבִי בִּכְתוּבֵי דְּלָא רְמִיזִי בְּאוֹרָיְיתָא? אָמַר לֵיהּ: אַטּוּ הָא מִי לָא רְמִיזִי, וְהָכְתִיב: ״וַיֵּצֵא לִבָּם וַיֶּחֶרְדוּ אִישׁ אֶל אָחִיו לֵאמֹר מַה זֹּאת עָשָׂה אֱלֹהִים לָנוּ״.
Rabbi Yoḥanan s’assit et s’interrogea à voix haute au sujet de ce verset, disant : Y a-t-il quelque chose qui soit écrit dans les Écrits et qui ne soit aucunement suggéré dans la Torah ? Je ne peux penser à aucun indice de cette idée dans la Torah elle-même. L’enfant lui dit : Veux-tu dire que cette idée n’est vraiment pas suggérée dans la Torah ? Mais n’est-il pas écrit, au sujet des frères de Joseph : « Leur cœur défaillit, et ils se tournèrent en tremblant l’un vers l’autre, disant : Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » (Genèse 42:28). Ce verset illustre l’idée que, lorsqu’une personne faute et rencontre des malheurs, elle se demande pourquoi cela lui arrive.
דַּל עֵינֵיהּ וַחֲזָא בֵּיהּ, אָתְיָא אִימֵּיהּ אַפֵּיקְתֵּיהּ, אֲמַרָה לֵיהּ: תָּא מִקַּמֵּיהּ, דְּלָא לֶיעְבַּד לָךְ כְּדַעֲבַד לַאֲבוּךְ.
Impressionné par la sagesse du jeune homme, Rabbi Yoḥanan leva les yeux et fixa l’enfant du regard. À ce moment-là, la mère de l’enfant vint et l’emmena, en lui disant : Viens loin de Rabbi Yoḥanan, afin qu’il ne te fasse pas ce qu’il a fait à ton père. Reish Lakish, le père de l’enfant, mourut au cours d’une dispute houleuse avec Rabbi Yoḥanan au sujet d’une question de Torah. La dispute se termina par un regard offensé de Rabbi Yoḥanan qui causa la mort de Reish Lakish, et la mère de l’enfant craignait que son fils ne subisse le même sort.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל רַבִּים. מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דִּכְתִיב: ״יִפְתַּח ה׳ לְךָ אֶת אוֹצָרוֹ הַטּוֹב לָתֵת מְטַר אַרְצְךָ״. פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל רַבִּים, דִּכְתִיב: ״הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם״.
§ Après cette brève digression, la Guemara passe à la cinquième de la série des déclarations de Rabbi Yoḥanan concernant la pluie. Rabbi Yoḥanan a dit : La pluie tombe même pour le bien d’un individu, en réponse à la requête d’une seule personne ayant besoin de pluie, tandis que la bénédiction de la subsistance ne vient que pour le bien du grand nombre. La pluie tombe même pour le bien d’un individu, comme il est écrit : « Le Seigneur t’ouvrira Son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie de ton pays » (Deutéronome 28:12). Le fait que ce verset soit rédigé à la deuxième personne du singulier démontre que la pluie peut tomber même pour le bien d’un individu. Rabbi Yoḥanan prouve en outre que la subsistance vient pour le bien du grand nombre, comme il est écrit : « Voici, Je ferai pleuvoir pour vous du pain venant des cieux » (Exode 16:4). Ici, Dieu se réfère au peuple au pluriel.
מֵיתִיבִי, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה פַּרְנָסִים טוֹבִים עָמְדוּ לְיִשְׂרָאֵל, אֵלּוּ הֵן: מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּמִרְיָם. וְשָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת נִיתְּנוּ עַל יָדָם, וְאֵלּוּ הֵן: בְּאֵר, וְעָנָן, וּמָן. בְּאֵר — בִּזְכוּת מִרְיָם, עַמּוּד עָנָן — בִּזְכוּת אַהֲרֹן, מָן — בִּזְכוּת מֹשֶׁה. מֵתָה מִרְיָם — נִסְתַּלֵּק הַבְּאֵר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתָּמׇת שָׁם מִרְיָם״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וְלֹא הָיָה מַיִם לָעֵדָה״, וְחָזְרָה בִּזְכוּת שְׁנֵיהֶן.
La Guemara soulève une objection à partir d’une baraita : Rabbi Yossei, fils de Rabbi Yehouda, dit : Trois bons pourvoyeurs se sont levés pour le peuple juif pendant l’exode d’Égypte, et ce sont : Moïse, Aaron et Myriam. Et trois bons dons furent donnés du Ciel par leur intermédiaire, et les voici : le puits d’eau, la colonne de nuée, et la manne. Il précise : le puits fut donné au peuple juif par le mérite de Myriam ; la colonne de nuée fut par le mérite d’Aaron ; et la manne par le mérite de Moïse. Lorsque Myriam mourut, le puits disparut, comme il est dit : « Et Myriam mourut là » (Nombres 20:1), et il est dit ensuite dans le verset suivant : « Et il n’y avait pas d’eau pour l’assemblée » (Nombres 20:2). Mais le puits revint par le mérite des deux, Moïse et Aaron.
מֵת אַהֲרֹן — נִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי מֶלֶךְ עֲרָד״, מָה שְׁמוּעָה שָׁמַע? שָׁמַע שֶׁמֵּת אַהֲרֹן וְנִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, וּכְסָבוּר נִיתְּנָה לוֹ רְשׁוּת לְהִלָּחֵם בְּיִשְׂרָאֵל. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאוּ כׇּל הָעֵדָה כִּי גָוַע אַהֲרֹן״.
Lorsque Aaron mourut, les nuées de gloire disparurent, comme il est dit : « Et le Cananéen, roi d’Arad, entendit » (Nombres 33:40). Quel rapport entendit-il ? Il entendit qu’Aaron était mort et que les nuées de gloire avaient disparu, et il pensa que le peuple juif n’était plus protégé par le Ciel et que, par conséquent, la permission lui avait été donnée de faire la guerre au peuple juif. Et cette disparition des nuées est le sens de ce qui est écrit : « Et toute l’assemblée vit que [ki] Aaron était mort » (Nombres 20:29).
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: אַל תִּקְרֵי ״וַיִּרְאוּ״, אֶלָּא ״וַיִּירָאוּ״. כִּדְדָרֵישׁ רֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: ״כִּי״ מְשַׁמֵּשׁ בְּאַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת: אִי, דִּלְמָא, אֶלָּא, דְּהָא.
Rabbi Abbahu a dit : Ne lis pas le verset ainsi : « Et ils virent [va’yiru] » ; plutôt, lis-le ainsi : Et ils furent vus [va’yera’u], car les nuées qui avaient dissimulé le peuple juif furent temporairement retirées. C’est comme l’a enseigné Reish Lakish. Comme l’a dit Reish Lakish : le terme ki a en réalité au moins quatre sens distincts : si ; peut-être ; mais ; parce que, ou que. Selon cette interprétation, le verset serait rendu ainsi : Et toute l’assemblée fut vue, parce que [ki] Aaron était mort.
חָזְרוּ שְׁנֵיהֶם בִּזְכוּת מֹשֶׁה, מֵת מֹשֶׁה נִסְתַּלְּקוּ כּוּלָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאַכְחִד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹעִים בְּיֶרַח אֶחָד״, וְכִי בְּיֶרַח אֶחָד מֵתוּ? וַהֲלֹא מִרְיָם מֵתָה בְּנִיסָן, וְאַהֲרֹן בְּאָב, וּמֹשֶׁה בַּאֲדָר! אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁנִּתְבַּטְּלוּ שָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת שֶׁנִּתְּנוּ עַל יָדָן, וְנִסְתַּלְּקוּ כּוּלָּן בְּיֶרַח אֶחָד.
La baraita continue : à la fois le puits et les nuées de gloire revinrent par le mérite de Moïse. Cependant, lorsque Moïse mourut, ils disparurent tous. Comme il est dit : « Et j’ai retranché les trois bergers en un mois » (Zacharie 11:8). Mais est-ce que les trois bergers sont réellement morts en un mois ? Myriam n’est-elle pas morte au mois de Nissan, et Aaron en Av et Moïse en Adar ? Au contraire, ce verset enseigne que par la mort de Moïse les trois bons dons qui avaient été donnés par leur intermédiaire furent annulés, et les trois dons disparurent en un mois, ce qui donna l’impression que les trois dirigeants étaient morts en même temps.
אַלְמָא אַשְׁכְּחַן פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל יָחִיד! שָׁאנֵי מֹשֶׁה, כֵּיוָן דִּלְרַבִּים הוּא בָּעֵי — כְּרַבִּים דָּמֵי.
La Guemara explique la difficulté soulevée par cette baraita. Apparemment, nous constatons que la subsistance peut venir pour le bien d’un individu, puisque la baraita affirme que la subsistance sous forme de manne est venue pour le bien de Moïse. La Guemara répond : Moïse est différent, car il a demandé la manne pour beaucoup, et il a donc été considéré comme beaucoup, et non comme un individu.
רַב הוּנָא בַּר מָנוֹחַ וְרַב שְׁמוּאֵל בַּר אִידִי וְרַב חִיָּיא מִוּוֹסְתַּנְיָא הֲווֹ שְׁכִיחִי קַמֵּיהּ דְּרָבָא. כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרָבָא, אֲתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא, כׇּל אֵימַת דַּהֲוָה אָמַר לְהוּ שְׁמַעְתָּא וְלָא הֲוָה מִסְתַּבְּרָא לְהוּ, הֲווֹ מְרַמְּזִי אַהֲדָדֵי. חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ.
La Guemara rapporte une histoire concernant le verset susmentionné de Zacharie. Rav Houna bar Manoaḥ, Rav Shmuel bar Idi et Rav Ḥiyya de Vastanya se trouvaient souvent devant Rava, car ils comptaient parmi ses élèves les plus distingués. Lorsque Rava mourut, ils vinrent devant Rav Pappa pour apprendre de lui. Cependant, comme ils étaient eux aussi de grands Sages, chaque fois que Rav Pappa énonçait une halakha qui ne leur semblait pas raisonnable, ils se faisaient des signes l’un à l’autre indiquant que Rav Pappa n’était pas l’égal de Rava en stature. Rav Pappa fut offensé par leur comportement.

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