״בְּעִתָּם״ — בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת.
« En leur temps » signifie les veilles du mercredi, c’est-à-dire les nuits du mardi, et les veilles de Chabbat, c’est-à-dire les nuits du vendredi, parce qu’à ces moments-là les gens ne se trouvent pas dans les rues, soit par crainte des forces démoniaques que l’on pensait errer les nuits du mardi, soit en raison de la sainteté du Chabbat.
שֶׁכֵּן מָצִינוּ בִּימֵי שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת, עַד שֶׁנַּעֲשׂוּ חִטִּים כִּכְלָיוֹת, וּשְׂעוֹרִים כְּגַרְעִינֵי זֵיתִים, וַעֲדָשִׁים כְּדִינְרֵי זָהָב, וְצָרְרוּ מֵהֶם דּוּגְמָא לַדּוֹרוֹת, לְהוֹדִיעַ כַּמָּה הַחֵטְא גּוֹרֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֲוֹנוֹתֵיכֶם הִטּוּ אֵלֶּה וְחַטֹּאתֵיכֶם מָנְעוּ הַטּוֹב מִכֶּם״.
Comme nous l’avons trouvé aux jours de Shimon ben Shetaḥ, où la pluie tombait invariablement pour eux les veilles du mercredi et les veilles de Shabbat, jusqu’à ce que le blé pousse gros comme des reins, et l’orge gros comme des noyaux d’olive, et les lentilles comme des dinars d’or. Et ils attachèrent une partie de ces récoltes comme un exemple [dugma] pour les générations futures, afin de leur transmettre combien le péché cause de dommage, comme il est dit : « Le Seigneur notre Dieu, qui donne la pluie, la première et la dernière, en son temps, qui nous réserve les semaines fixées de la moisson. Vos iniquités ont détourné ces choses, et vos péchés vous ont privé du bien » (Jérémie 5:24–25).
וְכֵן מָצִינוּ בִּימֵי הוֹרְדוֹס, שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְהָיוּ יוֹרְדִין גְּשָׁמִים בַּלַּיְלָה, לְמָחָר נָשְׁבָה הָרוּחַ וְנִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים וְזָרְחָה הַחַמָּה, וְיָצְאוּ הָעָם לִמְלַאכְתָּן, וְיָדְעוּ שֶׁמְּלֶאכֶת שָׁמַיִם בִּידֵיהֶם.
Et nous avons également constaté que du temps d’Hérode ils étaient occupés à la construction du Temple, et la pluie tombait la nuit. Et le lendemain, le vent soufflait, les nuages se dispersaient, le soleil brillait, et le peuple sortait pour son travail. Et, comme la pluie ne tombait qu’à un moment où elle ne gênait pas leur labeur, la nation savait que l’œuvre du Ciel s’accomplissait par leurs mains.
מַעֲשֶׂה שֶׁשָּׁלְחוּ לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: פַּעַם אַחַת יָצָא רוֹב אֲדָר וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים, שָׁלְחוּ לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל: הִתְפַּלֵּל וְיֵרְדוּ גְּשָׁמִים! הִתְפַּלֵּל, וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים. עָג עוּגָה וְעָמַד בְּתוֹכָהּ, כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה חֲבַקּוּק הַנָּבִיא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל מִשְׁמַרְתִּי אֶעֱמֹדָה וְאֶתְיַצְּבָה עַל מָצוֹר וְגוֹ׳״.
§ La michna a enseigné : Un incident s’est produit dans lequel le peuple a envoyé un message à Ḥoni HaMe’aggel. Cet événement est rapporté plus en détail dans la baraita suivante. Les Sages ont enseigné : Une fois, la majeure partie du mois de Adar était passée, mais la pluie n’était toujours pas tombée. Ils envoyèrent ce message à Ḥoni HaMe’aggel : Prie, et la pluie tombera. Il pria, mais aucune pluie ne tomba. Il traça un cercle dans la poussière et se tint à l’intérieur, de la manière dont le prophète Habacuc fit, comme il est dit : « Je me tiendrai à mon poste et je me placerai sur la tour, et je regarderai pour voir ce qu’Il me dira et ce que je répondrai lorsque je serai réprimandé » (Habacuc 2:1). Ce verset est compris comme signifiant qu’Habacuc s’était fait une sorte de prison où il s’assit.
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! בָּנֶיךָ שָׂמוּ פְּנֵיהֶם עָלַי, שֶׁאֲנִי כְּבֶן בַּיִת לְפָנֶיךָ. נִשְׁבָּע אֲנִי בְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל שֶׁאֵינִי זָז מִכָּאן עַד שֶׁתְּרַחֵם עַל בָּנֶיךָ. הִתְחִילוּ גְּשָׁמִים מְנַטְּפִין. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי! רְאִינוּךְ וְלֹא נָמוּת, כִּמְדוּמִּין אָנוּ שֶׁאֵין גְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא לְהַתִּיר שְׁבוּעָתְךָ.
Ḥoni dit devant Dieu : Maître de l’Univers, Tes enfants ont tourné leurs visages vers moi, car je suis comme un membre de Ta maison. C’est pourquoi, je jure par Ton grand nom que je ne bougerai pas d’ici jusqu’à ce que Tu aies pitié de Tes enfants et que Tu répondes à leurs prières pour la pluie. La pluie commença à tomber au compte-gouttes, mais seulement en petites gouttes. Ses élèves lui dirent : Rabbi, nous avons vu que tu peux accomplir de grands prodiges, mais cette quantité de pluie n’est pas suffisante pour garantir que nous ne mourrons pas. Il nous semble que une petite quantité de pluie tombe seulement pour te permettre de délier ton serment, mais elle est loin d’être suffisante pour nous sauver.
אָמַר: לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי, אֶלָּא גִּשְׁמֵי בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת. יָרְדוּ בְּזַעַף, עַד שֶׁכׇּל טִפָּה וְטִפָּה כִּמְלֹא פִּי חָבִית. וְשִׁיעֲרוּ חֲכָמִים שֶׁאֵין טִפָּה פְּחוּתָה מִלּוֹג. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי, רְאִינוּךְ וְלֹא נָמוּת, כִּמְדוּמִּין אָנוּ שֶׁאֵין גְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא לְאַבֵּד הָעוֹלָם.
Ḥoni dit à Dieu : Je n’ai pas demandé cela, mais de la pluie pour remplir les citernes, fossés et grottes. La pluie se mit à tomber avec fureur, jusqu’à ce que chaque goutte fût aussi grosse que l’ouverture d’un tonneau, et les Sages estimèrent qu’aucune goutte n’était inférieure à un log en taille. Ses élèves lui dirent : Rabbi, nous avons vu que tu peux invoquer Dieu pour accomplir des miracles et nous ne mourrons pas, mais à présent il nous semble que la pluie tombe seulement pour détruire le monde.
אָמַר לְפָנָיו: לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי, אֶלָּא גִּשְׁמֵי רָצוֹן בְּרָכָה וּנְדָבָה. יָרְדוּ כְּתִיקְנָן, עַד שֶׁעָלוּ כׇּל הָעָם לְהַר הַבַּיִת, מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים. אָמְרוּ לוֹ: רַבִּי, כְּשֵׁם שֶׁהִתְפַּלַּלְתָּ שֶׁיֵּרְדוּ, כָּךְ הִתְפַּלֵּל וְיֵלְכוּ לָהֶם. אָמַר לָהֶם: כָּךְ מְקוּבְּלַנִי שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין עַל רוֹב הַטּוֹבָה.
Ḥoni dit de nouveau devant Dieu : Je n’ai pas demandé cela non plus, cette pluie nuisible, mais une pluie de bienveillance, de bénédiction et de générosité. Ensuite, les pluies tombèrent de manière normale, jusqu’à ce que tout le peuple cherche un terrain plus élevé et monte sur le mont du Temple à cause de la pluie. Ils lui dirent : Rabbi, de même que tu as prié pour que les pluies tombent, prie aussi pour qu’elles cessent. Il leur dit : Telle est la tradition que j’ai reçue : on ne prie pas au sujet d’un excès de bien.
אַף עַל פִּי כֵן, הָבִיאוּ לִי פַּר הוֹדָאָה. הֵבִיאוּ לוֹ פַּר הוֹדָאָה, סָמַךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו, וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל שֶׁהוֹצֵאתָ מִמִּצְרַיִם אֵינָן יְכוֹלִין לֹא בְּרוֹב טוֹבָה וְלֹא בְּרוֹב פּוּרְעָנוּת. כָּעַסְתָּ עֲלֵיהֶם — אֵינָן יְכוֹלִין לַעֲמוֹד, הִשְׁפַּעְתָּ עֲלֵיהֶם טוֹבָה — אֵינָן יְכוֹלִין לַעֲמוֹד, יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ שֶׁיִּפָּסְקוּ הַגְּשָׁמִים, וִיהֵא רֶיוַח בָּעוֹלָם. מִיָּד נָשְׁבָה הָרוּחַ, וְנִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים, וְזָרְחָה הַחַמָּה, וְיָצְאוּ הָעָם לַשָּׂדֶה וְהֵבִיאוּ לָהֶם כְּמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת.
Ḥoni poursuivit : Néanmoins, apportez-moi un taureau. Je l’offrirai en sacrifice comme une offrande de remerciement et je prierai en même temps. On lui apporta un taureau pour une offrande de remerciement. Il posa ses deux mains sur sa tête et dit devant Dieu : Maître de l’Univers, Ton peuple Israël, que Tu as fait sortir d’Égypte, ne peut supporter ni un excès de bien ni un excès de châtiment. Tu T’es mis en colère contre eux et Tu as retenu la pluie, et ils ne peuvent pas le supporter. Tu leur as accordé trop de bien, et eux aussi n’ont pas pu le supporter. Puisse telle être Ta volonté : que la pluie cesse et qu’il y ait du soulagement pour le monde. Immédiatement, le vent souffla, les nuages se dispersèrent, le soleil brilla, et tous sortirent dans les champs et ramassèrent pour eux-mêmes des truffes et des champignons qui avaient poussé sous la forte pluie.
שָׁלַח לוֹ שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח: אִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה, גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִידּוּי. שֶׁאִילּוּ שָׁנִים כִּשְׁנֵי אֵלִיָּהוּ שֶׁמַּפְתְּחוֹת גְּשָׁמִים בְּיָדוֹ שֶׁל אֵלִיָּהוּ, לֹא נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְחַלֵּל עַל יָדְךָ,
Shimon ben Shetaḥ transmit à Ḥoni HaMe’aggel : Si tu n’étais pas Ḥoni, j’aurais décrété ton ostracisme. Car si ces années avaient été comme les années d’Élie, lorsque les clés de la pluie furent confiées aux mains d’Élie, et qu’il jura qu’il ne pleuvrait pas, le nom du Ciel n’aurait-il pas été profané à cause de ton serment de ne pas sortir du cercle jusqu’à ce qu’il pleuve ? Une fois que tu as prononcé ce serment, soit le tien, soit celui d’Élie aurait dû être démenti.
אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה לְךָ, שֶׁאַתָּה מִתְחַטֵּא לִפְנֵי הַמָּקוֹם וְעוֹשֶׂה לְךָ רְצוֹנְךָ, כְּבֵן שֶׁמִּתְחַטֵּא עַל אָבִיו וְעוֹשֶׂה לוֹ רְצוֹנוֹ, וְאוֹמֵר לוֹ: אַבָּא, הוֹלִיכַנִי לְרׇחְצֵנִי בְּחַמִּין. שׇׁטְפֵנִי בְּצוֹנֵן. תֵּן לִי אֱגוֹזִים, שְׁקֵדִים, אֲפַרְסְקִים וְרִמּוֹנִים — וְנוֹתֵן לוֹ. וְעָלֶיךָ הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״יִשְׂמַח אָבִיךָ וְאִמֶּךָ וְתָגֵל יוֹלַדְתֶּךָ״.
Cependant, que puis-je faire pour toi, puisque tu importunes Dieu et qu’Il accomplit ta volonté, comme un fils qui importune son père et son père accomplit sa volonté. Et le fils dit à son père : Père, emmène-moi me baigner dans de l’eau chaude ; lave-moi avec de l’eau froide ; donne-moi des noix, des amandes, des pêches et des grenades. Et son père les lui donne. À ton sujet, le verset déclare : « Ton père et ta mère se réjouiront, et celle qui t’a enfanté exultera » (Proverbes 23:25).
תָּנוּ רַבָּנַן: מָה שָׁלְחוּ בְּנֵי לִשְׁכַּת הַגָּזִית לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל — ״וְתִגְזַר אֹמֶר וְיָקׇם לָךְ וְעַל דְּרָכֶיךָ נָגַהּ אוֹר״.
Les Sages ont enseigné : Quel message ont envoyé les membres de la Chambre de la Pierre Taillée, le Grand Sanhédrin, à Ḥoni HaMe’aggel ? À ton sujet, le verset déclare : « Tu décréteras aussi une chose, et elle sera établie pour toi ; et la lumière brillera sur tes voies. Quand on les abaissera, tu diras : Il y a élévation, car Il sauve la personne humble. Il délivrera celui qui n’est pas innocent, et il sera délivré par la pureté de tes mains » (Job 22:28–30).
״וְתִגְזַר אֹמֶר״ — אַתָּה גָּזַרְתָּ מִלְּמַטָּה, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְקַיֵּים מַאֲמָרְךָ מִלְמַעְלָה. ״וְעַל דְּרָכֶיךָ נָגַהּ אוֹר״ — דּוֹר שֶׁהָיָה אָפֵל הֵאַרְתָּ בִּתְפִלָּתֶךָ.
Ils ont interprété : « Tu décréteras aussi une chose » ; toi, Ḥoni, tu décrètes en bas, et le Saint, béni soit-Il, accomplit ta parole d’en haut. « Et la lumière brillera sur tes voies » ; une génération qui était dans l’obscurité, tu l’as illuminée par ta prière .
״כִּי הִשְׁפִּילוּ וַתֹּאמֶר גֵּוָה״ — דּוֹר שֶׁהָיָה שָׁפֵל הִגְבַּהְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ. ״וְשַׁח עֵינַיִם יוֹשִׁעַ״ — דּוֹר שֶׁשַּׁח בַּעֲוֹנוֹ הוֹשַׁעְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ. ״יְמַלֵּט אִי נָקִי״ — דּוֹר שֶׁלֹּא הָיָה נָקִי מִלַּטְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ. ״וְנִמְלַט בְּבֹר כַּפֶּיךָ״ — מִלַּטְתּוֹ בְּמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ הַבְּרוּרִין.
« Quand ils seront abaissés, tu diras : Il y a élévation » ; une génération qui avait été abaissée, tu l’as relevée par ta prière. « Car Il sauve la personne humble » ; une génération qui était humble dans sa transgression, tu l’as sauvée par ta prière. « Il délivrera celui qui n’est pas innocent » ; une génération qui n’était pas innocente, tu l’as délivrée par ta prière. « Et il sera délivré par la pureté de tes mains » ; tu as délivré une génération sans mérite par l’œuvre pure de tes mains.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל יָמָיו שֶׁל אוֹתוֹ צַדִּיק, הָיָה מִצְטַעֵר עַל מִקְרָא זֶה: ״שִׁיר הַמַּעֲלוֹת בְּשׁוּב ה׳ אֶת שִׁיבַת צִיּוֹן הָיִינוּ כְּחֹלְמִים״, אָמַר: מִי אִיכָּא דְּנָיֵים שִׁבְעִין שְׁנִין בְּחֶלְמָא?
§ La Guemara raconte une autre histoire au sujet de Ḥoni HaMe’aggel. Rabbi Yoḥanan dit : Tous les jours de la vie de ce juste, Ḥoni, il était troublé par le sens de ce verset : « Cantique des degrés : Quand le Seigneur ramena ceux qui revenaient à Sion, nous étions comme ceux qui rêvent » (Psaumes 126:1). Il se dit à lui-même : Existe-t-il vraiment une personne qui puisse dormir et rêver pendant soixante-dix ans ? Comment est-il possible de comparer l’exil de soixante-dix ans à Babylone à un rêve ?
יוֹמָא חַד הֲוָה אָזֵל בְּאוֹרְחָא, חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה נָטַע חָרוּבָא, אֲמַר לֵיהּ: הַאי, עַד כַּמָּה שְׁנִין טָעֵין? אֲמַר לֵיהּ: עַד שִׁבְעִין שְׁנִין. אֲמַר לֵיהּ: פְּשִׁיטָא לָךְ דְּחָיֵית שִׁבְעִין שְׁנִין? אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא חָרוּבָא בְּעָלְמָא אַשְׁכְּחֵיהּ. כִּי הֵיכִי דִּשְׁתַלוּ לִי אֲבָהָתִי — שְׁתַלִי נָמֵי לִבְרָאִי.
Un jour, il marchait sur la route lorsque il vit un certain homme planter un caroubier. Ḥoni lui dit : Cet arbre, au bout de combien d’années portera-t-il des fruits ? L’homme lui dit : Il ne produira pas de fruits avant soixante-dix ans. Ḥoni lui dit : T’est-il évident que tu vivras soixante-dix ans, au point d’espérer profiter de cet arbre ? Il lui dit : Cet homme-là lui-même a trouvé un monde plein de caroubiers. De même que mes ancêtres ont planté pour moi, moi aussi je plante pour mes descendants.
יָתֵיב, קָא כָּרֵיךְ רִיפְתָּא, אֲתַאי לֵיהּ שִׁינְתָּא, נִים. אַהְדַּרָא לֵיהּ מְשּׁוּנִּיתָא, אִיכַּסִּי מֵעֵינָא, וְנִים שִׁבְעִין שְׁנִין. כִּי קָם, חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּהוּא קָא מְלַקֵּט מִינַּיְיהוּ, אָמַר לֵיהּ: אַתְּ הוּא דִּשְׁתַלְתֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: בַּר בְּרֵיהּ אֲנָא. אֲמַר לֵיהּ: שְׁמַע מִינַּהּ דִּנְיַימִי שִׁבְעִין שְׁנִין. חֲזָא לַחֲמָרְ[תֵּ]יהּ דְּאִתְיְילִידָא לַיהּ רַמְכֵי רַמְכֵי.
Ḥoni s’assit et mangea du pain. Le sommeil le gagna et il s’endormit. Une falaise se forma autour de lui, et il disparut de la vue et dormit pendant soixante-dix ans. Lorsqu’il se réveilla, il vit un certain homme en train de cueillir des caroubes de cet arbre. Ḥoni lui dit : Est-ce toi qui as planté cet arbre ? L’homme lui dit : Je suis le fils de son fils. Ḥoni lui dit : Je peux apprendre de cela que j’ai dormi pendant soixante-dix ans, et en effet il vit que son âne avait engendré plusieurs troupeaux pendant toutes ces années.
אֲזַל לְבֵיתֵיהּ אֲמַר לְהוּ: בְּרֵיהּ דְּחוֹנִי הַמְעַגֵּל מִי קַיָּים? אֲמַרוּ לֵיהּ: בְּרֵיהּ לֵיתֵאּ, בַּר בְּרֵיהּ אִיתֵאּ. אֲמַר לְהוּ: אֲנָא חוֹנִי הַמְעַגֵּל. לָא הֵימְנוּהוּ. אֲזַל לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, שַׁמְעִינְהוּ לְרַבָּנַן דְּקָאָמְרִי: נְהִירָן שְׁמַעְתָּתִין כְּבִשְׁנֵי חוֹנִי הַמְעַגֵּל, דְּכִי הָוֵי עָיֵיל לְבֵית מִדְרְשָׁא — כֹּל קוּשְׁיָא דַּהֲווֹ לְהוּ לְרַבָּנַן הֲוָה מְפָרֵק לְהוּ. אָמַר לְהוּ: אֲנָא נִיהוּ, וְלָא הֵימְנוּהוּ, וְלָא עָבְדִי לֵיהּ יְקָרָא כִּדְמִבְּעֵי לֵיהּ. חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ, בְּעָא רַחֲמֵי, וּמִית. אָמַר רָבָא: הַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: אוֹ חַבְרוּתָא אוֹ מִיתוּתָא.
Ḥoni rentra chez lui et dit aux membres de la maisonnée : Le fils de Ḥoni HaMe’aggel est-il vivant ? Ils lui dirent : Son fils n’est plus parmi nous, mais le fils de son fils est vivant. Il leur dit : Je suis Ḥoni HaMe’aggel. Ils ne le crurent pas. Il se rendit à la maison d’étude, où il entendit les Sages dire au sujet d’un érudit : Ses halakhot sont aussi éclairantes et aussi claires qu’aux années de Ḥoni HaMe’aggel, car lorsque Ḥoni HaMe’aggel entrait dans la maison d’étude, il résolvait pour les Sages toute difficulté qu’ils avaient. Ḥoni leur dit : C’est moi, mais ils ne le crurent pas et ne lui témoignèrent pas le respect qui lui était dû. Ḥoni fut très bouleversé, pria pour obtenir miséricorde, et mourut. Rava dit : Cela explique le dicton populaire que les gens disent : Ou l’amitié ou la mort, car celui qui n’a pas d’amis est mieux mort.
אַבָּא חִלְקִיָּה בַּר בְּרֵיהּ דְּחוֹנִי הַמְעַגֵּל הֲוָה, וְכִי מִצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא הֲווֹ מְשַׁדְּרִי רַבָּנַן לְגַבֵּיהּ וּבָעֵי רַחֲמֵי, וְאָתֵי מִיטְרָא. זִימְנָא חֲדָא אִיצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא, שַׁדּוּר רַבָּנַן זוּגָא דְּרַבָּנַן לְגַבֵּיהּ לְמִבְעֵי רַחֲמֵי דְּנֵיתֵי מִיטְרָא. אֲזוּל לְבֵיתֵיהּ וְלָא אַשְׁכְּחוּהּו, אֲזוּל בְּדַבְרָא וְאַשְׁכְּחוּהּ דַּהֲוָה קָא רָפֵיק, יְהַבוּ לֵיהּ שְׁלָמָא
§ La Guemara raconte une autre histoire, cette fois au sujet des descendants de Ḥoni HaMe’aggel, qui étaient eux aussi renommés pour leurs actes justes. Abba Ḥilkiyya était le fils du fils de Ḥoni HaMe’aggel. Et lorsque le monde avait besoin de pluie, on lui envoyait des Sages, et il priait pour la miséricorde, et la pluie tombait. Une fois, le monde avait besoin de pluie, et les Sages lui envoyèrent une paire de Sages afin qu’il prie pour la miséricorde et que la pluie tombe. Ils allèrent chez lui mais ne le trouvèrent pas là-bas. Ils allèrent au champ et le trouvèrent en train de biner la terre. Ils le saluèrent,