וָיו לָא מַשְׁמַע לֵיהּ. (מַאי קָאָמַר רַחֲמָנָא — הַמְיוּחָדִין שֶׁבְּשׁוֹפְטֶיךָ.) אֶלָּא מֵעַתָּה: ״וְיָצְאוּ״ — שְׁנַיִם, ״וּמָדְדוּ״ — שְׁנַיִם, לְרַבִּי יְהוּדָה הֲרֵי כָּאן תִּשְׁעָה, לְרַבִּי שִׁמְעוֹן הֲרֵי כָּאן שִׁבְעָה!
parce que il n’apprend rien de la lettre vav. Au contraire, que dit le Miséricordieux dans la Torah avec l’expression « et tes juges » ? Il fait référence aux distingués qui sont parmi tes juges. La Guemara soulève une objection : Cependant, si tel est le cas, si chaque forme plurielle dans le verset ajoute encore deux juges, alors lorsqu’il est dit plus loin : « Et ils sortiront, » cela devrait indiquer encore deux. Et : « Et ils mesureront » (Deutéronome 21:2), cela devrait indiquer encore deux. Cela signifie que selon le raisonnement de Rabbi Yehouda il y en a neuf juges énumérés ici, tandis que selon le raisonnement de Rabbi Shimon il y en a sept juges énumérés ici.
הַהוּא, מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: ״וְיָצְאוּ״ — הֵן וְלֹא שְׁלוּחֵיהֶן, ״וּמָדְדוּ״ — שֶׁאֲפִילּוּ נִמְצָא בַּעֲלִיל לָעִיר הָיוּ מוֹדְדִין, שֶׁמִּצְוָה לַעֲסוֹק בִּמְדִידָה.
La Guemara répond : Il a besoin de ce verset : « Et ils sortiront... et ils mesureront », pour ce qui est enseigné dans une baraita : « Et ils sortiront » sert à souligner que ce sont eux qui sortent, et non leurs agents, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas désigner un agent pour mesurer la distance, mais doivent le faire eux-mêmes. « Et ils mesureront » enseigne que même si le cadavre a été trouvé clairement près d’une ville particulière, ils mesureraient néanmoins la distance, car c’est une mitsva de s’engager dans cet acte de mesure.
מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: ״זְקֵנֶיךָ״ — זוֹ סַנְהֶדְרִין, ״שֹׁפְטֶיךָ״ — זֶה מֶלֶךְ וְכֹהֵן גָּדוֹל. מֶלֶךְ — דִּכְתִיב: ״מֶלֶךְ בְּמִשְׁפָּט יַעֲמִיד אָרֶץ״, כֹּהֵן גָּדוֹל — דִּכְתִיב: ״וּבָאתָ אֶל הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם וְאֶל הַשֹּׁפֵט אֲשֶׁר יִהְיֶה וְגוֹ׳״.
§ La Guemara commente : La michna n’est pas conforme à l’opinion de Rabbi Eliezer ben Ya’akov, comme cela est enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer ben Ya’akov dit : « Tes anciens », c’est le Sanhédrin ; « tes juges », c’est le roi et le Grand Prêtre. Selon Rabbi Eliezer ben Ya’akov, le roi et le Grand Prêtre doivent participer au rituel consistant à briser la nuque de la génisse. D’où apprend-on qu’ils sont appelés juges ? Un roi est appelé juge, comme il est écrit : « Un roi affermit le pays par la justice » (Proverbes 29:4). Un Grand Prêtre est appelé juge, comme il est écrit : « S’il s’élève une affaire trop difficile pour toi en jugement…Tu viendras vers les prêtres lévites et vers le juge qui sera en ces jours-là » (Deutéronome 17:8–9).
אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב בְּמֶלֶךְ וְכֹהֵן גָּדוֹל הוּא דִּפְלִיג, אֲבָל בְּסַנְהֶדְרִי, אִי כְּרַבִּי יְהוּדָה אִי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ, אוֹ דִלְמָא בְּסַנְהֶדְרִי נָמֵי פְּלִיג, עַד דְּאִיכָּא כּוּלַּהּ סַנְהֶדְרִי?
Un dilemme fut soulevé devant les Sages : Rabbi Eliezer ben Ya’akov est-il en désaccord seulement au sujet d’un roi et d’un Grand Prêtre, soutenant qu’eux aussi doivent être présents lors de la mesure, mais que, concernant le Sanhédrin, il est d’accord soit avec l’opinion de Rabbi Yehuda, selon laquelle cinq Anciens sont nécessaires, soit avec l’opinion de Rabbi Shimon, selon laquelle trois suffisent ? Ou peut-être est-il aussi en désaccord concernant le Sanhédrin et affirme-t-il que le rituel n’est accompli que si tout le Sanhédrin y participe.
אָמַר רַב יוֹסֵף, תָּא שְׁמַע: מְצָאָן זָקֵן מַמְרֵא אַבֵּי פַגֵּי וְהִמְרָה עֲלֵיהֶן, יָכוֹל תְּהֵא הַמְרָאָתוֹ הַמְרָאָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ אֶל הַמָּקוֹם״, מְלַמֵּד שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם.
Rav Yosef a dit : Viens et entends une preuve tirée d’une baraita : Si un Ancien rebelle a trouvé le Sanhédrin non pas dans la Chambre de Pierre Taillée, qui était leur lieu habituel, mais à Beit Pagei, près de Jérusalem, et s’est rebellé contre eux là-bas, en enseignant à l’encontre de leur décision, on aurait pu penser que sa rébellion devrait être considérée comme une rébellion, le rendant passible de sanction. Le verset, par conséquent, déclare : « Tu te lèveras et tu monteras vers le lieu » (Deutéronome 17:8), ce qui enseigne que c’est le lieu où siège le Sanhédrin qui détermine l’application de la halakha d’un Ancien rebelle.
דִּנְפוּק כַּמָּה? אִילֵימָא דִּנְפוּק מִקְצָתָן, דִּלְמָא הָנָךְ דְּאִיכָּא גַּוָּאֵי כְּווֹתֵיהּ סְבִירָא לְהוּ! אֶלָּא פְּשִׁיטָא דִּנְפוּק כּוּלְּהוּ.
La Guemara analyse cette déclaration : Dans ce cas, combien de membres du Sanhédrin y avait-il qui sont sortis vers Beit Pagei ? Si nous disons que seule une minorité d’entre eux est sortie, pourquoi devrait-il être considéré comme un Ancien rebelle ? Peut-être que ces juges qui sont à l’intérieur de la Chambre de Pierre Taillée sont d’accord avec son opinion, ce qui signifierait que l’Ancien en question a statué avec la majorité. Au contraire, il est évident qu’ils sont tous sortis.
וּלְמַאי? אִי לִדְבַר הָרְשׁוּת — מִי מָצוּ נָפְקִי? וְהָכְתִיב: ״שׇׁרְרֵךְ אַגַּן הַסַּהַר אַל יֶחְסַר הַמָּזֶג״, שֶׁאִם נִצְרַךְ אֶחָד מֵהֶם לָצֵאת, אִם יֵשׁ שָׁם עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה כְּנֶגֶד סַנְהֶדְרִי קְטַנָּה — יוֹצֵא, וְאִם לָאו — אֵינוֹ יוֹצֵא.
L’hypothèse selon laquelle ils sont tous sortis mène à la question suivante : Et dans quel but sont-ils tous sortis de la Chambre de Pierre Taillée ? Si c’était pour une affaire facultative, leur est-il permis de sortir ? Mais n’est-il pas écrit : « Ton nombril [shorerekh] est comme une coupe arrondie, où le vin mêlé ne manque pas » (Cantique des Cantiques 7:3). Ce verset est interprété comme se rapportant au Sanhédrin, les ministres [sarei] d’Israël qui siègent en demi-cercle, comme la moitié d’une coupe ronde. Les mots « où le vin mêlé ne manque pas » enseignent que si l’un des membres du grand Sanhédrin avait besoin de sortir, alors, s’il reste encore dans la Chambre de Pierre Taillée vingt-trois membres, correspondant au nombre d’un petit Sanhédrin, il peut sortir ; sinon, il ne peut pas sortir. Cela indique qu’il est interdit à tout le Sanhédrin de sortir pour une affaire facultative.
אֶלָּא פְּשִׁיטָא לִדְבַר מִצְוָה. לְמַאי? לָאו לִמְדִידַת עֶגְלָה, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא? אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: לָא, דִּלְמָא לְהוֹסִיף עַל הָעִיר וְעַל הָעֲזָרוֹת. כְּדִתְנַן: אֵין מוֹסִיפִין עַל הָעִיר וְעַל הָעֲזָרוֹת אֶלָּא בְּבֵית דִּין שֶׁל שִׁבְעִים וְאֶחָד.
Au contraire, il est évident qu’ils sont sortis pour une question de mitzva. Pour quelle mitzva particulière sont-ils sortis ? N’était-ce pas pour la mesure associée au rituel de la génisse, et cela est conforme à l’opinion de Rabbi Eliezer ben Ya’akov ? Cela prouverait que Rabbi Eliezer ben Ya’akov soutient que tout le Sanhédrin sort pour mesurer la distance entre le cadavre et les villes voisines. Abaye dit à Rav Yosef : Non, ce n’est pas une preuve, car peut-être sont-ils sortis pour une autre mitzva, afin d’agrandir la ville de Jérusalem ou les cours du Temple, comme nous l’avons appris dans une michna (Sanhedrin 2a) : Ils ne peuvent agrandir la zone sanctifiée de la ville de Jérusalem ou des cours du Temple qu’avec le tribunal de soixante et onze.
תַּנְיָא כְּווֹתֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף: מְצָאָן אַבֵּית פַּגֵּי וְהִמְרָה עֲלֵיהֶן, כְּגוֹן שֶׁיָּצְאוּ לִמְדִידַת עֶגְלָה אוֹ לְהוֹסִיף עַל הָעִיר וְעַל הָעֲזָרוֹת, יָכוֹל תְּהֵא הַמְרָאָתוֹ הַמְרָאָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ״, מְלַמֵּד שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם.
Il est enseigné dans une baraitaconformément à l’opinion de Rav Yosef, que Rabbi Eliezer ben Ya’akov est en désaccord même en ce qui concerne le nombre de juges : Si l’Ancien rebelle a trouvé le Sanhédrin à Beit Pagei et s’est rebellé contre eux, par exemple, s’ils sont sortis pour la mesure du rituel de la génisse ou pour étendre la zone de la ville ou celle des cours, on aurait pu penser que sa rébellion devrait être considérée comme une rébellion. Par conséquent, le verset déclare au sujet de l’obligation de suivre les décisions du Sanhédrin : « Tu te lèveras et tu monteras vers le lieu » (Deutéronome 17:8). Cela enseigne que le lieu détermine l’application de la halakha d’un Ancien rebelle, indiquant que tout le Sanhédrin participe à la mesure de la distance entre le cadavre et les villes.
נִמְצָא טָמוּן בַּגַּל אוֹ תָּלוּי בָּאִילָן. לֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא וְלָא רַבָּנַן. דְּתַנְיָא: ״וְשָׁכַחְתָּ עֹמֶר בַּשָּׂדֶה״ — פְּרָט לְטָמוּן, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: ״בַּשָּׂדֶה״ — לְרַבּוֹת אֶת הַטָּמוּן.
§ La michna enseigne : si le cadavre a été trouvé caché dans un tas de pierres ou suspendu à un arbre, ils n’accomplissaient pas le rituel de la génisse. La Guemara suggère : Disons que la michna est conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda et non à l’opinion des Sages. C’est comme il est enseigné dans une baraita au sujet de la halakha selon laquelle les gerbes de blé oubliées dans les champs doivent être laissées aux pauvres : « Et tu oublies une gerbe dans le champ » (Deutéronome 24:19). Cela exclut une gerbe cachée ; elle n’est pas considérée comme oubliée et le propriétaire peut la ramasser, même s’il l’a effectivement oubliée. Telle est la déclaration de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : l’expression « dans le champ » sert à inclure les gerbes cachées, et celles-ci doivent être laissées aux pauvres. Rabbi Yehouda soutient, comme la décision de la michna ici, que lorsque le verset dit « dans le champ », il exclut un cadavre caché.
אָמַר רַב: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן, הָכָא מֵעִנְיָינֵיהּ דִּקְרָא, הָתָם מֵעִנְיָינֵיהּ דִּקְרָא.
Rav a dit : Tu peux même dire que la michna est conforme à l’opinion des Sages, car ici ils déduisent la halakha du contexte du verset, et là-bas aussi ils déduisent la halakha du contexte du verset.
דִּכְתִיב: ״כִּי יִמָּצֵא חָלָל״ — הֵיכָא דְּמִשְׁתְּכַח, ״בָּאֲדָמָה״ — פְּרָט לְטָמוּן. וְהָתָם מֵעִנְיָינֵיהּ דִּקְרָא — דִּכְתִיב: ״כִּי תִקְצֹר קְצִירְךָ בְשָׂדֶךָ וְשָׁכַחְתָּ עֹמֶר״. שִׁכְחָה דּוּמְיָא דְּקָצִיר: מָה קָצִיר בְּגָלוּי — אַף שִׁכְחָה בְּגָלוּי, כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּשָּׂדֶה״ — לְרַבּוֹת אֶת הַטָּמוּן.
Dans ce cas, comme il est écrit : « Si l’on trouve un homme tué » (Deutéronome 21:1), l’hypothèse par défaut est que la halakha s’applique peu importe où il est trouvé. Lorsque le verset déclare ensuite : « Dans le sol, » cela doit servir à exclure un cas, c’est-à-dire un cadavre dissimulé. Et, de même, là-bas, dans le cas des gerbes oubliées, ils interprètent eux aussi sur la base du contexte du verset, comme il est écrit : « Quand tu moissonneras ta moisson dans ton champ et que tu oublieras une gerbe » (Deutéronome 24:19). Cela indique que les gerbes oubliées sont semblables à celles de la moisson : De même que la moisson se fait avec des objets visibles, c’est-à-dire le grain qui pousse, de même, les halakhot de l’oubli concernent des gerbes visibles. Par conséquent, lorsque le Miséricordieux écrit dans la Torah « dans le champ, » cela doit être afin d’inclure les gerbes dissimulées.
לְרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי, תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשִּׁכְחָה דּוּמְיָא דְּקָצִיר! אִין הָכִי נָמֵי.
À la lumière de cette explication, la Guemara demande : Selon Rabbi Yehouda également, qu’il déduise que les gerbes couvertes ne sont pas incluses du fait que les gerbes oubliées sont semblables à celles de la moisson. Pourquoi doit-il le déduire des mots « dans le champ » ? La Guemara répond : Oui, en effet, il en est ainsi, il ne déduit pas cette halakha de l’expression « dans le champ ».
וְאֶלָּא ״בַּשָּׂדֶה״, לְמָה לִי? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְרַבּוֹת שִׁכְחַת קָמָה. וְרַבָּנַן שִׁכְחַת קָמָה מְנָא לְהוּ? נָפְקָא לְהוּ מִ״כִּי תִקְצֹר קְצִירְךָ בְּשָׂדְךָ״.
La Guemara demande donc : Mais alors, pourquoi ai-je besoin de l’expression « dans le champ », qui indique soit une exclusion soit une inclusion ? La Guemara répond : Il en a besoin afin d’inclure les gerbes oubliées de blé encore sur pied. Une récolte que l’on a oublié de moissonner est considérée comme oubliée, même si elle est encore attachée au sol. La Guemara demande : Et les Sages, d’où apprennent-ils la halakha des gerbes oubliées de blé encore sur pied ? La Guemara répond : Ils l’apprennent du verset : « Quand tu moissonneras ta moisson dans ton champ, et que tu oublieras », ce qui indique que la halakha inclut celui qui a oublié de moissonner une partie de son champ.
וְרַבִּי יְהוּדָה מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: פְּרָט לְשֶׁצָּפוּ עוֹמָרִין לְתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵירוֹ. וְרַבָּנַן: מִ״בַּשָּׂדֶה״ ״בְּשָׂדֶךָ״. וְרַבִּי יְהוּדָה: ״בַּשָּׂדֶה״ ״בְּשָׂדֶךָ״ לָא מַשְׁמַע לֵיהּ.
La Guemara demande : Et qu’est-ce que Rabbi Yehuda déduit de ce verset ? La Guemara répond : il lui est nécessaire afin d’apprendre ce que dit Rabbi Abbahu que Rabbi Elazar dit, comme Rabbi Abbahu dit que Rabbi Elazar dit : Ce verset exclut des gerbes qui ont flotté dans l’air depuis son champ vers le champ d’un autre. De telles gerbes ne sont pas considérées comme oubliées et peuvent être récupérées plus tard par leur propriétaire. Et les Sages, d’où déduisent-ils cette halakha ? Ils la déduisent du fait que le verset aurait pu dire : Dans le champ, mais qu’au lieu de cela il dit « dans ton champ », afin d’inclure des gerbes situées uniquement dans le propre champ de la personne. La Guemara continue de demander : Et qu’apprend Rabbi Yehuda de cette expression ? La Guemara répond : Il n’apprend rien de la différence entre : Dans le champ, et « dans ton champ », car il soutient que ce n’est pas une différence significative.
בָּעֵי רַבִּי יִרְמְיָה: צָפוּ עוֹמָרִין לְתוֹךְ שָׂדֵהוּ, מַהוּ? אֲוִיר שָׂדֶה כְּשָׂדֶה דָּמֵי, אוֹ לָאו כְּשָׂדֶה דָּמֵי?
Rabbi Yirmeya soulève un dilemme : Si des gerbes ont flotté dans son champ, c’est-à-dire si une gerbe est tombée sur une autre gerbe ou sur un autre objet, quelle est la halakha ? L’espace aérien d’un champ est-il considéré comme le champ lui-même, auquel cas une gerbe sur une autre remplit les conditions légales pour être considérée comme oubliée ? Ou n’est-il pas considéré comme le champ, auquel cas une gerbe sur une autre ne remplit pas les conditions légales pour être considérée comme oubliée ?
אֲמַר לֵיהּ רַב כָּהֲנָא לְרַב פַּפֵּי, וְאָמְרִי לָהּ רַב כָּהֲנָא לְרַב זְבִיד: תִּפְשׁוֹט לֵיהּ מִדְּרַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, דְּאָמַר: פְּרָט לְשֶׁצָּפוּ עוֹמָרִין לְתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵירוֹ. דַּחֲבֵירוֹ — אִין, לְתוֹךְ שָׂדֵהוּ — לָא.
Rav Kahana dit à Rav Pappi, et certains disent que Rav Kahana l’a dit à Rav Zevid : Qu’il résolve le dilemme à partir de la déclaration de Rabbi Abbahu, qui dit que Rabbi Elazar dit : Cela exclut des gerbes qui ont flotté dans le champ d’un autre. Si elles ont flotté dans le champ d’un autre, oui, Rabbi Elazar a dit qu’elles ne sont pas considérées comme oubliées, mais si elles ont flotté dans son propre champ, elles ne sont pas abordées par Rabbi Elazar et sont donc considérées comme oubliées.
וְלִיטַעְמָיךְ: לְתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵירוֹ, צָפוּ — אִין, מוּנָּחִין — לָא? וְהָא בָּעֵינַן ״בְּשָׂדֶךָ״, וְלֵיכָּא!
La Guemara réfute cette preuve : Et selon ton raisonnement selon lequel la halakha de la baraita est limitée au cas énoncé, on pourrait déduire : dans un cas où les gerbes ont dérivé dans le champ d’un autre, alors, si elles flottaient, oui, elles ne sont pas considérées comme oubliées, mais si elles reposaient directement sur le sol dans le champ d’un autre, non, elles sont considérées comme oubliées. Mais cela ne peut pas être la halakha, car nous exigeons que les gerbes soient « dans ton champ », et ces gerbes ne sont pas dans son champ.
אֶלָּא: לְתוֹךְ שְׂדֵה חֲבֵירוֹ, וַאֲפִילּוּ מוּנָּחִין. וְהַאי דְּקָאָמַר צָפוּ, דְּלָא מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ אֶלָּא בְּצָפוּ.
Au contraire, tu dois admettre que les mots : Dans le champ d’un autre, incluent non seulement ces gerbes qui reposent sur d’autres objets, mais même celles qui reposent directement sur le sol. Et la raison pour laquelle Rabbi Abbahou déclare : Ont flotté, c’est que tu trouves une situation où des gerbes se retrouvent dans le champ d’un autre seulement dans un cas où elles ont flotté dans l’air et y sont tombées. Puisque le terme ont flotté n’a pas été employé pour enseigner une halakha, aucune déduction ne peut être tirée de cette baraita concernant des gerbes qui ont flotté dans le propre champ de quelqu’un.
תָּא שְׁמַע: עוֹמֶר שֶׁהֶחְזִיק בּוֹ לְהוֹלִיכוֹ לָעִיר, וְהִנִּיחוֹ עַל גַּבֵּי חֲבֵירוֹ, וּשְׁכָחוֹ — הַתַּחְתּוֹן שִׁכְחָה, וְהָעֶלְיוֹן אֵינוֹ שִׁכְחָה. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: שְׁנֵיהֶם אֵינָן שִׁכְחָה, הַתַּחְתּוֹן מִפְּנֵי שֶׁהוּא טָמוּן, וְהָעֶלְיוֹן מִפְּנֵי שֶׁהוּא צָף. עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּתַחְתּוֹן, אֲבָל בְּעֶלְיוֹן — דִּבְרֵי הַכֹּל לָא הָוֵאי שִׁכְחָה!
La Guemara tente de nouveau de résoudre le dilemme : Viens et écoute une preuve tirée d’une baraita (Tosefta, Pe’a 3:7) : Dans le cas d’une gerbe qui avait été tenue par son propriétaire afin de la porter à la ville, et il l’a placée sur une autre gerbe, et il a oublié les deux gerbes, celle du bas est considérée comme une gerbe oubliée, et celle du haut ne l’est pas, n’est pas considérée comme une gerbe oubliée. Rabbi Shimon ben Yehuda dit au nom de Rabbi Shimon : Toutes deux ne sont pas considérées comme des gerbes oubliées ; celle du bas parce qu’elle est cachée, et celle du haut parce qu’elle est en suspension et ne touche pas directement le champ. La Guemara souligne : Ils ne sont en désaccord qu’au sujet de la gerbe du bas, mais au sujet de celle du haut, tous s’accordent à dire qu’elle n’est pas considérée comme une gerbe oubliée. Cela démontre qu’une gerbe située dans l’espace aérien du champ n’est pas considérée comme oubliée.
שָׁאנֵי הָתָם, כֵּיוָן דְּאַחְזֵיק בֵּיהּ זְכָה בֵּיהּ. אִי הָכִי, מַאי אִירְיָא עַל גַּבֵּי חֲבֵירוֹ? אֲפִילּוּ בַּשָּׂדֶה נָמֵי! אִין הָכִי נָמֵי, וְהַאי דְּקָתָנֵי ״עַל גַּבֵּי חֲבֵירוֹ״, מִשּׁוּם תַּחְתּוֹן.
La Guemara rejette cette preuve : Là-bas, c’est différent, puisque, étant donné que le propriétaire l’avait tenu pour l’emporter à la ville, il l’a acquis. La raison pour laquelle il n’est pas considéré comme une gerbe oubliée n’est pas qu’il ne touche pas le champ, mais que le propriétaire avait déjà acquis cette gerbe particulière avant de l’oublier. La Guemara soulève une objection à cette explication : Si c’est le cas, pourquoi spécifiquement énoncer le cas d’une gerbe qui a été placée sur une autre ? La même chose serait vraie dans un cas où l’on a posé la gerbe directement dans le champ également, puisqu’il l’avait déjà acquise. La Guemara répond : Oui, c’est bien le cas, et la raison pour laquelle la baraita enseigne : Sur une autre, est à cause de celle du dessous plutôt que de celle du dessus, afin d’enseigner la controverse concernant la gerbe inférieure.
וְהָא ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא צָף״ קָאָמַר! אֵימָא: ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּצָף״.
La Guemara demande : Mais Rabbi Shimon a dit : Parce qu’il flotte. Comment peut-on alors dire que la raison de sa décision est que le propriétaire du champ l’a acquis ? La Guemara répond : Dis plutôt : Parce que c’est comme si cela flottait. En d’autres termes, c’est comme si la gerbe supérieure n’avait pas du tout été posée, mais qu’elle restait dans les mains de son propriétaire.
אָמַר אַבָּיֵי: הֲרֵינִי כְּבֶן עַזַּאי בְּשׁוּקֵי טְבֶרְיָא. אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִדְּרַבָּנַן לְאַבָּיֵי: שְׁנֵי חֲלָלִים זֶה עַל גַּבֵּי זֶה, מֵהֵיכָן הוּא מוֹדֵד?
La Guemara raconte un incident connexe. À une occasion, Abaye dit : Me voici aussi vif et érudit que ben Azzai, qui enseignait la Torah sur les marchés de Tibériade, et je suis prêt à répondre à toute question qui pourrait m’être posée. L’un des Sages dit à Abaye, au sujet du rituel de la génisse à la nuque brisée : s’il y avait deux personnes tuées trouvées l’une sur l’autre sans être précisément alignées, d’où mesure-t-on la distance jusqu’aux villes environnantes ?
מִין בְּמִינוֹ הָוֵי טָמוּן, וּמִין בְּמִינוֹ לָא הָוֵי צָף, וּמֵעֶלְיוֹן מוֹדֵד. אוֹ דִּלְמָא: מִין בְּמִינוֹ הָוֵי צָף, וּמִין בְּמִינוֹ לָא הָוֵי טָמוּן, וּמִתַּחְתּוֹן מוֹדֵד.
Les différents aspects du dilemme sont les suivants : Une substance en contact avec le même type de substance est-elle considérée comme dissimulée, et une substance en contact avec le même type de substance n’est pas considérée comme flottante, ce qui signifierait que le cadavre inférieur, dissimulé, est ignoré, car on ne mesure pas la distance à partir d’un cadavre dissimulé, comme enseigné dans la michna, et mesure-t-on la distance à partir du supérieur ? Ou peut-être une substance en contact avec le même type de substance est-elle considérée comme flottante, et une substance en contact avec le même type de substance n’est pas considérée comme dissimulée, et mesure-t-il la distance à partir de l’inférieur, parce qu’il n’est pas considéré comme dissimulé, mais non à partir du supérieur, qui est considéré comme flottant.
אוֹ דִּלְמָא: מִין בְּמִינוֹ הָוֵי טָמוּן, וּמִין בְּמִינוֹ הָוֵי צָף, וְלֹא מִתַּחְתּוֹן מוֹדֵד וְלֹא מֵעֶלְיוֹן מוֹדֵד?
Ou peut-être qu’une substance en contact avec le même type de substance est considérée comme dissimulée, et une substance en contact avec le même type de substance est considérée comme flottante, et il par conséquent ne mesure pas la distance à partir de l’inférieure et ne mesure pas non plus la distance à partir de la supérieure. Selon cette dernière possibilité, dans une telle situation aucune mesure n’est effectuée, et le rituel n’est pas accompli.
אֲמַר לֵיהּ:
Abaye lui dit :