כִּי סְלֵיק רַבִּי אַבָּא מִיַּמֵּי, פֵּירְשַׁהּ: מוֹדִים חֲכָמִים לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים, וַהֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי בִּבְרָכוֹת דְּכׇל הַשָּׁנָה.
La Guemara répond : Lorsque Rabbi Abba revint de ses voyages en mer, il expliqua la question comme suit : Les Sages concèdent à l’opinion de Rabban Gamliel en ce qui concerne les bénédictions de Roch HaChana et de Yom Kippour, que dans ces cas le chef de prière s’acquitte de l’obligation au nom de la multitude. Et la déclaration de Rabbi Yoḥanan selon laquelle la halakha est conforme à Rabban Gamliel, ce qui, par inférence, indique que les tanna’im sont encore en désaccord, se rapporte aux bénédictions de toute l’année.
אִינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי חָנָה צִיפּוֹרָאָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים!
La Guemara soulève une difficulté. Est-ce bien le cas ? Rabbi Ḥana de la ville de Tzippori n’a-t-il pas dit que Rabbi Yoḥanan a dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabban Gamliel concernant les bénédictions de Roch HaChana et de Yom Kippour ? Apparemment, il soutient que les tanna’im restent en désaccord même au sujet de ces bénédictions.
אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַאן מוֹדִים — רַבִּי מֵאִיר, וַהֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי — רַבָּנַן.
Au contraire, les déclarations de Rabbi Yoḥanan doivent être attribuées à différents Sages, comme Rav Naḥman bar Yitzḥak l’a dit : Qui concède à l’opinion de Rabban Gamliel ? Rabbi Meir. Et en ce qui concerne la décision de Rabbi Yoḥanan selon laquelle la halakha est conforme à Rabban Gamliel, ce qui, par inférence, indique que les tanna’im sont encore en désaccord, cela fait référence aux Sages, qui sont en désaccord avec Rabbi Meir.
דְּתַנְיָא: בְּרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים — שְׁלִיחַ צִבּוּר מוֹצִיא הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: כְּשֵׁם שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר חַיָּיב — כָּךְ כָּל יָחִיד וְיָחִיד חַיָּיב.
La Guemara explique : Comme il est enseigné dans une baraita : En ce qui concerne les bénédictions de Roch HaChana et de Yom Kippour, l'officiant acquitte l'obligation au nom du grand nombre. Telle est la déclaration de Rabbi Meir. Et les Sages disent : De même que l'officiant est tenu par ces prières, de même chaque individu est tenu de les réciter lui-même. Il est clair que Rabbi Meir est d'accord avec Rabban Gamliel au sujet des bénédictions de Roch HaChana et de Yom Kippour, tandis que les Sages contestent cette décision.
מַאי שְׁנָא הָנֵי? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּנְפִישִׁי קְרָאֵי — וְהָאָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: כֵּיוָן שֶׁאָמַר ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״ שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ! אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָוְושִׁי בְּרָכוֹת.
La Guemara demande : Qu’est-ce qui distingue ces bénédictions de Roch HaChana et de Yom Kippour, pour que Rabbi Meïr concède à l’opinion de Rabban Gamliel uniquement à leur sujet, mais non au sujet des bénédictions récitées le reste de l’année ? Si nous disons que c’est à cause des nombreux versets inclus dans ces bénédictions, cela pose une difficulté. Rav Ḥananel n’a-t-il pas dit que Rav a dit : Une fois qu’on a récité la formule de la prière : Et dans Ta Torah il est écrit, disant, il n’est plus nécessaire de réciter les versets eux-mêmes. Au contraire, c’est parce qu’il y a de nombreuses bénédictions, et comme les bénédictions sont longues, tout le monde n’est pas capable de les apprendre par cœur.
גּוּפָא, אָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: כֵּיוָן שֶׁאָמַר ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״ — שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ. סְבוּר מִינַּהּ: הָנֵי מִילֵּי בְּיָחִיד, אֲבָל בְּצִבּוּר לָא. אִתְּמַר, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אֶחָד יָחִיד אֶחָד צִבּוּר, כֵּיוָן שֶׁאָמַר ״וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר״ — שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ.
La Guemara traite de la question elle-même. Rav Ḥananel a dit que Rav a dit : Une fois qu’on a récité la phrase de la prière : Et dans Ta Torah il est écrit, disant, il n’est plus nécessaire de réciter les versets eux-mêmes. La Guemara précise la portée de cette décision : Certains ont compris de cela que cela s’applique seulement à un individu ; cependant, en ce qui concerne une assemblée, non, ce n’est pas le cas. Néanmoins, il est dit que Rabbi Yehoshua ben Levi a dit : Aussi bien pour un individu que pour une assemblée, une fois qu’on a récité : Et dans Ta Torah il est écrit, disant, il n’est plus nécessaire de réciter les versets.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לְעוֹלָם יַסְדִּיר אָדָם תְּפִלָּתוֹ, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל. אָמַר רַבִּי אַבָּא: מִסְתַּבְּרָא מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בִּבְרָכוֹת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים וְשֶׁל פְּרָקִים, אֲבָל דְּכׇל הַשָּׁנָה — לָא.
§ Rabbi Elazar a dit : une personne doit toujours organiser sa prière dans son esprit et seulement ensuite prier. Rabbi Abba a dit : la déclaration de Rabbi Elazar est raisonnable en ce qui concerne les bénédictions de Roch Hachana et de Yom Kippour et dans le cas de prières récitées seulement par intermittence. Cependant, en ce qui concerne les bénédictions récitées toute l’année, non, cette pratique n’est pas nécessaire.
אִינִי?! וְהָא רַב יְהוּדָה מְסַדַּר צְלוֹתֵיהּ וּמְצַלֵּי! שָׁאנֵי רַב יְהוּדָה, כֵּיוָן דְּמִתְּלָתִין יוֹמִין לִתְלָתִין יוֹמִין הֲוָה מְצַלֵּי, כִּפְרָקִים דָּמֵי.
La Guemara demande : Est-ce bien le cas ? Rav Yehuda ne commençait-il pas d’abord par ordonner sa prière dans son esprit avant de seulement ensuite prier, même un jour ordinaire ? La Guemara répond : Rav Yehuda était différent, car il priait seulement une fois tous les trente jours. Pendant le reste du mois, il ne se consacrait pas à la prière, car il était occupé par l’étude de la Torah. Par conséquent, pour lui, même les prières régulières des jours de semaine étaient comme des prières récitées par intermittence.
אָמַר רַב אַחָא בַּר עַוִּירָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: פּוֹטֵר הָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֲפִילּוּ עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת. וְלָא מִיבַּעְיָא הָנֵי דְּקָיְימִי הָכָא?!
Rav Aḥa bar Avira a dit que Rabbi Shimon Ḥasida a dit : Rabban Gamliel permettait à l'officiant d'acquitter même les personnes qui étaient dans les champs et éloignées de la synagogue. La Guemara objecte : Cette déclaration implique que l'officiant acquitte même les personnes qui sont dans les champs, et il va sans dire qu'il acquitte ceux qui sont ici dans la ville mais n'ont pas assisté à l'office à la synagogue.
אַדְּרַבָּה: הָנֵי אֲנִיסִי, הָנֵי לָא אֲנִיסִי,
La Guemara remet en question cette conclusion : Au contraire, l’inverse est plus raisonnable : Ceux qui sont dans les champs ne sont pas venus à la synagogue en raison de circonstances indépendantes de leur volonté, et il faut donc leur permettre de s’acquitter de leur obligation par l’intermédiaire de l’officiant. En revanche, ceux qui sont dans la ville n’ont pas été empêchés de venir à la synagogue en raison de circonstances indépendantes de leur volonté. Par conséquent, ils ne doivent pas s’acquitter de leur obligation par l’intermédiaire de l’officiant.
דְּתָנֵי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַב בִּנְיָמִין בַּר חִיָּיא: עַם שֶׁאֲחוֹרֵי כֹּהֲנִים — אֵינָן בִּכְלַל בְּרָכָה.
Comme l’a enseigné Abba, fils de Rav Binyamin bar Ḥiyya dans une baraita : ces personnes qui se tiennent dans la synagogue derrière les prêtres pendant la Bénédiction sacerdotale, et qui ne sont pas placées devant eux, face à face, ne sont pas incluses dans la bénédiction. On attend d’elles l’effort minimal de se tenir devant les prêtres. Cependant, ceux qui sont dans les champs sont inclus dans la Bénédiction sacerdotale.
אֶלָּא, כִּי אֲתָא רָבִין: אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: לֹא פָּטַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת, מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם דַּאֲנִיסִי בִּמְלָאכָה, אֲבָל בָּעִיר — לֹא.
Au contraire, la déclaration de Rabban Gamliel doit être comprise différemment : Lorsque Ravin arriva de la Terre d’Israël en Babylonie, il rapporta que Rabbi Ya’akov bar Idi dit que Rabbi Shimon bar Ḥasida dit : Rabban Gamliel permit au chef de prière d’acquitter uniquement les personnes dans les champs. Quelle en est la raison ? Parce que les personnes dans les champs ne peuvent pas venir à la synagogue en raison de circonstances professionnelles indépendantes de leur volonté, et n’ont pas le temps de préparer leurs prières. Cependant, Rabban Gamliel n’acquitta pas ceux dans la ville qui ne viennent pas à la synagogue, car ils peuvent préparer leurs prières et prier eux-mêmes.
הַדְרָן עֲלָךְ יוֹם טוֹב וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה