אֶלָּא מֵעַתָּה: ״וְעָמַד וְאָמַר לֹא חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ״, הָכָא נָמֵי? וְהָא תַּנְיָא: בֵּין יוֹשֵׁב בֵּין עוֹמֵד בֵּין מוּטֶּה!
Rav Ashi le contesta : Cependant, si c’est le cas, on devrait être tenu de se tenir debout lors de l’accomplissement du rituel par lequel le beau-frère libère la yevama de ses liens léviratiques [ḥalitza], comme le dit le verset : « Et s’il se tient debout et dit : Je ne souhaite pas la prendre » (Deutéronome 25:8). Ici doit-il aussi se tenir debout pour la cérémonie ? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita que la ḥalitza peut être accomplie que l’homme soit assis, debout ou incliné ?
אֲמַר לֵיהּ: הָתָם לָא כְּתִיב ״וְיַעֲמֹד וְיֹאמַר״, הָכָא כְּתִיב ״וַיָּקׇם וַיִּקְרַע״.
Il lui dit : Là-bas, dans le cas de la ḥalitza, il n’est pas écrit : Et il se tiendra debout et dira, ce qui impliquerait une obligation de se tenir debout ; tandis qu’ici, dans le cas de la déchirure des vêtements, il est écrit : « Alors Job se leva et déchira son manteau » (Job 1:20).
אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא: מִנַּיִן לִקְרִיעָה שֶׁהִיא מְעוּמָּד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּקׇם אִיּוֹב וַיִּקְרַע״. דִּלְמָא מִילְּתָא יַתִּירְתָּא הוּא דַּעֲבַד? דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי — ״וַיָּגׇז אֶת רֹאשׁוֹ״, הָכִי נָמֵי?
Rami bar Ḥama a dit : D’où est-il dérivé que la déchirure doit être effectuée en étant debout ? Comme il est dit : « Alors Job se leva et déchira son manteau » (Job 1:20). La Guemara demande : Peut-être a-t-il fait quelque chose en plus de ce qui est requis, et en réalité il n’y a pas d’obligation de se tenir debout ; car, si vous ne dites pas qu’il a fait plus que ce qui lui était requis, alors comment expliquez-vous la suite du verset : « Et il se rasa la tête » (Job 1:20) ? Chaque endeuillé est-il tenu d’agir de cette manière aussi et de se raser la tête ?
אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַיָּקָם הַמֶּלֶךְ וַיִּקְרַע אֶת בְּגָדָיו״. וְדִלְמָא מִילְּתָא יַתִּירְתָּא עָבֵיד? דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי — ״וַיִּשְׁכַּב אָרְצָה״, הָכִי נָמֵי?
La Guemara conclut : Au contraire, cette source doit être rejetée, et à la place la halakha est dérivée d’ici, du verset qui décrit le deuil de David pour son fils : « Alors le roi se leva et déchira ses vêtements » (II Samuel 13:31). La Guemara demande : Mais peut-être qu’il a lui aussi fait quelque chose en plus de ce qui est requis, et qu’en réalité il n’était pas obligé de se lever ; car, si tu ne dis pas qu’il a fait plus que ce qui lui était requis, alors comment expliques-tu la suite du verset : « Et il se coucha à terre » (II Samuel 13:31) ? Chaque endeuillé est-il tenu d’agir de cette manière aussi ?
וְהָתַנְיָא: יָשַׁב עַל גַּבֵּי מִטָּה, עַל גַּבֵּי כִּסֵּא, עַל גַּבֵּי אוּדְיָינִי גְּדוֹלָה, עַל גַּבֵּי קַרְקַע — מִכּוּלָּן לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁלֹּא קִיֵּים כְּפִיַּית הַמִּטָּה!
Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita : Si un endeuillé s’est assis sur un lit, sur une chaise, sur un grand mortier [udyanei], ou sur le sol, il ne s’acquitte de son obligation par aucun d’eux. Et Rabbi Yoḥanan a dit : C’est parce qu’il ne s’est pas acquitté de son obligation de renverser son lit, même s’il s’est allongé sur le sol. Cela indique qu’il n’existe absolument aucune obligation de s’allonger sur le sol.
אֲמַר לֵיהּ: כְּעֵין אַרְצָה.
Ameimar dit à Rav Ashi : Le verset ne signifie pas que David était réellement couché à même le sol. Au contraire, c’était comme si il était sur le sol, puisqu’il a renversé son lit et l’a rapproché du sol. Si tel est le cas, alors Ameimar a agi correctement, et une personne en deuil doit déchirer ses vêtements en étant debout.
תָּנוּ רַבָּנַן, וְאֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאָבֵל אָסוּר בָּהֶן: אָסוּר בִּמְלָאכָה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל. וְאָסוּר לִקְרוֹת בְּתוֹרָה וּבַנְּבִיאִים וּבַכְּתוּבִים, וְלִשְׁנוֹת בַּמִּשְׁנָה, בַּמִּדְרָשׁ וּבָהֲלָכוֹת, וּבַתַּלְמוּד וּבָאַגָּדוֹת. וְאִם הָיוּ רַבִּים צְרִיכִין לוֹ — אֵינוֹ נִמְנָע. וּמַעֲשֶׂה וּמֵת בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי בְּצִיפּוֹרִי, וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְדָרַשׁ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ.
§ Les Sages ont enseigné : Voici les activités qu’un endeuillé a l’interdiction de pratiquer : il lui est interdit de travailler, de se laver et de s’oindre d’huile, d’avoir des relations sexuelles et de porter des chaussures. Et il lui est interdit de lire dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Écrits, et d’étudier la Mishna, le midrash, les halakhot, le Talmud et les aggadot. Mais si le public a besoin de lui pour leur enseigner ces choses, il n’a pas besoin de s’en abstenir. Il y eut un incident où le fils de Rabbi Yosei mourut à Tzippori, et Rabbi Yosei entra dans la maison d’étude et y exposa pendant toute la journée.
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אִיתְּרַעָא בֵּיהּ מִילְּתָא, סָבַר דְּלָא לְמִיפַּק לְפִירְקָא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חֲנִינָא: אִם הָיוּ רַבִּים צְרִיכִין לוֹ — אֵינוֹ נִמְנָע. סְבַר לְאוֹקוֹמֵי אָמוֹרָא עֲלֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב: תַּנְיָא, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲמִיד תּוּרְגְּמָן.
Il a été rapporté qu’un malheur, c’est-à-dire un décès dans la famille, frappa un jour Rabba bar bar Ḥana, et il pensa ne pas sortir pour donner son exposé. Rabbi Ḥanina lui dit : N’a-t-on pas enseigné que, si le public a besoin de lui pour leur enseigner ces choses, il n’est pas nécessaire de s’en abstenir ? Il pensa alors à placer un interprète à ses côtés, qui ferait entendre ses paroles au public, comme cela se faisait normalement pour un tel exposé. Rav lui dit : Il est enseigné de manière similaire dans une baraita : À condition qu’il ne place pas le porte-parole à ses côtés.
וְאֶלָּא הֵיכִי עָבֵיד? כִּי הָא דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה וּמֵת בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִילְעַאי, וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. וְנִכְנַס רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא וְיָשַׁב בְּצִדּוֹ, וְלָחַשׁ הוּא לְרַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא, וְרַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא לְתוּרְגְּמָן, וְתוּרְגְּמָן הִשְׁמִיעַ לָרַבִּים.
La Guemara demande : Mais comment, alors, doit-il agir afin qu’on puisse l’entendre ? La Guemara répond : C’est comme ce qui est enseigné dans une baraita : Il y eut un incident, et le fils de Rabbi Yehuda bar Ilai mourut, et Rabbi Yehuda entra dans la salle d’étude. Et Rabbi Ḥananya ben Akavya entra après lui et s’assit à ses côtés. Rabbi Yehuda bar Ilai chuchota alors son enseignement à Rabbi Ḥananya ben Akavya, et Rabbi Ḥananya ben Akavya le chuchota au transmetteur, et le transmetteur le proclama au public ce qui lui avait été dit. De cette manière, on apprit que Rabbi Yehuda bar Ilai était en deuil.
תָּנוּ רַבָּנַן: אָבֵל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים — אָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין, מִשְּׁלִישִׁי וְאֵילָךְ, וּשְׁלִישִׁי בַּכְּלָל — מוּתָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין. וְאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת — אֵינוֹ חוֹלֵץ, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: אָבֵל, שְׁנֵי יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין. מִשֵּׁנִי, וְשֵׁנִי בַּכְּלָל — מוּתָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין, וְאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת — חוֹלֵץ.
§ Les Sages ont enseigné la baraita suivante : Pendant les trois premiers jours, il est interdit à un endeuillé de mettre les phylactères. À partir du troisième jour et au-delà, y compris le troisième jour, il lui est permis de mettre les phylactères. Et si de nouveaux visages, c’est-à-dire des personnes qui ne sont pas encore venues le consoler, arrivent, il n’a pas besoin de les retirer, bien que ces personnes puissent conclure à tort qu’il avait aussi mis les phylactères pendant les deux premiers jours de son deuil ; telle est la déclaration de Rabbi Eliezer. Rabbi Yehoshua dit : Pendant les deux premiers jours, il est interdit à un endeuillé de mettre les phylactères. À partir du deuxième jour, y compris le deuxième jour, il lui est permis de porter les phylactères. Mais si de nouveaux visages viennent le consoler, il doit retirer ses phylactères.
אָמַר רַב מַתְנָה: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דִּכְתִיב: ״וַיִּתְּמוּ יְמֵי בְכִי אֵבֶל מֹשֶׁה״. אָמַר רַב עֵינָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, דִּכְתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מָר״.
Rav Mattana a dit : Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ? Comme il est écrit : « Et les jours de pleurs et de deuil pour Moïse prirent fin » (Deutéronome 34:8). Le terme pluriel « jours » implique un minimum de deux, et indique que la partie principale de la période de deuil correspond aux deux premiers jours complets. Rav Eina a dit : Quelle est la raison de Rabbi Yehoshua ? Comme il est écrit : « Et j’en ferai comme le deuil pour un fils unique, et sa fin comme un jour amer » (Amos 8:10), c’est-à-dire un seul « jour ».
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ נָמֵי, הָא כְּתִיב: ״וַיִּתְּמוּ יְמֵי וְגוֹ׳״! אָמַר לָךְ: שָׁאנֵי מֹשֶׁה, דְּתַקִּיף אֶבְלֵיהּ. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָמֵי, הָא כְּתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מָר״! עִיקַּר מְרִירָא חַד יוֹמָא הוּא.
La Guemara demande : Mais aussi selon Rabbi Yehoshua, n’est-il pas écrit dans la Torah : « Et les jours de pleurs et de deuil pour Moïse prirent fin », impliquant ainsi que cette période dure deux jours ? La Guemara répond : Il aurait pu te dire que Moïse était différent, car le deuil pour lui était plus intense, et le peuple le pleura plus longtemps que d’ordinaire. La Guemara demande : Mais aussi selon Rabbi Eliezer, n’est-il pas écrit dans la Torah : « Et sa fin comme un jour amer » ? La Guemara répond : Il aurait pu te dire que l’amertume principale est seulement d’un jour, mais la sévérité du deuil dure deux jours.
אָמַר עוּלָּא: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּחֲלִיצָה, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּהַנָּחָה.
Oulla a dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Eliezer en ce qui concerne le retrait des phylactères. Un endeuillé n’a pas besoin de les retirer lorsque de nouvelles personnes entrent pour le consoler. Et la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehoshua en ce qui concerne la mise des phylactères, et ainsi un endeuillé peut déjà mettre les phylactères le deuxième jour.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: בַּשֵּׁנִי לְעוּלָּא, חוֹלֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹלֵץ?
Un dilemme fut soulevé devant les sages : Selon Oulla, qui tranche conformément à Rabbi Yehoshoua qu’un endeuillé peut mettre les phylactères le deuxième jour de son deuil, l’endeuillé est-il tenu de les retirer si de nouvelles personnes arrivent ce jour-là, ou n’est-il pas tenu de les retirer ?
תָּא שְׁמַע, אָמַר עוּלָּא: חוֹלֵץ וּמַנִּיחַ אֲפִילּוּ מֵאָה פְּעָמִים. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, יְהוּדָה בֶּן תֵּימָא אוֹמֵר: חוֹלֵץ וּמַנִּיחַ אֲפִילּוּ מֵאָה פְּעָמִים.
La Guemara répond : Viens et écoute ce que Ulla a dit explicitement : On retire ses phylactères lorsque de nouvelles personnes viennent le consoler, et on les remet lorsqu'elles partent, même s'il doit les mettre et les retirer cent fois. Cela est également enseigné dans une baraita : Yehuda ben Teima dit : Il retire ses phylactères et les remet, même s'il doit le faire cent fois.
רָבָא אָמַר: כֵּיוָן שֶׁהִנִּיחַ שׁוּב אֵינוֹ חוֹלֵץ. וְהָא רָבָא הוּא דְּאָמַר: הֲלָכָה כְּתַנָּא דִּידַן דְּאָמַר שְׁלֹשָׁה!
Rava a dit : Une fois qu’il met ses phylactères, il ne les enlève pas de nouveau. La Guemara demande : Mais n’était-ce pas Rava lui-même qui a dit : La halakha est conforme à l’opinion du tanna de notre michna, qui a dit que la période de deuil la plus sévère est de trois jours ? Comment alors statue-t-il conformément à la baraita qu’un endeuillé peut mettre des phylactères pendant ces jours ?