רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יָכוֹל דָּחֲקוּ זָבִין וּמְצוֹרָעִין וְנִכְנְסוּ לַעֲזָרָה בְּפֶסַח הַבָּא בְּטוּמְאָה יָכוֹל יְהוּ חַיָּיבִין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וִישַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה כׇּל צָרוּעַ וְכׇל זָב וְכֹל טָמֵא לָנָפֶשׁ״, בְּשָׁעָה שֶׁטְּמֵאֵי מֵתִים מִשְׁתַּלְּחִין – זָבִין וּמְצוֹרָעִין מִשְׁתַּלְּחִין.
Rabbi Eliezer dit : On aurait pu penser que si des zavim et des lépreux se sont frayé un chemin et sont entrés dans la cour du Temple pendant le sacrifice de l’offrande pascale apportée en état d’impureté, c’est-à-dire lorsque la majorité de la nation est rituellement impure en raison d’un contact avec un cadavre, alors peut-être que les zavim et les lépreux sont passibles de sanction. En d’autres termes, on aurait pu penser que, puisqu’il est interdit aux zavim et aux lépreux d’entrer même dans de telles circonstances, ils seraient passibles de retranchement du Monde à venir [karet]. C’est pourquoi le verset déclare : « Qu’ils renvoient hors du camp tout lépreux, tout zav et quiconque est impur à cause d’un mort » (Nombres 5:2). Le verset indique que lorsqu’à un moment donné ceux qui sont impurs d’une impureté transmise par un mort sont renvoyés du Temple, les zavim et les lépreux sont eux aussi renvoyés du Temple et sont passibles de karet s’ils y entrent.
אֵין טְמֵאֵי מֵתִים מִשְׁתַּלְּחִין – אֵין זָבִין וּמְצוֹרָעִין מִשְׁתַּלְּחִין.
Mais lorsque ceux qui sont impurs par une impureté transmise par un cadavre ne sont pas renvoyés du Temple, les zavim et les lépreux ne sont eux aussi pas renvoyés, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas passibles de karet s’ils entrent dans le Temple. La baraita qui enseigne qu’une fois que le rideau entourant la cour du Tabernacle fut roulé, il était permis aux zavim et aux lépreux d’entrer à l’endroit où il s’était tenu, est conforme à l’opinion de Rabbi Eliezer. La raison en est qu’une fois le rideau roulé, il était permis à ceux qui étaient impurs par une impureté transmise par un cadavre d’entrer ; il leur était interdit d’entrer seulement dans la cour du Temple, et celle-ci avait été démontée. Selon Rabbi Eliezer, il était alors permis même aux zavim et aux lépreux d’entrer dans le camp. La baraita qui statue que même lorsque le Tabernacle fut démonté, les zavim et les lépreux étaient envoyés hors du camp, est conforme à l’opinion des Sages.
מַתְנִי׳ אַחַת שְׁתֵּי הַלֶּחֶם, וְאַחַת לֶחֶם הַפָּנִים – לִישָׁתָן וַעֲרִיכָתָן בַּחוּץ, וַאֲפִיָּיתָן בִּפְנִים, וְאֵינָן דּוֹחוֹת אֶת הַשַּׁבָּת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כׇּל מַעֲשֵׂיהֶם בִּפְנִים. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: לְעוֹלָם הֱוֵי רָגִיל לוֹמַר שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְלֶחֶם הַפָּנִים כְּשֵׁרוֹת בַּעֲזָרָה, וּכְשֵׁרוֹת בְּבֵית פָּאגֵי.
MICHNA : Dans le cas des deux pains et du pain de proposition, le pétrissage de leur pâte et le façonnage de leurs pains ont lieu à l’extérieur de la cour du Temple, mais leur cuisson a lieu à l’intérieur de la cour du Temple. Et leur préparation ne repousse pas le Chabbat. Rabbi Yehouda dit : Toutes les procédures impliquées dans leur préparation ont lieu à l’intérieur de la cour. Rabbi Chimon dit : Il faut toujours avoir l’habitude de dire que les deux pains et le pain de proposition sont valides s’ils ont été préparés dans la cour du Temple et ils sont aussi valides s’ils ont été préparés à Beit Pagei, à l’extérieur du mont du Temple, car il soutient qu’ils peuvent être cuits en dehors de la cour du Temple.
גְּמָ׳ הָא גּוּפַאּ קַשְׁיָא:
GUEMARA : La michna déclare que, selon l’opinion du premier tanna, les deux pains et le pain de proposition sont pétris et façonnés à l’extérieur de la cour du Temple, mais cuits à l’intérieur de la cour. La Guemara commente : Cela même est difficile.
אָמַרְתָּ: לִישָׁתָן וַעֲרִיכָתָן בַּחוּץ – אַלְמָא מִדַּת יָבֵשׁ לֹא נִתְקַדְּשָׁה, וַאֲפִיָּיתָן בִּפְנִים – אַלְמָא מִדַּת יָבֵשׁ נִתְקַדְּשָׁה! אָמַר רַבָּה: הִקְשָׁה אָדָם קָשֶׁה, שֶׁהוּא קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל, וּמַנּוּ – רַב שֵׁשֶׁת.
La Guemara développe : Tu as dit au départ que le pétrissage de leur pâte et le façonnage de leurs pains ont lieu à l’extérieur de la cour du Temple. On peut en déduire que, apparemment, la mesure sèche, c’est-à-dire l’ustensile utilisé dans le Temple pour mesurer des substances sèches, par exemple la farine, n’était pas consacrée. Si la mesure sèche sanctifiait les éléments qu’on y plaçait, la farine apportée pour les deux pains et le pain de proposition serait déjà sanctifiée, et ces pains ne pourraient pas être pétris et façonnés à l’extérieur de la cour. Et la michna affirme ensuite que leur cuisson a lieu à l’intérieur de la cour du Temple. On peut en déduire que, apparemment, la mesure sèche était consacrée. Si la farine n’avait pas été sanctifiée par son placement dans l’ustensile de mesure, pourquoi les pains devraient-ils être cuits à l’intérieur de la cour du Temple ? Rabba dit : Un homme redoutable, qui est aussi dur que le fer, a soulevé cette difficulté. Et qui est ce Sage ? Il s’agit de Rav Chéchet.
מַאי קַשְׁיָא? דִּלְמָא עִשָּׂרוֹן לָא מְקַדֵּשׁ, תַּנּוּר מְקַדֵּשׁ.
La Guemara demande : Quelle est la difficulté ? Peut-être que la mesure d'un dixième d'épha, utilisée pour mesurer la farine des deux pains et du pain de proposition, ne sanctifie pas ce qui est placé à l'intérieur, mais le four sanctifie les pains qui y sont cuits, et ils doivent donc être cuits dans la cour du Temple.
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא – הָא קַשְׁיָא: וַאֲפִיָּיתָן בִּפְנִים, אַלְמָא תַּנּוּר מְקַדֵּשׁ, וְאֵין דּוֹחוֹת אֶת הַשַּׁבָּת – אִיפַּסְלָה בְּלִינָה! אֶלָּא אָמַר רָבָא: הִקְשָׁה אָדָם קָשֶׁה, שֶׁהוּא קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל, וּמַנּוּ – רַב שֵׁשֶׁת.
Au contraire, si la michna est difficile, voici la difficulté : La michna déclare que la cuisson des deux pains et du pain de proposition a lieu à l’intérieur de la cour. Manifestement, le four sanctifie ce qui est cuit en son sein. Et la michna déclare ensuite que pétrir, façonner et cuire les pains ne l’emporte pas sur le Chabbat. Si ces opérations étaient effectuées avant Chabbat dans un ustensile qui les sanctifie, les pains seraient disqualifiés du fait qu’ils auraient passé la nuit sans avoir été placés sur la Table. Au contraire, Rava dit : Un homme redoutable, qui est aussi dur que le fer, a soulevé cette difficulté. Et qui est ce Sage ? Cela fait référence à Rav Sheshet.
אָמַר רַב אָשֵׁי: מַאי קוּשְׁיָא? דִּלְמָא מַאי ״מִבִּפְנִים״ – בִּמְקוֹם זְרִיזִין.
Rav Ashi dit : Quelle est la difficulté ? Peut-être que le four ne sanctifie pas les pains qui y sont cuits, et par conséquent les deux pains et le pain de proposition ne sont pas disqualifiés pour avoir été laissés toute la nuit. Et en conséquence, quel est le sens de l’affirmation : Leur cuisson a lieu à l’intérieur ? Cela ne renvoie pas à l’intérieur de la cour du Temple. Cela signifie plutôt qu’ils sont cuits dans un endroit où se trouvent des prêtres vigilants dans leurs efforts, qui surveilleront les pains pendant leur cuisson et veilleront à ce qu’ils ne deviennent pas levés.
וְהָא דְּרַב אָשֵׁי בְּרוּתָא הִיא, מָה נַפְשָׁךְ? אִי אֲפִיָּיה בָּעֵינַן זְרִיזִין – לִישָׁה וַעֲרִיכָה נָמֵי [בָּעֵינַן] זְרִיזִין, וְאִי לִישָׁה [וַעֲרִיכָה] לָא בָּעֵינַן זְרִיזִין – אֲפִיָּיה נָמֵי לָא בָּעֵינַן זְרִיזִין, אֶלָּא דְּרַב אָשֵׁי בְּרוּתָא הִיא.
La Guemara note : Et cette déclaration attribuée à Rav Ashi est une erreur [baruta], car, quelle que soit la manière dont vous l’examinez, il y a une difficulté : Si nous exigeons des prêtres vigilants pour la cuisson des deux pains et du pain de proposition, nous devrions aussi exiger des prêtres vigilants pour le pétrissage et le façonnage des pains. Et si nous n’exigeons pas de prêtres vigilants pour le pétrissage et le façonnage des pains, nous ne devrions pas non plus exiger des prêtres vigilants pour la cuisson. L’explication de Rav Ashi n’explique pas pourquoi la michna établit une distinction entre le pétrissage et le façonnage des pains, d’une part, et leur cuisson, d’autre part. Au contraire, la déclaration attribuée à Rav Ashi est une erreur.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כׇּל מַעֲשֵׂיהֶן בִּפְנִים [וְכוּ׳]. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ בַּר כָּהֲנָא: וּשְׁנֵיהֶן מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ, ״וְהוּא דֶּרֶךְ חֹל אַף כִּי הַיּוֹם יִקְדַּשׁ בַּכֶּלִי״.
§ La michna enseigne que Rabbi Yehouda dit : Toutes les procédures liées à la préparation des deux pains et du pain de proposition ont lieu à l’intérieur de la cour du Temple, tandis que Rabbi Chimon soutient que même leur cuisson peut avoir lieu hors de la cour. Rabbi Abbahou bar Kahana dit : Tous deux, Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, ont tiré leurs opinions du même verset, qu’ils ont interprété de manière homilétique. Lorsque David fuyait le roi Saül, il vint à Nov, où il demanda du pain à Ahimélekh le prêtre. Ahimélekh répondit : « Il n’y a pas de pain profane sous ma main, mais il y a du pain sacré » (I Samuel 21:5), c’est-à-dire le pain de proposition. David dit alors à Ahimélekh : « Mais c’est d’une manière non sacrée, et pourtant aujourd’hui il sera consacré dans le récipient » (I Samuel 21:6).
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: בַּחוֹל אַשְׁכְּחִינְהוּ דְּקָא אָפוּ לֵיהּ, אֲמַר לְהוּ: דֶּרֶךְ חוֹל קָא אָפֵיתוּ לֵיהּ? ״אַף כִּי הַיּוֹם יִקְדַּשׁ בַּכֶּלִי״, אִיפְּסִיל לֵיהּ בְּלִינָה.
Les deux Sages comprennent la réponse de David comme une critique halakhique : Rabbi Yehouda soutient que David a trouvé les prêtres en train de cuire le pain de proposition un jour de semaine. David leur dit : Pourquoi faites-vous cuire le pain de proposition d’une manière non sacrée, c’est-à-dire un jour de semaine, plutôt que pendant le Chabbat ? « Pourtant, il sera consacré aujourd’hui dans l’ustensile », c’est-à-dire qu’il sera consacré aujourd’hui lorsqu’il sera cuit dans le four, et il sera disqualifié demain parce qu’il aura passé la nuit. Rabbi Yehouda déduit de la critique de David que le pain de proposition doit être cuit pendant le Chabbat dans la cour du Temple, puisqu’il est consacré dans le four.
רַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: בְּשַׁבָּת אַשְׁכְּחִינְהוּ דְּקָא אָפוּ לֵיהּ, אֲמַר לְהוּ: לָא דֶּרֶךְ חוֹל בָּעֵיתוּ לְמִיעְבְּדֵיהּ?! מִידֵּי תַּנּוּר מְקַדֵּשׁ?! שֻׁלְחָן הוּא דִּמְקַדֵּשׁ.
Rabbi Shimon soutient que David a trouvé les prêtres en train de cuire les pains de proposition pendant le Shabbat. David leur dit : N’êtes-vous pas tenus de le préparer d’une manière non sacrée, c’est-à-dire un jour de semaine ? Le four consacre-t-il les pains de proposition ? Non, c’est la Table qui consacre cela lorsque les pains de proposition y sont placés. Les pains ne sont donc pas disqualifiés pour avoir été laissés toute la nuit.
וּמִי מָצֵית אָמְרַתְּ דְּבִשְׁעַת אֲפִיָּיה אַשְׁכְּחִינְהוּ? וְהָכְתִיב: ״וַיִּתֵּן לוֹ הַכֹּהֵן קֹדֶשׁ כִּי לֹא הָיָה שָׁם לֶחֶם כִּי אִם לֶחֶם הַפָּנִים הַמּוּסָרִים מִלִּפְנֵי ה׳״!
La Guemara demande : Et comment peux-tu dire que David a trouvé les prêtres au moment de la cuisson ? Mais n’est-il pas écrit ensuite : « Et le prêtre lui donna du pain sacré, car il n’y avait là aucun pain, sinon le pain de proposition qui avait été retiré de devant le Seigneur » (I Samuel 21:7) ? Cela indique que David reçut le pain de proposition qui avait déjà été sur la Table, et non des pains qui venaient d’être cuits.
אֶלָּא מַאי ״דֶּרֶךְ חֹל״, דְּקָא אָמַר לְהוּ? – הָכִי קָא אָמְרוּ לֵיהּ: לֵיכָּא לֶחֶם, כִּי אִם ״לֶחֶם הַפָּנִים הַמּוּסָרִים מִלִּפְנֵי ה׳״.
Plutôt, quel est le sens de la déclaration : « Mais cela est d’une manière non sacrée, et pourtant cela sera consacré aujourd’hui dans le récipient », que David a dite aux prêtres ? La Guemara répond : Voici ce que les prêtres lui ont dit : Il n’y a pas de pain ici, sauf « le pain de proposition qui a été retiré de devant le Seigneur », et le pain de proposition est interdit à la consommation par des non-prêtres.
אֲמַר לְהוּ: לָא מִיבַּעְיָא הַאי, דְּכֵיוָן דִּנְפַק לֵיהּ מִמְּעִילָה דֶּרֶךְ חוֹל הוּא, אֶלָּא אֲפִילּוּ הַאיְךְ נָמֵי דְּ״הַיּוֹם יִקְדַּשׁ בַּכֶּלִי״ – הַבוּ לֵיהּ דְּלֵיכוֹל,
David dit aux prêtres : Il n’est pas nécessaire de dire qu’il m’est permis de manger ce pain de proposition, qui a déjà été retiré de la Table. Cela est ainsi parce que l’encens placé dans les coupes qui étaient sur la Table a déjà été brûlé. Puisque le pain de proposition a été retiré du statut d’objets auxquels s’appliquent les halakhot de mauvais usage des biens consacrés, il est considéré comme une chose non sacrée, c’est-à-dire permise aux prêtres pour la consommation. Mais même l’autre pain de proposition, qui « sera consacré aujourd’hui dans le récipient », c’est-à-dire le pain de proposition placé aujourd’hui sur la Table, tu devrais le lui donner, c’est-à-dire me le donner, à manger.