לְרַבִּי יֹאשִׁיָּה דְּדָרֵיהּ: לָא תֵּיתֵב אַכַּרְעָיךָ עַד דִּמְפָרְשַׁתְּ לֵיהּ לְהָא מַתְנִיתִין, מִנַּיִן לָעוֹמֶר שֶׁמַּתִּיר בְּהַשְׁרָשָׁה?
Rabbi Yoshiya de sa génération, c’est-à-dire, non le tanna du même nom : Ne t’assieds pas sur tes genoux avant de m’avoir expliqué la source de cela, la clause finale dans la michna : D’où est-il déduit que l’offrande du omer permet la consommation de la nouvelle récolte après son enracinement dans le sol ?
מְנָלַן? דִּכְתִיב ״אָבִיב״, לָאו מִכְּלָל דְּאִיכָּא דְּלָאו ״אָבִיב״?
Rabbi Yoshiya répondit : D’où tirons-nous cela, demandes-tu ? La source est comme il est écrit : « Et si tu apportes à l’Éternel une offrande végétale de prémices, tu apporteras pour l’offrande végétale de tes prémices du grain en épi rôti au feu, des gruaux de l’épi frais » (Lévitique 2:14). Ne peut-on pas apprendre d’ici par déduction que, bien que l’offrande de l’omer doive provenir d’un grain pleinement formé, il existe un grain moins développé à un stade antérieur qui n’est pas du « grain en épi », c’est-à-dire un grain qui ne peut pas être utilisé pour l’offrande de l’omer mais qui est néanmoins permis par l’omer ?
דְּלָאו ״אָבִיב״, וּלְעוֹלָם דְּעַיֵּיל שְׁלִישׁ.
La Guemara rejette cette affirmation. Peut-être peut-on déduire d’ici seulement qu’il existe un grain moins développé qui n’est pas « grain dans l’épi », mais qui se trouve à un stade plus avancé que le simple enracinement. Au contraire, il a effectivement atteint un tiers de sa croissance complète. Si tel est le cas, le simple fait de prendre racine ne suffit pas pour que l’offrande du omer permette la consommation de ce grain.
אֶלָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: ״מֵהָחֵל חֶרְמֵשׁ״, לָאו מִכְּלָל דְּאִיכָּא דְּלָאו בַּר חֶרְמֵשׁ? דְּלָאו בַּר חֶרְמֵשׁ, וּלְעוֹלָם שַׁחַת.
Au contraire, Shmuel a dit que cette halakha est dérivée d’un verset traitant du compte du omer : « Tu compteras pour toi sept semaines ; à partir du moment où la faucille est d’abord mise dans le blé sur pied, tu commenceras à compter sept semaines » (Deutéronome 16:9). Ne peut-on pas apprendre d’ici par déduction qu’il existe du grain à un stade antérieur qui ne peut pas être coupé avec une faucille, mais qui est néanmoins permis par l’offrande du omer ? Cette description s’applique au grain qui a pris racine. La Guemara rejette également cette affirmation : Peut-être que la déduction vise du grain à un stade antérieur qui ne peut pas être coupé avec une faucille mais qui est en réalité du fourrage, c’est-à-dire une production qui a développé des tiges mais n’est pas encore mûre.
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: ״קָמָה״ – לָאו מִכְּלָל דְּלָאו בַּר קָמָה? דְּלָאו בַּר קָמָה, וּלְעוֹלָם אֲגַם.
Rabbi Yitzḥak a dit : On peut déduire que le grain qui a pris racine est permis grâce à l’offrande du omer à partir de l’expression : « Le grain sur pied » (Deutéronome 16:9). Ne peut-on pas apprendre d’ici par déduction qu’il existe un grain trop tendre et incapable de se tenir debout, qui ne peut pas être utilisé pour l’offrande du omer et qui pourtant est permis grâce au omer ? La Guemara rejette également cette affirmation : Peut-être que la déduction vise un grain incapable de se tenir debout mais qui est en réalité un grain tendre, comme celui d’un marais ; il a quelque peu poussé, mais il est encore assez tendre pour se plier au lieu de se tenir debout.
אֶלָּא אָמַר רָבָא: ״אֲשֶׁר תִּזְרַע״ – מִשְּׁעַת זְרִיעָה. אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: אִי הָכִי, אַף עַל גַּב דְּלֹא הִשְׁרִישׁ נָמֵי? אֲמַר לֵיהּ: סוּדָנִי, ״בַּשָּׂדֶה״ כְּתִיב.
Au contraire, Rava dit que la source de la halakha est le verset : « Et la fête de la moisson, les prémices de tes travaux, que tu auras semés dans le champ » (Exode 23:16). Ce verset fait référence au grain dès le moment des semailles, c’est-à-dire à partir du moment où le grain prend racine. Rav Pappa dit à Rava : Si tel est le cas, alors même si le grain n’avait pas encore pris racine, il devrait être permis par l’offrande du omer. Le verset mentionne le grain au moment des semailles, mais il n’indique pas qu’il est nécessaire que ce grain ait pris racine pour être permis par l’omer. Rava dit à Rav Pappa en réponse : Sage [sudni] ! Il est écrit : « dans le champ », ce qui indique que le verset fait référence à une production fraîchement semée qui est devenue partie intégrante du champ, c’est-à-dire qu’elle a pris racine.
מַתְנִי׳ קוֹצְרִין בֵּית הַשְּׁלָחִין שֶׁבָּעֲמָקִים, אֲבָל לֹא גּוֹדְשִׁין. אַנְשֵׁי יְרִיחוֹ קוֹצְרִין בִּרְצוֹן חֲכָמִים, וְגוֹדְשִׁין שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן חֲכָמִים, וְלֹא מִיחוּ בְּיָדָם. קוֹצֵר לְשַׁחַת, מַאֲכִיל לַבְּהֵמָה. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי? בִּזְמַן שֶׁמַּתְחִיל עַד שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: יִקְצוֹר וְיַאֲכִיל אַף מִשֶּׁהֵבִיא שְׁלִישׁ.
MICHNA : Même avant que l’offrande du omer ne soit apportée, on peut moissonner une récolte qui pousse dans un champ irrigué dans les vallées, mais on ne peut pas arranger les tiges moissonnées en meule. Les habitants de Jéricho, dont les champs étaient classés comme des champs irrigués dans une vallée, moissonnaient les récoltes avec l’approbation des Sages et arrangeaient les récoltes en meule sans l’approbation des Sages, mais les Sages ne les réprimandèrent pas. On peut moissonner des récoltes dans n’importe quel champ pour le fourrage et le donner à un animal. Rabbi Yehouda a dit : Quand peut-on faire cela ? À un moment où il commence à moissonner avant que la récolte n’atteigne un tiers de sa croissance potentielle. Rabbi Shimon dit : On peut moissonner et donner les récoltes aux animaux même après qu’elles ont atteint un tiers de leur croissance potentielle.
וְקוֹצְרִין מִפְּנֵי נְטִיעוֹת, מִפְּנֵי בֵּית הָאֵבֶל, מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ. לֹא יַעֲשֶׂה אוֹתָן כְּרִיכוֹת, אֲבָל מַנִּיחִין צְבָתִים.
Et l’on peut moissonner des récoltes avant le omeren raison d’un dommage potentiel aux jeunes pousses qui poussent à côté des récoltes ; et en raison de l’endroit de deuil, c’est-à-dire pour faire de la place à ceux qui consolent les endeuillés, qui les béniraient à leur retour du cimetière ; et en raison de la nécessité de faire de la place pour que les étudiants étudient, car ne pas le faire entraînerait une négligence de l’étude de la Torah dans la maison d’étude. Après avoir moissonné les récoltes pour l’une de ces raisons, on ne peut pas en faire des gerbes, mais on les laisse non liées.
מִצְוַת הָעוֹמֶר לָבֹא מִן הַקָּמָה. לֹא מָצָא – יָבִיא מִן הָעֳמָרִים. מִצְוָתוֹ לָבֹא מִן הַלַּח, לֹא מָצָא – יָבִיא יָבֵשׁ. מִצְוָתוֹ לִקְצוֹר בַּלַּיְלָה, נִקְצַר בַּיּוֹם – כָּשֵׁר. וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.
La mitsva du omer est que l’orge provienne de grain sur pied. Si l’on n’a pas trouvé de grain sur pied, on l’apporte à partir de gerbes. Sa mitsva est qu’il provienne de grain frais, humide. Si l’on n’a pas trouvé de grain humide, on l’apporte de grain sec. Sa mitsva est de moissonner le grain la nuit, mais si il a été moissonné pendant le jour, il est valide. Et la moisson du grain pour le omer prime le Chabbat.
גְּמָ׳ תַּנְיָא: רַבִּי בִּנְיָמִין אוֹמֵר, כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וּקְצַרְתֶּם אֶת קְצִירָהּ וַהֲבֵאתֶם אֶת עֹמֶר״, וּכְתִיב: ״רֵאשִׁית קְצִירְכֶם אֶל הַכֹּהֵן״.
GUEMARA : En ce qui concerne la décision de la michna selon laquelle on peut moissonner une récolte qui pousse dans un champ irrigué des vallées, la Guemara cite ce qui est enseigné dans une baraita : Rabbi Binyamin dit qu’un verset déclare : « Lorsque vous entrerez dans le pays que Je vous donne et que vous en moissonnerez la récolte, alors vous apporterez le omer » (Lévitique 23:10). Ce verset indique qu’on peut moissonner son grain avant d’apporter l’offrande du omer. Mais il est aussi écrit dans la suite du même verset : « Des prémices de votre récolte au prêtre, » d’où l’on peut déduire que le omer est apporté à partir du premier grain moissonné.
הָא כֵּיצַד? מִמָּקוֹם שֶׁאַתָּה מֵבִיא – אִי אַתָּה קוֹצֵר, מִמָּקוֹם שֶׁאִי אַתָּה מֵבִיא – אַתָּה קוֹצֵר.
Comment ces textes peuvent-ils être conciliés ? En ce qui concerne un endroit d’où tu apportes le grain du omer pour le sacrifice, c’est-à-dire d’un champ saturé d’eau de pluie, tu ne peux pas moissonner là. Mais en ce qui concerne un endroit d’où tu ne peux pas apporter le grain du omer, un champ irrigué, tu peux moissonner là.
אֵימָא: מִמִּין שֶׁאַתָּה מֵבִיא – אִי אַתָּה קוֹצֵר, מִמִּין שֶׁאִי אַתָּה מֵבִיא – אַתָּה קוֹצֵר? הָהוּא לָא מָצֵית אָמְרַתְּ, מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן.
La Guemara remet en question cette résolution : Pourquoi ne pas dire plutôt : En ce qui concerne le type de grain à partir duquel tu apportes le omer, c’est-à-dire l’orge, tu ne peux pas le moissonner ; mais en ce qui concerne le type de grain à partir duquel tu ne peux pas apporter le omer, par exemple le blé, tu peux le moissonner ? La Guemara répond : Tu ne peux pas dire cette résolution, à cause de ce que Rabbi Yoḥanan enseigne. En 70a, il a été déclaré que Rabbi Yoḥanan dérive une analogie verbale entre les halakhot de la ḥalla et l’offrande du omer, d’où il apprend que l’interdiction de moissonner la nouvelle récolte avant le sacrifice du omer s’applique aux cinq types de grain. Par conséquent, la réconciliation des versets doit être celle suggérée au départ : on peut moissonner dans un endroit d’où le grain du omer ne peut pas être apporté.
אַנְשֵׁי יְרִיחוֹ קוֹצְרִין בִּרְצוֹן חֲכָמִים, וְגוֹדְשִׁין שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן חֲכָמִים וְכוּ׳. מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר ״מִיחוּ״ וְ״לֹא מִיחוּ״? רַבִּי יְהוּדָה.
§ La michna enseigne : Les habitants de Jéricho, dont les champs étaient des champs irrigués dans une vallée, moissonnaient leurs récoltes avec l’approbation des Sages et arrangeaient les récoltes en tas sans l’approbation des Sages, mais les Sages ne les réprimandèrent pas. La Guemara demande : Qui as-tu entendu dire que les Sages les réprimandèrent, ou : ils ne les réprimandèrent pas ? En d’autres termes, qui est le tanna qui, dans le contexte des coutumes des habitants de Jéricho, traite de la question de savoir si les Sages les réprimandèrent ou non, par opposition à la question de savoir si leurs actions étaient conformes ou non à la volonté des Sages ? La Guemara déclare : C’est Rabbi Yehouda.
וְסָבַר רַבִּי יְהוּדָה קְצִירָה דְּאַנְשֵׁי יְרִיחוֹ בִּרְצוֹן חֲכָמִים הֲוַאי? וְהָא תַּנְיָא: שִׁשָּׁה דְּבָרִים עָשׂוּ אַנְשֵׁי יְרִיחוֹ, שְׁלֹשָׁה בִּרְצוֹן חֲכָמִים, וּשְׁלֹשָׁה שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן חֲכָמִים.
Après avoir identifié le tanna de la michna, la Guemara demande : Et Rabbi Yehouda soutient-il vraiment que la moisson des habitants de Jéricho a été effectuée avec l’approbation des Sages ? Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita (Tosefta, Pessaḥim 3:15) : Les habitants de Jéricho ont accompli six actions, trois avec l’approbation des Sages et trois sans l’approbation des Sages.
וְאֵלּוּ שֶׁבִּרְצוֹן חֲכָמִים: מַרְכִּיבִין דְּקָלִים כׇּל הַיּוֹם, וְכוֹרְכִין אֶת ״שְׁמַע״, וְקוֹצְרִין לִפְנֵי הָעוֹמֶר – בִּרְצוֹן חֲכָמִים. וְאֵלּוּ שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן חֲכָמִים: גּוֹדְשִׁין לִפְנֵי הָעוֹמֶר, וּמַתִּירִין גַּמְזִיּוֹת שֶׁל הֶקְדֵּשׁ שֶׁל חָרוּב וְשֶׁל שִׁקְמָה, וּפוֹרְצִין פְּרָצוֹת בְּגַנּוֹתֵיהֶן ובְפַרְדְּסוֹתֵיהֶן לְהַאֲכִיל נֶשֶׁר לַעֲנִיִּים בִּשְׁנֵי בַצּוֹרֶת בְּשַׁבָּתוֹת וּבְיָמִים טוֹבִים, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.
Et voici les actions qu’ils accomplissaient avec l’approbation des Sages : Ils greffaient des palmiers toute la journée du quatorze nissan, et ils récitaient le Shema d’un seul tenant, et ils moissonnaient du grain avant que l’offrande du omer ne soit apportée ; tout cela se faisait avec l’approbation des Sages. Et voici les actions qu’ils accomplissaient sans l’approbation des Sages : Ils amassaient la récolte avant le omer, et ils autorisaient l’usage de branches consacrées [gamziyyot] de caroubier et de sycomore, et ils faisaient des brèches dans les murs de leurs jardins et de leurs vergers pour nourrir de fruits tombés les pauvres pendant les années de sécheresse, afin que les pauvres puissent prendre les fruits tombés même pendant les Shabbatot et les Fêtes. Telle est la déclaration de Rabbi Meir.
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: אִם בִּרְצוֹן חֲכָמִים הֵן עוֹשִׂין, יְהוּ כׇּל אָדָם עוֹשִׂין כֵּן! אֶלָּא אֵלּוּ וָאֵלּוּ שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן חֲכָמִים, וְעַל שְׁלֹשָׁה מִיחוּ בְּיָדָם, וְעַל שְׁלֹשָׁה לֹא מִיחוּ בְּיָדָם.
Rabbi Yehuda dit à Rabbi Meir : Il s’agit d’une formulation inexacte, car s’ils ont agi avec l’approbation des Sages, alors toute personne ferait ainsi, et pas seulement les habitants de Jéricho. Au contraire, il faut le formuler ainsi : Tant ces trois actes que ceux-là trois actes ont été accomplis sans l’approbation des Sages. En ce qui concerne trois d’entre eux, les Sages les ont réprimandés, et en ce qui concerne les trois autres, les Sages ne les ont pas réprimandés.
וְאֵלּוּ שֶׁלֹּא מִיחוּ בְּיָדָם: מַרְכִּיבִין דְּקָלִים כׇּל הַיּוֹם, וְכוֹרְכִין אֶת ״שְׁמַע״, וְקוֹצְרִין וְגוֹדְשִׁין לִפְנֵי הָעוֹמֶר. וְאֵלּוּ שֶׁמִּיחוּ בְּיָדָם:
Et voici les actions qu’ils accomplissaient pour lesquelles les Sages ne les réprimandaient pas : Ils greffaient des palmiers toute la journée, et regroupaient le Shema, et moissonnaient et entassaient le grain avant que l’offrande du omer ne soit apportée. Et voici les actions qu’ils accomplissaient pour lesquelles les Sages les réprimandaient :