״לֹא יִגְרַע מִצַּדִּיק עֵינָיו״ — בִּשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל, וּבִשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיָה בּוֹ בְּשָׁאוּל זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר.
« Il ne détourne pas Ses yeux du juste ; mais avec des rois sur le trône, Il les établit pour toujours, et ils sont exaltés » (Job 36:7) ? Cela enseigne que en récompense de la modestie manifestée par Rachel, elle mérita que Saül, qui était lui aussi modeste, descende d’elle ; et en récompense de la modestie manifestée par Saül, il mérita qu’Esther descende de lui.
וּמַאי צְנִיעוּת הָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל? דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד יַעֲקֹב לְרָחֵל כִּי אֲחִי אָבִיהָ הוּא״. וְכִי אֲחִי אָבִיהָ הוּא? וַהֲלֹא בֶּן אֲחוֹת אָבִיהָ הוּא?
La Guemara explique : Quelle fut la pudeur manifestée par Rachel ? Comme il est écrit : « Jacob dit à Rachel qu’il était le frère de son père, et qu’il était le fils de Rebecca » (Genèse 29:12). On peut demander : Était-il, Jacob, en effet le frère de son père ? N’était-il pas le fils de la sœur de son père ?
אֶלָּא, אֲמַר לַהּ: מִינַּסְבָא לִי? אֲמַרָה לֵיהּ: אִין, מִיהוּ אַבָּא רַמָּאָה הוּא וְלָא יָכְלַתְּ לֵיהּ. אֲמַר לַהּ: אָחִיו אֲנָא בְּרַמָּאוּת. אֲמַרָה לֵיהּ: וּמִי שְׁרֵי לְצַדִּיקֵי לְסַגּוֹיֵי בְּרַמָּיוּתָא? אֲמַר לַהּ, אִין: ״עִם נָבָר תִּתָּבָר וְעִם עִקֵּשׁ תִּתַּפָּל״.
Au contraire, il faut comprendre que lorsque Jacob rencontra Rachel, il lui dit : Veux-tu m’épouser ? Elle lui dit : Oui, mais mon père, Laban, est un trompeur, et tu ne pourras pas le déjouer . Jacob apaisa ses craintes, car il lui dit qu’il est le frère de son père, se référant non pas à leur lien familial mais plutôt à sa capacité à traiter avec son père à son propre niveau, comme pour dire : Je suis son frère en tromperie. Elle lui dit : Mais est-il vraiment permis aux justes de se livrer à la tromperie ? Il lui dit : Oui, cela est permis lorsqu’on a affaire à des individus trompeurs, comme l’énonce le verset : « Avec le pur Tu te montres pur, et avec le pervers Tu te montres subtil » (II Samuel 22:27), indiquant qu’il faut traiter les autres d’une manière appropriée à leur personnalité.
אֲמַר לַהּ: וּמַאי רַמָּיוּתָא? אֲמַרָה לֵיהּ: אִית לִי אֲחָתָא דְּקַשִּׁישָׁא מִינַּאי וְלָא מַנְסֵיב לִי מִקַּמַּהּ. מְסַר לַהּ סִימָנִים.
Alors Jacob lui dit : Quelle est la tromperie qu’il projette d’accomplir et à laquelle je devrais être préparé ? Rachel lui dit : J’ai une sœur qui est plus âgée que moi, et il ne me mariera pas avant elle, et il essaiera de te la donner à ma place. Alors Jacob lui donna certains signes distinctifs qu’elle devait utiliser pour lui indiquer qu’elle était bien Rachel et non sa sœur.
כִּי מְטָא לֵילְיָא, אֲמַרָה: הַשְׁתָּא מִיכַּסְפָא אֲחָתַאי. מְסַרְתִּינְהוּ נִיהֲלַהּ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיְהִי בַבֹּקֶר וְהִנֵּה הִיא לֵאָה״, מִכְּלָל דְּעַד הַשְׁתָּא לָאו לֵאָה הִיא? אֶלָּא: מִתּוֹךְ סִימָנִין שֶׁמָּסְרָה רָחֵל לְלֵאָה — לָא הֲוָה יָדַע עַד הַשְׁתָּא. לְפִיכָךְ זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל.
Lorsque la nuit de noces arriva, et que Laban projeta d’échanger les sœurs, Rachel se dit à elle-même : Maintenant ma sœur sera humiliée, car Jacob lui demandera les signes et elle ne les connaîtra pas. Alors elle les lui donna. Et c’est comme il est écrit : « Et il arriva que, le matin, voici, c’était Léa » (Genèse 29:25). Cela implique-t-il par déduction que jusqu’à présent elle n’était pas Léa ? Au contraire, à cause des signes distinctifs que Rachel avait donnés à Léa, il ne le sut pas jusqu’à présent, lorsqu’il faisait clair dehors, que c’était Léa. C’est pourquoi Rachel mérita que Saül descende d’elle, en raison de son acte de modestie, n’ayant pas révélé à Jacob qu’elle avait montré les signes à Léa.
וּמָה צְנִיעוּת הָיְתָה בְּשָׁאוּל? דִּכְתִיב: ״וְאֶת דְּבַר הַמְּלוּכָה לֹא הִגִּיד לוֹ אֲשֶׁר אָמַר שְׁמוּאֵל״, זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּשֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא פּוֹסֵק גְּדוּלָּה לְאָדָם — פּוֹסֵק לְבָנָיו וְלִבְנֵי בָנָיו עַד סוֹף כׇּל הַדּוֹרוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיּוֹשִׁיבֵם לָנֶצַח וַיִּגְבָּהוּ (וְגוֹ׳)״. וְאִם הֵגִיס דַּעְתּוֹ — הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַשְׁפִּילוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם אֲסוּרִים בַּזִּקִּים וְגוֹ׳״.
Et quelle fut la modestie manifestée par Saül ? Comme il est écrit : « Mais au sujet de l’affaire de la royauté, dont Samuel avait parlé, il ne le lui raconta pas » (I Samuel 10:16). Saül exprima sa modestie en ne révélant pas la promesse de Samuel qu’il serait roi, et ainsi mérita qu’Esther descende de lui. De même, Rabbi Elazar a dit : Lorsque le Saint, béni soit-Il, accorde la grandeur à une personne, Il l’accorde à ses fils et aux fils de ses fils pour toutes les générations, comme il est dit : « Il ne détourne pas Ses yeux du juste ; mais avec les rois sur le trône Il les établit pour toujours, et ils sont exaltés » (Job 36:7). Et s’il devient arrogant à cause de cela, le Saint, béni soit-Il, l’abaisse afin de l’humilier, comme il est dit dans le verset suivant : « Et s’ils sont liés par des chaînes, et retenus par des liens d’affliction, alors Il leur déclare leur œuvre et leurs transgressions, à savoir qu’ils se sont conduits avec orgueil » (Job 36:8–9).
״וְאֶת מַאֲמַר מׇרְדֳּכַי אֶסְתֵּר עוֹשָׂה״, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: שֶׁהָיְתָה מַרְאָה דַּם נִדָּה לַחֲכָמִים. ״כַּאֲשֶׁר הָיְתָה בְאׇמְנָה אִתּוֹ״, אָמַר רַבָּה בַּר לִימָא (מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב): שֶׁהָיְתָה עוֹמֶדֶת מֵחֵיקוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְטוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי.
§ La Guemara revient à son exposé de la Meguila. Le verset déclare : « Car Esther se conformait aux paroles de Mardochée, comme elle le faisait lorsqu’elle était élevée auprès de lui » (Esther 2:20). Rabbi Yirmeya a dit : Cela enseigne qu’elle montrait aux Sages les écoulements de son sang menstruel afin de demander si elle était pure ou impure. Le verset continue : « comme elle le faisait lorsqu’elle était élevée auprès de lui » (Esther 2:20). Rabba bar Lima a dit au nom de Rav : Cela signifie qu’elle entretenait une relation avec Mardochée, car elle se levait du giron d’Assuérus, s’immergeait dans un bain rituel, puis s’asseyait sur les genoux de Mardochée.
״בַּיָּמִים הָהֵם וּמׇרְדֳּכַי יוֹשֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ קָצַף בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ״, אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִקְצִיף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אָדוֹן עַל עֲבָדָיו לַעֲשׂוֹת רְצוֹן צַדִּיק. וּמַנּוּ? יוֹסֵף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁם אִתָּנוּ נַעַר עִבְרִי וְגוֹ׳״.
La Meguila continue : « En ces jours-là, tandis que Mardochée était assis à la porte du roi, deux des chambellans du roi, Bigtan et Téresh, parmi ceux qui gardaient les portes, se mirent en colère, et cherchèrent à porter la main sur le roi Assuérus » (Esther 2:21). Rabbi Ḥiyya bar Abba dit que Rabbi Yoḥanan dit : Le Saint, béni soit-Il, fit qu’un maître se mette en colère contre ses serviteurs afin d’accomplir la volonté d’un homme juste. Et qui est-ce ? C’est Joseph, comme il est dit dans le récit du grand échanson sur la manière dont Pharaon s’était mis en colère contre lui et contre le grand panetier et les avait envoyés en prison : « Et il y avait là avec nous un jeune homme, un Hébreu » (Genèse 41:12).
עֲבָדִים עַל אֲדוֹנֵיהֶן לַעֲשׂוֹת נֵס לַצַּדִּיק, וּמַנּוּ? מָרְדֳּכַי, דִּכְתִיב: ״וַיִּוָּדַע הַדָּבָר לְמׇרְדֳּכַי וְגוֹ׳״.
De même, le Saint, béni soit-Il, fit aussi en sorte que des serviteurs se mettent en colère contre leur maître afin d’accomplir un miracle pour un autre juste. Et qui est-ce ? C’est Mardochée, car au sujet du complot visant à tuer le roi, il est écrit : « Et l’affaire fut connue de Mardochée » (Esther 2:22).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ שְׁנֵי טַרְסִיִּים הֲווֹ, וְהָיוּ מְסַפְּרִין בְּלָשׁוֹן טוּרְסִי, וְאוֹמְרִים: מִיּוֹם שֶׁבָּאת זוֹ לֹא רָאִינוּ שֵׁינָה בְּעֵינֵינוּ, בֹּא וְנַטִּיל אֶרֶס בַּסֵּפֶל כְּדֵי שֶׁיָּמוּת. וְהֵן לֹא הָיוּ יוֹדְעִין כִּי מָרְדֳּכַי מִיּוֹשְׁבֵי לִשְׁכַּת הַגָּזִית הָיָה, וְהָיָה יוֹדֵעַ בְּשִׁבְעִים לָשׁוֹן.
La Guemara explique comment la chose lui fut connue. Rabbi Yoḥanan dit : Bigthan et Teresh étaient deux Tarsiens, et ils parlaient l’un avec l’autre dans la langue tarsienne. Ils dirent : Depuis le jour où Esther est arrivée, nous n’avons pas dormi, car Assuérus a été avec Esther toute la nuit, et il nous a accaparés par ses exigences. Venez, mettons du poison dans la coupe dont il boit afin qu’il meure. Mais ils ne savaient pas que Mardochée était l’un de ceux qui siégeaient au Sanhédrin, qui se réunissait dans la Chambre de Pierre de Taille, et qu’il connaissait soixante-dix langues, une nécessité pour les membres du Sanhédrin.
אָמַר לוֹ: וַהֲלֹא אֵין מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ שָׁוָה? אָמַר לוֹ: אֲנִי אֶשְׁמוֹר מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיְבֻקַּשׁ הַדָּבָר וַיִּמָּצֵא״ — שֶׁלֹּא נִמְצְאוּ בְּמִשְׁמַרְתָּן.
Alors qu’ils préparaient leur complot, l’un d’eux dit à l’autre : Mais mon poste et ton poste ne sont pas identiques. Comment donc l’un de nous pourrait-il quitter sa position pour réussir dans notre complot visant à empoisonner le roi ? L’autre lui dit : Je garderai à la fois mon poste et ton poste. Et c’est comme il est écrit au sujet de la vérification par le roi de la révélation de Mardochée concernant le projet de tuer le roi : « Et lorsqu’on enquêta sur l’affaire, on trouva qu’il en était ainsi » (Esther 2:23) ; on découvrit qu’ils n’avaient pas été tous deux trouvés à leurs postes.
״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״. (אַחַר מַאי?) אָמַר רָבָא: אַחַר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רְפוּאָה לַמַּכָּה.
Le verset décrit quand le reste des événements de la Méguila a eu lieu : « Après ces événements, le roi Assuérus éleva Haman » (Esther 3:1). La Guemara demande : Après quels événements en particulier ? Rava a dit : Ce n’est qu’après que le Saint, béni soit-Il, eut créé le remède avant le coup et mis en place la chaîne d’événements qui mènerait au salut miraculeux que Haman fut nommé, préparant ainsi le terrain pour que le décret contre les Juifs soit promulgué.
דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַכֶּה אֶת יִשְׂרָאֵל אֶלָּא אִם כֵּן בּוֹרֵא לָהֶם רְפוּאָה תְּחִילָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּרׇפְאִי לְיִשְׂרָאֵל וְנִגְלָה עֲוֹן אֶפְרַיִם״. אֲבָל אוּמּוֹת הָעוֹלָם אֵינוֹ כֵּן — מַכֶּה אוֹתָן וְאַחַר כָּךְ בּוֹרֵא לָהֶם רְפוּאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָגַף ה׳ אֶת מִצְרַיִם נָגוֹף וְרָפוֹא״.
Rava explique : Comme l’a dit Reish Lakish : Le Saint, béni soit-Il, ne frappe pas le peuple juif à moins qu’Il n’ait déjà créé pour eux un remède à l’avance, comme il est dit : « Lorsque J’aurais guéri Israël, alors l’iniquité d’Éphraïm fut dévoilée » (Osée 7:1). Mais il n’en est pas ainsi en ce qui concerne les nations du monde. Avec elles, Dieu d’abord les frappe et ce n’est qu’ensuite qu’Il crée un remède, comme il est dit : « Et le Seigneur frappera l’Égypte, frappant et guérissant » (Isaïe 19:22).
״וַיִּבֶז בְּעֵינָיו לִשְׁלוֹחַ יָד בְּמׇרְדֳּכַי לְבַדּוֹ״. אָמַר רָבָא: בַּתְּחִילָּה בְּמָרְדְּכַי לְבַדּוֹ, וּלְבַסּוֹף בְּעַם מָרְדֳּכַי, וּמַנּוּ — רַבָּנַן, וּלְבַסּוֹף בְּכׇל הַיְּהוּדִים.
Le verset déclare : « Mais il lui sembla méprisable à ses yeux de porter la main sur Mardochée seul ; car on lui avait fait connaître le peuple de Mardochée ; c’est pourquoi Haman chercha à détruire tous les Juifs qui étaient dans tout le royaume d’Assuérus, c’est-à-dire le peuple de Mardochée » (Esther 3:6). Rava a dit : Au début il voulait porter les mains sur Mardochée seul, et à la fin sur le peuple de Mardochée. Et qui étaient le peuple de Mardochée ? C’étaient les Sages, c’est-à-dire le peuple particulier de Mardochée. Et finalement il chercha à nuire à tous les Juifs.
״הִפִּיל פּוּר הוּא הַגּוֹרָל״, תָּנָא: כֵּיוָן שֶׁנָּפַל פּוּר בְּחוֹדֶשׁ אֲדָר שָׂמַח שִׂמְחָה גְּדוֹלָה, אָמַר: נָפַל לִי פּוּר בְּיֶרַח שֶׁמֵּת בּוֹ מֹשֶׁה. וְלֹא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁבְּשִׁבְעָה בַּאֲדָר מֵת, וּבְשִׁבְעָה בַּאֲדָר נוֹלָד.
Le verset déclare : « Ils jetèrent pur, c’est-à-dire le sort » (Esther 3:7). Un Sage a enseigné la baraita suivante : Une fois que le sort tomba sur le mois d’Adar, il, Haman, se réjouit grandement, car il y vit un présage favorable à l’exécution de ses plans. Il dit : Le sort est tombé pour moi sur le mois où Moïse mourut, ce qui est par conséquent un temps de calamité pour le peuple juif. Mais il ne savait pas que non seulement Moïse mourut le sept Adar, mais il naquit aussi le sept Adar, et c’est donc aussi un temps de réjouissance pour le peuple juif.
״יֶשְׁנוֹ עַם אֶחָד״, אָמַר רָבָא: לֵיכָּא דְּיָדַע לִישָּׁנָא בִּישָׁא כְּהָמָן. אֲמַר לֵיהּ: תָּא נִיכַלִּינְהוּ. אֲמַר לֵיהּ: מִסְתְּפֵינָא מֵאֱלָהַיְהוּ דְּלָא לֶיעְבֵּיד בִּי כְּדַעֲבַד בְּקַמָּאֵי. אֲמַר לֵיהּ: [״יֶשְׁנוֹ״ —] יָשְׁנוּ מִן הַמִּצְוֹת.
Haman dit à Assuérus : « Il y a [yeshno] un peuple dispersé [mefuzar] et séparé [meforad] parmi les peuples dans toutes les provinces de ton royaume ; et leurs lois sont différentes de celles de tout peuple ; ils n’observent pas non plus les lois du roi ; il ne convient donc pas au roi de les tolérer » (Esther 3:8). Rava dit : Il n’y eut personne qui sache médire comme Haman, car dans sa requête au roi il inclut des réponses à toutes les raisons pour lesquelles Assuérus pourrait hésiter à détruire le peuple juif. Il dit à Assuérus : Détruisons-les. Assuérus lui dit : Je crains leur Dieu, de peur qu’Il ne me fasse comme Il a fait à ceux qui se sont dressés contre eux avant moi. Haman lui dit : Ils se sont endormis [yashnu] en ce qui concerne les mitzvot, ayant cessé d’observer les mitzvot, et il n’y a donc aucune raison de craindre.
אֲמַר לֵיהּ: אִית בְּהוּ רַבָּנַן. אֲמַר לֵיהּ: עַם אֶחָד הֵן.
Assuérus lui dit : Il y a parmi eux des Sages qui observent les mitzvot. Haman lui dit : Ils sont un seul peuple, c’est-à-dire qu’ils sont tous pareils ; personne n’observe les mitzvot.
שֶׁמָּא תֹּאמַר, קָרְחָה אֲנִי עוֹשֶׂה בְּמַלְכוּתֶךָ — מְפוּזָּרִין הֵם בֵּין הָעַמִּים. שֶׁמָּא תֹּאמַר: אִית הֲנָאָה מִינַּיְיהוּ — ״מְפוֹרָד״, כִּפְרֵידָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ עוֹשָׂה פֵּירוֹת. וְשֶׁמָּא תֹּאמַר, אִיכָּא מְדִינְתָּא מִינַּיְיהוּ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּכׇל מְדִינוֹת מַלְכוּתֶךָ״.
Haman poursuivit avec sa réponse suivante, telle qu’elle est exprimée dans le verset : Peut-être diras-tu que je fais une calvitie dans ton royaume, c’est-à-dire que tu crains que, si une nation entière est anéantie, il y ait une région désolée au sein du royaume. Il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter, car ils sont dispersés [mefuzarin] parmi les peuples, et les éradiquer n’entraînera pas la création d’une zone dépeuplée dans l’endroit où ils vivaient autrefois. En outre, peut-être diras-tu qu’il y a un bénéfice à tirer d’eux ; mais cette nation est meforad, comme cette mule stérile [pereida] qui ne peut pas engendrer de descendance, et il n’y a aucun bénéfice à tirer d’eux. Et peut-être diras-tu qu’il y a au moins une province qui en est remplie. C’est pourquoi le verset déclare qu’ils sont dispersés « dans toutes les provinces de ton royaume » (Esther 3:8), et qu’ils n’habitent pas en un seul lieu.
״וְדָתֵיהֶם שׁוֹנוֹת מִכׇּל עָם״, דְּלָא אָכְלִי מִינַּן וְלָא נָסְבִי מִינַּן וְלָא מִנַּסְבִי לַן. ״וְאֶת דָּתֵי הַמֶּלֶךְ אֵינָם עוֹשִׂים״, דְּמַפְּקִי לְכוּלָּא שַׁתָּא בְּשִׁהֵי פִּהֵי. ״וְלַמֶּלֶךְ אֵין שֹׁוֶה לְהַנִּיחָם״, דְּאָכְלוּ וְשָׁתוּ וּמְבַזּוּ לֵיהּ לְמַלְכָּא, וַאֲפִילּוּ נוֹפֵל זְבוּב בְּכוֹסוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן — זוֹרְקוֹ וְשׁוֹתֵהוּ, וְאִם אֲדוֹנִי הַמֶּלֶךְ נוֹגֵעַ בְּכוֹסוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן — חוֹבְטוֹ בַּקַּרְקַע וְאֵינוֹ שׁוֹתֵהוּ.
Haman poursuivit : « Et leurs lois sont différentes de celles de tous les peuples » (Esther 3:8), car ils ne mangent pas de notre nourriture, et n’épousent pas nos femmes, et ne donnent pas en mariage leurs femmes à nous. « Et ils n’observent pas les lois du roi » (Esther 3:8). Ils passent l’année entière dans l’oisiveté, car ils disent constamment : Shehi pehi, un acronyme pour : aujourd’hui c’est Chabbat [Shabbat hayom] ; aujourd’hui c’est Pessaḥ [Pesaḥ hayom]. Le verset continue : « C’est pourquoi il n’est pas profitable au roi de les tolérer », car ils mangent, boivent et méprisent le trône. Et la preuve en est que même si une mouche tombe dans la coupe de l’un d’eux, il retirera la mouche et boira le vin dans lequel elle est tombée, mais si mon seigneur le roi touchait la coupe de l’un d’eux, il la jetterait à terre et n’en boirait pas, puisqu’il est interdit de boire du vin touché par un non-Juif.
״אִם עַל הַמֶּלֶךְ טוֹב יִכָּתֵב לְאַבְּדָם וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף וְגוֹ׳״, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם שֶׁעָתִיד הָמָן לִשְׁקוֹל שְׁקָלִים עַל יִשְׂרָאֵל, לְפִיכָךְ הִקְדִּים שִׁקְלֵיהֶן לִשְׁקָלָיו.
Par conséquent, Haman conclut : « Si tel est le bon plaisir du roi, qu’il soit écrit qu’ils soient détruits, et je pèserai dix mille talents d’argent entre les mains de ceux qui sont chargés de l’affaire, afin de les apporter dans les trésors du roi » (Esther 3:9). Reish Lakish a dit : Il est révélé et connu d’avance de Celui qui a parlé et le monde est venu à l’existence, qu’à l’avenir Haman allait peser des sicles contre le peuple juif ; c’est pourquoi, Il a fait en sorte que les sicles du peuple juif donnés au Temple précèdent les sicles de Haman.
וְהַיְינוּ דִּתְנַן: בְּאֶחָד בַּאֲדָר מַשְׁמִיעִין עַל הַשְּׁקָלִים וְעַל הַכִּלְאַיִם.
Et c’est ce que nous avons appris dans une michna (Shekalim 2a) : Le premier jour d’Adar, le tribunal fait une annonce publique au sujet de la contribution au Temple d’un demi-shekel qui sera bientôt due, et au sujet de la nécessité d’arracher des champs les mélanges interdits de diverses espèces de semences, maintenant qu’elles ont commencé à germer. Il s’ensuit donc que le peuple juif donne les shekalim le premier jour d’Adar, précédant la date de la destruction planifiée par Haman contre le peuple juif et sa propre collecte de shekalim.
״וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְהָמָן הַכֶּסֶף נָתוּן לָךְ וְהָעָם לַעֲשׂוֹת בּוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינֶיךָ״, אָמַר רַבִּי אַבָּא:
Assuérus répondit à la demande d’Haman : « Et le roi dit à Haman : L’argent t’est donné ; ainsi que le peuple, pour en faire ce qui te semble bon » (Esther 3:11). Rabbi Abba dit :