מִשֶּׁל מִי? רַב יְהוּדָה אָמַר: מִשֶּׁל בֵּן. רַב נָתָן בַּר אוֹשַׁעְיָא אָמַר: מִשֶּׁל אָב. אוֹרוֹ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב יִרְמְיָה, וְאָמְרִי לַהּ לִבְרֵיהּ דְּרַב יִרְמְיָה, כְּמַאן דְּאָמַר מִשֶּׁל אָב.
Des fonds de qui doit-on donner à son père nourriture et boisson ? Rav Yehuda dit : Des fonds du fils. Rav Natan bar Oshaya a dit : Des fonds du père. Les Sages ont transmis la décision suivante à Rav Yirmeya, et certains disent qu’ils ont transmis la décision suivante au fils de Rav Yirmeya : La halakha est comme celui qui dit que cela doit être payé à partir des fonds du père.
מֵיתִיבִי: נֶאֱמַר: ״כַּבֵּד אֶת אָבִיךָ וְאֶת אִמֶּךָ״, וְנֶאֱמַר: ״כַּבֵּד אֶת ה׳ מֵהוֹנֶךָ״. מָה לְהַלָּן בְּחֶסְרוֹן כִּיס, אַף כָּאן בְּחֶסְרוֹן כִּיס. וְאִי אָמְרַתְּ מִשֶּׁל אָב, מַאי נָפְקָא לֵיהּ מִינֵּיהּ? לְבִיטּוּל מְלָאכָה.
La Guemara soulève une objection à partir de la baraita suivante : Il est dit : « Honore ton père et ta mère » (Exode 20:11), et il est dit : « Honore le Seigneur avec ta richesse » (Proverbes 3:9), ce qui enseigne l’analogie verbale suivante : De même que là-bas on honore Dieu « avec ta richesse », c’est-à-dire par une perte financière, de même ici on doit honorer son père par une perte financière. Et si tu dis qu’on l’honore avec l’argent du père, quelle différence cela fait-il pour le fils, c’est-à-dire quelle perte financière subit-il ? La Guemara répond : Cela fait une différence pour lui en ce qui concerne la négligence de son travail. Bien qu’il ne soit pas tenu de dépenser son propre argent, le fils doit laisser de côté son travail pour honorer son père, ce qui lui causera une certaine perte financière.
תָּא שְׁמַע: שְׁנֵי אַחִים, שְׁנֵי שׁוּתָּפִין הָאָב וּבְנוֹ, הָרַב וְתַלְמִידוֹ – פּוֹדִין זֶה לָזֶה מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, וּמַאֲכִילִין זֶה לָזֶה מַעְשַׂר עָנִי.
La Guemara suggère : Viens et écoute une preuve tirée d’une baraita : Deux frères, ou deux associés dans la propriété de produits, ou un père et son fils, ou un rabbin et son élève, peuvent racheter la seconde dîme l’un pour l’autre sans ajouter un cinquième, car celui qui rachète la dîme d’autrui, y compris ces personnes, n’est pas tenu d’ajouter un cinquième. Et ils peuvent se nourrir l’un l’autre de la dîme du pauvre. Si l’un d’eux est pauvre, l’autre peut lui donner la dîme du pauvre qu’il a séparée de sa production, et cela n’est pas considéré comme si le pauvre avait mangé la dîme du pauvre provenant de sa propre production.
וְאִי אָמְרַתְּ מִשֶּׁל בֵּן, נִמְצָא זֶה פּוֹרֵעַ חוֹבוֹ מִשֶּׁל עֲנִיִּים! – לָא צְרִיכָא, לְהַעְדָּפָה.
La Guemara explique la preuve tirée de cette baraita. Et si tu dis que l’obligation d’honorer son père vient de l’argent du fils, il se trouve que ce fils s’acquitte de son obligation avec les produits des pauvres, puisqu’il prend soin de son père avec des produits qui devraient revenir aux pauvres. La Guemara rejette cette preuve : Non, il est nécessaire d’énoncer cette halakha dans un cas où il a déjà couvert tous les besoins essentiels de son père avec son propre argent. À ce stade, si son père a besoin d’argent supplémentaire, il peut le lui donner à partir de la dîme du pauvre.
אִי הָכִי, הַיְינוּ דְּקָתָנֵי עֲלַהּ: אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: תָּבֹא מְאֵירָה לְמִי שֶׁמַּאֲכִיל אֶת אָבִיו מַעְשַׂר עָנִי. וְאִי לְהַעְדָּפָה, מַאי נָפְקָא מִינַּהּ?! אֲפִילּוּ הָכִי זִילָא בֵּיהּ מִילְּתָא.
La Guemara demande : Si tel est le cas, considérez ce qui est enseigné au sujet de cette baraita. Rabbi Yehouda dit : Qu’une malédiction vienne sur celui qui nourrit son père avec la dîme du pauvre. Et si cette halakha, selon laquelle on peut nourrir son père avec la dîme du pauvre, a été dite au sujet d’un surplus, quelle différence cela fait-il ? Puisque le fils a déjà rempli son obligation et ajoute simplement quelque chose pour que son père ait davantage, pourquoi cette personne est-elle maudite ? La Guemara répond : Malgré tout, c’est une chose irrespectueuse de nourrir son père avec de l’argent qui a été désigné comme charité pour les pauvres.
תָּא שְׁמַע: שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר עַד הֵיכָן כִּיבּוּד אָב וָאֵם? אָמַר לָהֶם: כְּדֵי שֶׁיִּטּוֹל אַרְנָקִי וְיִזְרְקֶנּוּ לַיָּם בְּפָנָיו וְאֵינוֹ מַכְלִימוֹ. וְאִי אָמְרַתְּ מִשֶּׁל אָב, מַאי נָפְקָא לֵיהּ מִינֵּיהּ? בְּרָאוּי לְיוֹרְשׁוֹ.
La Guemara suggère en outre : Viens et écoute : Ils demandèrent à Rabbi Eliezer jusqu’où il faut aller dans le respect de son père et de sa mère. Rabbi Eliezer leur dit : Au point que le père prenne une bourse et la jette à la mer devant son fils, et le fils ne lui fasse pas honte. Et si tu dis que le fils l’honore avec l’argent du père, quelle différence cela fait-il pour le fils ? Pourquoi le fils se soucierait-il si son père jette sa propre bourse ? La Guemara répond : Il s’agit d’un fils qui est apte à hériter de lui. Puisque le fils pense que l’argent finira par lui appartenir, il a une raison de se mettre en colère.
וְכִי הָא דְּרַבָּה בַּר רַב הוּנָא. דְּרַב הוּנָא קְרַע שִׁירָאֵי בְּאַנְפֵּי רַבָּה בְּרֵיהּ. אָמַר: אֵיזִיל אִיחְזֵי אִי רָתַח אִי לָא רָתַח. וְדִלְמָא רָתַח וְקָעָבַר אַ״לִּפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל״! דְּמָחֵיל לֵיהּ לִיקָרֵיהּ.
Et cela se reflète dans un incident impliquant Rabba bar Rav Huna, lorsque Rav Huna déchira des vêtements de soie devant son fils Rabba. Rav Huna se dit à lui-même : J’irai et je verrai s’il se met en colère ou non, c’est-à-dire qu’il voulait l’éprouver et voir si son fils Rabba l’honorerait. La Guemara demande : Mais peut-être que son fils se mettrait en colère et que Rav Huna transgresserait ainsi l’interdit : « Tu ne mettras pas d’obstacle devant l’aveugle » (Lévitique 19:14), car en mettant son fils à l’épreuve, Rav Huna l’aurait amené à fauter. La Guemara répond : C’était un cas où le père avait renoncé à son honneur dès le départ. Par conséquent, même si le fils se mettait en colère contre lui, il n’aurait pas violé la mitsva.
וְהָא קָעָבַר מִשּׁוּם ״בַּל תַּשְׁחִית״! דַּעֲבַד לֵיהּ בְּפוּמְבְּיָינֵי. וְדִילְמָא מִשּׁוּם הָכִי לָא רָתַח? דְּעָבֵד לֵיהּ בִּשְׁעַת רִיתְחֵיהּ.
La Guemara demande : Mais, en déchirant ses vêtements, il transgresse l’interdiction : Ne détruis pas (voir Deutéronome 20:19). La Guemara répond que Rav Houna a fait une déchirure à la couture, de sorte que le vêtement pouvait être réparé. La Guemara demande : Peut-être était-ce pour cette raison que le fils ne s’est pas mis en colère, parce qu’il a vu que son père n’avait causé aucun dommage réel ? La Guemara répond : Il a fait cela lorsque le fils était déjà en colère pour une autre raison, afin qu’il ne remarque pas ce détail.
מַתְנֵי לֵיהּ רַב יְחֶזְקֵאל לְרָמִי בְּרֵיהּ: הַנִּשְׂרָפִים בַּנִּסְקָלִים, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: יִדּוֹנוּ בִּסְקִילָה, שֶׁהַשְּׂרֵיפָה חֲמוּרָה.
La Guemara cite une autre histoire concernant la mitsva d’honorer son père et sa mère. Rav Yeḥezkel enseigna à son fils Rami : Si des personnes condamnées à être brûlées se sont mêlées à celles condamnées à être lapidées, Rabbi Shimon dit : Toutes sont jugées par la peine de lapidation, car la peine de brûlure est plus sévère. Puisque la peine capitale de chacune est incertaine, toutes sont traitées avec indulgence.
אֲמַר לֵיהּ רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ: אַבָּא, לָא תַּיתְנְיֵיהּ הָכִי. מַאי אִירְיָא שְׂרֵיפָה חֲמוּרָה, תִּיפּוֹק לִי דְּרוּבָּא נִסְקָלִים נִינְהוּ! אֶלָּא הָכִי אַיתְנְיֵיהּ: הַנִּסְקָלִים בַּנִּשְׂרָפִים.
Rav Yehuda, qui était aussi le fils de Rav Yeḥezkel, lui dit : Père, n’enseigne pas la michna de cette manière, car, selon cette version, pourquoi est-ce la halakha spécifiquement parce que la brûlure est plus sévère que la lapidation ? Qu’il le déduise du fait que la majorité est condamnée à être lapidée. La formulation de la baraita, qui dit que ceux qui devaient être brûlés se sont mêlés à ceux qui devaient être lapidés, indique que les personnes condamnées à la lapidation sont majoritaires. Si c’est le cas, il faut simplement suivre la majorité. Au contraire, je l’enseignerai de cette manière : Si ceux qui sont condamnés à être lapidés se sont mêlés à ceux qui sont condamnés à être brûlés, ils sont tous jugés par la peine de lapidation bien que cela soit la minorité, car ils sont tous traités avec indulgence.
אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי אֵימָא סֵיפָא: וַחֲכָמִים אוֹמְרִים יִדּוֹנוּ בִּשְׂרֵיפָה, שֶׁהַסְּקִילָה חֲמוּרָה. מַאי אִירְיָא דִּסְקִילָה חֲמוּרָה? תִּיפּוֹק לִי דְּרוּבָּא נִשְׂרָפִים נִינְהוּ!
Rav Yeḥezkel lui dit : Si c’est le cas, énonce la clause finale de la michna : Et les Sages disent qu’ils doivent être jugés par la peine de brûlure, puisque la peine de lapidation est plus sévère. Selon ta version, pourquoi est-ce la halakha spécifiquement parce que la lapidation est plus sévère ? Qu’il le déduise du fait que la majorité des gens sont condamnés à être brûlés, et l’on suit la majorité.
אֲמַר לֵיהּ: הָתָם רַבָּנַן הוּא דְּקָאָמְרוּ לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן: דְּקָאָמְרַתְּ שְׂרֵיפָה חֲמוּרָה – לָא, סְקִילָה חֲמוּרָה.
Son fils Rav Yehuda lui dit : La déclaration des Sages n’est pas difficile, car là, les Sages disent à Rabbi Shimon ce qui suit : Ce que tu as dit, à savoir que la brûlure est plus sévère, n’est pas le cas ; au contraire, la lapidation est plus sévère. En d’autres termes, les Sages répondaient spécifiquement au raisonnement de Rabbi Shimon et ont donc avancé l’affirmation opposée, en ignorant la question de savoir quel groupe est majoritaire.
אֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב יְהוּדָה: שִׁינָּנָא, לָא תֵּימָא לֵיהּ לַאֲבוּךְ הָכִי. דְּתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה אָבִיו עוֹבֵר עַל דִּבְרֵי תוֹרָה, אַל יֹאמַר לוֹ ״אַבָּא עָבַרְתָּ עַל דִּבְרֵי תוֹרָה״, אֶלָּא אוֹמֵר לוֹ: ״אַבָּא כָּךְ כָּתוּב בַּתּוֹרָה״. ״כָּךְ כָּתוּב בַּתּוֹרָה״ – צַעוֹרֵי קָא מְצַעַר לֵיהּ! אֶלָּא אוֹמֵר לוֹ: ״אַבָּא, מִקְרָא כָּתוּב בַּתּוֹרָה כָּךְ״.
Plus tard, Shmuel dit à Rav Yehuda : ô toi aux grandes dents, ne parle pas ainsi à ton père, car c’est irrespectueux. Comme il est enseigné dans une baraita : Si le père de quelqu’un transgressait une question de Torah, il ne devrait pas lui dire explicitement : Père, tu as transgressé une question de Torah. Au contraire, il devrait lui dire : Père, ainsi est-il écrit dans la Torah. La Guemara demande : S’il lui dit directement : C’est ce qui est écrit dans la Torah, il lui causera de la peine. Au contraire, il devrait lui dire : Père, ce verset est écrit dans la Torah, puis citer le verset, d’où son père comprendra de lui-même qu’il a agi de manière inappropriée.
אֶלְעָזָר בֶּן מַתְיָא אוֹמֵר: אַבָּא אוֹמֵר: ״הַשְׁקֵינִי מַיִם״, וּמִצְוָה לַעֲשׂוֹת – מַנִּיחַ אֲנִי כְּבוֹד אַבָּא, וְעוֹשֶׂה אֶת הַמִּצְוָה. שֶׁאֲנִי וְאַבָּא חַיָּיבִים בַּמִּצְוָה. אִיסִי בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם אֶפְשָׁר לַמִּצְוָה לֵיעָשׂוֹת עַל יְדֵי אֲחֵרִים – תֵּיעָשֶׂה עַל יְדֵי אֲחֵרִים, וְיֵלֵךְ הוּא בִּכְבוֹד אָבִיו. אָמַר רַב מַתְנָה: הֲלָכָה כְּאִיסִי בֶּן יְהוּדָה.
§ Elazar ben Matya dit : Si mon père dit : Donne-moi de l’eau, et qu’au même moment il y a une mitzva que je dois accomplir, je mets de côté l’honneur de mon père et j’accomplis la mitzva, car mon père et moi sommes tous deux tenus par la mitzva. Isi ben Yehuda dit : S’il est possible que cette mitzva soit accomplie par d’autres, qu’elle soit accomplie par d’autres, et il doit aller s’occuper de l’honneur dû à son père, car l’honneur de son père est son obligation à lui seul. Rav Mattana dit : La halakha concernant cette question est conforme à l’opinion de Isi ben Yehuda.
אָמַר רַב יִצְחָק בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב מַתְנָה אָמַר רַב חִסְדָּא: הָאָב שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ – כְּבוֹדוֹ מָחוּל. הָרַב שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ – אֵין כְּבוֹדוֹ מָחוּל.
Rav Yitzḥak bar Sheila dit que Rav Mattana dit que Rav Ḥisda dit : En ce qui concerne un père qui renonce à son honneur, son honneur est considéré comme abandonné, et son fils ne transgresse pas s’il ne le traite pas de la manière appropriée. En revanche, en ce qui concerne un rabbin qui renonce à son honneur, son honneur n’est pas considéré comme abandonné.
וְרַב יוֹסֵף אָמַר: אֲפִילּוּ הָרַב שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ – כְּבוֹדוֹ מָחוּל. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַה׳ הֹלֵךְ לִפְנֵיהֶם יוֹמָם״. אָמַר רָבָא: הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עָלְמָא דִּילֵיהּ הוּא, וְתוֹרָה דִּילֵיהּ הִיא – מָחֵיל לֵיהּ לִיקָרֵיהּ,
Et Rav Yosef dit : Même en ce qui concerne un rabbin qui renonce à son honneur, son honneur est considéré comme renoncé, comme il est dit : « Et le Seigneur allait devant eux le jour » (Exode 13:21). Dieu Lui-même, le Maître du peuple juif, avait renoncé à l’honneur qui Lui était dû et S’est donné la peine de guider le peuple. Rava dit : Comment peut-on comparer ces cas ? Là-bas, en ce qui concerne le Saint, béni soit-Il, le monde est à Lui et la Torah est à Lui, et par conséquent Il peut renoncer à Son honneur.