אוֹרְחָא דְמִילְּתָא כַּמָּה? אָמַר רַב: חֹדֶשׁ כָּאן, וְחֹדֶשׁ בַּבַּיִת. שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְכׇל דְּבַר הַמַּחְלְקוֹת הַבָּאָה וְהַיּוֹצֵאת חֹדֶשׁ בְּחֹדֶשׁ לְכֹל חׇדְשֵׁי הַשָּׁנָה״. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: חֹדֶשׁ כָּאן וּשְׁנַיִם בְּבֵיתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֹדֶשׁ יִהְיוּ בַלְּבָנוֹן שְׁנַיִם חֳדָשִׁים בְּבֵיתוֹ״.
La Guemara explique sa question : Bien qu’un homme puisse légalement conclure avec sa femme n’importe quel accord afin de limiter ses droits conjugaux, quelle mesure constitue une manière acceptable en cette matière ? Rav a dit : Le mari peut passer un mois ici, dans la maison d’étude, et doit ensuite passer un mois à la maison. L’allusion à cela est comme il est dit au sujet des unités de réserve servant dans l’armée du roi David : « Pour toute affaire des divisions, qui entraient et sortaient mois par mois durant tous les mois de l’année » (I Chroniques 27:1). Et Rabbi Yoḥanan a dit : Il peut passer un mois ici, dans la maison d’étude, et ensuite deux mois chez lui, comme il est dit au sujet des ouvriers qui travaillaient à la construction du Temple : « Un mois ils étaient au Liban, et deux mois à la maison » (I Rois 5:28).
וְרַב נָמֵי, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר מֵהַהִיא? שָׁאנֵי בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, דְּאֶפְשָׁר עַל יְדֵי אֲחֵרִים: וְרַבִּי יוֹחָנָן מַאי טַעְמָא לָא אָמַר מֵהַהִיא? שָׁאנֵי הָתָם, דְּאִית לֵיהּ הַרְוָוחָה.
La Guemara demande : Et quelle est la raison pour laquelle Rav n’a pas également avancé une preuve tirée de cette source qu’a citée Rabbi Yoḥanan ? La Guemara répond : La construction du Temple est différente, puisqu’il est possible que ce travail soit effectué par d’autres, car de nombreuses personnes y participaient ; mais en ce qui concerne l’étude de la Torah, qui ne peut pas être accomplie par d’autres, il lui est permis de passer un mois ici et un mois là-bas. La Guemara demande encore : Et quelle est la raison pour laquelle Rabbi Yoḥanan n’a pas avancé une preuve tirée de cette source qu’a citée Rav ? La Guemara répond : Là, s’agissant du roi David, c’est différent, puisqu’il en tire profit en travaillant pour le roi ; puisqu’il y a un profit en jeu, sa femme pourrait être disposée à renoncer à ce qu’il reste avec elle. Cependant, en général, une femme veut que son mari passe la majeure partie de son temps à la maison ; ainsi, en ce qui concerne l’étude de la Torah, où il n’y a pas de profit financier, elle ne renoncera pas à son droit pour une période aussi longue.
אָמַר רַב: אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה בֶן אָדָם הֵאָנַח בְּשִׁבְרוֹן מׇתְנַיִם וּבִמְרִירוּת תֵּאָנַח״. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אַף כׇּל גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה כִּי יֹאמְרוּ אֵלֶיךָ עַל מָה אַתָּה נֶאֱנָח וְאָמַרְתָּ אֶל שְׁמוּעָה כִי בָאָה וְנָמֵס כׇּל לֵב וְרָפוּ כׇל יָדַיִם וְכִהֲתָה כׇל רוּחַ וְכׇל בִּרְכַּיִם תֵּלַכְנָה מַּיִם״.
§ À propos d’un différend entre Rav et Rabbi Yoḥanan au sujet de la construction du Temple, la Guemara cite un autre différend entre eux. Rav a dit : Le gémissement brise la moitié du corps d’une personne, comme il est dit : « Gémis donc, fils de l’homme, avec le brisement de tes reins, gémis avec amertume » (Ézéchiel 21:11), ce qui indique que le gémissement brise la moitié du corps, jusqu’aux reins. Et Rabbi Yoḥanan a dit que le gémissement brise même le corps entier d’une personne, comme il est dit : « Et il arrivera que, lorsqu’ils te diront : Pourquoi gémis-tu ? tu diras : À cause de la nouvelle, car elle vient, et tout cœur fondra, et toutes les mains seront affaiblies, et tout esprit sera abattu, et tous les genoux se fondront en eau » (Ézéchiel 21:12).
וְרַבִּי יוֹחָנָן נָמֵי, הָכְתִיב ״בְּשִׁבְרוֹן מׇתְנַיִם״! הָהִיא דְּכִי מַתְחֲלָא — מִמׇּתְנַיִם מַתְחֲלָא. וְרַב נָמֵי, הָכְתִיב: ״וְנָמֵס כׇּל לֵב וְרָפוּ כׇל יָדַיִם וְכִהֲתָה כׇל רוּחַ״! שָׁאנֵי שְׁמוּעָה דְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, דְּתַקִּיפָא טוּבָא.
La Guemara demande : Et pourquoi Rabbi Yoḥanan ne dit-il pas non plus que cela brise la moitié du corps d’une personne ? N’est-il pas écrit : « Avec le brisement de tes reins », ce qui implique que cela ne brise pas le corps entier ? La Guemara répond : Cela ne signifie pas que le brisement n’atteint que les reins, mais plutôt que, lorsque le soupir commence à affecter une personne, il commence par ses reins. La Guemara demande : Et pourquoi Rav ne dit-il pas non plus que cela brise le corps entier ? N’est-il pas écrit : « Et tout cœur fondra, et toutes les mains seront relâchées, et tout esprit défaillira », ce qui indique que le gémissement brise le corps entier ? La Guemara répond : La nouvelle concernant la destruction du Temple est différente, car elle est extrêmement accablante et cause une grande angoisse, mais en général un soupir ne brise que la moitié du corps.
הָהוּא יִשְׂרָאֵל וְגוֹי דַּהֲווֹ קָאָזְלִי בְּאוֹרְחָא בַּהֲדֵי הֲדָדֵי. לָא אִימְּצִי גּוֹי לְסַגּוֹיֵי בַּהֲדֵי יִשְׂרָאֵל. אַדְכְּרֵיהּ חוּרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נְגִיד וְאִיתְּנַח, וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא אִימְּצִי גּוֹי לְסַגּוֹיֵי בַּהֲדֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לָאו אָמְרִיתוּ ״אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם״? אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי מִילֵּי מִילְּתָא חַדְתִּי, אֲבָל הָא דַּשְׁנַן בָּהּ — לָא. דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: (דְּמַלְּפִי) [דְּמַלְּפָא] תִּכְלֵי — לָא בָּהֲתָה.
Il est rapporté que un certain Juif et un gentil marchaient ensemble sur la route. Le gentil ne parvenait pas à suivre le Juif, qui marchait plus vite, et lui rappela donc la destruction du Temple afin d’attrister le Juif et de le faire ralentir. Le Juif soupira et gémit, mais malgré cela le gentil ne parvenait toujours pas à le suivre, car le Juif marchait encore plus vite. Le gentil lui dit : Ne dites-vous pas que gémir brise la moitié du corps d’une personne ? Pourquoi cela ne t’a-t-il pas affecté ? Il lui dit : Cela ne s’applique que à une affaire nouvelle et douloureuse, mais ceci, dont nous avons souffert à maintes reprises et auquel nous nous sommes habitués, ne nous affecte pas autant, comme on dit : Celle qui est habituée à être endeuillée de ses enfants ne panique pas [bahata] lorsque l’un d’eux meurt ; de même, celui qui est habitué à une tragédie n’est pas aussi dévasté lorsqu’on la lui rappelle.
הַטַּיָּילִין בְּכׇל יוֹם. מַאי ״טַיָּילִין״? אָמַר רָבָא: בְּנֵי פִירְקֵי. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: מַאן דִּכְתִיב בְּהוּ ״שָׁוְא לָכֶם מַשְׁכִּימֵי קוּם מְאַחֲרֵי שֶׁבֶת אוֹכְלֵי לֶחֶם הָעֲצָבִים כֵּן יִתֵּן לִידִידוֹ שֵׁנָא״, וְאָמַר רַב יִצְחָק: אֵלּוּ נְשׁוֹתֵיהֶן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, שֶׁמְּנַדְּדוֹת שֵׁינָה מֵעֵינֵיהֶם בָּעוֹלָם הַזֶּה, וּבָאוֹת לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא, וְאַתְּ אָמְרַתְּ בְּנֵי פִירְקֵי?!
§ La michna a dit que les hommes de loisir doivent avoir des relations conjugales avec leurs épouses chaque jour. La Guemara demande : Que signifie le terme hommes de loisir ? Rava a dit : Ce sont des étudiants de la Torah qui vont chaque jour réviser leurs leçons dans une maison d’étude locale et rentrent chez eux chaque soir. Abaye lui dit : Les épouses des érudits de la Torah sont celles à propos desquelles il est écrit : « C’est en vain que vous vous levez tôt et vous couchez tard, vous qui mangez le pain de la peine ; ainsi Il donne à Son bien-aimé pendant le sommeil » (Psaumes 127:2), et Rabbi Yitzḥak a dit en expliquant ce verset : Ce sont les épouses des érudits de la Torah qui privent leurs yeux de sommeil dans ce monde et parviennent à la vie du Monde à venir. Cela indique que les érudits de la Torah se donnent beaucoup de peine dans leurs études et ne sont pas à la maison le soir, et toi, tu dis que les étudiants qui révisent leurs leçons sont des hommes de loisir, dont les épouses ont des droits conjugaux chaque nuit ?
אֶלָּא אָמַר אַבָּיֵי: כִּדְרַב, דְּאָמַר רַב: כְּגוֹן רַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת, דְּאָכֵיל מִדִּידֵיהּ, וְשָׁתֵי מִדִּידֵיהּ, וְגָנֵי בְּטוּלָּא דְאַפַּדְנֵיהּ, וְלָא חָלֵיף פְּרִיסְתְּקָא דְמַלְכָּא אַבָּבֵיהּ. כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר: כְּגוֹן מְפַנְּקִי דְמַעְרְבָא.
Au contraire, Abaye dit : La michna doit être expliquée conformément à l’opinion de Rav, comme Rav l’a dit : Il s’agit d’un homme tel que Rabbi Shmuel bar Sheilat, qui mangeait ce qui lui appartenait, buvait ce qui lui appartenait, dormait à l’ombre de sa propre maison, et le percepteur du roi [peristaka] ne passait pas devant sa porte, car on ne savait pas qu’il était un homme aisé. Un homme comme celui-ci, qui a un revenu stable et aucun souci, est appelé un homme oisif. Quand Ravin arriva d’Eretz Israël, il dit : Par exemple, les hommes riches et choyés de l’Ouest, c’est-à-dire d’Eretz Israël, sont appelés des hommes oisifs. En raison du temps dont ils disposent et de la richesse de leur alimentation, ils ont la capacité de satisfaire leurs épouses chaque nuit.
רַבִּי אֲבָהוּ הֲוָה קָאֵי בֵּי בָאנֵי. הֲווֹ סָמְכִי לֵיהּ תְּרֵי עַבְדֵי. אִיפְּחִית בֵּי בָאנֵי מִתּוּתֵיהּ, אִיתְרְמִי לֵיהּ עַמּוּדָא, סְלֵיק וְאַסְּקִינְהוּ. רַבִּי יוֹחָנָן הֲוָה קָסָלֵיק בְּדַרְגָּא, הֲווֹ סָמְכִי לֵיהּ רַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי. אִיפְּחִתָא דַּרְגָּא תּוּתֵיהּ, סְלֵיק וְאַסְּקִינְהוּ. אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנַן: וְכִי מֵאַחַר דְּהָכִי, לְמָה לֵיהּ לְמִיסְמְכֵיהּ? אֲמַר לְהוּ: אִם כֵּן מָה אַנִּיחַ לְעֵת זִקְנָה?
Pour illustrer ce point, la Guemara rapporte deux incidents démontrant la santé et la force des habitants d’Eretz Yisraël : Rabbi Abbahou se tenait un jour dans le bain public, et deux esclaves le soutenaient dans sa marche. Le bain public s’effondra sous lui et fut détruit. Il trouva un pilier, se tint dessus et sortit, et les hissa tous deux en haut avec lui. De même, Rabbi Yoḥanan était un jour en train de monter un escalier, et Rav Ami et Rav Assi le soutenaient. L’escalier s’effondra sous lui, mais il monta et les hissa tous deux en haut avec lui. Les Sages lui dirent : Puisque il est clair que tu es si fort, pourquoi as-tu besoin que des gens te soutiennent ? Il leur dit : Si c’est ainsi, si je dépense toute ma force maintenant, que me restera-t-il pour moi-même dans ma vieillesse ?
וְהַפּוֹעֲלִים שְׁתַּיִם בַּשַּׁבָּת. וְהָתַנְיָא: הַפּוֹעֲלִים אַחַת בַּשַּׁבָּת! אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּעוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעִירָן, כָּאן בְּעוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעִיר אַחֶרֶת. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַפּוֹעֲלִים שְׁתַּיִם בַּשַּׁבָּת, בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — בְּעוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעִירָן, אֲבָל בְּעוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעִיר אַחֶרֶת — אַחַת בַּשַּׁבָּת.
§ La michna a dit : L’intervalle fixé pour que les ouvriers remplissent leurs obligations conjugales envers leurs épouses est de deux fois par semaine. La Guemara demande : N’est-il pas enseigné dans une baraita : Pour les ouvriers, une fois par semaine ? Rabbi Yossei, fils de Rabbi Ḥanina, a dit : Ce n’est pas difficile : ici, il s’agit du cas où ils travaillent dans leur propre ville. Là-bas, il s’agit du cas où ils travaillent dans une autre ville. Cela est également enseigné dans la Tosefta (5:6) : Pour les ouvriers, deux fois par semaine. Dans quel cas cette déclaration est-elle dite ? C’est lorsqu’ils travaillent dans leur propre ville, mais lorsqu’ils travaillent dans une autre ville, l’intervalle fixé pour leurs obligations conjugales est de une fois par semaine.
הַחַמָּרִים אַחַת בַּשַּׁבָּת. אֲמַר לֵיהּ רַבָּה בַּר רַב חָנָן לְאַבָּיֵי: אִיכְּפַל תַּנָּא לְאַשְׁמוֹעִינַן טַיָּיל וּפוֹעֵל? אֲמַר לֵיהּ: לָא,
§ La michna a dit : L’intervalle fixé pour les conducteurs d’ânes est une fois par semaine, et pour les autres professions il est encore moins fréquent. Rabba bar Rav Ḥanan dit à Abaye : Le tanna s’est-il donné toute cette peine uniquement pour nous enseigner la halakha concernant un homme oisif et un ouvrier ? D’après les intervalles fixés pour les obligations conjugales, il semble que la halakha selon laquelle celui qui a fait le vœu d’interdire à sa femme les relations conjugales pendant plus d’une semaine doit divorcer d’elle ne se rapporte qu’à un homme oisif ou à un ouvrier, dont l’intervalle fixé pour les relations conjugales est plus court que cette période. Cependant, pour les autres personnes, dont l’intervalle fixé est d’une fois par mois ou encore moins fréquent, il ne devrait pas être nécessaire de divorcer de sa femme, puisque le vœu ne la prive pas de ses droits conjugaux plus longtemps que la période pendant laquelle elle en aurait de toute façon été privée. Il lui dit : Non,