אֲבָל הַדַּיָּינִין חוֹתְמִים אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא קְרָאוּהוּ.
Cependant, les juges signent bien un document même s’ils ne l’ont pas lu, car ils ne font que certifier les signatures sans se rapporter aucunement au contenu du document.
עֲשָׂאָהּ סִימָן לְאַחֵר. אָמַר אַבָּיֵי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְאַחֵר, אֲבָל לְעַצְמוֹ — לֹא אִיבֵּד אֶת זְכוּתוֹ.
§ La michna a enseigné que si quelqu’un a établi un champ comme repère pour un autre champ, tout le monde est d’accord qu’il a perdu son droit de contester sa propriété. Abaye a dit : Ils ont enseigné cela seulement dans un cas où il l’a déclaré dans un document sans rapport avec le champ en question, qui a été rédigé pour une autre personne. Cependant, s’il l’a établi comme repère pour lui-même, lorsqu’il achetait un autre champ appartenant à la personne qui est en possession du champ contesté, il n’a pas perdu son droit.
דְּאָמַר: אִי דְּלָא עֲבַדִי לֵיהּ הָכִי לָא הֲוָה מְזַבֵּין לַהּ נִיהֲלִי, מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר? אִיבְּעִי לִי לְמִימְסַר מוֹדָעָא — חַבְרָךְ חַבְרָא אִית לֵיהּ, וְחַבְרָא דְחַבְרָךְ חַבְרָא אִית לֵיהּ.
La raison est que le demandeur peut dire : Si je n’avais pas accompli cet acte consistant à écrire que le champ appartient à lui, il ne m’aurait pas vendu cet autre champ. Qu’as-tu à dire contre cet argument ? Vas-tu dire que j’aurais dû publier un avis et déclarer en présence de témoins que je suis forcé d’écrire ainsi dans le contrat ? J’étais préoccupé à l’idée de faire cela, car ton ami a un ami et l’ami de ton ami a un ami. En d’autres termes, il est difficile de garder secrète une annonce de ce genre, et finalement mon avis serait devenu de notoriété publique et serait parvenu au propriétaire du champ lui-même, et il aurait refusé de me vendre l’autre parcelle de terre.
הָהוּא דַּעֲשָׂאָהּ סִימָן לְאַחֵר, עַרְעַר, וּשְׁכֵיב, וְאוֹקֵים אַפּוֹטְרוֹפָּא. אֲתָא אַפּוֹטְרוֹפּוֹס לְקַמֵּיהּ דְּאַבָּיֵי. אֲמַר לֵיהּ: עֲשָׂאָהּ סִימָן לְאַחֵר אִיבֵּד אֶת זְכוּתוֹ.
§ La Guemara rapporte : Il y avait un certain individu qui avait établi un champ comme repère pour un autre champ, la propriété du premier champ étant attribuée à quelqu’un d’autre. Plus tard, il contesta la propriété du premier champ, affirmant qu’il lui appartenait, puis il mourut. Et avant sa mort, il avait nommé un administrateur pour gérer les biens de ses orphelins. L’administrateur se présenta devant Abaye. Abaye lui dit : Le défunt avait établi le champ comme repère pour un autre et, par conséquent, il a perdu son droit de contester la propriété de la terre.
אֲמַר: אִי הֲוָה אֲבוּהוֹן דְּיַתְמֵי קַיָּים, הֲוָה טָעֵין וְאָמַר: ״תֶּלֶם אֶחָד עָשִׂיתִי לָךְ״. אֲמַר לֵיהּ: שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אִם טָעַן וְאָמַר ״תֶּלֶם אֶחָד עָשִׂיתִי לָךְ״ — נֶאֱמָן. זִיל הַב לֵיהּ מִיהַת תֶּלֶם אֶחָד.
L’intendant dit à Abaye : Si le père de ces orphelins était vivant, il aurait revendiqué et dit : J’ai établi un sillon pour toi. En d’autres termes, le repère que j’ai établi au moyen de ce champ ne visait pas l’ensemble du champ, mais seulement un sillon au bord du champ. Abaye lui dit : Tu as bien parlé, car Rabbi Yoḥanan a dit : S’il a revendiqué et dit : J’ai établi un sillon pour toi, il est jugé crédible. Va et donne-lui un sillon en tout état de cause, puisque tu admets librement qu’au moins un sillon appartient à celui qui contrôle actuellement la propriété.
הֲוָה עֲלַהּ רִיכְבָּא דְּדִיקְלֵי, אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָה אֲבוּהוֹן דְּיַתְמֵי קַיָּים, הֲוָה טָעֵין וְאָמַר, חָזַרְתִּי וְלָקַחְתִּי מִמֶּנּוּ. אֲמַר לֵיהּ: שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִם טָעַן וְאָמַר ״חָזַרְתִּי וּלְקַחְתִּיו מִמֶּנּוּ״ — נֶאֱמָן. אָמַר אַבָּיֵי: הַאי מַאן דְּמוֹקֵים אַפּוֹטְרוֹפָּא — נוֹקֵים כִּי הַאי דְּיָדַע לְאַפּוֹכֵי בִּזְכוּתָא דְיַתְמֵי.
Dans ce sillon particulier il y avait une rangée de palmiers, que l’intendant ne voulait pas perdre. Il dit à Abaye : Si le père de ces orphelins était vivant, il aurait prétendu et dit : J’ai bien vendu le champ à cet homme, mais je suis revenu et je l’ai racheté de lui quelque temps plus tard. Abaye lui dit : Tu as bien parlé, car Rabbi Yoḥanan a dit : S’il a prétendu et dit : Je suis revenu et je l’ai racheté de lui, il est jugé crédible. Après que l’intendant eut gagné son procès au tribunal, Abaye dit : Celui qui veut nommer un intendant doit nommer quelqu’un comme cet homme, qui sait veiller aux droits des orphelins et plaider en leur faveur.
מַתְנִי׳ מִי שֶׁהָלַךְ לִמְדִינַת הַיָּם וְאָבְדָה דֶּרֶךְ שָׂדֵהוּ. אַדְמוֹן אוֹמֵר: יֵלֵךְ לוֹ בִּקְצָרָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יִקְנֶה לוֹ דֶּרֶךְ בְּמֵאָה מָנֶה, אוֹ יִפְרַח בָּאֲוִיר.
MICHNA : En ce qui concerne quelqu’un qui est parti outre-mer et qu’entre-temps le chemin menant à son champ a été perdu, par exemple, le chemin qu’il utilisait pour atteindre sa terre a été accaparé par le propriétaire du champ par lequel il passait, de sorte que son emplacement exact est désormais inconnu, Admon dit : Qu’il aille à son champ par le chemin le plus court possible. Et les Sages disent : Qu’il s’achète un chemin auprès du propriétaire d’un champ voisin au prix qu’il pourra, même si c’est cent dinars [maneh], ou qu’il vole dans les airs.
גְּמָ׳ מַאי טַעְמָא דְרַבָּנַן, שַׁפִּיר קָאָמַר אַדְמוֹן! אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כְּגוֹן שֶׁהִקִּיפוּהָ אַרְבָּעָה בְּנֵי אָדָם מֵאַרְבַּע רוּחוֹתֶיהָ — אִי הָכִי, מַאי טַעְמָא דְאַדְמוֹן?
GUEMARA : La Guemara demande : Quelle est la raison de l’opinion des Sages selon laquelle il n’a pas automatiquement droit à un chemin menant à son champ ? Après tout, Admon parle avec justesse, puisqu’il a été établi qu’il possédait auparavant un chemin. Rav Yehouda a dit que Rav a dit : la michna traite d’un cas où le champ était entouré sur ses quatre côtés par la propriété de quatre personnes différentes. Chacune des quatre propriétés adjacentes à son champ appartenait à une personne différente, et chacune d’elles niait que son chemin traversait sa terre. Puisqu’il est incapable de prouver sa revendication à l’égard de chacune d’elles, il n’a d’autre choix que de s’acheter un nouveau chemin. La Guemara demande : Si tel est le cas, quelle est la raison de l’opinion d’Admon ?
אָמַר רָבָא: בְּאַרְבְּעָה דְּאָתוּ מִכֹּחַ אַרְבְּעָה, וְאַרְבְּעָה דְּאָתוּ מִכֹּחַ חַד — כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּמָצֵי מְדַחֵי לֵיהּ. כִּי פְּלִיגִי בְּחַד דְּאָתֵי מִכֹּחַ אַרְבְּעָה.
Rava a dit : Dans un cas où il y a quatre propriétaires de champs qui tiennent leurs droits de quatre propriétaires précédents, et dans un cas où il y a quatre propriétaires qui tiennent leurs droits d’un seul propriétaire précédent de l’ensemble des quatre propriétés, tout le monde s’accorde à dire qu’ils peuvent repousser les revendications du propriétaire du champ du milieu, car chacun peut dire : Ton chemin ne traversait pas ma propriété. Là où ils sont en désaccord, c’est dans un cas où il y a un propriétaire actuel de quatre champs qui tient ses droits de quatre propriétaires précédents.
אַדְמוֹן סָבַר: מִכׇּל מָקוֹם דַּרְכָּא אִית לִי גַּבָּךְ. וְרַבָּנַן סָבְרִי: אִי שָׁתְקַתְּ — שָׁתְקַתְּ, וְאִי לָא — מַהְדַּרְנָא שְׁטָרָא לְמָרַיְיהוּ וְלָא מָצֵית לְאִשְׁתַּעוֹיֵי דִּינָא בַּהֲדַיְיהוּ.
Rava explique : Admon soutient que le demandeur peut dire au propriétaire du terrain : Quoi qu’il en soit, j’ai un chemin à travers ta propriété. Bien qu’il ne puisse pas prouver où passait le chemin, il se trouvait certainement à l’intérieur du périmètre de la propriété du propriétaire foncier qui borde sa propre parcelle de terre, et pour cette raison il choisit l’itinéraire le plus court. Et les Sages soutiennent que le propriétaire du terrain peut dire à l’homme : Si tu gardes le silence, alors garde le silence et nous ferons un compromis ; et sinon, je rendrai le document de chaque champ à son propriétaire précédent et tu ne pourras pas négocier avec eux, car tu ne sais pas par quel champ passait ton chemin.
הָהוּא דַּאֲמַר לְהוּ: דִּיקְלָא לִבְרַת. אֲזוּל יַתְמֵי פְּלוּג לְנִכְסֵי, לָא יְהַבוּ לַהּ דִּיקְלָא. סְבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר: הַיְינוּ מַתְנִיתִין.
§ La Guemara raconte : Il y avait un certain homme qui dit à ses héritiers, dans son testament : Je laisse un palmier à ma fille. Les orphelins allèrent et partagèrent les biens et ne donnèrent pas à la fille de palmier du tout. Rav Yosef pensa dire que cela est exactement comme le cas de la michna, car chaque héritier peut lui dire : L’arbre qui t’a été désigné n’est pas dans ma part mais dans celle d’un autre héritier.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: מִי דָּמֵי? הָתָם כֹּל חַד וְחַד מָצֵי מְדַחֵי לֵיהּ, הָכָא דִּיקְלָא גַּבַּיְיהוּ הוּא. מַאי תַּקַּנְתַּיְיהוּ? לִיתְּבוּ לַהּ דִּיקְלָא וְלֶיהְדְּרוּ וְלִיפַּלְגוּ מֵרֵישָׁא.
Abaye lui dit : Les cas sont-ils comparables ? Là-bas, chacun et tous les propriétaires des champs peuvent l’éconduire, car en réalité le chemin n’est peut-être pas passé par sa propriété, tandis qu’ici, le palmier est en leur possession, c’est-à-dire qu’ils partagent tous l’obligation de lui donner un arbre, et chacun détient illégalement une part de celui-ci. Abaye ajoute : Quel est leur recours ? Qu’ils lui donnent un palmier et qu’ils reviennent partager le bien hérité une fois encore dès le début. Puisque le palmier sera pris sur l’une des parts, ils doivent redistribuer la succession à nouveau depuis le commencement.
הָהוּא דַּאֲמַר לְהוּ: דִּיקְלָא לִבְרַת. שְׁכֵיב וּשְׁבַיק תְּרֵי פַּלְגֵי דְּדִיקְלָא.
La Guemara raconte une histoire similaire : Il y avait un certain homme qui dit à ses héritiers, dans son testament : Je laisse un palmier à ma fille. Il mourut et laissa derrière lui deux moitiés de palmiers, car il y avait deux arbres qu’il partageait avec différents associés commerciaux. Les héritiers souhaitaient donner à la jeune fille ces deux moitiés, malgré le fait que s’en occuper impliquerait nettement plus de travail que de s’occuper d’un seul arbre.
יָתֵיב רַב אָשֵׁי וְקָא קַשְׁיָא לֵיהּ: מִי קָרוּ אִינָשֵׁי לִתְרֵי פַּלְגֵי דִּיקְלֵי דִּיקְלָא, אוֹ לָא? אֲמַר לֵיהּ רַב מָרְדֳּכַי לְרַב אָשֵׁי: הָכִי אָמַר אֲבִימִי מֵהַגְרוֹנְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: קָרוּ אִינָשֵׁי לִתְרֵי פַּלְגֵי דִּיקְלֵי דִּיקְלָא.
Rav Ashi s’assit et souleva une difficulté à l’égard de la proposition des héritiers. Les gens appellent-ils deux moitiés de palmier un palmier entier ou non ? Si la déclaration du père mourant peut raisonnablement être interprétée comme se référant à ces deux moitiés, elle est désavantagée, car la charge de la preuve incombe à la demanderesse. À l’inverse, si cette explication de ses volontés est déraisonnable, ils doivent lui donner un arbre entier. Quelle possibilité est la bonne ? Rav Mordekhai dit à Rav Ashi : Avimi de Hagronya a dit ce qui suit au nom de Rava : Les gens appellent bien deux moitiés de palmier un palmier entier. Par conséquent, les héritiers peuvent accomplir la dernière volonté de leur père en donnant à la jeune fille les deux moitiés qu’ils ont héritées.