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אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת הָעוֹלָם, לֹא הָיָה אָדָם שֶׁקְּרָאוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״אָדוֹן״, עַד שֶׁבָּא אַבְרָהָם וּקְרָאוֹ אָדוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמַר אֲדֹנָי אֱלֹהִים בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה״.
Jusqu’à présent, la Guemara a cité des déclarations faites par Rabbi Yoḥanan au nom du tanna, Rabbi Yosei. À présent, la Guemara commence à citer ce que Rabbi Yoḥanan a dit au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : Depuis le jour où le Saint, béni soit-Il, a créé le monde, il n’y eut personne qui L’appela « Seigneur » jusqu’à ce qu’Abraham vienne et L’appelle Seigneur. Comme il est dit : « Et il dit : “Mon Seigneur, Dieu, comment saurai-je que je l’hériterai ?” » (Genèse 15:8).
אָמַר רַב: אַף דָּנִיאֵל לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּשְׁבִיל אַבְרָהָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַתָּה שְׁמַע אֱלֹהֵינוּ אֶל תְּפִלַּת עַבְדְּךָ וְאֶל תַּחֲנוּנָיו וְהָאֵר פָּנֶיךָ עַל מִקְדָּשְׁךָ הַשָּׁמֵם לְמַעַן אֲדֹנָי״, ״לְמַעַנְךָ״ מִבְּעֵי לֵיהּ.
La Guemara cite une autre déclaration exaltant cette vertu d’Abraham, comme Rav a dit : Même les prières de Daniel n’ont été exaucées qu’à cause d’Abraham, comme il est dit : « Et maintenant, écoute, Dieu, la prière de Ton serviteur et ses supplications ; et fais briller Ta face sur Ton Temple désolé, à cause du Seigneur » (Daniel 9:17). Le verset aurait dû dire : Et fais briller Ta face sur Ton Temple désolé, à cause de Toi-même, puisque Daniel s’adressait au Seigneur.
אֶלָּא — לְמַעַן אַבְרָהָם שֶׁקְּרָאֲךָ ״אָדוֹן״.
Au contraire, ce verset contient une allusion selon laquelle la prière devrait être acceptée pour le mérite d’Abraham, qui T’a appelé, Seigneur. Daniel a utilisé ce nom de Dieu afin d’évoquer le mérite d’Abraham et de renforcer sa prière.
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מִנַּיִן שֶׁאֵין מְרַצִּין לוֹ לָאָדָם בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״פָּנַי יֵלֵכוּ וַהֲנִחוֹתִי לָךְ״.
Et Rabbi Yoḥanan dit au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : D’où est-il déduit qu’on ne doit pas apaiser une personne alors qu’elle est en proie à sa colère ? Comme il est dit : « Ma présence ira, et je te donnerai du repos » (Exode 33:14).
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ לֹא הָיָה אָדָם שֶׁהוֹדָה לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, עַד שֶׁבָּאתָה לֵאָה וְהוֹדַתּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַפַּעַם אוֹדֶה אֶת ה׳״.
Et Rabbi Yoḥanan dit au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : Depuis le jour où le Saint, béni soit-Il, créa le monde, personne ne remercia le Saint, béni soit-Il, jusqu’à ce que Léa vienne et Le remercie, comme il est dit : « Elle conçut et enfanta un fils, et elle dit, ‘Cette fois, je rendrai grâce à Dieu,’ et ainsi il fut appelé Juda » (Genèse 29:35).
רְאוּבֵן. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמְרָה לֵאָה: רְאוּ מָה בֵּין בְּנִי לְבֶן חָמִי. דְּאִילּוּ בֶּן חָמִי, אַף עַל גַּב דְּמִדַּעְתֵּיהּ זַבְּנַיהּ לִבְכֵירוּתֵיהּ, דִּכְתִיב: ״וַיִּמְכֹּר אֶת בְּכֹרָתוֹ לְיַעֲקֹב״, חֲזוֹ מָה כְּתִיב בֵּיהּ: ״וַיִּשְׂטֹם עֵשָׂו אֶת יַעֲקֹב״.
Incidemment à la mention du fils de Léa, Juda, et à la raison de son nom, la Guemara explique les sources d’autres noms, y compris Ruben. Rabbi Elazar a dit : Le nom de Ruben doit être considéré comme une prophétie de Léa, car Léa a dit : Voyez [re’u] la différence entre mon fils [beni] et le fils de mon beau-père, Ésaü, fils d’Isaac. Bien que Ésaü ait sciemment vendu son droit d’aînesse à son frère Jacob, comme il est écrit : « Et il vendit son droit d’aînesse à Jacob » (Genèse 25:33), néanmoins, voici ce qui est écrit à son sujet : « Et Ésaü haït Jacob » (Genèse 27:41).
וּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר הֲכִי קָרָא שְׁמוֹ יַעֲקֹב וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם״ וְגוֹ׳.
Ésaü n’était pas seulement en colère à cause de la bénédiction d’Isaac, mais il était aussi en colère pour une autre raison, comme il est écrit : « Et il dit : “N’est-ce pas à juste titre qu’on l’a appelé Jacob, puisqu’il m’a supplanté ces deux fois ? Il a pris mon droit d’aînesse, et voici, maintenant il a pris ma bénédiction” » (Genèse 27:36). Bien qu’il ait vendu son droit d’aînesse, il refusa d’y renoncer.
וְאִילּוּ בְּנִי, אַף עַל גַּב דְּעַל כֻּרְחֵיהּ שַׁקְלֵיהּ יוֹסֵף לִבְכֵירוּתֵיהּ מִנֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וּבְחַלְּלוֹ יְצוּעֵי אָבִיו נִתְּנָה בְּכֹרָתוֹ לִבְנֵי יוֹסֵף״, אֲפִילּוּ הָכִי — לָא אִקַּנֵּא בֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וַיִּשְׁמַע רְאוּבֵן וַיַּצִּלֵהוּ מִיָּדָם״.
Tandis que mon fils, Ruben, bien que Joseph lui ait pris de force son droit d’aînesse, comme il est écrit : « Et les fils de Ruben, premier-né d’Israël, car il était le premier-né ; mais, puisqu’il souilla la couche de son père, son droit d’aînesse fut donné aux fils de Joseph, fils d’Israël » (I Chroniques 5:1). Néanmoins, il ne fut pas jaloux de lui, comme il est écrit lorsque les frères de Joseph cherchèrent à le tuer : « Et Ruben entendit et le délivra de leurs mains, disant : “Ne lui ôtons pas la vie” » (Genèse 37:21).
רוּת, מַאי ״רוּת״? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁזָּכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה דָּוִד שֶׁרִיוָּהוּ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת.
Poursuivant sur le thème des noms, la Guemara demande : Quel est le sens du nom Ruth ? Rabbi Yoḥanan a dit : Qu’elle eut le privilège que David, qui inonda le Saint, béni soit-Il, de chants et de louanges, descende d’elle. Le nom Ruth [Rut] est étymologiquement similaire en hébreu au mot inonder [riva].
מְנָא לַן דִּשְׁמָא גָּרֵים? אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּאָמַר קְרָא: ״לְכוּ חֲזוּ מִפְעֲלוֹת ה׳ אֲשֶׁר שָׂם שַׁמּוֹת בָּאָרֶץ״, אַל תִּקְרֵי ״שַׁמּוֹת״ אֶלָּא ״שֵׁמוֹת״.
Concernant l’hypothèse de base selon laquelle ces interprétations homilétiques des noms sont des allusions à l’avenir d’une personne, la Guemara demande : D’où déduisons-nous que le nom affecte la vie d’une personne ? Rabbi Eliezer a dit que le verset dit : « Venez, voyez les œuvres du Seigneur, qui a mis des noms [shemot] sur la terre » (Psaumes 46:9). Ne lis pas le mot comme shamot, mais plutôt comme shemot, noms. Les noms donnés aux gens sont donc « les œuvres du Seigneur sur la terre ».
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: קָשָׁה תַּרְבּוּת רָעָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם יוֹתֵר מִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג. שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״ה׳ מָה רַבּוּ צָרָי רַבִּים קָמִים עָלָי״, וְאִילּוּ גַּבֵּי מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג, כְּתִיב: ״לָמָּה רָגְשׁוּ גוֹיִם וּלְאֻמִּים יֶהְגּוּ רִיק״. וְאִילּוּ ״מָה רַבּוּ צָרָי״ לָא כְּתִיב.
Et Rabbi Yoḥanan dit d’autres déclarations aggadiques au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : L’existence d’enfants rebelles dans la maison d’une personne est plus pénible que la guerre de Gog et Magog, la guerre ultime, l’apogée des souffrances des temps messianiques. Comme il est dit : « Un Psaume de David, lorsqu’il fuyait devant son fils, Absalom » (Psaumes 3:1). Et il est écrit ensuite : « Seigneur, que mes ennemis sont nombreux ! Beaucoup se dressent contre moi » (Psaumes 3:2). Tandis qu’au sujet de la guerre de Gog et Magog, à laquelle il est fait allusion dans le deuxième chapitre des Psaumes, il est écrit : « Pourquoi les nations sont-elles en tumulte ? Et pourquoi les peuples parlent-ils en vain ? Les rois de la terre se dressent, et les dirigeants se concertent ensemble, contre le Seigneur et contre Son oint... Celui qui siège dans les cieux rit, le Seigneur se moque d’eux » (Psaumes 2:1–4). Cependant, dans ce chapitre décrivant la guerre de Gog et Magog, il n’est pas écrit : « que mes ennemis sont nombreux », car elle n’est pas aussi difficile que d’élever un fils rebelle comme Absalom.
״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ״, ״מִזְמוֹר לְדָוִד״?! ״קִינָה לְדָוִד״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!
Concernant la phrase d’ouverture du psaume, qui sert de titre, la Guemara s’interroge : Il est dit : « Un Psaume de David, lorsqu’il fuyait devant son fils, Absalom. » Un Psaume de David ? Il aurait fallu dire : Une lamentation de David.
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֲבִישָׁלוֹם: מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה? — לְאָדָם שֶׁיָּצָא עָלָיו שְׁטַר חוֹב. קוֹדֶם שֶׁפְּרָעוֹ הָיָה עָצֵב, לְאַחַר שֶׁפְּרָעוֹ שָׂמַח.
Rabbi Shimon ben Avishalom a dit une parabole : À quoi cela ressemble-t-il ? Cela ressemble à une personne au sujet de laquelle un billet à ordre a été émis indiquant qu’elle devait rembourser une dette au prêteur. Avant de l’avoir remboursée, elle était abattue, inquiète de savoir comment elle parviendrait à rembourser la dette. Après l’avoir remboursée, elle était heureuse.
אַף כֵּן דָּוִד, כֵּיוָן שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: ״הִנְנִי מֵקִים עָלֶיךָ רָעָה מִבֵּיתֶךָ״, הָיָה עָצֵב, אָמַר: שֶׁמָּא עֶבֶד אוֹ מַמְזֵר הוּא, דְּלָא חָיֵיס עֲלַי. כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּאַבְשָׁלוֹם הוּא — שָׂמַח. מִשּׁוּם הָכִי אֲמַר ״מִזְמוֹר״.
Il en fut de même pour David. Lorsque le Saint, béni soit-Il, lui dit, par l’intermédiaire de Nathan le prophète, après l’incident avec Bethsabée, « Voici, Je susciterai contre toi le mal venant de ta propre maison » (II Samuel 12:11), David fut abattu. Il dit : Peut-être sera-ce un esclave ou un mamzer qui s’élèvera dans ma maison, une personne d’un statut si bas, qui n’aura aucune pitié pour moi. Mais lorsque David vit qu’Absalom était celui par qui la prophétie devait s’accomplir, il se réjouit, car il était certain qu’Absalom lui montrerait de la miséricorde. C’est pourquoi David prononça un psaume, et non une lamentation, remerciant Dieu de l’avoir puni de la manière la moins sévère possible.
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מוּתָּר לְהִתְגָּרוֹת בִּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹזְבֵי תוֹרָה יְהַלְלוּ רָשָׁע וְשֹׁמְרֵי תוֹרָה יִתְגָּרוּ בָם״.
Et Rabbi Yoḥanan a dit au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : Il est permis de provoquer les méchants dans ce monde. Bien que les voies des méchants prospèrent, il est néanmoins permis de les provoquer et il n’est pas nécessaire de les craindre (Maharsha), comme il est dit : « Ceux qui abandonnent la Torah loueront la méchanceté, et ceux qui gardent la Torah lutteront contre eux » (Proverbes 28:4).
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבִּי דּוֹסְתַּאי בְּרַבִּי מָתוּן אוֹמֵר: מוּתָּר לְהִתְגָּרוֹת בִּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹזְבֵי תוֹרָה יְהַלְלוּ רָשָׁע״ וְגוֹ׳. וְאִם לְחָשְׁךָ אָדָם לוֹמַר: וְהָא כְּתִיב ״אַל תִּתְחַר בַּמְּרֵעִים אַל תְּקַנֵּא בְּעֹשֵׂי עַוְלָה״ — אֱמוֹר לוֹ: מִי שֶׁלִּבּוֹ נוֹקְפוֹ אוֹמֵר כֵּן. אֶלָּא: ״אַל תִּתְחַר בִּמְרֵעִים״ — לִהְיוֹת כַּמְּרֵעִים, ״אַל תְּקַנֵּא בְּעֹשֵׂי עַוְלָה״ — לִהְיוֹת כָּעוֹשֵׂי עַוְלָה.
Cette déclaration a également été enseignée dans une baraita, comme le dit Rabbi Dostaï, fils de Rabbi Matoun : Il est permis de provoquer les méchants dans ce monde, comme il est dit : « Ceux qui abandonnent la Torah loueront la méchanceté, et les gardiens de la Torah les combattront. » Et si quelqu’un te chuchote en disant, au contraire, n’est-il pas aussi écrit : « Ne rivalise pas avec les malfaiteurs et n’envie pas les injustes » (Psaumes 37:1), voulant dire qu’il faut éviter de provoquer les méchants, dis-lui : Seul celui dont le cœur le frappe de remords de conscience pour les péchés qu’il a commis dit cela. Au contraire, le véritable sens du verset est : Ne rivalise pas avec les malfaiteurs pour être comme les malfaiteurs, et n’envie pas les injustes pour être comme les injustes.
וְאוֹמֵר: ״אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ בַּחַטָּאִים כִּי אִם בְּיִרְאַת ה׳ כָּל הַיּוֹם״.
La Guemara cite une preuve tirée d’un autre verset. Et il est dit : « N’envie pas les injustes, mais demeure dans la crainte du Seigneur tout le jour » (Proverbes 23:17). Dans ce contexte, envier signifie chercher à imiter les injustes.
אִינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אִם רָאִיתָ רָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ אַל תִּתְגָּרֶה בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָחִילוּ דְרָכָיו בְּכָל עֵת״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁזּוֹכֶה בַּדִּין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מָרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁרוֹאֶה בְּצָרָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל צוֹרְרָיו יָפִיחַ בָּהֶם״!
À partir de ces versets dans les Psaumes et les Proverbes, on pourrait penser qu’on est encouragé à provoquer les méchants. La Guemara demande : Est-ce bien le cas ? Rabbi Yitzḥak n’a-t-il pas dit : Si tu vois une personne méchante à qui l’heure sourit, ne la provoque pas. Tant qu’elle jouit de la bonne fortune, il n’y a aucun intérêt à l’affronter. Comme il est dit : « Ses voies prospèrent en tout temps ; Tes jugements sont bien trop élevés pour lui ; quant à ses adversaires, il souffle contre eux » (Psaumes 10:5). Le verset nous enseigne que les voies des méchants réussiront toujours. Et non seulement cela, mais il sort victorieux au jugement, comme il est dit : « Tes jugements sont bien trop élevés pour lui, » ce qui signifie que même lorsqu’il est traduit en justice, cela ne l’affecte pas. Et non seulement cela, mais il est témoin de la chute de ses ennemis, comme il est dit : « Quant à tous ses adversaires, il souffle contre eux. »
לָא קַשְׁיָא, הָא בְּמִילֵּי דִידֵיהּ, הָא בְּמִילֵּי דִשְׁמַיָּא.
Pour résoudre cette contradiction quant à savoir s’il est permis ou non de provoquer les méchants, la Guemara propose plusieurs explications : Ce n’est pas difficile, car on peut comprendre que cela, qui dit qu’on ne peut pas provoquer les méchants, se réfère à ses affaires personnelles, tandis que cela, qui dit que c’est une mitsva de les affronter, se réfère aux affaires du Ciel.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא בְּמִילֵּי דִשְׁמַיָּא, וְלָא קַשְׁיָא: הָא בְּרָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ, הָא בְּרָשָׁע שֶׁאֵין הַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ.
Et si tu le souhaites, dis plutôt que ceci, qui dit de ne pas affronter le méchant et cela, qui dit d’affronter le méchant, se réfèrent tous deux à des questions du Ciel, et, néanmoins, il n’y a pas de difficulté. Ceci, qui dit qu’on ne peut pas provoquer le méchant, se réfère à un méchant sur qui l’heure sourit, qui jouit d’une bonne fortune. Tandis que cela, qui dit que c’est une mitzva de les affronter, se réfère à un méchant sur qui l’heure ne sourit pas.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא, בְּרָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ, וְלָא קַשְׁיָא, הָא, בְּצַדִּיק גָּמוּר, הָא, בְּצַדִּיק שֶׁאֵינוֹ גָמוּר. דְּאָמַר רַב הוּנָא: מַאי דִּכְתִיב, ״לָמָּה תַבִּיט בּוֹגְדִים תַּחֲרִישׁ בְּבַלַּע רָשָׁע צַדִּיק מִמֶּנּוּ״, וְכִי רָשָׁע בּוֹלֵעַ צַדִּיק? וְהָא כְּתִיב: ה׳ לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְיָדוֹ, וּכְתִיב: ״לֹא יְאֻנֶּה לַצַּדִּיק כָּל אָוֶן״. אֶלָּא: צַדִּיק מִמֶּנּוּ — בּוֹלֵעַ, צַדִּיק גָּמוּר — אֵינוֹ בּוֹלֵעַ.
Et si tu le souhaites, dis plutôt que ceci, qui dit de ne pas confronter, et cela, qui dit de confronter, se réfèrent tous deux à une personne méchante sur qui l’heure sourit, mais la question de savoir s’il est permis de la confronter dépend de celui qui la confronte. Et néanmoins, cela n’est pas difficile. Ceci, qui dit que c’est une mitzva de les confronter, se réfère à une personne entièrement juste, tandis que cela, qui dit qu’on ne peut pas confronter les méchants, se réfère à quelqu’un qui n’est pas entièrement juste, comme Rav Houna l’a dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Pourquoi regardes-Tu ceux qui agissent perfidement et gardes-Tu le silence ? Quand le méchant engloutit l’homme plus juste que lui ? » (Habacuc 1:13). Ce verset est difficile à comprendre. Les méchants engloutissent-ils les justes ? N’est-il pas écrit : « Le méchant observe le juste et cherche à le faire mourir ; le Seigneur ne le laissera pas entre ses mains, et ne permettra pas qu’il soit condamné lorsqu’il est jugé » (Psaumes 37:32–33), et il est écrit : « Aucun malheur n’atteindra le juste » (Proverbes 12:21) ? Plutôt, à la lumière de ces versets, le verset : « Le méchant engloutit l’homme plus juste que lui » signifie : L’homme qui est plus juste que lui, mais non entièrement juste, il l’engloutit. L’homme entièrement juste, il ne l’engloutit pas.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, שָׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ — שָׁאנֵי.
Et si tu veux, dis : En général, le méchant ne peut pas engloutir le juste, mais lorsque l’heure lui sourit, c’est différent. Lorsque les méchants jouissent de la bonne fortune, même les justes peuvent être lésés (Birkat Hashem).
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אוֹיְבָיו נוֹפְלִים תַּחְתָּיו. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשַׂמְתִּי מָקוֹם לְעַמִּי לְיִשְׂרָאֵל וּנְטַעְתִּיו וְשָׁכַן תַּחְתָּיו וְלֹא יִרְגַּז עוֹד וְלֹא יֹסִיפוּ בְנֵי עַוְלָה לְעַנּוֹתוֹ כַּאֲשֶׁר בָּרִאשׁוֹנָה״.
Et Rabbi Yoḥanan dit au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : Fixer un lieu permanent pour la prière est si important que celui qui fixe un lieu permanent pour sa prière, ses ennemis tombent devant lui, comme il est dit : « J’assignerai un lieu à Mon peuple, Israël, et Je l’y planterai, afin qu’il demeure dans son propre lieu. » En réservant un lieu pour la prière, ils mériteront « de n’être plus troublés ; et les enfants de la méchanceté ne les affligeront plus, comme au commencement » (II Samuel 7:10).
רַב הוּנָא רָמֵי כְּתִיב ״לְעַנּוֹתוֹ״, וּכְתִיב: ״לְכַלּוֹתוֹ״.
Ce verset, cité par la Guemara, mène à un point supplémentaire. Rav Houna a soulevé une contradiction : Dans le livre de Samuel, dans ce verset il est écrit : « Pour les affliger, » tandis que dans le verset parallèle de I Chroniques (17:9) il est écrit : « Pour les détruire. »
בַּתְּחִילָּה — לְעַנּוֹתוֹ, וּלְבַסּוֹף — לְכַלּוֹתוֹ.
La Guemara résout cette contradiction : les ennemis d’Israël ont d’abord l’intention de les affliger et, finalement, de les détruire entièrement.
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: גְּדוֹלָה שִׁמּוּשָׁהּ שֶׁל תּוֹרָה יוֹתֵר מִלִּמּוּדָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פֹּה אֱלִישָׁע בֶּן שָׁפָט אֲשֶׁר יָצַק מַיִם עַל יְדֵי אֵלִיָּהוּ״. ״לָמַד״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״יָצַק״ — מְלַמֵּד שֶׁגְּדוֹלָה שִׁמּוּשָׁהּ יוֹתֵר מִלִּמּוּדָהּ.
Et Rabbi Yoḥanan a dit au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai : Le service de la Torah est plus grand que son étude, c’est-à-dire que servir un sage de la Torah et passer du temps en sa compagnie est plus grand que d’apprendre la Torah de lui. L’étude de la Torah est un élément d’une vie de Torah, mais celui qui sert un sage de la Torah apprend chaque aspect de la vie à partir de ses actions. Cela est dérivé du verset qui fait l’éloge d’Élisée, comme il est dit : « Voici Élisée fils de Shafat, qui versait de l’eau sur les mains d’Élie » (II Rois 3:11). Le verset ne dit pas qu’il a appris d’Élie, mais plutôt qu’il versait de l’eau, ce qui enseigne que le service de la Torah représenté par Élisée versant de l’eau sur les mains d’Élie est plus grand que son étude.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִצְחָק לְרַב נַחְמָן: מַאי טַעְמָא לָא אָתֵי מָר לְבֵי כְּנִישְׁתָּא לְצַלּוֹיֵי? אֲמַר לֵיהּ: לָא יָכֵילְנָא. אֲמַר לֵיהּ: לִכַּנְפִי לְמָר עַשְׂרָה וְלִיצַלֵּי. אֲמַר לֵיהּ: טְרִיחָא לִי מִלְּתָא. וְלֵימָא לֵיהּ מָר לִשְׁלוּחָא דְצִבּוּרָא, בְּעִידָּנָא דִּמְצַלֵּי צִבּוּרָא לֵיתֵי וְלוֹדְעֵיהּ לְמָר.
En prélude à une autre des déclarations de Rabbi Yoḥanan au nom de Rabbi Shimon ben Yoḥai, la Guemara rapporte l’incident suivant. Rabbi Yitzḥak dit à Rav Naḥman : Pourquoi le Maître n’est-il pas venu à la synagogue pour prier ? Rav Naḥman lui dit : J’étais faible et incapable de venir. Rabbi Yitzḥak lui dit : Que le Maître rassemble dix personnes, un quorum de prière, chez lui et prie. Rav Naḥman lui dit : Il m’est difficile d’imposer aux membres de la communauté de venir chez moi pour prier avec moi (Sefer Mitzvot Gadol). Rabbi Yitzḥak suggéra une autre possibilité : Que le Maître dise à l’assemblée d’envoyer un messager lorsque l’assemblée prie, afin qu’il vienne informer le Maître, pour que vous puissiez prier au même moment.
אֲמַר לֵיהּ מַאי כּוּלֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי:
Rav Naḥman vit que le rabbin Yitzḥak avait du mal à trouver un moyen de participer à la prière communautaire. Il demanda : Quelle est la raison de tout ce remue-ménage ? Le rabbin Yitzḥak lui dit : Comme l’a dit le rabbin Yoḥanan au nom du rabbin Shimon ben Yoḥai :

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