וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא סְמַךְ רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אַדַּעְתֵּיהּ, קַבֵּיל עֲלֵיהּ יִסּוּרֵי. בְּאוּרְתָּא הֲווֹ מָיְיכִי לֵיהּ שִׁיתִּין נַמְטֵי, לְצַפְרָא נָגְדִי מִתּוּתֵיהּ שִׁיתִּין מְשִׁיכְלֵי דְּמָא וְכִיבָא.
§ Après cette digression, la Guemara revient à l’histoire de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon. Et, bien que sa chair ne se soit pas putréfiée, malgré cela Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, ne se fiait toujours pas à sa propre opinion, car il craignait d’avoir pu se tromper dans l’une de ses décisions. Il accepta des souffrances sur lui-même comme expiation pour ses fautes possibles. La nuit, ses serviteurs étendaient pour lui soixante couvertures de feutre. Le matin, malgré les couvertures, ils retiraient de dessous lui soixante bassins de sang et de pus.
לִמְחַר עֲבַדָה לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ שִׁיתִּין מִינֵי לַפְדָּא וְאָכֵיל לְהוּ וּבָרֵי. וְלָא הֲוָת שָׁבְקָא לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ לְמִיפַּק לְבֵי מִדְרְשָׁא כִּי הֵיכִי דְּלָא לִדְחֲקוּהוּ רַבָּנַן.
Le lendemain, c’est-à-dire chaque matin, sa femme lui préparait soixante sortes de condiment [lifda] à base de figues, et il les mangeait et retrouvait la santé. Sa femme, soucieuse de sa santé, ne lui permettait pas d’aller à la salle d’étude, afin que les rabbins ne le poussent pas au-delà de ses limites.
בְּאוּרְתָּא אֲמַר לְהוּ: אַחַיי וְרֵעַי, בּוֹאוּ! בְּצַפְרָא אֲמַר לְהוּ: זִילוּ מִפְּנֵי בִּיטּוּל תּוֹרָה. יוֹמָא חַד שְׁמַעָה דְּבֵיתְהוּ, אֲמַרָה לֵיהּ: אַתְּ קָא מַיְיתֵית לְהוּ עִילָּוָיךְ! כִּלִּיתָ מָמוֹן שֶׁל בֵּית אַבָּא. אִימְּרַדָה, אֲזַלָה לְבֵית נָשָׁא.
Le soir, il avait l’habitude de dire à ses douleurs : Mes frères et mes amis, venez ! Le matin, il avait l’habitude de leur dire : Allez-vous-en, à cause de la négligence de l’étude de la Torah que vous me causez. Un jour, sa femme l’entendit inviter ses douleurs. Elle lui dit : Tu fais venir les douleurs sur toi-même. Tu as diminué l’argent de la maison de mon père à cause des coûts pour traiter les afflictions que tu t’es imposées. Elle se rebella contre lui et retourna dans la maison de son père, et il resta sans personne pour prendre soin de lui.
סְלִיקוּ וַאֲתוֹ הָנָךְ [שִׁיתִּין] סָפוֹנָאֵי, עֲיַילוּ לֵיהּ שִׁיתִּין עַבְדֵי כִּי נְקִיטִי שִׁיתִּין אַרְנָקֵי, וַעֲבַדוּ לֵיהּ שִׁיתִּין מִינֵי לַפְדָּא וְאָכֵיל לְהוּ.
Entre-temps, il y avait ces soixante marins qui vinrent et entrèrent pour rendre visite à Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon. Ils lui amenèrent soixante serviteurs, chacun portant soixante bourses, et ils lui préparèrent soixante sortes de mets d’accompagnement, et il les mangea. Lorsqu’ils avaient rencontré des difficultés en mer, ces marins avaient prié pour être sauvés par le mérite de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon. De retour sur la terre ferme, ils lui présentèrent ces cadeaux.
יוֹמָא חַד, אֲמַרָה לַהּ לְבַרְתַּהּ: זִילִי בְּקַי בַּאֲבוּךְ מַאי קָא עָבֵיד הָאִידָּנָא? אָתְיָא, אֲמַר לַהּ: זִילִי אֱמַרִי לְאִימִּיךְ: שֶׁלָּנוּ, גָּדוֹל מִשֶּׁלָּהֶם. קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ: ״הָיְתָה כׇּאֳנִיּוֹת סוֹחֵר מִמֶּרְחָק תָּבִיא לַחְמָהּ״. אֲכַל וּשְׁתִי וּבְרִי נְפַק לְבֵי מִדְרְשָׁא.
Un jour, la femme de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, dit à sa fille : Va et prends des nouvelles de ton père et vois ce qu’il fait maintenant. La fille vint vers son père, qui lui dit : Va et dis à ta mère que ce qui est à nous est plus grand que ce qui est à eux, c’est-à-dire que ma situation financière actuelle est meilleure que celle de la maison de ton père. Il lut à son propre sujet le verset : « Elle est comme les navires marchands ; elle apporte sa nourriture de loin » (Proverbes 31:14). Comme sa femme ne l’empêchait pas d’aller à la maison d’étude, Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, mangea et but, retrouva la santé et sortit vers la maison d’étude.
אַיְיתוֹ לְקַמֵּיהּ שִׁיתִּין מִינֵי דְּמָא – טַהֲרִינְהוּ. הֲוָה קָא מְרַנְּנִי רַבָּנַן וְאָמְרִי: סָלְקָא דַעְתָּךְ לֵית בְּהוּ חַד סָפֵק?! אָמַר לְהוּ: אִם כְּמוֹתִי הוּא – יִהְיוּ כּוּלָּם זְכָרִים, וְאִם לָאו – תְּהֵא נְקֵבָה אַחַת בֵּינֵיהֶם. הָיוּ כּוּלָּם זְכָרִים. וְאַסִּיקוּ לְהוּ ״רַבִּי אֶלְעָזָר״ עַל שְׁמֵיהּ.
Les étudiants apportèrent soixante échantillons de sang douteux devant lui pour inspection, afin de déterminer s’il s’agissait ou non de sang menstruel. Il les jugea tous rituellement purs, permettant ainsi aux femmes d’avoir des rapports avec leurs maris. Les Rabbins de l’académie murmuraient au sujet de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, et disaient : Peut-il vous venir à l’esprit qu’il n’y ait pas un seul échantillon incertain parmi eux ? Il doit se tromper. Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, leur dit : Si la halakhaest conforme à ma décision, que tous les enfants nés de ces femmes soient des garçons. Et sinon, qu’il y ait une fille parmi eux. Il s’avéra que tous les enfants étaient des garçons, et ils furent appelés Elazar en son nom.
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי: כַּמָּה פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בִּיטְּלָה רְשָׁעָה זוֹ מִיִּשְׂרָאֵל.
Il est enseigné dans une baraita que Rabbi Yehouda HaNassi se lamenta et dit au sujet de l’épouse de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon : Combien de procréation cette femme mauvaise a empêché au peuple juif. Elle a fait en sorte que des femmes n’aient pas d’enfants en empêchant son mari d’aller à la maison d’étude et de rendre ses décisions halakhiques.
כִּי הֲוָה קָא נָיְחָא נַפְשֵׁיהּ, אֲמַר לַהּ לִדְבֵיתְהוּ: יָדַעְנָא בִּדְרַבָּנַן דִּרְתִיחִי עֲלַי, וְלָא מִיעַסְקִי בִּי שַׁפִּיר. אַוגְנְיַן בְּעִילִּיתַאי וְלָא תִּדְחֲלִין מִינַּאי. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: אִישְׁתַּעְיָא לִי אִימֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹנָתָן, דְּאִישְׁתַּעְיָא לַהּ דְּבֵיתְהוּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: לָא פָּחוֹת מִתַּמְנֵי סְרֵי, וְלָא טְפֵי מֵעֶשְׂרִין וּתְרֵין שְׁנִין אַוגְנֵיתֵיהּ בְּעִילִּיתָא.
Alors que Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, était en train de mourir, il dit à sa femme : Je sais que les rabbins sont en colère contre moi parce que j’ai arrêté plusieurs voleurs qui sont leurs proches, et par conséquent ils ne s’occuperont pas correctement de mon enterrement. Quand je mourrai, place-moi dans mon grenier et n’aie pas peur de moi, c’est-à-dire ne crains pas qu’il arrive quoi que ce soit à mon corps. Rabbi Shmuel bar Naḥmani a dit : La mère de Rabbi Yonatan m’a dit que la femme de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, lui a dit : Je l’ai placé dans le grenier pendant pas moins de dix-huit ans et pendant pas plus de vingt-deux ans.
כִּי הֲוָה סָלְיקָנָא מְעַיְּנָנָא לֵיהּ בְּמַזְיֵיהּ, כִּי הֲוָה מִשְׁתַּמְטָא בִּינִיתָא מִינֵּיהּ הֲוָה אָתֵי דְּמָא. יוֹמָא חַד חֲזַאי רִיחְשָׁא דְּקָא נָפֵיק מֵאוּנֵּיהּ, חֲלַשׁ דַּעְתַּאי. אִיתְחֲזִי לִי בְּחֶלְמָא אֲמַר לִי: לָא מִידֵּי הוּא, יוֹמָא חַד שָׁמְעִי בְּזִלוּתָא דְּצוּרְבָּא מֵרַבָּנַן וְלָא מַחַאי כִּדְבָעֵי לִי.
Sa femme poursuivit : Lorsque je montais au grenier, je vérifiais ses cheveux, et lorsqu’un cheveu tombait de sa tête, du sang apparaissait et prenait sa place, c’est-à-dire que son cadavre ne se décomposait pas. Un jour, j’ai vu un ver sortir de son oreille, et je suis devenue très bouleversée en pensant que peut-être son cadavre avait commencé à se décomposer. Mon mari m’est apparu en rêve et m’a dit : Ce n’est pas un sujet d’inquiétude. Au contraire, c’est la conséquence d’un de mes péchés, car un jour, j’ai entendu un érudit de la Torah être insulté et je n’ai pas protesté comme j’aurais dû le faire. C’est pourquoi j’ai reçu cette punition à l’oreille, mesure pour mesure.
כִּי הֲווֹ אָתוּ בֵּי תְרֵי לְדִינָא, הֲווֹ קָיְימִי אַבָּבָא, אָמַר מָר מִילְּתֵיהּ וּמַר מִילְּתֵיהּ נָפֵיק קָלָא מֵעִילִּיתֵיהּ, וְאָמַר: אִישׁ פְּלוֹנִי אַתָּה חַיָּיב, אִישׁ פְּלוֹנִי אַתָּה זַכַּאי. יוֹמָא חַד הֲוָה קָא מִינַּצְיָא דְּבֵיתְהוּ בַּהֲדֵי שִׁבָבְתָּא, אֲמַרָה לַהּ: תְּהֵא כְּבַעֲלַהּ שֶׁלֹּא נִיתַּן לִקְבוּרָה. אָמְרִי רַבָּנַן: כּוּלֵּי הַאי וַדַּאי לָאו אוֹרַח אַרְעָא.
Pendant cette période, lorsque deux personnes venaient pour l’adjudication d’un différend, elles se tenaient près de l’entrée de la maison de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon. L’un des plaideurs présentait sa version de l’affaire, et l’autre plaideur présentait sa version de l’affaire. Une voix sortait de son grenier, disant : Untel, tu es coupable ; untel, tu es innocent. La Guemara raconte : Un jour, la femme de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, se disputait avec une voisine. La voisine lui dit comme malédiction : Cette femme devrait être comme son mari, qui n’a pas été enterré. Lorsque la nouvelle se répandit que Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, n’avait pas été enterré, les rabbins dirent : Cela suffit, c’est-à-dire que, maintenant que l’affaire est connue, continuer dans cet état n’est certainement pas une conduite appropriée, et ils décidèrent de l’enterrer.
אִיכָּא דְּאָמְרִי, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אִיתְחֲזַאי לְהוּ בְּחֶלְמָא, אֲמַר לְהוּ: פְּרֵידָה אַחַת יֵשׁ לִי בֵּינֵיכֶם, וְאִי אַתֶּם רוֹצִים לַהֲבִיאָהּ אֶצְלִי? אֲזוּל רַבָּנַן לְאִעֲסוֹקֵי בֵּיהּ, לָא שְׁבַקוּ בְּנֵי עַכְבְּרַיָּא, דְּכֹל שְׁנֵי דַּהֲוָה נָיֵים רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּעִילִּיתֵיהּ לָא סְלִיק חַיָּה רָעָה לְמָתַיְיהוּ.
Il y a ceux qui disent que les Sages découvrirent que Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, n’avait pas été enterré lorsque Rabbi Shimon ben Yoḥai, son père, leur apparut en rêve et leur dit : J’ai un seul oisillon parmi vous, c’est-à-dire mon fils, et vous ne souhaitez pas me l’amener en l’enterrant à côté de moi. Par conséquent, les Sages allèrent s’occuper de son enterrement. Les habitants d’Akhbaria, la ville où reposait le corps de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, ne leur permirent pas de le faire, car ils comprirent que toutes les années pendant lesquelles Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, avait reposé dans son grenier, aucune bête sauvage n’était entrée dans leur ville. Les habitants attribuaient ce phénomène à son mérite et ne voulaient pas perdre cette protection.
יוֹמָא חַד מַעֲלֵי יוֹמָא דְכִיפּוּרֵי הֲוָה, הֲווֹ טְרִידִי. שַׁדַּרוּ רַבָּנַן לִבְנֵי בֵירֵי וְאַסְּקוּהוּ לְעַרְסֵיהּ וְאַמְטְיוּהּ לִמְעָרְתָּא דַאֲבוּהּ. אַשְׁכְּחוּהָ לְעַכְנָא דְּהָדְרָא לַהּ לִמְעָרְתָּא. אֲמַרוּ לַהּ: עַכְנָא עַכְנָא! פִּתְחִי פִּיךְ וְיִכָּנֵס בֵּן אֵצֶל אָבִיו. פְּתַחָ[ה] לְהוּ.
Un jour, alors que c’était la veille de Yom Kippour, tout le monde dans la ville était préoccupé par les préparatifs de la Fête. Les Rabbins envoyèrent un message aux habitants de la ville voisine de Biri leur demandant d’aider à retirer le corps de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, du grenier, et ils retirèrent sa bière et l’apportèrent dans la grotte funéraire de son père. Ils trouvèrent un serpent [le’akhna] qui avait placé sa queue dans sa bouche et encerclait complètement l’entrée de la grotte, leur refusant l’accès. Ils lui dirent : Serpent, serpent ! Ouvre ta bouche pour permettre à un fils d’entrer auprès de son père. Il ouvrit sa bouche pour eux et se déroula, et ils enterrèrent Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, aux côtés de son père.
שָׁלַח רַבִּי לְדַבֵּר בְּאִשְׁתּוֹ, שְׁלַחָה לֵיהּ: כְּלִי שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ קוֹדֶשׁ יִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ חוֹל? תַּמָּן אָמְרִין: בַּאֲתַר דְּמָרֵי בֵיתָא תְּלָא זְיָינֵיהּ, כּוּלְבָּא רָעֲיָא קוּלְּתֵיהּ תְּלָא. שְׁלַח לַהּ: נְהִי דִּבְתוֹרָה גָּדוֹל מִמֶּנִּי, אֲבָל בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים מִי גָּדוֹל מִמֶּנִּי? שְׁלַחָה לֵיהּ: בְּתוֹרָה מִיהָא גָּדוֹל מִמְּךָ לָא יָדְעָנָא, בְּמַעֲשִׂים יָדְעָנָא, דְּהָא קַבֵּיל עֲלֵיהּ יִסּוּרֵי.
La Guemara continue : Après cet incident, Rabbi Yehuda HaNasi envoya un messager pour parler avec la femme de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, et proposer le mariage. Elle envoya un message à lui en réponse : Un récipient utilisé par quelqu’un de sacré, c’est-à-dire Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, sera-t-il utilisé par quelqu’un qui est, par rapport à lui, profane ? Là-bas, en Eretz Yisrael, ils disent qu’elle employa l’adage familier : À l’endroit où le maître de maison suspend son épée, est-ce que le berger méprisable suspendra son panier [kultei] ? Rabbi Yehuda HaNasi envoya un message en retour à elle : Soit, en Torah il était plus grand que moi, mais était-il plus grand que moi en actes pieux ? Elle envoya un message en retour à lui : S’il était plus grand que toi en Torah, je ne le sais pas ; mais je sais qu’il était plus grand que toi en actes pieux, car il a accepté des souffrances sur lui-même.
בְּתוֹרָה מַאי הִיא? דְּכִי הֲווֹ יָתְבִי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה אַסַּפְסַלֵּי, יָתְבִי קַמַּיְיהוּ רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְרַבִּי אַאַרְעָא.
La Guemara demande : En ce qui concerne la connaissance de la Torah, quel est l’événement qui a démontré la supériorité de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, sur Rabbi Yehouda HaNassi ? La Guemara répond : Lorsque Rabban Shimon ben Gamliel et Rabbi Yehoshua ben Korḥa, les principaux Sages de la génération, étaient assis sur des bancs [asafselei] et enseignaient la Torah avec les autres Sages, le jeune duo Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, et Rabbi Yehouda HaNassi s’asseyaient devant eux à même le sol par respect.
מַקְשׁוּ וּמְפָרְקוּ. אָמְרִי: מִימֵיהֶן אָנוּ שׁוֹתִים וְהֵם יוֹשְׁבִים עַל גַּבֵּי קַרְקַע?! עֲבַדוּ לְהוּ סַפְסַלֵּי אַסְּקִינְהוּ.
Ces deux jeunes étudiants engageaient des discussions avec les Sages, au cours desquelles ils soulevaient des difficultés et y répondaient brillamment. Voyant l’éclat des jeunes érudits, les principaux Sages dirent : De leurs eaux nous buvons, c’est-à-dire que nous apprenons d’eux, et eux sont ceux qui sont assis à même le sol ? Des bancs furent préparés pour Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, et Rabbi Yehuda HaNasi, et ils furent promus pour s’asseoir aux côtés des autres Sages.
אָמַר לָהֶן רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: פְּרֵידָה אַחַת יֵשׁ לִי בֵּינֵיכֶם, וְאַתֶּם מְבַקְּשִׁים לְאַבְּדָהּ הֵימֶנִי? אֲחֲתוּהּ לְרַבִּי. אָמַר לָהֶן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה: מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ אָב יִחְיֶה, וּמִי שֶׁאֵין לוֹ אָב יָמוּת? אֲחֲתוּהּ נָמֵי לְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ, אָמַר: קָא חָשְׁבִיתוּ לֵיהּ כְּווֹתִי?
Rabban Shimon ben Gamliel dit aux autres Sages présents : J’ai un seul oisillon parmi vous, c’est-à-dire mon fils, Rabbi Yehuda HaNasi, et vous cherchez à me le prendre ? En promouvant mon fils à une position si prestigieuse à un si jeune âge, vous augmentez considérablement ses chances d’être affecté négativement par le mauvais œil. Ils rétrogradèrent Rabbi Yehuda HaNasi pour qu’il s’assoie par terre, à la demande de son père. Rabbi Yehoshua ben Korḥa dit aux Sages : Celui qui a un père pour prendre soin de lui, c’est-à-dire Rabbi Yehuda HaNasi, doit-il être rétrogradé afin de vivre, tandis que l’autre, qui n’a pas de père pour prendre soin de lui, c’est-à-dire Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, devrait être laissé mourir ? En entendant son argument, les Sages rétrogradèrent aussi Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, sans lui expliquer la raison de sa rétrogradation. Il fut offensé et dit : Vous mettez Rabbi Yehuda HaNasi à mon niveau, en nous rétrogradant ensemble. En réalité, je suis bien plus grand que lui.
עַד הָהוּא יוֹמָא כִּי הֲוָה אָמַר רַבִּי מִילְּתָא הֲוָה מְסַיַּיע לֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: מִכָּאן וְאֵילָךְ כִּי הֲוָה אָמַר רַבִּי ״יֵשׁ לִי לְהָשִׁיב״, אָמַר לֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: כָּךְ וְכָךְ יֵשׁ לְךָ לְהָשִׁיב, זוֹ הִיא תְּשׁוּבָתְךָ. הַשְׁתָּא הִיקַּפְתָּנוּ תְּשׁוּבוֹת חֲבִילוֹת שֶׁאֵין בָּהֶן מַמָּשׁ.
À la suite de cet incident, la relation de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, avec Rabbi Yehuda HaNasi changea. Jusqu’à ce jour, lorsque Rabbi Yehuda HaNasi énonçait une question de Torah, Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, le soutenait en citant des preuves à l’appui de son opinion. À partir de ce moment désormais, lorsque ils discutaient d’un sujet et que Rabbi Yehuda HaNasi disait : J’ai un argument à répondre, Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, le devançait en lui disant : Voici ce que tu dois répondre, et voici la réfutation de ta prétention. Maintenant que tu as posé ces questions, tu nous as entourés de faisceaux de réfutations sans substance, c’est-à-dire que tu nous as forcés à donner des réponses inutiles. Rabbi Elazar, fils de Rabbi Shimon, anticipait les remarques de Rabbi Yehuda HaNasi et les rejetait immédiatement comme dénuées de valeur.
חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ דְּרַבִּי. אֲתָא אֲמַר לֵיהּ לַאֲבוּהּ. אֲמַר לֵיהּ: בְּנֵי, אַל יֵרַע לָךְ, שֶׁהוּא אֲרִי בֶּן אֲרִי וְאַתָּה אֲרִי בֶּן שׁוּעָל.
Rabbi Yehouda HaNassi se vexa. Il alla et raconta à son père ce qui s’était passé. Rabban Chimone ben Gamliel lui dit : Mon fils, ne laisse pas ses actes t’offenser, car il est un lion, fils d’un lion, et toi tu es un lion, fils d’un renard. Le père de Rabbi Elazar, Rabbi Chimone, était un Sage renommé, et par conséquent la sagacité de Rabbi Elazar n’est pas surprenante. Quoi qu’il en soit, cet incident démontre la supériorité de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Chimone, sur Rabbi Yehouda HaNassi en ce qui concerne la connaissance de la Torah.
הַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי: שְׁלֹשָׁה עִנְוְותָנִין הֵן, וְאֵלּוּ הֵן: אַבָּא,
La Guemara conclut : Cet incident est le contexte d’une déclaration que Rabbi Yehouda HaNassi a faite : Il y a trois personnes prototypiquement modestes, et ce sont : Père, c’est-à-dire Rabban Shimon ben Gamliel;